‹ Nouveau recueil de planches coloriées d'oiseaux, pour servir de suite et de complément aux planches enluminées de Buffon, édition in-folio et in-4⁰ de l'Imprimerie Royale, 1770 (volume 3)Chapitre 107 sur 110 · GENRE AMI I NG A · texte numérisé non relu

GENRE AMI I NG A

GENUS PLOTUS. Linné.

Bec long, parfaitement droit, grêle, en fuseau, très-aigu à la pointe; bords de la mandibule supérieure dilatés à la base, comprimés et fléchis en dedans sur le reste; l’inférieure, plus courte que la supérieure, est taillée en angle tres-ouvert; les

deux mandibules finement dentelees à la pointe.

Narines occultes, linéaires, cachées dans une rainure peu profonde.

Pieds courts, gros, forts, retirés dans l’abdomen et hors 1 équilibre du coips; tarse beaucoup plus court que le doigt intermédiaire et l’externe, qui sont égaux; pouce articulé intérieurement au niveau des autres doigts; tous engagés dans une

seule membrane.

Ailes longues, la première rémige moins longue que la deuxieme, troisième et

quatrième; la troisième la plus longue.

Queue très-longue, à pennes roides et élastiques.

L’article Anhinga a été parfaitement traité par Buffon. Son génie fécond en rapprochemens ingénieux a employé son brillant pinceau pour peindre les formes singulières de ce genre d’oiseaux , dont les caractères distinctifs nous offrent en effet l’image d’un reptile ente sur le corps d’un oiseau.

A la lecture d’un tel article, le naturaliste français ne peut tracer

Recueil d? Oiseaux , 64e» livraison.

GENRE ANHINGA.

qu avec défiance de lui -même une notice supplémentaire à ces pages admirables : le naturaliste étranger, convaincu de son infériorité devant un pareil modèle , devrait reculer en considérant toute la difficulté d une tache au-dessus de ses forces. C’est donc en invoquant 1 indulgence du public, et encouragé par l’accueil favorable dont il honore ses écrits, que ce dernier se hasarde d’ajouter quelques lignes à la suite des articles composés par le Pline français.

J ai déjà été plusieurs fois dans le cas d’appeler l’attention des naturalistes sur 1 analogie des formes qui semblent se répéter exactement, sous le meme parallèle, entre les espèces différentes d’un meme groupe, réparties dans les deux mondes (i). Le genre Anhinga nous fournit une preuve de plus à l’appui de cette opinion sur le système de répartition des animaux dans les deux continens. L’Anhinga réparti sur une grande étendue de l’ancien continent et celui quon trouve sous le même parallèle dans les deux Amériques piésentent une organisation et des formes parfaitement identiques j ils offrent même, par la nature et par les couleurs du plumage, la ressemblance la plus frappante : leur manière de vivre est la même dans ces pays séparés par 1 immense étendue de l’Océan , comme par une barrière impossible à franchir sous cette zone tropicale. Ces deux espèces ne diffèrent essentiellement que par quelques légères différences dans la grandeur du bec, par la nudité des côtés de la gorge? par les plumes des scapulaires et par des disparités constantes dans les couleurs de la robe aux différentes époques de l’âge et de la mue- Les variétés de plumage sous lesquelles on trouve les deux espèces mentionnées ont donné lieu à des emplois multipliés, et servent à porter le nombre nominal à quatre espèces.

(i) Voyez à l’article du genre Couroucou et dans les monographies de mammalogie les articles F élis et Molosse.

GENRE ANIIINGA.

Les espèces connues d’Anhingas semblent éprouver deux mues périodiques qui influent sur les couleurs de la livrée, particulièrement sur celles du cou; quelques faisceaux de longues plumes effilées se montrent vers le temps des amours; dans l’Anhinga de l’ancien continent, ce sont les côtés du cou que la nature pare d’un ornement accessoire , composé de longues plumes blanches ; dans l’Anhinga du Nouveau-Monde, l’occiput et une partie de la nuque sont garnis d’une espèce de crinière noire. Lejeune Anhinga est sujet à plusieurs mues avant de revêtir la livrée de Ladulte.

Voici comment il convient de répartir les indications sur les quatre Anhingas mentionnés par les auteurs, et la place que doivent occuper les figures données dans les ouvrages d’ornithologie.

Esp. 1. Anhinga Le Vaillant de nospl. col. o8o;le mâle en livrée complète des noces, Plotus Le Vaillantii et comme synonyme, Plotus Melanogaster , Lath. ind. orn. pag. 8g5, où les deux espèces de l’ancien et du nouveau continent offrent un amas confus de citations réunies. Anhinga roux du Sénégal, Buff.pl. 107 : cette figure audessous de la critique, très-mal coloriée et chargée de roux, est faite sur un mâle adulte. Anhinga Melanogaster , Forst. zool ind. pl. 12 : figure assez exacte du mâle adulte en livrée ordinaire. Patrie certaine , les parties orientales et méridionales de l’Afrique, l’Inde et les îles de Java et de Sumatra.

Esp. 2. Anhinga noir; le mâle adulte, Buff. pl. enl. 960; et pl. g5g la femelle. Voyez aussi Lath. synop. tab. 106 Black bellied danter , la vieille femelle, Wilson Am. ornith. vol. 9, pl. 74. fig. 1 et 2 : figures très-exactes du mâle et de la femelle. G’est Plotus Anhinga des méthodistes. Patrie , une grande étendue de pays dans les deux Amériques.

Les jeunes des deux espèces mentionnées se ressemblent par le

GENRE ANHINGA.

manque total de noir aux parties inférieures du corps et au cou ÿ ces parties sont dans le jeune de la première espèce d’un roux-clair ou isabelle, et dans la seconde d’un cendré terne, un peu plus nuancé de brun au ventre.

3So

Aiihinga

Zeoaz/ZanZ , mâle/.

Jlüeâ

ANHINGA LE VAILLANT.

PL O TUS LE V AILLANTIL Temm.

Mâle, plumage des noces . — Planche 080.

Me voyant dans l’obligation de changer le nom de Plotus mèlanogaster , rubrique sous laquelle Latham confond nos deux espèces, ]’ai cru ne pouvoir faire un choix plus heureux qu’en donnant à l’espèce peu connue de cet article le nom de mon défunt ami. Les ornithologistes de tous les pays applaudiront sans doute à ce choix.

Comme voyageur, Le baillant pouvait se glorifier d’avoir pénétré le premier dans cette partie de l’Afrique méridionale où le flambeau delà civilisation n’avait point encore lui pour ces hordes dispersées; ce pays, de nos jours bien plus facile à parcourir, n’a été exploré d’une manière classique, et sous le rapport de 1 étude de la nature, que par lui. Il fut, comme naturaliste, mieux versé que tous ses devanciers et que ses contemporains dans l’étude pratique de l’ornithologie; sa mémoire est honorée par tous ceux qui partagent ses goûts et qui aspirent à marcher sur ses traces; elle m’est particulièrement chère. Je dois a Le Vaillant et a ses écrits mes piemièies pensées et mon premier élan en histoire naturelle; ses ouvrages et ses conseils me servirent de guides dans l’étude pratique de cette

Recueil d’Oiseaux, 64° • livraison.

ANHINGA LE VAILLANT.

science, et je me plais à reconnaître qu’il posa, à son retour d’Afrique, les premières bases d’une collection qui , passant depuis du père au fils, fait aujourd’hui le plus bel ornement du Muséum des Pays-Bas.

Le Vaillant nous fournit dans son second voyage en Afrique les premiers renseignemens exacts sur la mameie de vivic de 1 espece

figurée pl. 38o.

La dénomination de Slanghals-vogel (oiseau à cou de serpent) que les Hottentots de Le Vaillant donnèrent à l’Anhinga, le caractérise d’une manière bien simple et bien vraie. Soit que 1 Anhinga se perche, soit qu’il nage ou qu’il vole, il est certain que la partie la plus apparente et la plus remarquable de son corps est toujours son long cou grêle, continuellement en oscillation ; dans le vol seul, immobile et tendu, il forme avec la queue une ligne horizontale trèsdroite 5 sa longue queue à pennes fortes et élastiques sert de gouvei nail lorsque ces oiseaux nagent entre deux eaux à la poursuite des poissons dont ils font leur principale nourriture. Quand 1 Anhinga saisit un petit poisson, il l’avale tout entier; mais s’il est trop gros, il l’emporte ou sur un rocher ou sur un tronc d’arbre, et le fixant sous un de ses pieds, il le dépèce à coups de bec. Il établit son nid sur les arbres ou sur les rochers, dans le voisinage des eaux; dun naturel excessivement farouche il est très -difficile de lapprochei, surtout quand il nage ; sa tête dans cet état est la seule partie qui soit à découvert; il plonge continuellement et reparaît à une grande distance de l’endroit où il s’est submergé.

L’Anhinga mâle adulte en plumage ordinaire a la tête et le cou roussâtre clair ou roussâtre mêlé de brun ; le sommet de la tête et f1 nuque étant toujours plus sombres que le devant du cou, la gorge est blanche ou blanchâtre ; une bande d’un blanc pur s’étend sur les cotes du cou depuis l’angle du bec jusque vers la moitié de la longueur

ANHINGA LE VAILLANT.

cou ; les très-longues plumes scapulaires, les pennes secondaires les plus proches du corps, et toutes les couvertures des ailes portent longitudinalement une large bande d’un blanc velouté argentin ; les bords des plumes sont d’un noir parfait 5 une partie du devant du cou, la poitrine et toutes les parties inférieures, sont d’un noir lustré ; tout le reste du plumage et la queue dans toute son étendue sont d’un noir parfait. La femelle diffère peu du mâle, seulement par des teintes moins pures et plus claires. Les jeunes de l’année portent les traces des bandes blanches des côtés du cou; tout le reste du cou est d’un Isabelle clair, le ventre et les parties inférieures d’un isabelle foncé; le dos brun marqué longitudinalement de brun plus sombre ; les plumes scapulaires ne sont point allongées en filets; quoique beaucoup plus courtes que dans l’adulte, elles sont cependant marquées de grisbrun le long des baguettes; toutes les couvertures des ailes portent des bordures d’un gris-brun terne ; les ailes et la queue sont d’un noir mat, et les deux pennes caudales du milieu ne sont point gaufrées sur les barbes extérieures; les flancs et les cuisses sont d’un brun terne. Les jeunes, dans le passage d’une livrée à l’autre, ont le vent re et la poitrine tapirés de plumes noires et isabelles; les scapulaires de longueur moyenne sont d’un gris-brun argentin le long des baguettes.

Le très-vieux male en plumage de noces, figuré pl. 38o, a le sommet de la tête et l’occiput d’un roux-mordoré; une large bande d’un noir parfait couvre les côtés du cou ; au-dessous de cette bande se dessine la raie blanche latérale propre aux deux sexes et à tous les âges ; mais dans le temps des amours se montrent sur toute letendue de cette ligne de longues plumes à barbes décomposées et d’un blanc éclatant; le devant du cou est d’un isabelle clair et sa partie postérieure d’un roux-brun mordoré; les bandes disposées sur les longues

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