‹ Nouveau système d'études philosophiquesChapitre 14 sur 101 · PREMIERS PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERS PARTIE

mères? L'être pensant est donc anéanti à la ntort , ou s'il a des idées encore, elles ne sont donc plus qu'uû retentissement de la connaissance passée , un écho qui se prolonge, yas'aflaiblissant et finit par se taire', parce que les signes, qu'aucune sensation ne renouvelle , s'effacent dans la ménraire et Vévanouissent ?

Voilà pourtant où nous conduisent ces audacieuses tbéories, exagération fantastique dVne cxpëri^n(:é réelle. En étudiant rhomme, Thomme dans faso^ ciété, entouré de tous les trésors de la civilisatibn, de tous les^ aeootfrs des langues, ou voit partottt sa pensdè attachée a un signe. Au lieu d'en tilrer' cette conclusion fondée , que noifs ne pensons qé^avec des signes, que ces signes facilitent les opérations , et que péi conséquent pour bien diriger l'inlelligence humaine» il faut régulariser Finstrument qu elle emploie ; on s'élance tout d^ suite dans k région du possible;: ou crie sur les toits : « J'ai découvert U mystère de la pensée. Elle ne se conçoit que par lé langage., ellê-nt s'explique que par le langage, eUCiU'exis&e quelpaipJc langage! Il faut dos signes pour ayoÂr des. idées ii. » et Ton ne se réveille de son erreur que lorsqur^em^ porté par le tourbillon des conséquences^ bni'apei^ Qoit qu'on a.quilté le sol où l'on avaj4; posé un pied ferme., la place d'où, iiuji effort. • n'aurait pu voiii chasser. . • n / ; î«:ij ':*^

Ainsi va la philoso|)hie :• toujours, répétant de vi^illos observations ^^-et criant à la découverte \ puis} pour donner un air .de: nouveau té à ses systèmes, les surqhargjifant d'Une.^agéi^alioQ vraiment .uetbyjSKÎl j

a quelqup9 mille ans qu'Aristote avait traduit en foripule3, rjçprésienté par des signes, dirigé par des mots tontes ]es opérations de FinLelligence : plus longtemps encore, que les Grecs ^ nps maîtres en .ces beljes théories, appelaient du même nom la parole,^ la penséç , pour faire concevoir leur intime liaison ;| le secours mutuel qu'elles^ se pfiéjteQtf Puis Y<^u est ve;au de nos jours rétf am>er l>revi$t d'invention pour avoir dit la même chose : seuiement on a ajouté ce qii^e la raison d^Aristote n'aur^^it admis jamais ^ quand même il eut siégé i l'Académie française : que la pairolç fait la pensée, et qu'il n-y a p«3 d'idéea sans lan* ^age. lÀ seulement est .l'innovation^ mais aussi là

seulement est Terreur.

§•2, Espèces de langage.

La nature nous fournit, et la société développe en nous plusieurs sortes de langage, qui nous servent , soit pour noter la pepsée à l'intérieur , soit pour la man^ester;au^ehor6.

I . A l'intérieur, nous avons les images, les sons , les formes. Nous ne répéterons pas ce que nous venons de dire sur l'emploi naturel de ces signes. Nous n'avons qu'up mot à ajouter sur Fusage de leurs comr fainaisons artificielles , sujet auquel nous reviendrons en parlant des langues.

Les'im^ ges , par le travail de l'homme , produisent le langage symbolique ; les sons , lé langage articulé'; les formés, le langage graphique.

iOr,/deces trois langages, c'est évideminent le deir-

PHEHIÈAB PA.KTIE. 71

qui seconde le mieux racli^ité de la pensée.

Outre <|a'il faut moins de temps pour voir que pour encendre , el qu'on lit plus vite un livre qu'on ne l'écoute lire , le signe graphique a plus de précision , plus de fixité. La pensée va plus vite en se représentant le mot qui traduit son idée qu'en se le prononçant intérieurement. Et pourtant , les mots écrits ne sont qu'une ti^duction des mots parlés : qpe seraiient-ce s'îls étaient directement 9 comme dans l'arithmétique , la traduction de la pensée ? Or , et cette seule observation me suffira , Gomf>arons les trois manières suivantes d'opérer sur les nombres.

Yous plantez dans votre pare dixrsept arbres f ur une «eu)e ligne; vous pouvez renouveler cette planlatîom trenle-cinq fois«ur le même terrain. Combien po»veâ&-vons planter d'arbres ?

<k>mplez en pensiint aux arbres même. Yous serez fovoé de promener voire attention d'tinités en unités, tout au plus de deux en deux, jusqu^a ce que vous ayîez parcouru le bombre total ; encore vous faudrat-îl des lignes pour noter chaque partie de cette opération, qar vous ne pouvez voir tant d'arbres i Ja fois.

Comptez avec les mots» et dites*moi quel nombre zéaultera de trenien^ing répétitions du nombre dîx- \sefFt t vous n'en finirez pas ^.

* En effet , vous sériée bien bon de perdre du temps à compter trente Ibis le nombre dix en disant, dix, Tingt , trente, quarante, cinquante, etc., lorsque pour le savoir il ue faut qu'écrire 3o, et reculer ce nombre d*uue colonne

p PHILOSOPHIE.

Mais quoi ! déjà votre calcul est terminé i voua ^vez écrit avec un crayoB , ou vous avez vu d:aiis votre pensée le chiffre 1 7 sous le chiffre 55 , et après un instant très court de réflexion, vo.us avez tracé le nombre 595.

Penser avec des images, c^est penser sûrement, mais lentement ; penser avec des sons , c^est penses vite , mais d'une manière confuse : penser avec des caractères , c'est penser le plus sûrement et le plus rapidement possible.

a. A l'extérieur, nous avons trois moyens natu^^ rels pour communiquer notre pensée. I^es. geslea t la physionomie , et la voix.

Le langage des gestes, appelé aussi langsige d'acr tion , consiste dans certains mouvemens du corps , et particulièrement de la tête et des bras. Gomme expression de sensations , il comprend tous les signes qu'oQ peut iaire ppur indiquer la situation ou imi«,

en ajoutant un zéro : puis de faire la même chose pour mul-r tiplîer cinq par dix : puis de chercher combien font sepj^ fols trente, ou trente fois sept, lorsqu'il vous suffit, grâce au zéro, c^cst-à-dire , à la place du 5, de savoir combien font sept fois trois.

On ne saurait croire à quel point cette précision , cette fixité di; caractère graphique peut suiyre la rapidité de la pensée. Nous avons connu u^ jeune homqie de i4 ans, qui additionnait et multipliait en un instant, sans les écrire, les quantités les plus prodigieuses, et ne se trompait jamais. Il est vrai qu*on avait tellement épuisé son ÎPtelligençe sur len signes , qu*0Q l'avait abruti sifr tout U

PRBHlàRB VARTIB. ' 7S

ter la forme des objets qu'on veut frire connaître ; comme expression de sentimens , il se renferme dans un fort petit nombre de mouvemens , qui attirent ou repoussent : enfin comme expression d'idées , il est presqae nul. La convention seule et Fusage peu* vent lui donner un sens précis ; et il faut avouer , qu'en mettant à part quelques gesles dont l'babîtude a fait chez tous les peuples l'accessoire et quelquefois le supplément de la parole , les bommes ont bien peu travaillé ce langage « susceptible d^une perfeo» tion aussi grande que celui des sons, et plus rapide peut-être. On Faccuse d'obscurité^ pahsè qu'on ta compare , tel qu'il est resté , avec celui de la voix y tel qu'il est devenu. Mais l'œil n'a pas phis dé peine^ à décomposer les signes les plus compliqués , que. l'oreille à démêler les combinaisons sonores les plus variées ; témoin l'écriture alphabétique. Le véritable inconvénient de ce langage , c'est d'exiger Taction de la vue , que le moindre obstacle peut intercepter , que les ténèbres rendent impossible ; tandis quel'ouïe, sentinelle vigilante, est toujours là pour'noisa avertir.

Quant au langage de la physionomie , qu'on a mal à propos compris dans le langage d'action , il est resté et sera toujours indépendant des combinaisons humaines. U n'a aucun rapport avec les idées , aucun avec les sensations : mais il est l'expression , et f ose le dire , la seule expression des sentimens. Jamais la plus riche poésie n^a su parler comme le regard « ççin^ie Iç SAurire ; la figure de Didoa t dans le Xa^

l>leau cU Qu^W 9 dit plQ$ qisL^ p^md^fi ry^rantis ab or^ 9 longinLinque bibeka$ (i,w^em. Il faut jdbes meta* pliQrefi à pps langues p<H|r.^iidil^ les se^timeos ; au peinti^eil ^e fis^ut quç copier la i^atur^. l^a poésie re* gagne par le i^ombre ce qu'^lk p^rd ^n ifbiro$ ; die décrit un^si|i^(s d^ pensées ^ ellç développe ^s ca^ ractères je^. variant les ^ti^^tiofts ; le peintre n'a qu'un trftit^^isûr ; w^is ce trait, s'il e^t capable de ^'exprimer ^jç^^ ^ublina#. Le poète fait de^vin^r , le peintrie Ê^jtfçnjtir.

Ce langage isstà lit fois d^^s.tp^ela i^ hvmiaine : un .çç^^fQ^x dédii^igne^hk^o ç, go^fié ses narines ^ rdii Delille enp^laçt d^ TApoUpu du (belvédèm. NmsO' ^uspenAere adiincç , disaient les Romaôis pour vezpnijnçr la railleriç ; ir^tus buacas infl^t^ écc\K Hoiraoe poursrçpj^é&çnter la qplère de J^pitQr. j£t ce/roçkt qu^ la douleur |ih9t , que ^i^q^lét^d0 sillonne de rides profit^de^ , qi^ç )a. joi^ léçlaircitf que la fierté xelève : ces /^ii^cil^ mq^il^s qui se oouitracient poux* jaaenaiçiiçr, jqv^ ^^ redjTfis^f^t if^Q s-éc^rtatat pour eiLprimer la tifp:ei^,:.e( cettiç bQUc|ie dont Içs fornies si flexibles « dont les mouvemens tantôt souples et arrondis ^ tantôt yiolenset cQuyulsifs,, tantôt mystéripyx et presque !Înipex*Q^tibl^ « fb^t distinguer à l'observateur 1/^ SQj^i;^ d^ .1? bo^té ^, cdui de U xwHce, celui de l'amçur 4 j^s fréwssemeps spcrets de la rage , les transpor($.4^ la fureur « le Irpubl^ du méchant, le oalme de la yertu* « . . • •

Qae diis-je ! ces accens , tantôt (îers , tantôt doux , C'estrœil, oui > c'est Toeil seul qui les rassemble tous.

P&EMlàRB PJlETIB. 76

Dans ^ noble structure, en prodiges fîéeiaide.

Le plus frappant n'est pas dç retracer le monde,

De réfléchir les cieux ^ les forêts et les mers ,

Mais dé peindre cette âme où se peint T univers.

Ghef-d^œurre o s* épuisa tout Fart de la nature ,

Ucël marque le remords, la paix d*une âme pure;

Du noble (snthousiasme il exprime le feu ,

Il s'attendrit sur Thomme , il s'élève yen Dieu ;

Il embellit les pleurs , anime le sourire ,

Il caresse , il menace , il accorde , il désire :

Il brille de fureur , s* enflamme d'amitié ,

Se mouille doucement des pleurs de la pitié :

C'est là que Ht Tespoir, qu'étincelle la joie-;

£a de molles langueurs la volupté, s'y noie*

Ce n'est point .labeauté qui fait son omenieat-.

C'est mieux : c'est la raison, l'esprit^ l:e sentiment :

Et dans ce cadre étroit sont peints en traits de flamme ,

Tous les travaux de Dieu , tous les trésors de l'âme.

DEiiui , Imagination , Ch. nu

Tel e$t le langage de la physionomie , langage nni- Tersel et certain , étemel aujet d*études pbnr le vrtiî |K>ète , pour lé vrai peintre : langage que Khommé Ae la société , malgré tous ses eâx>rt8 pour le faire mentir , ne pourra jamais déguiser aux yeux de Tobservateur attentif. Voyez cettç personne que vous abordez dans un saTon : (juelle expression de bonbeur sur sa figure, si vous lui parlez âfi ce qui vous rend heureux 2; Quel abattement, quelle tristesse 4an9 tous ses traits, 3i vous lui racontç^ yos cba^rîns ! Vpus croyez qu'elle partage vos émotions : dupe quQ vom( èl^ , ce3sez de lui p^ler > et regardez-la. L'e^pr^^^/ac-

76^ PHILOSOPMIB.^

lice s'esta évanouie : elle durerait encore> si elte-ëtaîl autre chose qu'une grimace de bienséance.

Il n'est du reste qu'un moyen de comprendre le* langage de la physionomie d' autrui : mais ce moyeQ> est infaillible. Avez-vous remarqué que parmi les ani-^ maux, ceux de la même espèce, ceux que des circonstances particulières rassemblent, se comprennent ert se regardant : que ceux au contraire qui n'ont en Ire eux aucun rapport d'espèce ou de situation ne peuvent s'entendre: que le chien, par exemple, comprend le regard du chat et s'inquiète fort peu de celui de l'oiseau ? Transportant cette observiition. chez nous, h'àvez^Voùs pas vu qu'entre deux écoliers: du ménie collège , et dans ce collège entre Aqux, écoliers de la même classe, il existe une communi^tioïk. de regards que ne comprendrait ni l'élève d'un autre collège , ni dans leur collège l'élève d'une autreclasse ? Que faut-il donc pour s'entendre mutuellement par la physlpnomie? Qommuna\ité de sentiment, sympathie. YqîU poj^rquoi , an milieu d'un cercle., deux amis, deux amans,, un père et son (ils se p^rleat en se regardant. Voilà pourquoi certaines fîgjdrejs nou^ attirent, tandis que d'autres nous déplaiseotn. Ou aime au premier .coup d'œil une personne , et telle autre que l'on voit depuiii longtemps reste insup^portable , parce que la physionomie de l'une exprime ce que noua sentons, tandis que le visage' de l'autre ne nous raconte jamais ^ue des sentimens étrangei^s ^u désagréables. '

Çnfin la troisième espèbe de langage que b natum

tit)us fournisse , c'est le langage deà sons. Il se com* pose de deux élémens : les simples émissions de la voix , et les diverses arlîculations que ces émissions peuvent subir, en raison des mouvemens de la langue, des dents et des lèvres. On a donné au premier de ces ëlémens le nom de voyelles , au second celui de consonnes* Mais les langues à cet égard sont fort inexactes , car il 7 a beaucoup plus de sitnples émissions de voix qu'elles ne reconnaissent de voyelles; beaucoup plus darliculations qu'elles n'ont inventé de consonnes : an , in ^on,eu,x>u, etc. , sont des sons sim« pies y et non des dipbtbongues comme aï, oï^ etc. Quant aux articulations qui manquent dans nos idiomes, il ne nous est pas possible de les indiquer ici, puisqu'elles manquent. On suppléera facilement k ce défaut de citations, en songeant que le ch des Allemands par exemple, le tA des Anglais n'entrent point dans la prononciation française ; que les diffé* rens r des Arabes n'y sont pas représentés , et qu'on ne peut imaginer comment s'aspirait le (f des Grecs. Quelle est, dans le langage des sons, la part du Créateur, la part de l'homme? C'est une question que nous allons examiner en parlant des langues.

78 PHlIr'OSOPdtB*

Page 1