‹ Nouveau système d'études philosophiquesChapitre 11 sur 101 · PRODUITS DB LA PKF8ÉE · texte numérisé non relu

PRODUITS DB LA PKF8ÉE

Nous entendons par ce mot les idées.

T. Mais qu'entendons-nous par Idée 7

Il serait à souhaiter que ce mot n*eùt jamais paru dans la science qui nous occupe. Le nombre des acceptions qu'il a subies, Texagération et presque tou* jours la frivolité des discussions qu'il a soulevées , nous le font regarder comme un des fléaux de la phi« losopbie. Au milieu de tant de définitions diverses, quelle sera la nôtre ? en aurons nous une ? un mot d'explication va répondre.

Tous nos sentimens sont liés entre eux, toutes nos sensations entre elles , par d'innombrables rapports. Des liens plus mystérieux encore unissent nos sentimens à nos sensations. Tout se tient, tout doit se tenir dans un être indivisible.

Aiusi , un corps ne m'aflectera pas ordinairement par une seule de ses qualités. Si je vois sa couleur, je verrai sa ^ure et son étendue , son mouvement ou son repos : si je palpe sa forme , je connaîtrai sa solidité , son aspérité : si je respire une odeur lointaine 9 elle me causera du plaisir ou du dégoût : ma langue divisera les parties du fruit dont elle m'apprendra la saveur : si j'entends un bruit inconnu, sur-le-champ je l'attribuerai au choc de quelque»-uns

des corps que j'aurai vus ou touchés. Eu un mot jamais une sensation ne viendra seule. Toujours des collections , que la nature me présente toutes faites , et qui , pour rester en faisceau , n'attendent que le lien dont ma pensée va les attacher. Chacune de ces collections une fois fixée dans la mémoire , par le travail de l'attention qui en a saisi les divers élémenSi par celui de la comparaison qui en a perçu les rapports , va s'appeler Idée.

Que sera l'idée ici ? La notion des qualités qui forment un tout, la distinction de ce tout d'avec les autres.

Je n'ai parlé que des chosos maténelles , sensibles : et déjà la définition va se compliquer.

Que mon attention se porte sur une seule de ces qualités : qu il me plaise, pare:i^emple, de mesurer une surface , de suivre une ligne , de concevoir un point ; ou de regarder seulement la couleur d'un corps : je le puis* Alors les autres qualités sont un moment pour moi comme si elles n'étaient pas. Alors j'ai de la qualité que j'isole une notion exacte , et je la dis* tingue de toute autre. Eh bien, c'est encore une idée.

£lle diffère de la précédente par son objet , par sa formation. En effet, elle ne s'applique pitis à une réu^ l^ion de qualités, elle ne se fait plus par rapprochement de parties. Elle n'additionne pas, comme tout à Vheure ; elle soustrait : et pourtant les deux idées se ressemblent en quelque chose : toutes deux sont une potion , une distinction.

Ce i\'est pas tout« Je puis appliquer l'abstractioa

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dont je vieos de parler, sur un grand nombre d'individus ; isoler tour-à-tour chacune de leurs qualités : puis , rejetant les qualités par lesquelles ils diffèrent « conservant dans ma pensée celles qui sont communes à tous, faire un tout de ces abstractions, additionner ensemble les qualités soustraites , et c'est encore une idée, qu'on appellera générale. Ainsi je conçois, je distingue de tout autre objet ce tfiie je nomme un arbre : et ce n'est ni le sapin , ni le chêne , ni le saule, ni le pommier, ni le cocotier; mais une réunion de quelques qualités que j'ai snccessivement séparées de chacun d'eux.

Si de l'ordre physique, je p^se dans iWdre intellectuel , dans l'ordre moral , même diflerence dans l'opération, même choix de mot pour exprimer le produit. J'aurai Vidée de la justice, de la liberté, de f honneur ; j'aurai c$elle de la littérature , delà poésie , de la science : j'aurai Vidée de la bonté , de l'amour , de l'espérance ; j'aurai celle de ma mémoire , de mon Attention. Dans le premier ordre de ces exemples^ l'idée est un composé, nue combinaison : dans le second, c^est nne abstraction « Et il me faut appeler du même nom le résultat de deux actes si contraires ; sans compter qu'ici leur objet est complètement dif* férent de ce qu'il était tout à l'heure , quand je parlais des corps.

Qu'y a-t- il doncde commun entre toutes ces idées?

« La nécessité d'un signe pour les <listingner, »onl dit quelques philosophes ; et on a défini l'idée par le lAol qui l'exprime.

Autant vaudrait donner un vêtement particulier k chaque classe de la société , et définir Tbomme par l'habit cfVLil porte. Alors , en dépit du proverbe , an serait moine parce qu'on aurait un froc.

Nous n'apercevons entre les idées d'autre caractère commun que celui-ci : notion, distinction. C'est vague : mais à qui la faute ?

Sentiment réflédii et distinct ; idée : sensation ré* fléchie et distincte ; idée : combinaison de sentimens, distincte ; idée : collection de sensations , séparée de toute autre ; idée : notion de rapports bien distingués entre des sentimens et des sensations ; idée.

On voit par ce peu de mots que deux conditions sont nécessaires pour la naissance de T idée: sentir; penser. Et comme on ne peut sentir sans penser, on a des idées dès la naissance.

D'où viennent nos idées ? De nos diverses manières de sentir.

Quelle est la cause de nos idées ? L'action de la pensée sur ce que nous sentons.

Nous n'en dirons pas davantage sur cette matière* Nos principes sont-ils vrais ? il est ridicule d'examiner s'il y a des idées innées, si nos idées viennent toutes des sensations , si nos idées sont en Dieu , etc» Sontrils faux? qu'on les détruise.

Or, nous croyons de bonne foi que la question est décidée. Nous avons écouté^ lu et médité les belles leçon» de M. Laromiguière sur cette partie de la science. A part son système des trois facultés de l'entendement , qui seraient les trois causes de nos idées,

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