PREMIÈRE PARTIE
et des quatre manières de sentir , qui en seraient les quatre origines , nous adoptons complètement toutes ses solutions. Incapables de reproduire avec un égal talent ses ingénieuses analyses, nous renvoyons la jeunesse studieuse i son ouvrage , qui est dans tontes les mains. Satisfaits de Tavoir compris, nous désirons vivement que la philosophie sorte de l'ornière dont ses efforts Font tirée , et sans s'occuper de ces misérables disputes que sa sagesse a calmées , s'avance rapidement à d'importantes recherches. Le plus bel honmiage qu'on puisse rendre aux hommes supé* rieurs , c'est de ne plus remettre en question les vérités qu'ils ont découvertes.
Au reste, ce travail sur l'origine des idées a été traité par les uns avec une importance devant laquelle toute considération disparaissait , par les autres avec un souverain mépris. Nous croyons que des deux parts on ne s'entendait pas sur le sens des mots , inconvénient que les défauts de la langue rendent trèscommun en philosophie. Voici notre avis, que nous jetons entre deux , sans y attacher d'ailleurs le moindre prix.
La question de l'origine des idées en général nous semble inutile , parce qu'elle ne tend pas le moins du monde à rectifier nos jugemens.
Le travail sur Torigine de chacune de nos idées nous parait au contraire la source de toute science, de toute sagesse , le seul moyen de rendre nos jugemens droits et nos actions bonnes.
2, Classerons- nous les idées, comme le font toutes
48 iP^HlLdSOPHIE.
les Logiques, i ^ selon leur origine , en idées sensibles^ intellectuelles , morales : 2^ selon leur nature , en idées simples, composées^ complexes : 5^ selon \es objets auxquels elles s'appliquent , en idées indwi^ duelles , particulières , générales ?
Non : et voici pourquoi.
Dans la première classification , il j A vice de langage et de jnétliode. Vice de langage, en ce que sur trois mots clR0kift«pour désigner les trois ordres d'i-i dées^ il 7 a deux barbarismes et une expression vagué; Sensible ne signifie pas et ne doit jamais signifier , qui naît en nous à V occasion de V action des sens. Sensible veut dire qui peut sentir^ où qu^àn peut sen-^ tir, c'est-à-dire voir, entendre, palper, flairer où goûter : intellectuel dé même signifie qui est du do-^ maine de r intelligente. Toutes nos idées à ce compté sont intellectuelles, pas une n'est sensible. Moral k son tour est un mot violenté dansr son acception quand on lui fait signifier , qui est produit par là sentiment. La philosopbie, qui se plaint toujours èeê langues mal faites, devi*ait bien commencer par ré^ former la sienne.
En second lieu, il y a un vice de méthode, car ces trois divisions rentrent âans cesse l'une dans l'autre. Montre2-moi une idée qui ne prenne son origine que dans des sensations, une autre qui ne se composé que de rapports , etc.
Dans la 2^ classification , nous avouons que laf différence entre les idées composées et les idée^ complexes nous a toujours échappé. Nous serioiur
iPBBMIEBE PABTIE. Ik
Dieu embanrassés ftHVfallail tracer la limite qai les êépai^»»
Qoant aux idées âimjdes, nous n'avons qa'un mot i en dire : toutes s cmt abstraites ^ et A prendre la chose dans sa riéalilé, nous n'en avons jamais. Le géomètre opère sur la surface , le dessinateur tnr la former le peintre sur la coulénr ^ sans contredit.* mais ie peintre, attentif i la coulent, foit en même temps la forme et la surlaee : legémBètre, dans sêê savantes abstracjiiéliplm voit la forme et la éoulenr des corps qu'il néesA#e; et ainsi de suite. L'abstnio^ tion est donc un travail de l'esprit) un travail premiér V indispehsable , sans lequel il n'y a point d'at« tention, partant point de séience. Mais l'cxis^nce de ridée abstraite , Comme idée , est elle-même une • abstraction des philosophes. Nous croyons k l'abstraction, nous ne croyons pas ans idées abs* traites^ ••
Venona i là 3^ classe d'idées , qui noua seinble mériter plus d'intérêt. Mais contentons^iotls de poser quelques principes, qui nous serviront à lasectiott du langage, où l'on doit placer cette théorie* • '^
Nous admettrons des idées individoeUes, pariicu-' lières^ générales, aux conditions suivantes.-^
Il y a deux sortes d'individus ; l'indivisible él* l'in-' divisé (qu'on nous passe ce mot;}
Le premier, c'est l^^êtré pensant : nous eH aVons l'idée, ]D|Ien déterminée, par le sentiment du niol. Cette idée est fixe , inwriable i indépendante du mot qui l'exprime* - '"
5 o 1 : -TMIIX as Q PHI E.
Le secàpd , x'eal l'être étendu « Ja« matière «• le»
corps. Uidée que nous en avons, tantôt c^efttJar.iia-k turiî qui QQ»s la éonne toute £aite «^ en nous pnésen« tant pertainjçs: collections de foiunes, docoulééra-^idé inôuyei»e^s> loutes façonnées ; fiifi cheval^; un diieii^ un arbre, ufte pierre^ Mais: nous pouyona augmenter ou resitreindire celte idée; «nous pouyops bipiserila pierre >éhraiicber l'arbie, mutiler ^kridijevàl^ .et l'idée restte indmduelle comme devant. Tantè^i cet individu .e;st l'œuvre de notre ioleUilgenceiou de nos mains : un poëme, un livre, etai^aàplus fbrtie raiaoii poniiVOns-nous eir étendre y en resserrer Vidées Or,' daix3 ces deux cas, qui -saisira l'idée i&drvidoeUe dans ces perpétuelles .tranà£cu*matio(iis, dans ce . passag;e arbitraire du plus aumoina^de qud droit vièùdra*!^ on nous dûre^^ « Il n'y;a dans le mondé que dès iadi^ vidus? 9 £t qn'est-CQ.que l'individu?, ou eatsfilyqtié je le voie ? Ce gland ? mais il va devenir un châneJ Ce dlltef .'/ mais ses.brânelies vont tomber, souaria Cognée. jSftl^ ibranebeî.maûs elle se diviseBiMi^ lai soie du poiiefêili. Cette bûche ? maia je ne-voispluaqu^i^ monceÂtt d4 .cendre* Ce grain de cendre ?4k;ii;i;oû ait lona-nofi^f l^n dieu! que de miUiarda:.d'\înd3vidus renfermés. dao3 ce - gland* tombé laitmém^d'aia
ch^Qel . . . *; /; n Y !l
Avouons-le donc i k part l'idée du v^ok^,^ il'4lre indi^îsîjalei Tidée individuelle est f^otice, -ofnvéntionaçlLe Qn.atbitrairiî. Ajoutona'que jtoujrlpiersonne elle n^est, la même .; : que llaapeiQt , dm. mémèl)cb0iBal excitera une idée toute différente dans le màqpigfAon.i
P&BMliaB FAUtlB. 5l
jans Taïuitomiste^ dans le hbmtreurf dans Carie Yernet : Fasped de la même plante, de la même feuille, une idée différente dans le botaniste, l'ignorant, et le jardinier : et concinons que le reproclie qu'on a fait aux idées générales d'être yagues , indéterminées, retombe sur les idées individuelles de tout le poids d'une saine logique.
Nos premières idées sont individuelles, ditCoBr dillac ; ce qui signifie que nous commençons par observer des différences t les ressemblances nous échappent, ou nous les niégligeons; eUes^Bcnbai apprendraient rien. Ainsi l'enJEBini coimatt sa mère du moment qu'il a trouvé en elle le trait distinetif qui la sépare de tout autre objet. C'est dans oê sens qu'il individualise.
Puis son idée devient toot à coup générale, si v&m biez cette différence : c'est è dire qa'i l'exee|ition'de cette remarque isolée , tout se confond dainssapen» sée. Voyez comme il a de la peine à c uuwl^fUi r la forme humaine & part de toutes les autres , Mèmneil se trompe long-temps sur les distances, sur les mou-> vemens. C'est qu'il généralise dé la même maniêM qu'il individualisait, sans méthode, sans attiré g^fride que le besoin du moment. Néanmoins^ remarquons un fait : l'individualité, pour lui V c'est )a- seien<:e ; la généralité, c'est l'ignorance.
Or , l'esprit humain ira técijours détnêttiè : il-^stinguera pour apprendre : puis it'Vàrrêtetar'pèur rassembk^ ses découvertes isoMèsl- ë%i TàÉétfdMe ,
52 i PsihosotiHin.
iiovûme dkn% V^i^ttm&i^ avantd'ayoir sépare, s^ilg^w néi'diise saits sairoir quelles diâerenœs il enferme sou» s^^ vastes classifications, il se condamne à ne rieçi «livoir : si au contraire l'idée générale est pour lui le rés\imé de ses études partielles, il possédera la science. Mais &e Foublions pas, dans aucun cas l'idée générale n'est une connaissance nouvelle : c'est un paitit^le repos iticV3t un coup d'œil en arrière. Elle n!e^t,pas plus la science , que l'hôtellerie n'est la rou-« Hey^u^ pour me servir d'une image plus juste, qu'on se46gure,'atlMspmmet d'une tnontagoe qui domine 9lkyaste plàysi^deux hommes! dont l'un est arrivé là AviM.uiie berline • fer méej^ l'autre à pied : dont le premer nlà jamais parcouru ces contrées, tandis que le second, habitant de la vallée, eonnaU tous les lieux d'alentour. Tous deux, placés au tnême point, jouisaept 4u même spectacle. Tous deux ont la vue générale des plaine» et des coteaux d'alentour. Mais rUniéaBMtt et sait où placer tous les détails du pay^^ 4^gd:«4^ll^tre ne voit que ce que la montagne lui ra-» conte s des masses de verdure , des niippes d'eau, des an^s de maisons, et un horizon qui ^ enfuit sous le» brouillards. . '
Ainsi, deux.sortes d'idée» générales } l'une r celle du savant qui récapitule ; l'autre fOelljs de l'igAora^^t qui entasse.
;. Jldéegéi^rale e collection de. ressemblances. .j(. Idée individuelle :. collection de dUfi^riences. .O^^at.à V^dée particulière jrc'iS4( .une collectioa
PKEMIÈKB PAR'TiË. S3
d'iudiyldaalltés , désignées par les qualités qui font le genre : quelques hommes, 5oo Spartiates , etc. Nous en parlerons plus au loog, comme de tout «é qtii précède , en traitant des rapports du langage ayee la pensée.
5. Nous devrions peut-être parler ici de Tassociatlon des idées, de son influence sur nos habitudes intellectuelles et morales. Ce phénomène merveilleux, mis en lumière depuis peu de temps, grâce à la philosophie écossaise , offre à Tobservaleur de si précieux matériaux à combiner, qu^une simple nomenclature de ses causes secondes, comme nous pourrions la faire ici , comme on la fait dans nos écoles, nous semble un travail trop peu important pour un pareil sujet : d'autant plus que la cause première nous échappe; qu'il faudrait, pour la connaître, savoir les secrets de la mémoire, pénétrer le mystère des liens qui unissent la pensée au monde matériel; énigme insoluble à jamais. Or, nous n'aimons pas les recherches stériles ; et nous ne voulons pas faire de divisions sans but. Que nous importe de savoir que nos idées s'uuissent par des rapports de ressemblance, de contraste, de temps, de lieu, de causalité, etc., si nous ne voyons pas dans ces distinctions un moyen de rectifier nos jugemens, de diriger notre conduite ? nous renvoyons à Dugald Stewart les lecteurs curieux de ces sortes d'analyse. Nous chercherons, dans la 2« division de cette i'* jpartie , à faire fructifier ses observations entre nos
Ijors de soi par Tamour des attires, FfaQmme n'est & s» pl^ce qu'autant qu'il oscille entre ces deux jpuis-^ sances : par il en est d^i m<mde. moral comme du inondé physique. Toujours attirébsr vers le çeÂtre. commun pour s y confondre, toujours repoussées loin du centre et tendant à s'isoler , les planètes ne suivent leuif i^oule qu'enlisant qu^ <^es àeiiL forces sont «gales. Que dirions-nous d'une planète abandonnée à la seule force centrifuge, et qui s'en irait prolonge^, son rayon dans l'infini? Ainsi , l'homme qui fut tour jours seul est un être incomplet, et celui qui se sé-f pare de ses semblables, celui qui ne vit que pour lui, a £au8sé«9a nature, 4 répudié sa loi.
Si l^tre pensant devait vivre avec ses- semMabliesy il fallait qu'il les connût et se fît connaitre d'eux. Mais cette connaissance devait s'étendre à la ressem<^' blance tout entière. Or , les hommes ne sontpas seulement semblables par les formes et les mouve-' meus de leurs corps. C est-là le moindre trait qui les^' rapproche, le moindre lien qui les rassemble. Ce qui fait l'homme , «^ le révèle àiPhomme, c'est, nom^j Tavonsditi la èonformité des sentimens et des fa^-^ cultes, la similitude des moyens employés pour' acquérir des idées, c'est la pensée* Orv comniettt^ connaitre la pensée d'autrui?: Comment s'identifiélf. avec SQU être-, se faire /lu pour le comprendre, lor»t qu'entre deux s'élève l'insurnUmtaUe barrièvô des organes corporels ? Sagesse admirable - du* Oréabear ? Ce qui devait l'ÊUre un obstbdfe eist 'devenu :tia rnoyeii : l'enveloppe: qui cachait tapeiisée, rend«|4^'
PRBl^IÈRB FARTIB. 57
traii8pareiite , eu a laissé deviner les secrets : Tintelligence a pu voir, entendre, toucher Piutelli* gence , Thomme a pénëtré Thomme , la société a été possible.
Et qu'on ne se trompe pas ici sur le sens des mots : nous ne faisons pas , tomme quelques pliilos<^be8 , sortir la société du langage. Nous ne supposons pas les hommes, isolés d'abord, inventant la société quand ils s'aperçoivent qu'ils ont un moyen de communiquer leurs pensées. Nous ne disons pas : tes hommes vivent réunis parce qu'ils ont un hingage commun. C'est prendre le moy6n pour le principe , e'est dire :'6irodeta fait le tableau d'Atala parce qu'il avait des pinceaux. Nous regardons le langage comme l'instrument , non comme la raison des communications sociales.- Nous insistops sur cette re^ marque, parce qu^il nous a toujours semblé ridicule dédire que les animaux ne sont inférieurs & rbomme-' que parce qu'ils ont* un langage moins perfectionné. Au lieu de Girodet, prenez un ignorant en pein-« tore, donnez-lui une toile, une palette toute prête, des pinceaux , des crayons : lisez-lui l'Atala 4e Char teaubriand, et vous verrez; ou plutôt votis ne verre» rien.
2. Le langage est nécessaire pour communiquer sa pensée : IVst-il Se même pour penser? Question délicate, un peu trop hardiment décidée peut-être dans nos écoles, et que nous croyons devoir examiner avec quelques détails.
• Commençons liar mettre de icôté notre étàtabluel^
ta PHIXiOSOPHIE.
bord que peu df abstractions dans lenr peaftée et ne gê^ néralisent i^uère que sur des sensations. flp0fo langage naturel des sensations, c'est sans coniredit Timage de* Fobjet qui les fait naître ; et comme ces senâatiMis «r* rivent unies, il n est pa^ étonftunt que Tune d'elles die^ vienne le signe mnémonique de toixtes les autre% L'«c» tion de la vue, par exemple , moins fugitive* que celle» de l'ouïe^ de Todorat , etc. , fourieifii l'expressita ; et la forme, la couleur, c^€'st*à-dire l'image d'une noix de coco noiera dans leur pensée la saveur d«i> fruit , son odeur, la résistance qu'il oppose à la maiéy «H ses divers usages. Us ne songeront à tout cela ^^en voyant 4ntérieurement l'objet. Qu'ont-ils besoin de sign^ graphiques conventionnels , puisque chacune des ehoses nécessaires à leurs besoins s'exprime^ se dislingue des autres^par une image ? C'est donc pur images qu'ils se parlent à eux-mêmes, c'est par imagea (pi'ils pensent. Aussi voyez leur impuissance à concevoir de ipnnds nombres , de Castes espaces. Ces idées ne s'étendent pas pour eux au-delà des arbive qu'ils peuvent compter, de l'horizon qu'ils peuvent parcourir : car l'image est un signe qui restreint U^ pensée. Le besoin d'une cause première ^ ce senti-^ iM^nt si profondément enraciné dans le ecemr dél'homme, ils l'en arrachent, ils le déplacent, ledé« figurent en l'attaiehant à la chose visible; etleûr Dieu, fiutte d'ua langage digne de parler de lui', n'est plusi que le soleil, quelquefois même que le reptile devan«t lequel ils s'enfuient épouvantés. Mais leurs se4rtimens, dira-t<^o, quel ett est le-rigne dans leur es-^i
PKEMiERB PAETI1Ë. g|
ptii? Une image, toujours une image» La colère « e'est un -irtsàge animée des yeui ardens:, des geslea impétueux; lelïonbeur, c'est un sourire; la joie, c'est une suite de bonds fougueux ;. la haine i c'est un arc tendu; la vengeance^ une flèche qui Tole; la terreur , tin homme qui fuit ; le respect , un front prosterné. Doutes-vous de ce langage intérieur ? Étu* diez la langue parlée des peuples , à Torigine de leur civilisation. Tous les mots sont des images i signe vrai^ mais restreint , quand il exprime l'objet physique ; signe métaphorique et faux, quand il traduit des sentimens et des idées^ iQu^est^ce que Fime chex les Grecs? un souffle : <|^x^^ ^ pensée fic^st la parole, Xoyoç. Chez les Romains « qu'est-ce qme Ifli liberté ? une balance : Ubertas , '4ibra. De là tant de figures amoncelées pour la produetsoa fantastique de mille .systèmes et le désespoir delà ptûlosophiet Ignorance »; ignorance profonde pour icfltui'quiiné pense que par imafes! Il aura beau éiaè' pour -se consoler que toutes les idées Tiennent «des sens : èe n'est pas par une faute qu'on se fait afeptQVidrejd'jàne erreur. . *'•.■•; •■•■*j^.i»|
Ainsi rfaommé sauvage semMe ne proserquepar signes», el le langage est commie pour nous Tinairv^ ment nécessaire dasa peniiée. Quelquefois •« il est vrai 9 son iiUtlligeoce^ lultant conÉfrer ces entraves d'une langue imparfaite^ interrogeia sa nature:-et cherchera A pénétrer- ies mystères de- sob^ofigine^ Transporté par exemple dans nos oiimats'^heritouré des prodiges (de notre^ctvilifcation ^ iliroweiraidans
-64 * ^ftttôsbPitiÈ»
iHcm-^e l'image , signe de toute sensation , de^ietlhél/ par extension, signe dé toute idée. Mais , si Fima^ niantpe> quel sera le moyen de langage? quelles peuvent éti^ les imagefs d'un slveuglé^né? à quelle expression peut s'attacher sa pensée ?
Il pense avec des sons^ dtra-t-oii 4 àVee ttes formes'.* Avec des Sôhs? c'est déjà difficile .* le^ sons ne se combinexkt pas d'eux-mêmes , comme les choiei Visibles ; ils ne se ciomposeiit pas d'éléiâêns Êtes et pe'A vaml^les. A peine perçi^s^ ils s'évanouissent} et jetiè crois pas qu'on s'imagine! entendre aUssi aisément que l'on s'itnagihe'voir^ Or^ ne l'oublions -;|^as ^ la settle condition qui- rend le digne indispensable i l'idée ; «'eat sa fiii té I autrement Tidée poUfra iiaîtte et mbti^ rir' i^S'Ini. Ce qui passé , uni à ce' qui passe , ne fér^ pa& (5e qui dure. Reste donc à savoir si une dombriniBii- 'farèti'de sons peut aider la penséi^ comme une comibinëîsen d'iniageài-J'en doute ^ et Horace né le croit
pilSr - . . . ,. . .»..
Sègtiius irritant animos demîssa pér aures , ' '/
' *' Quàm quSB stint btulis subjecta fîdclibus.- " '■■'
Que dirai- je des formes, dont Fimpréssiou, si elle' nVst p^a appuyée par Faction de la vue, s'efTace bi^n plu8:vite,dan$ la main que les sons dans loreille.? hies formes !••• mais elles gênent plus la pensée qu'elles ne la secondent. On a fait à ce sujet , dans l'institur tion d^a. jeunes aveugles , à Paris , une observation bien précieuse. Quelques-uns d'entre eux apprennent les mathématiques, et faus parler- du fameux Sauu'
derson, et de Paingeon, qui les enseigna long-témpit, quelques-uns montrent pout cette science tout abs« traite » des dispositions sio«5Ulières. On a cru que des flgures en relief les aideraient dans l'étude de la géo-^ Inétrie : on leur a taillé des corps ronds , triangulaires ^ carrés^ polygones. Quen est-il résulté? on les a arrêtés dans leur essor , on a ralenti leurs travaux : leur intelligence, s'attachant à la forme touchée, n'a plus compris la forme abstraite : ils ont redemandé leurs lignes sans surface , et leurs triangles imaginaires.
Restent donc les sotts pour expliquer leiir langage intérieur. C'est à eux à décider s'ils entendent leurs idées, comme on dit que nous voyons les nôtres, et s'il y a du bruit dans leur mémoire quand il y a de^ jugemens dans leur raison.
Après tout^ c'est possible , et je n'oserais le nier : tin compositeur peut se chanter intéirieui^enient toute une partition comme nous pouvons entendre un aii^ par souvenir. Et cette puissance d'attention sur des choses si passagères doit être portée par l'aveuglé jusqu'à un degré qu'il ne nous est pas donné de concevoir. J'en puis citei^ un fait étonnant. Un aveugle , avec qui j'avais causé à diverses reprises pendant une soirée , une seule , me reconnut à la voix , deux ans après.
L'aveugle aussi pensera donc par signes : mais une difficulté restera. Je demanderai comment, ne pouvant employer qu'un langage très-inférieur au nôtre , il est cependant capable d'une attention bien supé^
rieure à la nôtre : conimeât il se £»»(, pair exemple, qu^il conçoit plus vke et retient mieux que noué, quand il peut la comprendre , une démons traiiom et géométrie.
Et qu'allons-uous dire de ce malheureux, à qui le Créateur, dans ses impénétrables dessein» , «refusé les deux sens les plus utiles , Touïe et )a vue ? Il a des sentimeos, car il sait son existence, ses manierai d'être , et sa vie est comme la nôtre une alternative de joies et de douleurs. 11 a des sensations, car trois sens lui restent. Donc il pense, donc il a des idées^ Il donne son attention, il compare , il se souvient f il imagine , il raisonne, bien plus faiblement que nous peut-être , et certainement ces facultés s'exercent sur beaucoup moins d'objets : mais il réfléchit surtout , et la question sans cesse présente de son inconcevable nature doit faire le tourment de sa pensée. Il a F idée de nombre, car la diversité de ses manières d'être lui en révèle la succession ; celle de temps , car cette succession lui apprend la durée ; celle d'espace, car ses mains ^ promenées sur son corps , en ont mesuré la surface , et ses pieds en marchant ont multiplie l'étendue : celle de forme , car ses doigts ont parcoum les contours des corps voisins du sien : celles de mouvement^ de solidité, de fluidité, d'élasticité ^ en un mot de toutes les qualités de la matière qui ne sont ni la couleur ni les sons : enûn , il faut le reconnaître , il a l'idée de cause , csFr il a connu les effets de sa volonté, il les a distingués des effets contraires, qui lui ont révélé une volonté étrangère. Idée fé-