‹ Nouveau système d'études philosophiquesChapitre 35 sur 101 · PREMIÈRE PARTIE. f ^g · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. f ^g

De l'analyse , en ce qu'on déploie , pour ainsi dire , les divers élémens dont se compose une idée , mettant d'un côté ce qu'on en connaissait déjà en la rapprochant des idées acquises , de l'autre ce qu'on y découvre de nouveau, de particulier^ d'individuel.

De la synthèse, en ce que le travail précédent n'est rien , ne sert à rien , si on ne lie pas ces ressemblances à ces différences, de même qu'on ignorerait le mécanisme d'une montre si après l'avoir démontée pièce à pièce on ne pouvait pas en remettre toutes les parties à leur place.

Nous ne cesserons de le répéter, parce que nous haïssons les doctrines exclusives, l'analyse et la synthèse ne sont pas deux méthodes , mais les deux élémens d'une méthode , et la définition , comme la division, leur appartient également.

D'où vient donc ce grand courroux contre la définition ? de Tabus qu'en ont fait les scolastiques , et des conditions mesquines qu'ils avaient exigées d'elle. On s'est long*temps figuré que les généralités étalent seules l'objet , l'essence même de la science ; qu'on possédait par conséquent une connaissance fixe et positive quand on avait indiqué la classe à laquelle un être se rattache. La couclusioEi naturelle de cette erreur était que la définition est une espèce de cadre dans lequel doit se renfermer la vérité , un moule où il faut la façonner , dût-on la briser pour l'y introduire. Cette belle opération n'était plus alors qu-une formule dont le verbe être faisait tous les ^*ais ; il fallait dire : Telle chose (l'objet à définir)

i8o PHILOSOPHIE}

est... (son genre prochain) .... (son caractère distiad^ tif ). Quiconque pouvait conduire une idée à cette interprétation laconique savait tout ce qu'on en peut savoir ,. disait tout ce qu'on en peut dire. Ceux qui n^y pouvaient restreindre leur pensée se trouvaient condamnés à une complète ignorance : prétention bizarre, qui s'appuyait, à i'insu même de ses fau* teurs, sur cet axiome : nommer, c^est connaître* De )à tant de folles définitions, comme celle-ci : Vhomme est un animal raisonnable. Gomme si l'on connaissait rhomme, quand on l'a désigné par deux mots« dont Tun est yague, Tautre incompréhensible *. De là aussi , 1» nécessité qu'on s'imposait de mettre une définition en formule à la tête de tous les ouvrages de science , comme si celte récapitula-

* Un mot sur cette définition. Ne cleyait-on pas ayant de l'entreprendre, avant de la dicter, avant de Fadopter, se rendre compte du sens des mots? Qu'est-ce que P animale trouvez-moi , s'il est possible, une définition de ce mot, qui convienne à la fois à la fourmi , à l'huître , à Téléphant,

au hareng, au chien Et puis, de deux choses l'une : oa

^ous admettez que l'animal sent et pense , et alors vous admettez qu'il raisonne. Que devient la définition de l'homme? Ou vous soutenez que l'animal est une machine; et alors il est odieux de dire de l'homme : c'est une machine qui rai<^ sonne. Quelle q^e soit F importance que vous donniez à la faculté que vous appelez raison , vous n^en faites pas moins consister l'essence de l'homme dans cette idée : machine.

Puis, vous violez vos règles : il faut toujours, dites-vous, choisir dans les genres la ressemblance la plus prochaine* J^e dites donc pas Vhomme est un animal.*** car quelle rei-

PBEMIÊRE PARTIE. r^l

lion sommaire de la science en quelques mots appre* nail quelque chose à celui qui va commencer à Tétu^ dier ^. Cette fureur de tout définir de la sorte s^était étendue jusqu'aux idées qu'on ne peut définir d*aucune manière , parce qu'elles sont simples , ou parce que leur compréhension nous échappe : être , rapport, sentiment, point, ligne droite , éternité, iuifini , mots sublimes , qui exprimez les mystères de la pensée , que de fois vous avez subi , pour entrer dans l'étroit formule , l'opération cruelle du lit de Pro* cruste !

£h bien , il eut raison , celui qui combattit cette manie ; celui qui nous 'fit remarquer que nous igna* rons l'essence des choses , et que , forcés de nous entenir à rëlude des qualités , nous n'avons , pour nous rendre compte de nos idées, d'autre travail à faire que de les décomposer dans leurs élémens-, quand toutefois elles sont composées.

Mais il eut tort, quand il enveloppa la définition dans l'arrêt qu'il prononça contre ces forme9 scolas^ iiques« Il eut tort', car il ne parvint jamais à prouver que les deux parties dont la définition se compose peuvent se réduire iune seule, ou s'augmenter d'une troisième. Qu'on développe les définitions par une longue analyse, qu'on les resserre aux formes les plus succintes-, il faudra toujours faire double ope-

Açmblance entre Thomme et le hanneton? Dites plutôt,: r homme est un singe qui raisonne.

* On voit pourquoi nous n'avons pas , en commentant , donné une définition formulaire de la philosophie.

l83 PHILOSOPHIE.

talion sur l'objet qu'on veut connaître : classer et distinguer, unir et désunir; et je dis plus» en dépit de l'analyse > il faudra toujours commencer par la première de ces opérations, montrer à quoi rol>jet ressemble. G'est-là ce qui s'appelle asseoir sur une connaissance acquise la connaissance à venir , aller du connu à l'inconnu.

Au reste , combattre les définitions , c'est se mettre dans la nécessité d'en faire soi-même , puisqu'il faut indiquer l'ennemi que l'on attaque, les4noyens qu'on emploie pour le renverser , le pouvoir qu'on veut substituer au sien. Lisez Gondillac, l'antagoniste le plus prononcé des définitions, des axiomes, des déductions , de la synthèse. Contentez-vous du premier chapitre de sa Logique : vous y verrez une division systématique des cinq sens , la définition de la nature par ces mots : nos facultés déterminées pew nos besoins : des axiomes , des vérités générales à chaque phrase,' des car, des e/o/ic, en un mot tout l'attirail , même matériel , des démonstrations synthétiques. Lui en faisons-nous des reproches ? nullement» Il est impossible d'employer une autre méthode. Mais il ne faut pas qu'on vienne nous dire après cela : « Les idées générales ne sont pas des principes : les axiomes ne servent à rien : les définitions sont le fléau de la science : la synthèse est une méthcNd^

ténébreuse « et autres opinions tout aussi peu

fondées, que la foule répète sur la foi du maître, en riant avec lui du fameux avro; ecpa.

PREMIÈHB PARTIE. tSS

Page 1