SCULPTEURS MICHEL LOURDET ET MAZELINE
Parmi les sculpteurs qui se tirent un nom à Rouen, au xvn e siècle, il faut citer Michel Lourdet (i).
Cet artiste a déjà été mentionné, dans les travaux de notre Commission, par notre collègue M. Stéphano de Merval.
Michel Lourdet est signale, comme sculpteur, dans les Compte* de la cathédrale de Rouen, de i6o3-i6o|. Le chapitre le charge, en 1Ô12, du travail des chasses de l'c^lise métropolitaine, notamment du reliquaire de Saint- Scver. Kn 162»), il traite avec lui pour la peinture et pour la dorure du plafond de la châsse de Notre-Dame.
En i5«j<), Lourdet fait, pour 3*">o 1., une contrctablc avec figures en bosse ronde qui lui est commandée par La fabrique de Notre- I>ame-de-la- Ronde.
Kn H**), il exécute, pour l'église Saint-Maclou de Rouen, un tabernacle et cihoire, enrichi de tableaux de peinture plate en bosse, pour la décoration du grand autel du churur. (a: travail, spécifie dans un marché du 9 septembre toc*», fut paye 5 00 I. à l'aide des deniers Je la confrérie du Saint- Sacrement.
«il In Muhcl L"ur<!ct avait été lauréat pour le nmdciu, au Vus .!•: Dieppe, en 1 >7H. Antiquités de Dieppt, J\W*clinnc, fuibhec» par M. Muh. H*r«ly. p. 189.
En 161 1, la confrérie de Saint- Louis et Saint-Marcouf, établie pour les merciers grossiers en l'église de Saint-Jean de Rouen, lui paya 54 1., • pour avoir taillé en bois de chêne l'image de mons. S. Marcouf, avec le petit priant, ensemble tant pour la dorure et l'entrepié que pour le poser au chœur de lad. église. >
Le 14 juin 1620, Lourdet s'oblige envers le curé et les trésoriers de Saint-Cande-le-Jeune, • à dresser et faire mettre en leur église un grand corps de tableau en bois de chêne, large de sept pieds sur la première base, et de neuf pieds environ sur quinze à seize de hauteur, et de faire construire ledit ouvrage des figures et estoffes savoir : l'architecture et menuiserie conformes au modèle en papier présenté par led. Lourdet. Au bas dudit ouvrage y devoit avoir une forme de tabernacle, l'armoire non saillante sur l'autel, avec les tailles, enrichissements et figures des anges aux deux costés, trois testes de chérubins, les figures de S. Cande et de S. Victor, deux anges aux deux costés des colonnes, ces anges portant le nom de Jésus et la figure de la Résurrection de N.-S., laquelle seroit posée au tabernacle en haut et feroit le couronnement de l'œuvre. > Lourdet devait « faire peindre et vernir, en couleur de bois brun, toute l'architecture de l'œuvre, dorer et enrichir d'or par filets toutes les moulures, dorer tout à plain d'or les chapiteaux de hautes et basses colonnes, les vases, tailles, têtes de chérubins et figures, pour estre en représentation de bronze doré, le tout le plus subtilement et curieusement qu'il pourroit adviser. > Il était aussi tenu de faire et apprêter les panneaux et table de bois pour mettre les tableaux en plate peinture, que devaient faire faire les trésoriers, aux dépens du trésor, tels que : la figure de N.-S., de la Vierge et celle de la Passion*, et de placer cet ouvrage, à ses frais, au grand autel de Saint -Cande, le tout prêt pour Pâques 1621, moyennant 400 livres.
Le dernier septembre i63i, on le voit encore donner quittance à Claude Foumier, écuyer, fils et héritier de
Claude Fournier, docteur es -droits, d'une somme de 3oo 1. pour l'ouvrage qu'il avait exécuté conformément aux termes d'un marché conclu le 28 janvier précédent, et qui servit à la décoration de la chapelle des Fournier, dans l'cgl i se des Carmes de Rouen (1).
La réputation de cet artiste s'était répandue assez loin. On en trouve la preuve dans un autre contrat passé, le 12 février 1616, entre lui et les Cordeliers de Valognes, pour la construction d'un grand corps en contre table d'autel moyennant un prix de i,5oo 1. (2).
Lourdet se qualifiait maître-peintre et sculpteur à Rouen. Il était domicilié sur la paroisse Saint-Martin-du-Pont.
Son fils Pierre, comme lui peintre et sculpteur, fit, en l'église de l'abbaye du Mont-Saint-Michel, en 1645, le grand crucifix, au-dessus de l'autel Saint-Michel, et les fi* gures de S. Benoît, de S" Scholastique, avec deux anges de bois doré. Il est à croire qu'il ne fît pas plus fortune que son père, que nous voyons mourir dans la misère* à l'âge de quatre-vingt-dix ans, et qui fut enterré par charité dans le cimetière de Saint-Godard, le 4 mars 1676 (3).
Michel Lourdet s'était appliqué tout spécialement à la confection de riches cont retable* suivant la mode du temps.
Il n'est pas, sans doute, à désirer que cette mode revienne, mais il n'est pas sans intérêt de conserver lescontretablesqui nous restent, quand elles sont d'un bon goût, et qu'elles ne masquent pas d'élégantes fenêtres.
Afin d'aider les archéologues à dater, avec quelque sûreté, ce genre de construction, qui n'est point étranger à l'objet de l'archéologie, j'ai copié deux devis de contretables, l'un de Lourdet, l'autre de Robert Maxeline (4). Je
(1) Tabellion, de Rouen.
(1) Ibidem.
(3) Actet de l'État civil.
(4) Je ne tau ce qu'il et lit à Pierre Maxeline, né à Rouen en iM3, mort en 170&, dont quelques œuvres ornent encore la galerie de Versailles.
pourrais en rapporter beaucoup d'autres, si je ne craignais d'occuper trop longtemps votre bienveillante attention.