‹ Nouveau système d'études philosophiquesChapitre 25 sur 101 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

triomphe continue; et dans la crainte de voir ce qu'on a laissé derrière, d'entendre le murmure importun des objections qu'on a franchies , on se précipite eu avant, on s'étourdit, on se persuade %oi* même , et c'est alors qu'on entraîne les autres. C'est nvec des croyances qu'on mène les 'hommes, qu'on bouleverse le monde : c'est avec des croyances qu'on expliquera nos passions, nos folies, nos crimes, nos dévouemens et nos vertus.

Cultivez donc les croyances , vous dont la mifesioA est de gouverner les hommes ou de les instruire. Cultivez-les , car il en est de bonnes , de conformes à la vérité, et croyance n'est pas synonyme d'erreur : puisque la solution est inconnue quand on croit , celle qu'on adopte peut être la véritable , et probablement le signe auquel on distingue une opinion juste, c'est son utilité morale. Cultivez-les, parce que sans elles vous ne trouverez ni obéissance à vos lois , ni confiance dans vos conseils. Cultivez-les enfin , parce qu'elles marcheront sans vous , si vous voulez marcher sans elles. Nos pères n'ont-ils pas cru à la liberté républicaine d'aussi bonne foi que nos aïeux croyaient aux droits monarchiques ? Nousmêmes, n'avons-nous pas cru à la gloire quand le despotisme nous défendait de croire à la liberté ? Eh bien, nos pères ont fait de grandes choses : nous aussi , avec nos illusions , nous avons étonné le monde. Qui sait ce que peut faire la génération qui s'élève., avec sa confiance aveugle dans la perfectibilité du régime constitutionnel ?

i5o PHILOSOPHIE.

4* La croyance s'appelle Foi^ quand elle a pour objet des questions d'un ordre supérieur, qui intéressent essentiellement notre bonheur dans celte vie et dans l'autre. Du reste, une partie de ce que nous avons dit de la croyance s'applique à la foi. Elle ne repose pas sur Tévidence, car où serait son mérite? Il n'y a pas de vertu à reconnaître qu'on existe « que deux et deux font quatre , et que Dieu existe. Elle est libre par conséquent; autrement pourquoi auraitelle 5a récompense ? Les apôtres, témoinsdes miracles du Sauveur, pouvaient-ils les révoquer en doute? Trouvaient-ils dans leur raison une seule hypothèse contre leur cvidence ?Où est leur mérite pour avoir admis la Divinité de Jcsus-Christ ? S'ils n'avaient pas pour eux leur dévouement , leurs sacrifices , leurs bonnes œuvres^ quel salaire leur était dû ? C'était en eux la certitude , et non pas la croyance^ «t non pas la foi.

Mais , dira-t-on , la foi et la raison sont donc contradictoires ?•«. Comment ! est-ce que la certitude est contradictoire à la croyance , la vraisemblance à la vérité ? Ne peut-il pas arriver que le même fait soit évident pour Tun, et seulement probable pour l'autre ? Je vois , je sens la lumière : c'est pour moi une certitude. L'aveugle l'ignore et la croit. La lumière en est-elle moins la lumière ? aurait-elle cessé d'être, parce qu'un aveugle incrédule nierait son existence ? Ainsi marchent ensemble ou séparées la raison et la foi« Quand la première , épuisée de se% recherches , arrive au point où- elle est forcée de re-

PRBHIÈRB PARTIE. i3i

connaître son impuissance , parce que les analogies lui manquent de toutes parts, la seconde se présente, €t parle à son tour. Elle ne discute pas , elle ne démontre pas : ce serait Toeuvre de la raison. Elle révèle , elle dicte , elle impose. La raison n*a rien à dire pour elle, rien à objecter eontre elle : alors croit qui veut. Mais savez-yous ce que fait celui qui ne croit pas ? Il raisonne comme l'aveugle ; il dit : Ce que je ne conçois pas , n'est pas. En d'autres termes : La raison humaine est la mesure qui contient toute vérité. En d'autres termes enQn : Je sais tout.

Et pourtant , que de questions sans réponse , dans le travail de la raison ! La nature Tiumaine , énigme : la vie & venir, énigme : les rapports de F homme jSLwec l'infini , énigme : la nature Divine, énigme plus obscure encore. Sur tout cela , comme sur tant d'autres objets ^ interrogez la raison : pas un mot. Quand la foi vient répondre, si l'on n'adopte pas ses révélations, quelles ressources invoquer, quel parti prendre ? douter? c'est impossible ; nier? c'est absurde ; rester indifférent ? à la bonne heure : c*est ce que font la plupart des hommes ; ils ferment les yeux , et se laissent emporter au tourbillon de leurs affaires ou de leurs plaisirs. Mais aussi quelle responsabilité qu'une pareille indifférence !

Tels sont les principes que nous avons cru reconnaître dans les jugemens humains. Passons aux moyens de les mettre en oeuvre.

et rien de ^lus. L'imagioation fait le reste , et lixi raconte ce qui n'est pas.

Le fou se figure éti*e roi : il l'est réellement dans" sa pensée : il commande et reçoit des hommages. La conscience lui atteste l'enivrement de la puissance r l'orgueil de la souveraineté , les ennuis de son administration , ses bienfaits ^ ses vertus royales. En un. mot elle lui dit ce qu'il éprouve. Et qui oserait contester la réalité de ce qu'il éprouve ? le reste est un rêve.

Le malade enfin qui se plaint de la goutte dans le membre qu'il n'a plus , éprouve réellement les douleurs aiguës de la goutte. C'est tout ce que lui dit la conscience. Le reste est un jugement , résul-. tat d'une vieille habitude. TJn coup d'œil peut le rectifier ; ce coup d'œil c'est Taction des sens ^ et les sens , c'est encore la conscience.

Au reste y nous renvoyons toutes les objections contre Tinfaillibité de la conscience à ce dialogue de Molière , si spirituel , si philosophique.

M. JOUBDÀIir*

Vous m* avez fait faire des souliers qui me blessent furieii-^ sèment.

I£ MÀITBB TÀILLEUR.^

Point du tout , monsieur.

M. JOURDÀIK.

Comment , point du tout !

LE MÀITAX TAILLEUR*

Non , ils ne tous blessent point.

PREMIERE FAUTIB. l33

Page 1