‹ Nouveau système d'études philosophiquesChapitre 36 sur 101 · CHAPITRE IK · texte numérisé non relu

CHAPITRE IK

EMPLOI GlÉNéB^L DES DEVX MÉTHODES.

Laquelle des deux méthodes est préférable pour s'instruire soi-même^ laquelle pour instruire lesautres ?

Il est pénible pour un philosophe d'entreprendre l'examen d'une question avec la certitude qu'elle esi mal posée , qu'elle ne peut l'être mieux : et qu'elle doi t rester insoluble.

Noire tâche se barnera donc à en. édaireir le» difficultés , et à prévenir les esprits superficiels con*^ tre les, décisions dogmatiques des faiseurs de sys* tèmes*

Commençons par diviser la question»

1. Peut-on, pour s'instruire soi-même, partir d'une idée générale, ou commence-t-on nécessairement, par deys idées individuelles ? ^

.Mais q^u'entend-on par s'instruire soi-même? est*^ ce le Commencement de toute instruction , l'acquisition des not^ans prebiières , les . découvertes de. l'enfant qui vient de naître?

Enteod-on le retour vers ces idées primitives, letravail que fait le philosophe quand il veut vérifier ses oonnaissances ,. rectifier ses jugemens?

Ëntend'On enfin l'étude spéciale d'une science

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quelconque , d^un art, ou , si Pon veut , de simple^ observations sur les faits qui nous entourent? Dans ces trois cas , la solution n'est pas la même* Dans le premier, s'il est vrai , comme nous Tavons^ dit au cbapitre des produits delà pensée, que noa, premières notions soient individuelles, et que notre^ science date du jour où nous avons saisi une différence, entre des objets, il est évident, non que la mélbode analytique est préférable > ce serait une sottise de le dire, puisqu'à cet âge on ne choisit pa» ses méthodes, mais qu'elle est la seule possible f la seule praticable et pratiquée , la seule que nous im* pose la. nature.

Dans le second cas, tous les efforts de la philosophie doivent tendre à recommencer le travail comme Fa fait la nature. Mais est-ce bien possible? peut*on chasser de son esprit tout ce qui ne fut pas la première pensée? Quand on dit : je pense; j'existe : ne méle-t*on pas malgré, soi à ces avertissemens de la conscience quelque chose que la conscience ne révéla pas en naissant , quelque idée générale sur la pensée, sur l'existence? commence-t-on véritablement par. un fait isolé ? et quand cette prétention serait soutenable, ne s'est-on pas fait d'abords une règle gêné* rate, de ne reconnaître pour vrai que ce qiie la con-.. science révèle, que ce qu'approuve la raison ? Voilà donc un principe , un axiome, mis en tête dfe cette méthode analytique, pour lui servir de règle. Ce principe, je veux bien qu'il soit le fruit de l'expérience , le résultat de l'analyse : sans doute , puisque

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fai dit que la vie intellectiMile commence par des analyses : mais il n'en est pas moins , dans la science qu'on va faire , principe, c'est i[dire, point de départ. Il est donc faux de dire qde dans ce cas c'est la méthode analytique qu'on emploie. *

C'est bien autre chose encore dans le troisième : ngppelez vous notre axiome, tout tient à tout^ et dites s'il vous serait possible d'étudier l'objet le plus frivole, ou la science la plus profonde , tout seul bien entendu , sans avoir déjà , parmi voa idées acquises, quelques idées qui vous servent de guide dans l'examen de celles ^ue vous voulez acquérir.

Tous allçz décomposer une machine pour la connattre : vous faites bien ; mais vous l'avez vuç en mouvement , ou bien vous savez les effets de la rotation, de la pression, de l'élasticité des corps qui hi composent ; et tout en démontant chaque pièce, vous vous appuyez sur ces notiona générales comme sur des principes qui doivent vous faire retrouver le rapport des parties.

Yous étudiez k botanique sans livres, sans mattre ; mais vous apportez dans l'examen, dans l'appréciation des faits individuels , des connaissances générales sur la végétation, sur la porosité des corps , sur la circulation des fluides, etc. Ge sont pour vous autant d'axiomes que vous avez reçus comme préjugés , ou faits vous-même , si vous aimez mieux , d'après vos propres observations : mais enfin ils sont votre règle ^ vos principes ; et s'ils vous manquaient , la botanique ne serait pour vous qu'un mot vide de sens.

i8è JÉ^HILOSOPHlJg.

flafin , vous entreprenez, seul, Tétude. d'une langue : lea faits d'une langue, ce sont les mots^; et certes » vous n'allez pas cominencer par des règles, des idîotismes queTOUs ignorez, puisque ce sont des raipports entre les mots, que vous ignoi*ez jaussi. Mais ne voyfs^ vous pas que vous apportiez à l'examen de celte Ungue, la connaissance d'une autre langue? Que là vous cherchez d'ahord des analogies de mots ,^ de tournures, pour en faire des points d'appui dans voâ analyses ? La grammaire de T idiome maternel est deve« nue, à voire insu, une grammaire générale, dont les locutions , les règles , La- syntaxe , soutiennent sans cesse , et coordonnent dans voire esprit le souvenir des mots étrangers. Si vous en doutez, deman* dez à nos vieux soldais ce qui leur re^te des langues deTEspagnè, deTllalie, de l'/Vllemagne. Sans ins* truction en partant, ne sachant le français que par routine , et non par principes., ils apprenaient par analyse l'idiome des pays qu'ils traversaient. Mais les mots seuls s'entassaient dans leur mémoire. Point d^ règle acquise , point de généralité pour classer leurs éludes partielles : le besoin seul da> moment les di« rigeait, et ce besoim passée la langue apprise s'ef* façait.

Il serait, facile da multiplier les exemples : le résultat serait' toujours semblable. On serait forcé de reconnaître que dans les études même où domine nécessairement l'analyse , la synthèse fournit et I« cadre du tableau , et l'esquisse de la composition.

I^ous n'en conserverons pas moins à la méthoda

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