PREMIÈRE PARTIE. I
la société parmi les gens qi>i s'imaginont parlel^ltincme langue.
Et qu on ne croie pas -que les idées générales son^ seules exposées à cet inconvénîpfktf'â cause de leur extension. Il en est de même det idées individuelles , à cause de leur compréhension *. En effet ^.plos une idée est générale , p|us elle est simple; plus ou descend vers les classes inférieures^ plus les notions se compliquent. Tout le monde s'entend sur l'idée Xêire , sur les natioqs^de cause ^ de puissance « etc. Tout le monde s'entend-il de même sur les notions de gouucynement , de poésie , à^éducation , elc. ? Il est plus facile d'avoir raison en parlant du genre humain tout entier , qu'en parlant des pfttres , des magistrats, etc. Chacun met sous ccf mots le^-étudea qu'il a faites; et comme chacun , «uivaiil% ses dispositions naturelles \ son éducation ««qn^tet 9 son igei SCS habitudes , sent et juge à sa mani^fp-^tl n^est pas étonnant que les mots se plient k toutes ces différences d'idées. Par conséquent l'idée individuelle^ qui au premier coup-d'œil , a cause de sa précision , de son isolement , semble à l'abn de toute contestation, est plus e;(posée que toute autre à ces milliers d'interprétations diverses. Si je ^prononce le mot Voltaire , croyez vous qu'il aiûra tt^éme sens pour tous ceux qui m'entendront? Si pe ùk^le Moi, pensez* vous que le vieux démagogue , l'ancien sérviteujr
* L'exlQnsion du terme , c'est le nombre d'objets auxquels il s*applique ; sa compréhension , c'est le nombre d'idées qu'il renferme.
lod PHILOSOPHIE
4^^ monarchie, le jeune enthousiaste du régime constitulionnel , le soldat^ Fartlsan, le laboureur, l'étranger , le valet de chambre du prince auront tous la même idée? Â peine si dans la foule de notions diverses que ce mot va susciter dans les esprits, vous trouverez un seul élément commun à toutes. Et pourtant, chacun parlera du même homme :
chacun ea parlera. avec les pensées que ce mot, le Roi , lui rappelle.
Où sont donc, les mots qui ont un sens absolu indépendant det caprices de nos études , de nos goûts? Qu'on les montre , et je comprendrai la querelle des réalistes et des nominaux.
Les pMinMiis prétendaient que les' idées générales amii des types istvariables, auxquels se rapportent tonteé nos pensée» : que ces moules d'idées , ces formel^ premiàres vous sont présentés par la nature: enfin que ]ca> mots qui les expriment nous les font cooilalire tels qu'ils sont en effet.
Les seconds regardaient ces généralités idéales comme de vains fantômes , et l^s mots qui les désignent , comme des sons :
Sunt verba et voces , praetereàque nihil.
Ils assuraient avec Kudace qu'il n'y a dans la nature que des individus.
..Pauvres raisonneur^ 9 qui ne voyaient pas que l'individu nous manque de tous côtés comme le genre : que les langues humaines , malgré leur prétention à gouverner la pensée, se soumettent) dans
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tous leurs signes sans exception, aux acceptions arbi* il aires que la pensiée leur impose : que Tesprit ne peut s'astreindre aux conipartimens réguliers dans lesquels la langue a renfermé fétude de la nature : que tantôt il les déborde, et tantôt se refuse à les remplir : que par conséquent toute recherche sur la liaison intime de la parole en général avec la pensée en général est une recherche de la pieme philoso^ phale ; et que toute dispute à ce sujet est une folie, une guerre entre des ombres.
Hos motus animorum , atque Iiaec certaHîina tanta , Pulteris ezigui jaôtu compressa quiescent.
Âu reste , nous ne parlons des réalittèB et des nominaux que pour déclarer que nous n'en parlerons pas. Tous les champions de cette grande lutte scolastique nous semblent des moulins à vent ; et nous n'avons pas envie de faire le Don Quichotte*
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IlO PHILOSOPHIE.
ipe DIVISION. - LES PRECEPTES.
Bien juger, bien raisonner, puis combiner avec ordre ses jugemens et ses raisonnemeii», voilà le bnt où la philosophie veut conduire l'inlelligence humaine.
Cette division se partagera donc en trois sections : le jugement , le raisonnement , les méthodes. ^