‹ Nouveau système d'études philosophiquesChapitre 37 sur 101 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

dont nous venons de parler , le nom de méthode analytique y parce que lanalysey domine, parcie qu'elle en fait presque tous les frais. Nous n'en dirons pas moins que c'est la seule qu'on puisse employei^ pour s'instruire soi-même, .puisque c'est la seule qui produise l'expérience en exerçant continuellement Fattention. Nous avons voulu seulement mettre en garde nos lecteurs contre l'esprit de système : en tout, soyez en sûr, ce qui est exclusif est mauvais.

2» Quant à l'enseignement , à la transmission des faits acquis, la question est plus délicate , beaucoup plus compliquée,

Et adhuc sub judice lis est :

6n ne l'a point décidée , on ne la décidera jamais , parce que la solution dépend du mode d'enseignement , de l'objet qu'on enseigne , et des sujets qu'on veut instruire.

lO Du mode d'enseignement : en effet la doctrine ne peut pas se communiquer par l'écriture comme par la parole , ni à la foule comme a l'individu.

Faites donc un livre par la méthode, analytique ! Je déclare , moi , que je n'en connais pas un , et que je n'ai jamais vu cette méthode que sur le titi'e. J'ajoute que la chose est impraticable; parce que«, pour faire un livre , il faut résumer ses^ idées plutèt que les détailler » et que d'ailleurs il est impossiUe de prévoir par qui l'on sera lu. Ce qui pour Fun serait une £istidieuse analyse , offrirait â l'autre tous les mys^ tères deJa synthèse. C'est donc ici purement une af-

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faîi*e de formes : vous prendrez , je le veui bien , les formes de l'analyse ; vous mettrez des décompositions de mots et d'idées, vous habillerez en propositions individuelles vos notions générales, et vous les terminerez par des points d'interrogation. Mais le lec^ teur qui saura la réponse vous dispensera de la question ; et celui qui n'entendra pas la question ne comr prendra pas la réponse.

Dans l'enseignement parlé , au contraire , vous pouvez , vous devez même vous assurer df avance des liotions acquises par vos auditeurs ; vous pouvez redescendre avec eux, s'il en est besoin, jusqu'aux généralilés les plus simples,, ou jusqu'aux détiiils indi*» viduels : sûr du point de départ , vous les guidez alors pas à pas , leup^ cachant votre science , et feignant d'apprendre avec eux. La méthode analytique est possible alors, elle a de la lenteur^ il est vrai, mais elle a du charme. Le maître a l'air du compa* gnon d'études; et tout en conduisant son élève vera l'objet que. celui-ci veut connaître , il lui laisse le plaisir de la découverte^ Par ce moyen , l'esprit ii|dolent avance commo l'esprit vif; et oe dernier, forcé d'attendre , échappe , par son impatience même , aux inconvéniens d^iine «ourse trop rapide.

Iklais dans un livre, comment faire ? Le premier trouvera toujours que vous allez trop vite ; et le second , fatigué de vos inductions , tournera les feuilr lets pour voir la conclusion qu'il est s&r de trouver..

Puis, sous ce rapport, mais seulement dans l'ensei|;nement oral, la méthode analytique a uaiae

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feense avantage : elle exerce rindëpendanoe de la {>ensée. Mais c est à une condition toutefois : vous ne ferez pas les analyses vous-m^me : vous lés laisserez fiiire à vos auditeurs , diissent*ils s*e ti'omper souvent : vous ne redresserez pas vous-même leurs erreurs : il faut qu^ils les rectifient , sous vos yeux^ il est vrai v mais seuls et sans tous. Autrement vous n'analyses plus 1 voUs parlez comme un livre ^ vous faites de la synthèse. "^

A cette considération, ajoutons en une autre ^ relative aussi au mode d'enseignement. Croyez-vous de bonne foi qu'on puisse se contenter de la méthode analytique dans renseignement public? ne montrer à ses auditeurs que les faits , et leur abandonner le soin des conséquences? ne leur apprendre que des mots, et les charger de composer les règles? Laissons le charlatanisme proclamer de pareils paradoxes , l'industrie les mettre à profit^ et la crédulité les admettre^ Kous qu'un peu d'expérience a mis en état de juger ces belles théories ^ d'en suivre les essais et d'en voir les résultats , nous y croirons quand on aura brûlé tous les livres ^ effacé de l'esprit humain toutes les idée3 générales, et anéanti dans la natm*e toutes \gi ressemblances entre les individus.

Faites dominer la méthode analytique dans l'enseignement public , autant que vous le pourrez , plus qu'elle n'y domine en effet ; car il faut le reconnaître, trop d'oracles descendent de nos chaires ; trop d'opinions imprimées passent pour lois par la raison seule qu'elles sont imprimées. Mais parce qu'un édi«

igo PHILOSOPHIE.

fice penche trop d'un côte , croît-on Ta voir remis à sa place quand on Ta renversé de F autre?

Dans Féducation privée, au contraire, cette mé^ tliode est possible, elle est facile, et nous ne man** quons pas de traités qui fournissent à lliomme de bon sens les moyens de l'appliquer. Mais ce serait une erreur grossière de s'imaginer qu'on peut faire de ces traités une règle générale. Ceci nouB ramène aux deux autres conditions que nous avons indiquées.

2^ Toutes nos connaissances ne peuvent pas éga« lement se transmetlire par les mêmes moyens. Il est des sciences qu^on ne peut plus enseigner par la méthode analytique; celles qui, nées avec l'espèce humaine , se sont accrues d'âge en âge d'un si grand nombre de faits , ont donné lieu à tant de systèmes, que la seule analyse^ possible est celle de ces systèmes , chose toute syntli^tique. Redescendre jusqu'aux premiers faits observés^ pour les étudier tous, serait une tentative ridicule, puisqu'elle exigerait dans l'esprit d'un individu là capacité de tous ceux qui l'ont précédé, et dans sa vie la durée de plusieurs siècles , sans parler des. lieux qu'il lui faudrait parcourir. Ainsi la physique, la chimie, l'astronomie, la zoologie , la géographie, et en général toutes \m sciences naturelles , se refusent complètement à cette méthode*.

* N'oublions pas que la méthode synthétique comprend des analyses nombreuses, comme la méthode analytique doit conduire à la synthèse. Ainsi, bien loin de blâmer les analyses cfaimiques, hoûs ne concevons pas que la science puisse

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