PREMIÈRE PARTIE. la
hypothèse n'est contradictoire à rien de ce qui est , c'est qa'elle ressemble en quelque chose à ce qui est. Forcés d^agir toujours, et par conséquent de toujours juger , il faut bien que nous nous attachions à ces vraisemblances, à défaut de certitude : il faut que les différences s'évanouissent, et que nous n'apercevions plus l'objet que sous un seul point de vue ; autrement le doute viendrait se jeter à la traverse , et le doute est mortel. Il faut donc croire ; et nous croyons*
Mais ces analogies peuvent n'être que très-superficielles, elles peuvent aussi se présenter en foule; elles peuvent être enfin tellement fortes, tellement nombreuses, qu'il ne manque à la croyance ^ pour être certitude , que la solution d'une légère hypothèse. On conçoit dès lors comment la croyance a des degrés illimités, et combien M est difficile de la définir et de la soumettre k des règles.
£n effet, tout en elle dépend des nombres et de la force des motifs qui la déterminent. Mais ces motifs, qui fait leur nombre? qui fait leur force? Une combinaison de conditions si puissantes qu'on ne peut les dompter , si compliquées qu'on ne peut les réduire par l'analyse. Organisation , tempérament , dispositions intellectuelles, éducation, habitudes, passions , servitude ou indépendance de l'esprit , voilà des causes toujours agissantes, toujours mêlées, qui multiplient on restreignent les motifs de nos croyances, et leur donnent une valeur ou arbitraire , ou trop souvent inconnue de celui^-là.même
qui subit leur iufluence* Telle considération vous porte à croire y et moi je la méprise : cette raison tpxi m'entratne TOUS fait sourire de pitié; et peut-être le * motif de Fun pour admettre une opinion sera le mo- , lif de l'autre pour la rejeter.
Que conclure dé là ? que pour passer d'un homme à un autre homme , la croyance n'a qu'une voie : celle de la persuasion. La certitude est forcée; nul n'a le droit dé se soustraire a l'évidence. La croyance est libre ; nul n'a le droit d'imposer la sienne aux autres. Dieu seul peut ordonner de croire. Mais alors, quand Dieu parle, ce n'est plus croyance, cest certitude.
Et puis , observez le dernier trait qui distingue ces deux sentimens. La certitude tsst un état de repos, de jouissance. Dans celui qui la possède, nul transport, nul enthousiasme : il semble qu'il soit rentré dans sa nature, que la vérité soit son élément, sa vie. Montrez-moi une seule grande action qui soit le produit d'une certitude. Avant de la posséder, rhomme s'agite,, se travaille : semblable au fleuve qui veut rompre ses digues , il bouillonne , il se gonfle, il appelle à lui toutes ses puissances : la digue est- elle rompue, il prend paisiblement son niveau dans la plaine. La croyance au contraire est une perpétuelle inquiétude, une énergie sans relâche. On a du lutter contre des doutes , il a fallu de la passion pour vaincre , une sorte d'ardeur aveugle pour embrasser un parti que la froide raison voulait discuter encore. La victoire est remportée; mais l'ivresse du