SUR LE PRIEURÉ DE SAINTE-AUSTREBERTE DK PAVILLY
Un des plus anciens établissements religieux du diocèse de Rouen était, sans contredit, le monastère de Sainte- Austreberte de Pavilly, dont il reste encore une chapelle que M. l'abbé Baudet, doyen de Gères, par respect pour de pieux souvenirs, a rachetée, il y a quelques années, qu'il a fait restaurer, qu'il a consacrée à une œuvre charitable, et où il se fait encore, au moins de fois à autre, quelque exercice du culte.
M. l'abbé Cochet en a fait une description sommaire dans son Répertoire archéologique de la Seine- Inférieure. C'est assez pour exciter la curiosité, peut-être pas assez pour la satisfaire.
Voici en quels termes un bénédictin, D. Hilaire Bclin, raconte la fondation de ce monastère :
t Le prieuré de Sainte-Austrebcrtc de Pavilly, de l'ordre de S 1 Benoist, a été fondé par Amalbcrt, seigneur de Pavilly, l'an de l'incarnation de Notrc-Scigneur 064.
t La tille de cet illustre seigneur, Aure, ou Aurée d'après d'autres documents, s'estant vouée à Dieu et désirant estre relligicusc, communiqua son desscing à son père, lequel l'approuva, et au mesme temps vouilut le seconder, et, pour cet eliet, par rentremize et conseil de s* Phillebert, pria sainte Austreberte, qui pour lors demouroit au monastère du Port, diocèze d'Amiens, et y vivoit en réputation de grande piété et saincteté de vyc, de vouloir venir gouverner le monastère qu'il avoit faict bastir et construire en son territoire de Pavilly.
« Sainte Austreberte,apprès avoir consulté s* Orner, son principal directeur, et reccu ses ordres, s'achemina audit lieu de Pavilly, où, par le consentement de s* Ouen, archevesque de Rouen, elle fuct establye abhesse de ce nouveau monastère, et apprès l'avoir gouverné 16 ans et avoir receu 24 religieuses, elle y rendit l'esprit à Dieu, le io« de febvrier 680.
« Elle fut inhumée dans l'église de son abbaye, en la chapelle de S. -Pierre, où son corps a reposé long temps, et l'on y veoit encore, dans ladietc chapelle, son sépulcre, qui est visitté journellement en grande debvotion par un grand concours de peuple, Dieu y ayant faict et faisant encore journellement plusieurs miracles évidens par l'intercession de ceste saincte.
# Aprez son deecdz, Henoiste fuct csleue abbesse de Pavilly, et donna l'habit et admict ù la profession Jullianne, pauvre fille du bourg de Pavilly, qui est aussy décédée audict lieu et inhumée en l'église de lad. abbaye. Le Père Hugues Menart et M. Du Saussay la publient sainte en leurs martyrologes.
f Les corps de ces saintes ont esté conservés en ladicte abbaye de Pavilly jusques en l'an N41, qu'ils furent transportés ù Montereul, ville du diocose d'Amiens en Picardie, à cause que les Normans, soubz la conduite de Hastan, leur capitaine, homme barbare et inhumain, faisoient grands dégastzen Normandie, bruslant et pillant touttes les églizes, en telle sorte qu'il ne resta, d'un monastère bien basty et bien construict, que les marques d'une vieille mazure.
c Et ne se treuvant plus ny abbesse, ny rclligieuses, esglisc, ny monastère, les seigneurs de Pavilly se remirent en possession des biens et revenus dont Amalbert l'a voit dotté, et en ont jouy jusques en l'an iogo, auquel temps Thomas de Pavilly le redonna a Gaultier, 3 e abbe de l'abbaye de la Très-Saincte-Trinité, fondée au Mont de Saintc- Cathcrinc-lés-Rouen, à la charge de rebastir led. monastère et y envoyer des religieux de son abbaye pour y
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faire l'office divin et prier Dieu pour les fondateurs, c Le tout fut exécuté, et, depuis ce temps-là, ladicte abbaye est devenue prieuré de l'ordre de s 1 Benoist, membre deppendant de ladicte abbaye de Sainte-Catherine, à la collation de l'abbé d'iceWe pleno jure, vacation advenant. »
Un manuscrit du xv« siècle, conservé aux Archives du département, fournit à peu près les mêmes renseignements sur la fondation de ce prieuré. Malheureusement ce ne sont que des notes dont l'exactitude ne peut pas être vérifiée, parce que les documents anciens ont péri depuis fort longtemps.
a L'an de grâce VI e XLVI, eu temps de Louis, filz du noble roy de France Dagoubert, quart roi chrétien après Clovis, qui fu le premier roy de France chrétien et baptisé de mons r s 1 Rcmi Tan de grâce 1111 e IIIl™ XIX, et resgna xxx ans,
« Almabert, chevalier, sire de Pavelli, funda sur son ûcf et seigneurie ung monastère en l'ouneur et révérence de notre Dieu, et y ordonna religieuses de Torde Mons' s ! Bcnest et y mist une sienne fille nommée Alvréc. Et estoit pour icellui temps, mons r s 1 Ouen, archevesque de Rouen, et monsr s 1 Phillebert, abbé de Jumiègcs.
« L'an de grâce Vie LX1III, madame s*« Austrebcrte, religieuse du monastère nommé Port, sur la rivière de Somme, fu abbesse dudit lieu de Pavelli, par l'ordenance de mons r s 1 Phillebert, adonc abbé de Jumiègcz, lequel gouvernoit et enseignoit en foy et en sainetc religion les religieuse/ dudit monastère de Pavelli, au nombre de vingtchinq religieuses.
« L'an de grâce VII e et III, trespassa madame s*' Austrebcrte, le x 1 ' jour de frevier, jour de dimence, laquelle fu enterrée audit monastère en la chapelle fundéc de mons r s 1 Pierre apostre, au senestre costé du grant autel. Moult sainctement se gouverna, et par ses mérites et prières moult de miracles nostre créateur y voulut faire et dé-
monstrer, comme il appert d'une fontaine, laquelle est auprès de ladicte chappellc où est enterrée.
• L'an de grâce VIII e LI, fu brullé et destruit ledit monastère de Pavclli par les danois sarrazins ; scmblablcmcnt le moustier de S ! Pierre et S» Paul de Jumiégcs, par plusieurs aultres de Normandie et de France, et demoura en ruine ledit monastère l'espasse de II e XXII II ans.
« L'an de grâce mil et trente, Gosse le viconte fundat le monastère de S 1 * Trinité au Mont de S te Katherine prez Rouen, et règnoit le duc Richart chinquicme de Normandie, lequel donna la place dudit monastère, bois, terres et aultres pocessions, et, aprez sa mort, son frère le duc Robert omosna et donna moult de ses biens, et fu à la dédicassc, qui est le xxvr jour de juing.
• L'an de grâce mil II II" et onze, fu translate de Pavellî vénérablcment et honorablement le corps de madame $w Aubstrcbertc, vierge, au monastère de S lc Trinité prez Rouen, eu Mont de S h Katherine, eu temps de Walticr, tiers abbé dudit monastère, lequel Walticr, père abbé, commencha A réditfier ledit monastère de Pavclli.
€ L f an de grâce mil II e resgnoit Thomas de Pavclli, chevallier, sire dudit lieu, lequel conferma tout ce que ses prédécesseurs avoieni donné et omosné audit monastère de Pavclli, présens Kustachc de Pavclli, chevallier, son frère, et Rcynaus de Pavclli et plusieurs aultres. N a que depuis la fundacion dudit monastère n'ay veu ne trouvé aucun ensaignement ne escripturc dudit prieuré précédent. »
La pièce suivante nous paraît être la copie d'un placard qui aurait été affiché dans un endroit apparent du monastère pour être lu par les visiteurs ou les pèlerins.
« Sachent toux voians cest escript que, eu temps de tre^ noble Dagoubert, quart roy de France chrétien, qui resgnoit Tan de grâce VI e XXXII, Almabcrt, chevalier, seigneur et baron de Pavclli, constitua, funda et édifia sur son fieu et seigneurie de Pavclli, l'an Vie XLI, ung rao-
nastère en Touncur et révérence de la glorieuse vierge Marie et y fist plusieurs chappelles et, entre les aultres, Tune de mons r s* Pierre, et l'autre de mons r s* Martin, et y ordonna et mist religieuses de Torde mons. s 1 Bencst, et y mist une siene fille nommée Avrée, lequel Almabert pria mons. s* Philebcrt, adonc abbé du monastère de Jumièges, qui luy plust visiter et instruire en foy et doctrine et en saincte religion icelles religieuses ; donc après long temps fu madame s» e Aubstrebertc abbesse dudit monastère par l'ordennance de mons r s 1 Philebcrt en Tan de grâce Vie LXIIII, uquel lieu moût sainctement se gouverna, et xxv religieuses avec elle, et par ses mérites et prières moût de miracles nostre créateur y voulut faire et demonstrer ; et y donna ledit Almabert, en pure omosne, rentes, terres, dismes, pocessions et revenues, sans aucunes choses retenir, excepté prières et oraisons pour le salut de son âme, ses parens et amis; et semblablemcnt aprez, mons. Guillaume d'Esneval, chevallier, y donna et aumenta moût ledit monastère pour le salut de son âme, parens et amis. Cy est assavoir que le siège dudit monastère est fundé de sy long temps et créé sur ancienne et pure omosne, que le Roy, ne le prince ou seigneur de la terre ne peuvent par droict faire leur justice lave pour quelque crime ou chose que ce soit dedens les mectes dudit monastère de lad. vierge, se ils ne veulent encourir la sentence divine ou ecclésiastique.
€ N a qucnulz ne doivent édifier, mectre ne empeschier aucunement près des murs de la cloison dudw prieuré, que le prieur et ouvriers ne puissent aller et mettre leurs matières pour repparer ladicte cloison. »
L'église actuelle possède encore une ancienne inscription lapidaire sur trois colonnes, ornée a sa partie supérieure des clïigics de saint Pierre, de saint Paul et de saint Urbain, caractérisés, saint Paul, par deux épees croisées, saint Pierre par deux clefs, saint Urbain, en sa qualité de souverain pontife, par le même emblème. Au-dessus de
leurs têtes, on distingue des caissons ainsi décrits dans une pièce que j'ai sous les yeux : € Ecusson d'armes timbré d'un casque soutenu par 2 sauvages tenant chacun un guidon avec écu, écartelé au 1" et 4'; échiqueté au 2' et 3 e , 1 2 annclcts de 3 à 3 ; » — « Ecu charge d'une croix fleurdelisée, etc »
On remarque une fracture à Tune des pierres sur lesquelles cette inscription a été gravée; cette fracture est ancienne : elle existait dès le milieu du xvn c siècle. On voit également que, dès ce temps-là, une partie des ccussons avait été enlevée.
Ccst ce que ne manqua pas de constater Robert Dandusne. commissaire aux Requêtes du palais, à l'occasion d'un procès qui s'éleva entre Françoise de Pruneley, veuve de M. Anne de Tourncbu, sieur de Livct. président aux Requêtes, et Elisabeth de Pruneley, comtesse de Mussy, sa sœur, l'une et l'autre dames de Pavilly, d'une part, et François Louchard, prieur du prieuré, d'autre part. La contestation a\ait pour objet la propriété d'un cours d'eau et du marché de Saint Laurent, autrement dit de Sainte- Croix (i3 janvier iô55).
L'inscription en question était alors placée « au coin d'une paroi entre la nef et le chœur du côté de l'Epître, sous la tour du clocher ». Il parait qu'elle avait été posée là en lôoo, a la réquisition du seigneur d'Esneval, Ch. de Pruneley, du consentement du prieur Jean Le Cauchois. J'aurais eu sans doute beaucoup de mal î\ en déchitlrer le texte, parce que les lettres sont empâtées par la couleur, et qu'elles sont, d'ailleurs, hors de la portée de la vue. Par bonheur, j'ai pu le relever dans une feuille imprimée, à laquelle les seigneurs d'Esneval donnèrent dans le temps une assez grande publicité.
Voici la teneur de cette inscription :
Fundatio seit dotatio hujus cœnobii, abbati SanclissimiF Trinilalis de Monte Sanctar Catharincc, ac religiosis
ibidem Deo famulantibus, facta per dominos de Pavilly et d'Esneval.
Omnibus Christifidelibus, tam futuris quam extantibus, prœsentes litteras inspecturis, salutem. Noverit universitas vestra quod ego Thomas de Pavilly, miles, donavi et hac carta sigilli mei munimine impressa confirmavi, pro salut e anima? meœ, et animarum antecessorum meorum, abbati Sanctœ Trinitatis de Monte Sanctœ Catharinœ juxta Rothomagum, et monachis ibidem Deo famulantibus, ecclesiam et monasterium de Paviliaco, quod quondam prœdecessores mei in honorem Sanctœ Maria? Virginis fundaverunt, et proprio censu construxerunt ,• ubi etiam beata Austreberta, cum non parvo ancillarum Dei numéro^ prœfuit. Sed quia a gentibus et paganis vastatum atque dirutum multo tempore jacuit, nos, charitatis intuitu, eidem Abbati redxficandum tradidimus, atque quascumque possessions terrarum, redituum, decimarum atque libertatum olim antecessores mei eidem ecclesiœ contulerunt, prœdicto abbati et monachis ejus perpetuo possidendum concessimus % sub ea tamen conditione quod prœdicti abbas et monachi tenebuntur mittere ad monasterium prœdictum Paviliaci quatuor de confratribus suis ad faciendum servi tium et ibidem Deo sub regulari observantia perpetuo serviendum. Huic donationi adfuit Guillelmus, archiepiscopus. qui et consensum prœbu'xt et sigillo suo roboravit. Acta sunt hœc anno ab Incarnatione Verbi divini millesimo nonagesimo primo, testibus Guillelmo, fratre meo, Reginaldo de Beaumont \ Huçone de Povilla, Othone de Alvito et pluribus al iis.
Confirmatio hujus cœnobii ac tuitio sanctœ sedis apostolicœ indulgcntnvque huic loco in perpetuum conassa? per dominum Vrbanum //, pontificem maximum.
Urbanus episcopus. servus servorum Dei. venerabili confratri nostro Guillelmo. archiepiscopo. et ca>teris ejusdem provincial fiddibus, salutem et apostolicam benedictionem. Cœnobium quod beata Austrcberta virgo in pago
Paviliaco quondam construxcrat, ut post a gentibus dirutum est. audivimus, vcnerabilis abbatis Galterii studio, et quorumdum fidelium instantia. noviter réparât uni. Ut igitur pia voluntas apostolica» sedis /avare vires assumât, dilectionem vestram ad ejusdem cœnobii reparationem et exaltationem litteris pnvsentibus excitamus. in quitus, ex apostolica auctoritate y pra*cipimus ne quis deinceps eumdem locum temeritate qualibet infestare prœsumat. Omnibus autem qui locum istum, pro omnipotentis Dei et sanctar virginis Austrebertœ révèrent ia diligere^ adjuvan\ protegere. et exaîtare curaverint, ejusdem Dei et apostolorum ejus benedictionem et gratiam imploramus. benefacientibusque et eumdem locum colentibus quartam pœnitentia* partent ab episcopo sive a presbytero illis injunctœ amdonamus ; diripientibus pertinentia vW concessa loco hun\ vi vel fraude aliqua. usque addignam satisfaction cm gladio anathematis ferimus. Datum C.ossinii. quarto idus octobris.annoab Incarnatione Vcrbi divini millesimo nouagesimo primo.
Sunt et alia privilégia, multtvque indulgent ia* huic loco impertittv a summis pontifeibus. Adriano IV scilicet et Sicolao \\ illustrissimisque légat is Guillelmo de Toutevilla et Alexandro de Mangiis atque strenuissimis cquitibus. magna pietate conspicuis, Almaberto dnmiro de Paviliaco. primo hujus cœnobii fundatore. et Roberto, barone d'Esneval. qiuv brevitatis causa in hoc lapide non sunt insculpta*. Ad perpétuant rei memoriam hoc affivum est de mandato ma gui et potentis doniini (\iroli de Pritnelé. equitis. viri nobilis, ordinarii regia* caméra*, ducis quinquaginta militum cataphractorum. vice-domini Paviliaci, domini de (raierait et de Herbaut. totiusque converti us ejusdem abbatia* et domini Johann is le Cauchois. Prioris ejusdem loci anno ttioo u).
(i) Je suis loin Je vouloir garantir l'authenticité des documents contenus dans cette inscription.
La charte de fondation ci-dessus rapportée fut très fréquemment alléguée dans un procès qui, sous des formes diverses, dura plus d'un siècle, et qui avait eu pour cause la suppression de l'abbaye de Sainte-Catherine-du-Mont sous Henri IV.
Lorsque cette abbaye, ainsi que la forteresse qui y était jointe, eurent été détruites par ordre de Henri IV, conformément aux vœux, non-seulement de la ville de Rouen, mais des États de la province, la partie des biens du monastère, afférente à la manse abbatiale, fut unie à la Chartreuse de Bourbon-lès-Gaillon. Le reste, après bien des pourparlers et des réclamations, fut laissé comme par grâce aux religieux Bénédictins, qui allèrent s'établir à Saint- Julien et gardèrent pour eux le prieuré de Paviily, devenu depuis longtemps un bénéfice simple, de prieuré conventuel qu'il avait été à l'origine. La communauté bénédictine, mal à Taise et comme dépaysée dans sa nouvelle résidence, ne se recruta plus que difficilement, et il y avait bien des années qu'elle traînait en quelque sorte une vie languissante et sans édification pour le public, lorsque les derniers religieux (ils étaient en fort petit nombre) se décidèrent, moyenant des pensions viagères et d'autres avantages, à céder aux Chartreux leur monastère de Saint- Julien avec toutes ses dépendances. Le concordat intervenu entre eux est de l'année i6"n. Alors une contestation, qui ne fut ni moins longue ni moins embrouillée que celle qui avait suivi la suppression de l'abbaye, s'éleva entre les nouveaux possesseurs, qui se prétendaient substitués aux bénédictins, et les seigneurs de Paviily, qui soutenaient, en leur qualité de fondateurs, qu'on n'avait pu disposer du prieuré de Sainte-Austreberte sans leur agrément. De titres positifs, on n'en pouvait produire de bien clairs ni de bien anciens, si ce n'est l'inscription qui précède. En 1667, le procureur général du parlement se détermina a prendre en main la cause des seigneurs de Paviily; dans les conclusions qu'il donna, lors de l'arrêt d'enregistrement
du concordat passe entre les Chartreux et les Bénédictins. il déclara s'opposer formellement à l'homologation de l'article relatif a l'extinction du monastère de >ainte-Austrehertc. Ce ne fut que bien des années après, le i ir décembre 1713, qu'un traité put être conclu entre les parties. Aux termes de cet accord, le président d'Esneval se désistait de toutes les oppositions mises par lui à l'union du prieuré à la Chartreuse. Les Chartreux s'obligeaient, de leur côté, à l'entretien des bûtiments et du manoir du prieuré, et c insentaient à ce que le président et ses successeurs nommissent le prêtre desservant qui serait chargé de dire tous les jours la messe à la chapelle (n ; ils lui assuraient un traitement de 3 00 1. par an, outre le logement et le casucl ; ils autorisaient, en ce qui les concernait, l'union de la petite cure de Pavilly, qui dépendait d'eux, à la grande cure qui dépendait des seigneurs d'Lsneval.
Ce traité ne réussit pas a terminer d'une manière complète la lutte entre la communauté et la seigneurie. Pour en finir avec les procès. les Chartreux, de guerre lasse, cédèrent, le 5 juillet 1773, à M. Ksprit- Robert-Marie Le Roux d'Ksneval, président à mortier, <« le sol, l'église ou chapelle et le manoir de l'ancien prieure de Sainte-Austreberte. à charge par lui de pourvoir à l'entretien et à la décoration du lieu saint, ainsi qu'au dessers ice de la chapelle. *
C'c*t ce qui explique pourquoi la chapelle ne fut pas considérée comme un bien national et ne fut pas aliénée à la Révolution.
Jusqu'à ce jour, elle a conservé son caractère antique. C'est un des rares édifices romans de ce pays. Je ne serais pas surpris que sa construction eût suivi de très près le rétablissement du prieuré.
(1) Jcan-Ilnptistc-Oucn Baudet, oncle du propriétaire actuel et du restaurateur a 1 :1a Ji;ip il», fut 1- d rni r chip 1 u'ndu pri:uré de Sainte-Austrcbjrt :. Vuir la Nutùe Je M. l'abbé B.-ajJet, pp. 6i, 6).
Les manuscrits des xvi c et xvu* siècles, auxquels j'ai emprunté quelques-unes de mes citations, contiennent en outre un censier très intéressant du bourg de Pavilly (1) et quelques notes précieuses à recueillir, au moins pour une histoire locale.
(i) Ce censier fut composé en latin par un nommé Le Forestier. Il en fut fait une traduction française qui commence ainsi :
« L'an de grâce mil deux cents quattre vingts et unze, frère Guillaume le Foretier, religieux claustrier du monastère et abbaye de Sainte-Trinité du Mont Saincte-Katherine-lès-Rouen, demourant en la prieuré de Pavilly» ou temps de domp Robert dit Cousin ou de Criquetot, adonc prieur dudit lieu, feist et composa ce petit extraict, aflin que quiconque soit prieur dudit lieu saiche combien luy doibvent de rente tous ceulx ou celles qui tiennent du fieu dudit prieuré de Pavilly. » Le censier se termine par ces mots : « Cy fine le roulle que frère Guillaume dkt le Foretier, natif de la pair, de S. Vandrille, feist et composa à ses propres coustz et despentz. »
A la suite : « Et sachent tous que le pont de Richebourg (pont d'un quartier de Pavilly) l'an mil deux centz quarante, estoit faict de boys ; et quant il chayet, les tenantz et hommes du seigneur du Plcxis le debvoient trouver, lever et mectre sus. Or advint-il une fois, que Villaume d'Ycrvill:, adonc prieur de Pavilly, aux despendz de ladicte prieuré de Pavilly, feist faire et réparer ledit pont ; et fut faict et édifhé de pyere ; et, pour ce que il n'y estoit point tenu et qu'il ne le debvoit point faire, mais le feist de sa curialité et non mye par coustume, nous conseillons, en bonne équité et bonne foy et tidcllité, que, eu temps que ledit pont cherra, que quiconques soit prieur en ce temps ne le face
faire ne reparer aux despentz de ladicte prieuré ; car ce se roi t
péché mortel, quant il n'y est point tenu, de y despendre ainsy I s biens de l'csglise et de ladicte prieuré. Car, pour ce que ledit prieur l'avoit faict au devant faire, advint que ledict pont chist l'an mil deux centz quattre vingtz et deux, et les gentz de la ville voulloient que le prieur, qui estoit en ce temps, le feist réparer et relever et raruner bien et deuement; mais ilz labourèrent en vain, car ilz ne peurent trouver ne droict ne coustume que il le deust faire. »
En voici quelques-unes :
c L'an mil IIIIc LVIII, le vendredi xin* jour d'octobre, fu fondue une cloque audit prieuré, nommée Marie, sans taire nulz dons de cheulz de la ville, et la cuidercnt destour ber le curé de la mendre porcion et le chappelain de la grande, natifs de lad. ville, disans que c'estoit en leur préjudice. Celluy qui est vray rétributcur et la glorieuse Vierge leur veullcnt rétribuer, et tous les autres griefs et dommages qu'ils ont fait audit prieuré !
€ Le dimence 111 e de décembre ensuivant (1469), Louys de Dreux, maistre Franchais, son frère, enffans d'Esncval, tirent prendre et mettre en criée tout le tenement du prieuré et mettre en la main de la seigneurie, leur perc absent, deffendre le ciellir, recepvoir le paie à toulx les tenans, sur paine d'amende, pour eschever prossez donné despence avec icculx enffans, reccpveurs, procureur, prevost et aultres, lxii s. m d.
c En l'an 1111 e LXX vint à Rouen mons. d'Esneval ; le v e jour de juing fu devers lui plusieurs fois audit lieu de Rouen devers sa femme et enfTans pour avoir paiement de xvn 1. d'arrérages de l'an 1111 e LXIV...
« Le xim e jour de novembre audit an vint ledit seigneur à Pavelli ; retint d'icelle somme de xvn 1, vin 1.
« Item, despencé avec ledit seigneur, femme, enffans, procureurs, receveurs et fermier, pour avoir paiement d'icelle somme, audit an, xl s.
« Le dimence xvi de juin audit an (1471). Louise de Dreux fit prendre et mettre toute la reuenue et appartenance du prieuré, son père absent, à l'essue de grant messe par trois dimenches, rapport au plais, par le prévost, et prinses faictes de tout le tenement dudit prieuré et arrest sur les labours des terres et dismez.
Lan II 11^ LX1I1L
« Item de mon hostc pour xx\ mines de blé, vu 1. x s. « Item de lui pour xv cares de f.ûn, xlv s.
c Item de lui pour xim mines d'avoine, xlv s.
« Nota. — Le jeudi, ix de mars l'an dessus dit, partit l'oste dessus dit nommé Pierres de Kdochennet, escuier du pais de Bertangne, lequel fut logié au priouré, lui vi c et vu chevalx, depuis le dimence vie jour de novembre Tan 1111 e LXIII jusques au jour dessus dit lxiiii, et me lessa une queue de vin vermail, du pris de c sous, et une cedulle en papier qui riens ne m'a valu, et print moult des biens de cest hostel et arrera le bien et empira moult le lieu.
« Nota. — En ce temps estoit le roy de France et le duc de Bertaigne en discord, tant que tous Bertons vindrerent hors de l'ordenance du roy de France et de Normandie ; et s'y en alla le duc de Berry, frère du Roy, le comte Dunays et de Longucville et plusieurs seigneurs et cappitaines, dont fu grant pitié et douleur.
t Nota. — Le jeudi xxi de mars 1111 e LXIIII, vindrent à Pavelli tenir les monstres soubz le comte de Maulévrier, Richard Ville, commissaire, Louis Delà Haie, Pierre de la Salle, licutenanz, et moustrèrent au pray du prieuré xxx hommes d'armes et 4 escuiers environ, et firent screment de servir le Roy bien et loyalment envers tous et contre tous, et leur fut commandé que ilz allessent logier incontinent Avranches, et logièrent au prieuré vm chevaulx et x hommes, jusques au vendredi none, curent foin, avoine, pain, cervoise et moût d'autres choses, pour ce, vu s. vi d.
« Nota. — Le lundi, vm° de juillet, à la requeste du seigneur d'Esncval, vindrent logier deux lances de l'ordenance Mons r du Boul en Paveilli, l'un nommé Bertran Daché. fourrier dud. seigneur, lequel logia au prieuré, lui vi c et vi chevalx et une femme, l'autre nommé Guillaume Daché. son frère, logia quelx Raoul Yve, lesquclx venoient boire, mangoint toulz les jours ensamble, et leurs gens au prieuré, n'esparnoient, ne leurs gens, choses que peussent avoir. Moût en fu chargié l'ostel par ledit seigneur, sa femme, son tilz, maistre Franchais qui venoit
souvent etc., et y furent jusques au xxnir jour d'avril ensuivant IIlIcLXXII.
• Nota. — Le mardi un* de décembre LXXI, Pierre Henri, prevost d'Esncval, et le clerc Blanchet de Bau quemare, procureur et rccepveur, furent sur toux les lieux tenans du prieure, firent arrester et defiendre de paicr lez deniers deubz pour le fenestrage au jour de S ie Austreberte.
c Nota. — Le dimence ix' jour de frevier 1111 e LXXI, vindrent après disner, de par le Roy notre sire, deux commissaires et ung sergent royal en Tostel d'Lsneval, la da moi selle et m de ses filles et plusieurs autres présens, prindrent pocession duJtt hostel, de toutes les rentes, revenues et appartenances de la baronnie et de tout ce que peut appartenir à Robert de Dreux, escuier, absent, après vespres devant l'église; leurent cinq lestres rovaulx, contenantes qui fa i soient assavoir que toulx ceulx qui dévoient rentes ai rérages, deniers Je fermes d'achas, avoient ou savoient où avoit aucuns meubles et immeubles, vinssent devers ijeulx commissaires le dire ou faire dire, sur paine de confiscation de corps et de biens, dedens trois jours, pour cause que ledit Robert de Dreux et chinq de ses entlans soi estoient asentes hors du rovalme et de l'obéissance du Roy.
• Nota. — Le mardi ensuivant, le \i" jourdudit mois, fut crié en la ville de Rouen, à son de trouble, par le Roy notre sire que on bennissoit ledit Robert de Dreux et nu de ses rilz hors du rovalme et de la duché, toutes ses terres, rentes et revenues, seigneuries et appartenances, avec toux ses meubles et immeubles, et là où ledit seigneur et ses entlans seroient trouvez, que l'on les menast au roy ou ii justice. »
Liste des prieurs Je Sainte- Austrcberte de Pavilly y d'après la notice de Bclin, complétée à faide de mes notes.
D. Guillaume d'Yervile, 1240 (1).
D. Robert Cousin ou de Criquetot, 1292 (2).
D. Guillaume Jacob, 1 385- 1395 (3).
D. Pierre Lambert, 1404 (4).
D. Maignet Lambert, 1433.
D. Jean Quiessebout ou Quiseboult, 12 mai 1452. i3 janvier 1478.
D. Jean des Allois, 1489-14 mai 1507.
D. Julien Hamon, 1 5 17-1521.
D. Pierre Le Carpentier, 1 522-1 524 (5).
D. Franc. Le Carpentier, 1549(6).
D. Jean Ribault, religieux profêsdu Bec-Hellouin, abbé d'icelie abbaye, puis abbé de Valmont et prieur de Pavilly par la résignation de François Le Carpentier, en i55o — 9 juillet 1 55 1 .
D. Nicolas Duport, religieux profès en l'abbaye de Valmont, prieur de Pavilly par la résignation de Ribault, en i556.
D. Nicole de Goustimesnil, bailli du monastère de la Sainte-Trinité du Mont Sainte-Catherine, prieur de Pavilly, 23 juillet 1557.
M° Emile Mancenet, chanoine de la cathédrale de Rouen, curé du Boisguillaumc, grand vicaire de Mons. de Brivcs, abbé de Sainte-Catherine, pourvu en commande dudit prieuré par le décès dudit Duport, de l'an 1 558-
(1) Censierdc Sainte-Austrcberte.
(2) IbU.
(3) Qualifié dans le registre de l'Échiquier de Pâques 1 3q5, fo if)5 v° « prieur de l'église de Saintc-Austrebcrte, fondée à Pavilly, sous l'abbé et le couvent de la Saintc-Trinité-du-Montlès-Rouen. » V. Tab. de Rouen, reg. 9, fo 1 33.
(4) Tab. de Rouen, reg. 9, fo 119, i33 ; reg. i3, fb a5i.
(5) Était en même temps, en i522, grand prieur de l'abbaye de Sainte-Catherine.
(6) Etait en même temps grand prieur de Saint-Ouen de Rouen.
Mcssire Henri d'Escoubleau, protonotairc du saint siège, fils de Jean, marquis de Sourdis, prieur de Pavilly par la résignation dudit Mancenet, i5(">2; fut depuis abbé de Sainte-Catherine et évèque de Maillezais.
M c Sébastien Le Grand, clerc du diocèse de Sens, prieur de Pavilly par la résignation dudit d'Lscoubleau, 1572.
M* Mathieu Le Thuillier, prieur par la résignation dudit Le Grand, 1577.
M e Jean Deschamps, prieur par la résignation dudit Le Thuillier, 1577.
M e Henri Le Thuillier, abbé' de Saint-Maurice, prieur de Pavilly, par la résignation dudit Deschamps, Ô7S.
M François Le Thuillier, prieur par la résignation dudit Henri Le Thuillier, 1578.
t En conséquence de toutes les provisions et résignations en commande cy-dessus s'ensuivit ung long procès entre ledit Le Thuillier et Daomp Nicole Commère, Anthoine Langlois et Jehan Le Cauchois, tous religieux de ladietc abbaye de Sainte-Catherine, qui avoient obtenu lettres en court de Rome en forme de dévollut sur les défectuosités desd. provisions en commande des prieurs commendataires ^us-nommés, lequel procès fut terminé par arrest donné en la cour de parlement de Rouen, en l'an 1608, par lequel ledit Le Thuillier fut débouté dudit prieuré, et ledit Le Cauchois envoyé en la pocession d'icelluy, et par ainsy ledit prieuré, en ladicte année 1608, retourna en règle (11.
« Daomp Jean Le Cauchois, soubz prieur de ladietc abbaye, pourveu par lettres de subrogation au droit dudit Nicolle Commère, fut envoyé en possession, par arrest de ladicte cour, d'icelluy prieuré audit an 1608.
• Daomp Guillaume Ellyes, relligieux et omosnier de
(1) Jean Le Cauchois, religieux de Sainte-Catherine, prend le titre de prieur de Pavilly dans des actes du 8 mai 1 5c#5 et 18 juin
ladicte abbaye de Sainte-Catherine, docteur en théologie, aumosnier de la Reyne, prieur des prieurés de-Cléville, de Bréval, et cy-devant prieur de Villaines, a possédé, ledit prieuré de Pavilly, au droit de la permutation faicte d'icelluy avec ledit Le Cauchois pour l'abbaye de Lanvault en Basse- Bretaigne, de l'ordre de Cisteaux, où ledit Le Cauchois est décédé, après avoir esté bénit dans l'église de Saint-Jullien-lès- Rouen par messirc Charles de Balzac, évesque de Noyon et abbé de Saint-Georges-de-Boscherville, en l'année 161 5.
« Messire Nicollas de Hacqueville, seigneur de Ponponne, abbé de ladicte abbaye de Vallemont, par permutation avec ledit Ellyes d'icelle abbaye avec ledit prieuré de Pavilly et ceulx de Cléville et de Bréval, celuy de Cléville, dépendant de l'abbaye de Saint-Etienne de Caen, et Bréval du Bec-Hellouin, en l'année 1622.
« Daomp François Louchart, religieux, chantre de ladicte abbaye par provision pleno jure du prieur et religieux d'icelle abbaye, ledit prieuré ayant vacqué par le décedz dudit s r de Hacqueville, et par ce moien est; rentré en reigle en l'an 1648.
t Daomp Hilaire Belin, grand prieur ef bailly de ladicte abbaye de Sainte-Catherine par provision pleno jure des religieux de ladite abbaye capitulairement assemblés, ledit prieuré vacant par le decedz dudit Louchart, le xx c décembre 1661 (l).
€ Lcdict Belin a pris l'habit de religieux de l'ordre de S. Benoist en ladicte abbaye de Ste-Catherine le 4 e may 1626; il a rendu ses vœux le 22 mars 1629, et fut pourvu à l'office de bailly le 20 febvrier i636, et esleu grand prieur le 17 juillet 1Ô47, laquelle charge il exerce encore maintenant en l'année 1Ô47. ^ a été aussi prieur des prieurés de S. -Nicolas de Caudecotte près Dieppe et de S.-Georgcs de
(i) Adrien Lcpcllcticr, religieux de Sainte-Catherine, prend le titre de prieur de Pavilly, dans un acte de 1641.
Motte lies au diocèse d'Evreux, deppendant de l'abbaye de St-Pierre de Chartres. Il a este vicaire-général de messire Jean de Croisillcs et des abbayes de Saint-Riez et de Jumièges. »
Il eut pour successeur Jacques de Gaugy, religieux de Sainte-Catherine, prieur de Remalard et prieur de Pavilly, 1671-1680, décédé le 18 avril 1694.
Antoine de Gaugy, bénédictin de Troarn, prétendant au prieuré de Pavilly par droit de permutation.
Dom Jean Loir, religieux de Cormeilles, prieur de Pavilly de 170 1 à 1703.
Dom Jean Edelinc, bailly prieur de Cormeilles, pourvu du prieuré de Pavilly, par Claude Le Roux, abbé de Bouge, au nom et comme tuteur et gardien noble du s r d'Esncval, 1713.
Charles Le Tellier de Vaulibert, prieur de Cormeilles, prieur de Pavilly, 1717-1719(1).
Estât du bien et revenu du Prieuré de Ste-Austreberte de
Pavilly.
• Ledict prieure consiste en unne grande chapelle dédiée à la bienheureuse vierge Marie et à Ste Austreberte, dans le cœur de laquelle il y a unne contretable de pierre des carrières de Caen, dans laquelle il y a ung tableau de f Annonciation, et a esté icelle contretable faict construire de neuf par ledict helin, prieur, en la présente année 1667; et dans icelle chapelle, unne autre petite chapelle desdiée au prince desapostres S. Pierre, dans laquelle est le tombeau de ladicte Ste Austreberte, lequel est vénéré de tout le peuple du pays et d'une grande quantité de pèlerins; et au bout d'iccllc chapelle, dans le jardin du
(1) Jctn Chabcrt, religieux de Saint-Victor-l'Abbayc, nommé tu prieuré par les Chartreux, s V tait démis le dernier juillet
sr prieur, se veoit unne fonteyne de l'eau de laquelle les peslerins en boyvent par grande debvotion. Au costé de ladicte chapelle est le manoir du prieur, consistant en unne bassecourt, avec maison, où il y a salle, cuysine, seulle, plusieurs chambres .et antichambre, guernier et caves. Au dcssoubz et vis-à-vis de lad. maison, de l'autre costé de la cour, vers le Septentrion, est unne autre longueur de bastiment qui se compose : une chambre, seulle et caveau, qui est l'appartement que le prieur destine pour son chapelain, au costé duquel sont les escuries, avec unne remise de carrosse, et, au bout de ladict court, est unne vollière garnie de pigeons, au costé de laquelle est ung vieil bastiment.
« Et devant la maison dudit manoir est ung jardin planté de nains, avec deulx parterres à lad. fonteyne de Ste-Austreberte, ledit jardin contenant viron demye acre. »
NOTICE
sur l'église sainte-croix-saint-ouen
L'église de Sainte-Croix-Saint-Ouen fut supprimée en
Le service paroissial fut transféré dans l'église Saint- Ouen, qui redevint église paroissiale, en perdant son titre d'église conventuelle, et à laquelle on attribua, comme circonscription, tout le territoire de la paroisse supprimée, ainsi qu'une partie de celles de Saint-Maclou, de Saint-Godard, de Saint- Laurent et de Saint-Nicaise.
Ce changement eut pour conséquence, d'abord, l'aliénation, et, au bout de peu d'années, la démolition de l'église Saintc-Croix-Saint-Ouen. dont le portail cependant était presque neuf. Il avait été reconstruit par l'architecte Louis-Pierre De France, en 1760 et 1701 ; il avait passé pour un des meilleurs monuments de cette ville, dans un temps où l'on avait pris en dégoût tout ce qui était gothique (1).
Ce portail avait été décoré par le sculpteur Jaddoullc, que nous voyons y travailler encore en 1780. Des grandes
(1) Gravure ayant pour titre : « Élévation du portail de Sainte- Croix- Saint-Ouen, de la composition du sieur De France, architecte, sous sa direction actuelle, 17Ô1. — Dédie aux Seigneurs, Magistrats, Propriétaires et paroissiens de Sainte-Cruix-Saint- Oucn de Rouen, par les sieurs curé et thresoriers de la ditte parroisse. » Jean-Pierre De France, architecte et sculpteur» demeurait à Rouen, rue des Faulx, 172'), 1 7 j> 1 , 17 m; à Paris, en 1750 ; portait dès 1731 le titre d'architecte du Rot.
figures isolées qu'il fut chargé d'y placer, deux, les deux dernières, furent achevées cette année-là.
De France, dont la réputation comme architecte avait été très grande et presque prépondérante à Rouen, dans le milieu du dernier siècle, perdit ainsi son meilleur titre de gloire. Il ne reste de lui que la décoration du chœur de Saint- Vincent, d'un effet théâtral, que plusieurs voudraient voir disparaître.
Jaddoulle ne fut guère plus heureux. Il vécut assez pour voir tomber les deux figures qu'il avait faites pour l'église Sainte-Croix-Saint-Ouen (1) ; le grand bas-relief représentant l'Exaltation de la Sainte-Croix, qu'il avait exécuté pour le portail de cette église ; la statue de Henri IV devant le Vieux-Palais. M. Gilbert (2), dans la notice qu'il a consacrée à cet artiste, dit qu'il restait de lui deux bas-reliefs, qui suffisaient pour faire apprécier son talent, l'un figurant la Charité, qu'on voit au-dessus de la principale porte de l'église de la Madeleine ; un autre représentant la Religion avec ses attributs, au-dessus de l'une des portes latérales de Saint-Ouen.
Ce dernier bas-relief (qu'on ne connaît plus) aurait bien pu venir de l'église Sainte-Croix-Saint-Ouen, parce que le contrat de vente de cet édifice, portant la date du 19 oc-
(1) Le 28 février 1778, on se plaint dans l'assemblée du Conseil de fabrique de ce que Jaddoulle ne finit pas son travail. — Le 9 mai, même année, il promet de terminer ce dont il s'est chargé, notamment les deux figures isolées, avant la fin du printemps de 1779. Comme il n'avait pas tenu son engagement, on le menace de présenter contre lui une requête au lieutenant ginéral du bailliage. La menace fit son effet. Le 3o décembre 17S0 tout était terminé, et l'on n'eut plus qu'à payer cet artiste. — Mathurin-Nuol as Jaddoulle, né à Rouen en 1736, mourut dans la même ville le i5 mars i8o3.
(2) Je ne sais ce qu'il était à M. Gilbert, cité comme architecte de Sainte-Croix-Saint-Ouen dans les registres de délibérations de cette paroisse, de 1780 à 1782.
tobrc 1 7<>3, réservait tout ce qui tenait à sa décoration, comme retables, autels, figures, lambris et inscriptions.
Des le 20 octobre de l'année précédente, à la suite du déménagement, le trésorier en charge avait été autorisé à vendre la contretablc du grand autel qu'ornait un tableau, représentant l'Adoration des Rois, exécuté par Paul Farinatte, vers 1660. si l'on en croit Y Annuaire de Rouen de 1777. Peut-être arriverait-on à retrouver, dans quelques églises des environs, quelques-uns des objets qui avaient appartenu à l'église Sainte-Croix-Saint-Ouen, laquelle passait pour riche et comptait parmi ses paroissiens plusieurs membres des cours souveraines de la province.
Quant à la grande église de Saint-Oucn, transformée en église paroissiale, avec M. Selot pour curé, elle fut choisie par le peintre Lemonnier pour recevoir une partie considérable des tableaux que la contiscaiion du mobilier des églises supprimées et des communautés religieuses avait mis à la disposition de l'administration départementale.
Pour cela il fallut faire quelques changements aux chapelles du chœur, ainsi qu'on le voit par cette délibération des trésoriers de la fabrique :
t Ce jeudi 3k jour du mois de may de l'an 1702, dans l'Assemblée générale tenue dans une des salles du presbytère de MM. les curé et trésoriers de la paroisse de Saint-Ouen de Rouen ;
» MM. les Commissaires, nommés pour le placement des tableaux annoncés dans l'église de Saint-Oucn, ont prévenu l'assemblée que plusieurs tableaux étant déjà apportés, ils avoient conféré avec M. Lemonnier, auteur de plusieurs desdits tableaux, sur la manière la plus avantageuse de les placer ; et après avoir parcouru et examiné attentivement les endroits les plus propres ii leur exposition, il a été reconnu que cette opération exigeoit la suppression de plusieurs vieilles images ou statues de saint"», ainsi que de quelques autels tombés en vétusté et autres
monumens gothiques et regardes comme inutiles, savoir :
» Dans la première chapelle du côté du nord, supprimer le dessus de l'entablement de la contretable de l'autel et deux statues étant au bas.
» Dans la troisième chapelle du même côté, retirer trois figures sur la corniche de la contretable et une statue de saint Sébastien étant au bas.
• Dans la quatrième, supprimer tout l'autel et une statue de saint George étant à côté, et faire faire un devant d'armoire pour fermer un enfoncement qui se trouve auprès.
» Dans la cinquième, supprimer l'autel et le rendre, autant qu'il sera possible, parallèle à celui qui lui répond du côte du midi.
» Dans la sixième, étant la chapelle de la sainte Vierge, supprimer la contretable et ftiutel, demander en remplacement le grand autel du séminaire de Saint-Vivien, faire abattre les deux couronnements en chevrons brisés, qui sont sur deux enfoncemens parallèles sur les deux côtés, et faire fermer ces deux enfoncemens pour usage d'armoire et retirer les deux confessionnaux.
• Dans la huitième chapelle, en descendant du côté du midi, supprimer entièrement l'autel et la contretable.
>» Enfin, dans la neuvième, supprimer le dessus de l'entablement de l'autel. »
Le i5 juin suivant, les trésoriers étaient autorisés à faire jeter bas c toutes les statues nuisibles du côté de la porte dite des Marmousets. »
Ces délibérations reçurent leur exécution, et les tableaux, choisis par Lemonnier et Le Carpentier, ne tardèrent pas à être installés dans l'église.
Le 3o juillet, le curé et les trésoriers consignaient sur leur registre le témoignage de leur reconnaissance particulière et celui des obligations que le public devait à M. Lcmon-
nier, membre de l'Académie française de peinture. « Cet auteur, si digne de peindre d'après ses propres idées, n'a pas, disaient-ils, dédaigne d'employer ses talents pendant plus de six semaines à la restauration et à l'emplacement des tableaux ci-dessous désignés : ils avoient tous considérablement souffert, tant par vétusté que par les froissemens indispensables par leur déplacement et leur transport ; mais cet artiste célèbre a su leur restituer le ton de fraîcheur qui leur convient et leur assigner dans la dite église à chacun la place qui leur étoit propre. »
C'étaient tous tableaux de grandes proportions et représentant des sujets religieux ; ils furent disposés ainsi qu'il suit :
« i. — En entrant par le grand portail, à gauche, on trouve de suite l'ordre des numéros ci-après.
Un tableau de Barthélemi, représentant saint Joseph, figure seule; il vient des Chartreux.
2. — Un tableau peint en camaytu, représentant l'Adoration des Rois, fait par de Saint-Igny, célèbre graveur du temps de Louis XIII.
3. — Un tableau de Sacquespée, de Rouen, élève du célèbre Le Brun. Ce peintre habile a passé sa vie dans ce pays et y a laissé beaucoup d'ouvrages. Il représente le refus d'un édit de Henry VI 11, roy d'Angleterre, qui supprimait les ordres religieux dudit lieu.
4. — Ce tableau représente le mariage de la Vierge. II est peint par Dumont, qui était de l'Académie de peinture de Paris.
5. — Un tableau représentant la délivrance des captifs à Alger, fait par Léger, de Rouen, qui fut élève de Jouvenct ; il vient des Mathurins.
f>. — L'Assomption de la Vierge, par Dumont, faisant pendant; il vient des Capucins de Sotteville.
7. — Saint Mathurin exorcisant une impératrice romaine sous le Bas-Lmpire; il est peint par Sacquespée ; il vient des Augustins.
8. — Superbe tableau de Jean Jouvenet, de Rouen, l'un des plus grands peintres de l'Ecole française, qui a laissé dans sa ville ses plus beaux ouvrages, représentant l'Annonciation de la Vierge. Il était aux Capucins de Sotteville.
9. — 11 représente l'ouverture de la Porte Sainte à Saint- Pierre de Rome, à l'occasion du grand Jubilé séculaire de l'année 1699, par le cardinal de Bouillon. Il se trouve gravé dans l'Histoire de la maison de Bouillon. Ce tableau était dans la sacristie de Saint-Ouen.
10. — Jésus-Christ servi par les Anges dans le désert, par Liébault. Il sort de l'abbaye d'Ouville.
11. — Cette place est réservée pour un tableau de Lemonnier, qui devait être au Séminaire. Il représente saint Paul dans l'aréopage.