‹ Nouveau système d'études philosophiquesChapitre 33 sur 101 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

aAI80Nlf£MENT PAR AMALTSB* -7- SORITB.

1 • Souvent » bien souvent , il est impossible d'u«nir deux idées par un seul lieu. Dana la multitude d'élémens qui les composent ,.il eu est qui s'ideutifient f d'autres qui se repoussent , uu plus grand nombre qui n'ont entre eux que des rapports fort éloignés.

Or , pour que le raisonnement se comtruise , pour ^ue.Ia conclusion arrive à souhait, il £i«t enchaîner l'un à l'autre ces rapports, de manière que leur ei|« semble seul, et non chacun d'eux , forme le lien des deux idées que l'on cherchait à rapprocher.

Pour que ces rapports s'enchaînent , il faut analyser ces idées ^ c'est-à-dire les décomposer,, voir & part l'un de l'autre chacun de leurs élémens, et œ travail , c'est à l'attention seule qu'il faut en d^manrder le secret. C'est dans ce sens que le génie est une longue patience.

Les hommes accoutumés à cette décomposition perpétuelle d'idées , à cette étude systématique des rapports, franchiront rapidement les intermédiaires^ et ne vous montrant que les deux bouts de la chaîne , vous étonneront par des conséquences imprévues 2 ce J'existe, dira Pescartes , donc Dieu existe. » -<- « Il

PBILOSOPHIB. Il

faut abattre r Angleterre f songera Napoléon; donc il faut conquérir le continent. » Tous deux vous cacheront la liaison des idées » les transformations que la première pensée a subies ayant de dé traduire par la dernière. Mais soyez sûr que ce travail s^est fait dans leur raison, et qu'ils ont lié dés rapports, par analyse , comme le renard de Montaigne : c< Ce ruisseau fait du bruit ;' ée" qtiî' fait dit bruit remue : ce qui 'r€^ mue n'est pas gelé: ce qui'iï'est pas gelé n'eét pas so^ lîdé : ce qui n^é^ pas solide ne peut ine porter : AxmÀ te ruisseau ne Jieut me porter. » ,c

"Cîetle manière de' Vaiwnner n'est qu'une traduction perpétuelle , un déploiement de toutes- les pal^ tié«a'u^ iéëô;

tiC princîi)*' sUp le<Juel cette théorie repose , c'esj h» feit dé 1-a^dodation , de la fusion qui s'établit entre Àos idées. Satis prétendre, comme l'auteur d'une më-^ thode dont on a beaucoup |>arlé dans ces derniers temps, qvte tout est dans tout \, nous pouvons aSrmeuf ^ne tout tient* à tout; qu'il n'existe pas plus dans notre esprit une idée isolée de toute autre , qu'il n'y a dans le monde un seul être sans rapporta avec ttansemble. Tout se tient doxLc , tout se Kc à notre iiisu dans notre intellige&ce, et le pouvoir cki jratsonoement consiste à saisir, à fixer par l'attention àés rapports qui s'étaient formés sans elle. Mai» pi«i les idées sont ou .semblent éloignées l'une, de l'an* tre , pluai cette opéuatibiFest difficile ç c'est donc de l'exactitude des >.cl*^âcaUons que dépend l'ezacti^ iùde-de l'anaij^e^lL est donc d'.t»Bc(éxtDème:îÉipbj>

PBBMIÈRE PA&TIB. |6I

)(aace^ pour se préparer a de bons , à 4e facitet rai^ sonnemens , de surveiller de bonue keuVeiet ItaisoM qui s^é^^lissent enire nos idées. Le devoir: de celui que soa rang , son expérience ou ion âge appellent 4 instruire les autres , est donc de n'ouvrir leur intelligence qu'à des rapports réels, et d écarter bien loin toutes ces associations factices que la routine établit entre nos idées.

Par exemple , un maître dit à son élève : Tu as fait une faute : je t'impose un travail extraordinaire.... Je suis content de toi; je te permets de ne rien faire aujourd'hui.

Le travail est donc un mal, l'oisiveté un bien f

Yoyea^vous la conséquence de cette- liaison d'idées ? plus tard, le devoir sera toujours une génè, un esclavage. Tous les efforts de la pensée tendront vers l'affranchissement du joug : le magistrat haïra sera tribunal, l'administrateur son bureau, le professeur sa chaire , le militaire ses manœuvres , l'artisan son atelier. Ne serait-il pas possible d'essayer la méthode contraire?

Une mèi*e récompense sa fille par une nouveUé^pa*^ rare,- par une friandise ; elle la puait paru^vâf^^ ment simple , par une nourriture sobre, Quel ren-^ versement d'idées ! qui n'en voit les restai tats ?

Et puis, l'on raconte des histoires lugubres , Xâ:^^^ jours aux approches de la nuit : c'est toujours dànâ l'obscurité qu'on place les crimes et les fantômes. Et* puis on fait grand peur de Dieu aux enfans : tout ce qui l^r arrive de bien, c'est à leurs parens qu'ils le

* Il

a64 ^HlLOSOPHIll.

doivent : s'ils mériteat une peine i te'est Dieu qui là leur inflige* Sans songer à Tayenir , on aclkèlie: Famonr filial aux dépens d'un sentiment su|prieurî d'une idée fondamentale , sans laquelle toute morale est chancelante , sans laquelle l'amour filial luimême peut s'efiacer un jour. Nous le demandons encore , ne serait-il pas possible d'essayer la méthode contraire ?

Mais cette question , nous aurions à la répéter trop de fois, si nous voulions indiquer tous les rap« ports fantastiques qui s'introduisent dans notre esprit par supercherie, rapports qu'il est si difficile ensuite de bannir, parce qu'ils se rattachent, par une liaison bien naturelle , au souvenir toujours si cher de nos premières années , de nos premières affections. Heureux celui qu'on disposa de bonne heure à ces précieuses analysesi

2. D'après ce que nous venons de dire^ on voit que cette inanière de raisonner opérant plus sur les rapports que sur les idées elles-mêmes , la forme qui l'exprime dans le langage doit plutôt consister dans un rapprochement de propositions , qui se tradaiaent les unes les autres , que dans une combinaison de termes qui se serviraient mutuellement de mesure* Or, cette série de propositions cousues ensem^ ble, déduites l'une de rauti*e, s'appelle sorite. Le sorîte sera donc la forme du raisonnement par ana« lyse.

• Tout le danger du sorite est dans les transitions : tou| sou mérite dans le maintien du sens qu'on

PREMlàmB P4RT18. lA5

donne aux mots. Car s'il y a solution de contimiîtë, il s'ensuit un fapx rapport ; de là une fausse condulion. Or , il y mirait solution de continuité si un mot changeait de sens d'une proposition à l'autre , oê changement ne fut-il qu'une légère modification.

Nous arrêterons ici ces théories : nous ne donne-* rons pas les règles de l'argumentation : non que nous croyions devoir les désapprouver. Gomme eiiercices pour la discussion , elles sont excellentes : mais cAnm,e préceptes, elles sont inutiles* Une loB^e expéiûence nous a démoiàti^ qu'elles ne peuvent redresser un jugement faux , et q^'elles. pç font que ré-* vêler à l'esprit juste le secret des opérations qu'il sait faire. Nous les . réservons donc pour un cours parlé : dans un livre , elles donnante l'^iiqeigiiemeQ.^ un appareil pédantesque..

tes prilosofhib;

IIP' SECTION. - tes METHODES.

Nous entendons par méthode Tordre qu'on doU mettre dans Fétude de la yërité , ponr la connakre,^ etidans son expression , pour la faire connaître.

Nous prenons ici le inot "Mérité dans son acception la plus générale, (voyei la i'** li^ion de cette a* division).

AidsT il ne s^agit pas seulement des vérités rati^onnélté^ /mais de tons lès faits qu'il est permis a r intelligence d'atteindre et d'observer. Ce que nous allons dire s'applique par conséquent .à toutes les sciences , à tous les arts.

Les sciences observent et coordonnent les faits; les arts les expriment, les imitent ou en produisent de nouveaux.

Mais que seraient ces imitations, si la vérité qui leur servit de modèle n'en faisait pas tous les frais? qu'est-ce qu'un art sans une science qui le dirige et qui Tinspire?

Quel est le but de la poésie , de la peinture , de la sculpture? exprimer, faire sentir la nature, soit qu'elle se développe en^ formes matérielles , soit qu'elle se cache dans les profondeurs de la pensée*

l>BB1lfIÈRE PABTI^C. 167

Comment Texprimer sans la cbbifidttreT comment la conrirttre sans l'avoir étuAiée *?

L'agriculture , la navigation , Varcliitécture ,'8Ôht aussi des sciences avant (l'étfe des arts. Tl Teur (ad!t donc aussi une mélhode pour étudier ce qui est ,' une méthode 'pour mettre en pratique ce qui doit être. ' '

En général, tonle^ les sciences et tous l^s arts n'ont qu'un objet : les besoins de l'homme. ,

La science constate le i>ésoin/ observe et classé tout ce qui peut le sati3faire.

L'art survient alors f et combine des^ moyens' pour obtenir ce résultat. . *

n est donc faux de dire qu^il j ait une méttiode pour le poète, une pour Torateur, une pour le. peintre, une pour l'historien , Hpe pour, le. plsUon sophe, etc.

Tous ont le même but , tous la même méthode : ou , si l'on doit distinguer les moyens d'apprendre des moyens de transmettre, lea mémep méthodes.

* Qui ikit te mauvais poète? L'étude dé la nature diaini Ivs liyres; Qui fait ïeï bons? li^étiide àe la Dàturé daifs la •onscienoe , dans le eèmmercd des iKiamies -, àuùà' ta a^éèM tacle dtt; monde. Leafiits seuls -prodaistntriiiapiratipxuu: -

** C'est à tort qu'on a dit : a leur but est différent : le philosophe vèat convaincre^ Torateiur penuader , le poètd pimre.ii On. ne saurait trop prémonir T esprit def^'|eulies gens contre ces friroles distinetionsk Paurre poète, que cèMi q«i songe mniement k plaire 1 Pauvre plrilosophe, qui ne ]{enie qu'à convaincre ! Classez donc, si tous pourea^ à par^

i6S J^HIXiOSOfHIB.

, Bien, que les sciences et les arts soient divises;; bien que leurs progrès continuels les écartent de^ plus en plus les uns des autres, et les défendent CQHtre dp mutuels envahissemens, il ne faut pas oublier que leur origine est commune , que leur objet est commua : que l'homme est leur point de départ, et le terme fixé pour leur retour. H me semble voir, ces légions, ces flottes, ces caravanes, ces proconsuls, ces questeurs , ces géomètres, ces annalistes ^ ces pourvoyeurs» que R(Hne envoyait àfi tous c6tés pour conquérir , connaître, ou gouverner le monde; pour lui rapporter les tributs/les hpmmages, les pro* ductions de toutes les contrées , et qui , se séparant^ aux rives du Tibre pour tant de missions différentes, se. retrouvaient sur les mêmes bords après avoir parcouru Tunivers. Et cependant une puissance immobile animait et dirigeait tous ces mouvemens : présent au centre et aux extrémités de l'empire , présent sur tous les rayons de ce grand cercle , le sénat prescrivait 1^& fonctions à remplir, indiquait les rontei à suivre, et, sans rien exécuter par lui-même, répandait en tous lieux son active surveillance.

Telle est la pbilosopkie : concentrée dans l'étude de la pensée humaine , dans la conduite de l'intelli-» gence , véritable conseil de l'homme , elle laisse aux

les uns des autres , sous ees trois bannières , Homère , Platon v Bèmdsthène, Virgile, Horace, Cicéron, La Fontaine ^ Molière , Milton, Goethe ^ Voltaire , Fénélon, Bossuet , Ghateaubriand I Quand cesseronsHnous de ne penser qu'arce desmottS -

PRBMlàllB PARTIE. §69

antres sciences, aux arts, le soin de pourvoir aux nécessités de l'être qu'elle dirige : initiée, autant qu'on peut l'être , aux secrets de sa nature et de ses opérations, elle seule peut tracer des métbodes , elle seule doit réunir sur un même point les rayons épars de nos connaissances. Les faits qu'elle étudie sont pour elle seule, mais les règles qu'elle prescrit sont pour tous les travaux de la pensée. Sans sortir de sa sphère, elle étend sur toutes les productions comme sur toutes les études de l'esprit son regard investigateur. En un mot, considérée en elle-même, elle est une science à part : considérée dans ses rapports avec les autres sciences , elle est la méthode de toutes. Sans elle tout est caprice , désordre, chaos. * Qu'on ne s'étonne pas si nous faisons quelques excursions sur le domaine d'autrui. Pour être préparée dans une enceinte , la loi n'en a pas moins son action sm tous les points d'un empirCi^

* Sans philosophie, qu*est-cef qne le poète 1 un Ter«ifi-> cateur. L'orateur? un bavard. Le médecin? un charlatan. Le jurisconsulte? un chicaneur. Le législateur? un homme qui dit oui avec une boule blanche , et non avec une noi^e.

Page 1