V^ SECTION. — LE JUGEMENT
L'objet de toutes nos études, c'est la vérité.
La vérité , c'est ce qui est.
Tout ce qui est, se tient par d'innombrables rapports , qui sont comme la chaîne des êtres , la trame qui les unit, et forme de l'univers un vaste ensemble.
Or, cet ensemble, ces êtres, ces rapports, tout cela est.
Mais l'aspect de l'ensemble surpasse infiniment notre portée ; la nature des êtres nous est entièrement cachée : la seule part de vérité qui puisse nous appartenir, c'est la connaissance des rapports : à Dieu le reste.
PREMiBRE PARTIE. m
Par eux , nous devinons les êtres.
Par eux, nous comprenons renchalnemeni des causes et des effets.
Par eux, nous divisons, nous classons, nous faisons des sciences, nous sommes une puissance dans la naturç.
Percevoir des rapports, c'est juger.
Tout est donc jugement dans notre esprit , même nos idées.
Le sentiment seul n'est point un jugement ; mais comme on n est jamais borné à un seul sentiment , on ne peut sentir sans juger.
Or, conformer ses jugemens à ce qui est, ne point suppléer aux rapports qui nous manquent par des rapports imaginaires, voilà le premier devoir de Tintelligence , le premier but de la philosophie.
Voyons les moyens qu'il faut mettre en œuvre pour y parvenir.
« Il n'en est qu'un , va répondre l'école de M. de la Mennais ; l'assentiment général. L'individu n'a en lui aucun moyen de connaître la vérité. »
Nous ne répondrons pas plus à ces messieurs du sens commun y qu'ils n'ont répondu aux objections qu'on leur a faites. Nous tacherons seulement d'éviter le cercle vicieux dans lequel tourne leur doctrine.
Us veulent apprendre à l'homme à bien juger : ils lui imposent comme guide le témoignage général , en lui commandant le sacrifice de sa raison. Et puis voilà que pour l'aider à reconnaîti-e , à suivre ce témoign.age , cette raison de tous , ils lui indiquent des
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moyens , lui ti*acent des règles. Ils croyent donc à cette raison individuelle qu'ils prétendent anéantir ; ils la laissent donc juger dans sa propre cause , et en dernière analyse , ils en appellent donc à son autorité. Qu'elle ait à décider directement sur les faits ou sur la légitimité du témoignage qui les lui rapporte , c'est toujours elle qui décide.
Cétait bien la peine de faire tant de bruit.
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