Les mou tme fois choisb , il fallut établir enue
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eux des rapporU de génération ^ ^ dépendance , de combinaison: nul doute que ces rapports ne suivis* sent ceux des idées. Miaif^:<|ui pourra fixer à chacun fi&rigine et tracer !(( liaîsMii^ ses idées ? qui pourra dive^: voici les analogies que les langues auraient dâ observer, représenter?
Dans la génération mutuelle des signes d'abord, c'est impossible ; c'est même inutile. Voyez les lan* gués anciennes , beaucoup plus riches que les nôtres en analogies dans la formation des mots. Prenez quelques-unes de ces analogies , les plus parfaites si vous voulez; âiidaifjiûjv (qui a un bon génie), fortU' naius (celui qui a des richesses), beatus (bien né, benè natiis) ^ prosperitas (la réussite des espérances), successus (la victoire remportée sur les obstacles, sub'Cedere) ^ securitas (Tabsencedes soucis), et/voea (le bon état de Fesprit) , etc. ; 'tous ces mots, fort bienfaits, indiquent des nuanees-, des conditions du bonl^eur : lequeldoit exprimer cet état de F&me? Chacun va choisir selon ses goûts : l'ambitieux verra son bpnheur dans le succès ; l'homme religieux dans les bonnes inspirations de son génie ; le superstitieux dans Theure de sa naissance; le spéculateur dans les richesses ; l'épicurien dans le repos ; le sage dans le calme de l'esprit. L'analogie des idées dans l'un ne sera pas Vanalogie des idées dans l'autre, et vous aurez beau imposer à tous le même signe , vous ne lui imposerez pas vos goûts , vos raisonnemens. Bien des erreurs viennent du langage sans doute, mais bien plus encore des passions, et malgré la folie de
PRBMIERB PARTIE. ^9
la tentative , on aurait plus tôt réformé toutes les langues huuMmes que Ton n'aurait changé l'esprit humain.
Néanmoins, il faut faitnier, nos langues modernes , presque toutes fabriquées avec les débris des idiomes anciens , leur sont bien inférieures sous ce rapport; et pour chercher Torigine de l'idée dans la oontexture du mot* il faut 8an« cesse 's'expatrier, et demander aux vieux Romains, aux vieux Grecs le sens des syllabes qu'ils nous ont léguées. Et encore, combien de fois arrive-t-il que Tétymologie détruit la signification ! en voici deux exemples , que le commencement de cet ouvrage nous oblige de citer.
Qu'est-ce que Philosophie ? Amour de la sagesse , répondent bien des livres, en consultant la forme du mot. Mais qui devinerait, dans cette définition française, le sens grec des mots (fïkeiv et <J0(f{a, sens si juste , si applicable à la science qu'ils indiquaient? (fileïvj ce n'est point seulement aimer ^ mats rechercher, faire tous ses efforts pour posséder. lÀttus^ amuj dit Gyas à son pilote dans l'Enéide. 2o(fia y ee n'est point la sagesse , c'est la science , la raison dans la pratique , l'ordre le plus parfait dans la pensée et dans ïe% actes qu^elle produit. Dites-moi tout cela, et je comprendrai ce que cherche la philosophie.
Métaphysique I mot barbare , épouvantail de l'esprit I quelle idée lui présentes-tu? aucune. Je demande le récit de ta naissance, et )e n'aperçois qu- une forme fantastique , indéfinissable, qui s'agite dans le
chaos. \3.exd<^ aurdelà; voici des bornes à franeliir: au-» delà de quoi faut- il faire voyager ma pensée? (fi(ù,pro^ (luire, engendrer : comment ! au-delà de ce qui fut pro* duit, au-delà de toutes les créatures ! Science léméraii*e, serais-tu donc Tétude du Créateur? Mais non : je me rassure : je t^al entendu parler de l'homme v des anges» des animaux même, de Vétre en général... • Retournons aux sens dérivés : (fiaiq , veut dire na^ ture : tu es donc la science dés choses -surnaturelles? Mais c'est ainsi qu^on désigne la magie : tu es donc la magie? Non, je me rassure encore; il n'y a pas de choses surnaturelles, partant pas de magie: tu es donc la science du néant ?•••• Continuons : ce qui est produit , ce qui est dans la nature , tombe sous nos sens.,, (pas toujours : métaphysique, tu en as mentîv) f u(7ixa a donc voulu dire les faits sensibles. Je le veux bien , mais je ne pouvais pias le deviner. Al/ï^s la métaphysique sera la science de tout ce qui -tié tombe pas sous les sens. Mais que d'études ,- bon Dieu ! ce mot va m'imposer ! Indépendamment de ces intelligences dont je viens de parler tout à l'heure, il va falloir embrasser toutes les lois du monde sensible; car^ à l'exception de la lumière, des couleurs, des formes, des saveurs, des odeurs, des sons, de l'étendue et du mouvement, rien ne tombe plus sous les sens. Toutes les puissances de l'attraction, de réjectricité, de la vie, de l'animalisation , de la végétation , vont rentrer dans le domaine de cette science, et je^ m'écrierai ^vec Newton : O physique, préservetoi de la métaphysique ! puis je me demanderai : à
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quoi sert tout cela pour régler sa raiaoQ et sa conduite, pour être philosophe? puis, dans mon désespoir de jamais connaître tout ce que la métaphysique m'ordonne d étudier, je désespérerai delà philosophie, dont elle est partie intégrante. Et combien mon cfifroi doit augmenter encore, quand je verrai qu'il y a des preuves physiques et métaphysiques ^ des essences physiques et mélaphysUfues , des certitudes physiques et métaphysiques ^ jnsqua des lieux communs métaphysiques ! O vous tous qui enseignez comme moi la philosophie, vous qui comme moi désirez ardeniment les progrès de la science, dites , n'est-il pas temps de secouer le joug de la routine? n'est-il pas possible de chasser de nos livres, de nos leçons, un mot qui les obscurcit, qui les désorganise ? Liguons-nous tous contre cet usurpateur étranger, enËBint posthume d'Âristote, que son père n'a jamais connu, qu'il eût renié lui-même, qu'il aille à jamais loin de nous , grossir le nombre des rêveries abandonnées, avec la théurgle , l'astrologie , la chiromancie , les farfadets et les revenans
Si ; de ces considérations sur l'analogie dans la formation des mots , je passe à leurs diverses combinaisons, à la place qu'ils doivent occuper dans les phrases, pour correspondre à l'ordre des idées dans l'esprit^ même embarras se renouvelle. Quelle méthode suivre? quelle langne choisir? Je sais qu'on a bientôt fait de dire que la langue française est celle dont les constructions sont les plus régulières, représentent le plus fidèlement le travail de la pensée.
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Mais j'ai bien peur que cette assertion ne signifie : }c suis Français, mon pays avant tout. Qui nous a dît que le sujet doit êtrcénoncé le premier, que le 'verbe doit suivre , ou bien Vadjectif? Que signifient alors ces phrases : Malheureux que je suis ! — m^ex'posert moi! pas si sot ! — Si le régime doit toujours suivre le verbe 9 pourquoi cette tournàre, qu'on laisserait dans le même ordre , en prose?
Je me flatte, j^cspère Qu'indocile à ton joug, fatigué de ta loi , Fidèle au sang d'Acfaab qn'il a reçu de moi , Conforme à son orgueil , à son père semblable , On verra j de David Théritier détestable Abolir, etc.
et mille autres semblables que l'ouverture du pre* micr livre venu, que cinq minutes de conversation même feront apercevoir ? On crie contre les langues à inversions : j'avoue que je ne comprends pas ce mot : il n'y a pas d'inversion dans la pensée; il n*y en a pas dans le langage. Il n'y a pas de langues à inversions, ou toutes le sont, relativement aux autres. Ainsi un Allemand qui pense habituell^en tau verbe en dernier lieu , parce que sa langue place le verbe à la fin des phrases, nous accuserait d'intervertir Tordre des idées. Ainsi un Romain reprocherait aux traducteurs de Cicéron , de Virgile, des tournures qui déplacent la pensée de ces auteurs. Mais ce que je comprends', c'est qu'il y a des langnes qui , plus indépendantes que d'autres dans leur syntaxe, plus libres dans le choix de la place qu'elles assignent aux mots ;
PREMIÈRE PÀRTIB. tOS
se plient beaucoup mieux auM» à toutes les combinaisons de la pensée. Telles s^nt, pour parler des langues que nous connaissons^ le grec et le latin , supérieures en cela à l'allemand, et plus encore au français^ qui ne se dérobe qu'avec peine aux exigen<^8 grammaticales ; car on ne transportera jamais Homère littéralement en français comme Yoos l'a transporté dans son idiome. Or, dans ce cas , bien loin de mettre notre langue au-dessus de toutes les autres, si nous lui accordons une clarté plus philosophique , ce n'est pas à ses formes régulières que nous en attribuons le mérite , mais au grand nombre d'écrivains philosophes qui l'ont maniée : et nous ne retrouvons plus cette supériorité , quand nous la comparons avec les langues anciennes sous le rapport de la flexibflité des tournures, si propre à mettre en luoifère la souplesse infinie de la pensée.
Essayez de rendre en français
Me , me , adsum qui feci : in me conver lite fer rum O Rutuli; mea fraus omnis; nibil iste , uec ausus , Nec potuit. Cœlum hoc et couscia sidéra testor.
Vous be le pourrez pas sans déplacer iea |»(Ms , par conséquent les idées , ce qui aérait on afi&eux contre-sens ; ou sans délayer la peasée, par une foule de mots parasites; ou enfin sans être barbare.
1*^. Tuez-moi, tuez-moi! me voici, moi q.di ai faille mal. Tournez votre fer contre moi , 6 Ruiulés : cette ruse est louie mon ouvrage , «etc.
ao. Cest moi , moi , ^ik il faut frapper * c'est moi
qui ai tout fait. Cest contre moi quUlfaut tourner votre fer, ô Rutules ! c^est de moi que ment toute la ruse : lui , n'a rien osé , n'a rien fufaire , etc.
^0. Moi , moi ! j'adyiens qui ai fait : sur moi tour-* nez le fer, 6 Rutules ! mienne la ruse toute, etc.
Ou sent le ridicule de cette dernière version : supposons cependant qu'elle soit française. Que dit ce moi au commencement ? indique-t-il, comme l'ac« cusatlf latin me, une action à faire sur ce moi 7 Qr^ c'est là ce que j'admire surtout dans Virgile.
Quant aux deux autres traductions, la première est un contre-sens, la seconde une paraphrase.
Qu'on essaye de traduire aussi le per ego te^fili „ qui di|^ taift de choses par la place seule que les mots occttpent , et les cas qui les font comprendre.
J'achèverai Çf&^e comparaison par un rapprochemenijioi paratlrii minutieux à quelques-uns, et qui^ selon moi. , renferme un grand sens.
Mutins Scévola , la main sur le brasier , dit à Porsenna : Romanus sum cwis.
Gavius I attaché sur la croix par ordre de Verres, s'écrie : Civis Romanus sum*
Dans les deux cas , il est impossible à la langue française de traduire autrement que dans cet ordre i Je suis citoyen Romain.
Eh bien , dans les deux cas elle a le tort de con« fondre et de manquer l'effet.
Romain ! voilà l'idée dont Scévola veut effrayer le ^oi d' Et ru rie. Le reste n'est qu'accessoire.
Citoyen ! voilà le droit qiji'invoque Gavius , v<hI4
PEEMIÈBB PARTIS. 105
l'idée dont il veut frapper Yerrès. Le reste ne prouve rien.
Je suis est dans les deux locutions la pensée Secondaire , la chose inutile. La pensée principale , celle qui devance toutes les autres dans l'âme de Mutins, dans celle de Gavius, est justement celle que la langue française ne peut exprimer la première. Et pourtant un Français sentirait ici comme un Romain. Un Français ! penserait-il ; c'est un Français qui est devant toi... Un citoyen! c'est un citoyen que tu attaches au gibet! et il lui faudrait pour parler sa langue , bouleverser l'ordre de ses idées. Qu'on accuse après cela les langues anciennes d'inversion !
Toutefois , n'exagérons rien : il est hors de doute que les tournures anciennes ne furent pas toujours déterminées par l'ordre de la pensée; ce n'est pas là ce que nous avons voulu dire. Des besoins de mélodie, des règles d'harmonie sur lesqueUes^nous n'avons que de très-imparfaitçs notions, ont amené peu à peU) ont établi des combinaisons dont on chercherait en vain la raison logique. Chez les Anciens , les poètes ont les premiers manié la langue^ et les poèteai chantaient. Nous avons voulu seulement combattre l'opinion qui fait de la langue française l'idiome le plus philosophique, celui qui reproduit le mieux toutes les nuances de la pensée. Pour traiter à fond cette question, il aurait fallu accumuler de nombreux exemples : nous n'avons pu qu'indiquer le moyen de l'éclaircir, et nous persistons à croire que les langues grecque et latine , exemptes des entraves da
Vfi&tre, sont par cela même plus souples, mieux disposées à suivre l'esprit dans tous les détours de ses idées , sans avoir besoin de traîner après elles un bagage de petits mois parasites , de chevilles qu'on déplace à volonté pour varier les constructions , signes qui par eux-mêmes n'ont aucun sens, et ne représentent rien , que notre embarras à nous faire comprendre.
§• 5. Rapport des Langues aux Idées.
« Les mots sont la monnaie des cboses , » avait dit Bacon , et Bacon avait raison.
Qu'esta qijfene pièce d'argent par elle-même? Un morceau de métal. La convention seule en déterpaine la valeur.
Qu'est-ce qu'un mot ? Un assemblage de sons ou de caractères. Wïflée seule en fait le prix : et la correspondance de l'un à l'autre est de même déterminée par la convention.
Le seul point où pèche la comparaison , c'est que la valeur de la monnaie est fixée par des lois et uniforme pour tous, tandis qu'il n'y a pas de loi qui puisse forcer tout le monde à donner aux mots le
même sens. ^^ * ,
Il en résulte que chacun ne voit dans les mots que la part d^observations qu'il a faites sur les objets que ces mots désignent : il en résulte que le miracle de la tour de Babel se renouvelle à chaque instant dans