‹ Nouveau système d'études philosophiquesChapitre 38 sur 101 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

hes sciences pratiques au contraire , cotnine la tnë« decine, la chirurgie, la philosophie, la politique, ne gagneraient rien à commencer par des synthèses. C'est uii grand nombre de faits qu'il faut amasser d'abord et mettre en ordre , avant de les rattacher à des considérations générales. Il en est de même de tous les arts, comme l'écriture, le dessin, la musique, l'équitalion , la natation, et tous ceux qu'on appelle mécaniques. Dans ces derniers , et dans quelques-uns des précédens , la méthode synthétique est impraticable, elle est mauvaise dans les autres. Ainsi la première leçon d'équitation doit être de monter à cheval , la première leçon de natation de se jeter à l'eau. Fabricando fitfaber^ dit un vieux proverbcf et une heure près du fourneau en apprend plus à une servante que la Cuisinière bourgeoise. Nous ririons d'un cordonnier qui doiltaerait gravement à son apprenti la théorie dv soulier. Moins fou sans doute, mais peut-être atesî blâmable serait le peintre qui enseignerait avec un livre ou des paroles l'art de manier les pinceaux , de combiner les couleurs. Dans toutes ces sciences , dans tous ces arts , la synthèse ne doit jamais se placer qu'après l'expérience, et quelquefois il est utile de la laisser trouver à l'élève. Lui donner toujours le précepte , même après qu'il a pratiqué, c'est l'accoutumer à se reposer sur la science du maître, à négliger par conséquent l'é-

s'en passer. Nous disons que ces analyses , pas plus que les expériences en physique , ne feront jamais la basé de Ten- •eîgn^ment.

k9. philosophie;

preuve qu'il doit faire lui-même , lians la conyictioii où il est de recevoir de vous ce qu'il a cherché.

Enfin, il est des sciences qui se prêtent également aux deux méthodes , comme l'histoire, le droit natu* rel, la littérature, l'enseignement des langues»

L'histoire , il est vrai , sie compose de faits ; mais avant de les étudier, on peut les classer d'avances les progrès de la civilisation chek un peuple, ses rapports avec les autres nations, ses mœurs, ses diverses formes de gouverhement, sa littérature , peuvent of* frlr autant de divisions synthétiques sou^ lesquelles viendront te ranger les faits correspondans. Yoye» l'admirable usage qu'ont fait de cette méthode Gibbon, Bossuet, Montesquieu^ LIseiE les annales dé Tacite, vous aurez un modèle de l'autre;

Voulez -vous apprendre l'allemand? étudiez la grammaire de Meldinger> et lisez les auteurs , puis convergez avec des Allemands : méthode synthétique; Ou bien, si vous préfères^ l'autre méthode, prenez la poste , voyagez en Allemagne , séjoumez-y : mais n'oubliez pas de prendre Meidinger pour compaguoti de voyage.

3^« Mais ce qui doit influer avant tout sur le choix delà méthode qu'on emploie, quand ce choix est possible « c'est la nature des sujets qu'on veut instruire. La méthode analytique est lente , mais elle amuse ; l'autre est rapide , mais effrayante : elle éiige de la part du maître une grande précision dé langage, une autorité d'expérience diincile à établir; de la part de Télève , une confiance entière danè la

pr'kmiêhe paktie. 193

iicience dn mattre, un esprit vif et pénétrant, une attention soutenue , et la conviction profonde que le travail n*est pas un jeu. Elle convient par conséquent aux caractères fermes , aux raisons solides , aux hommes avides de connaître , et capables d'étudier par eux-mêmes , mais pressés de savoir. Avec ceuxlà , pas de danger : donnez le pirécepté , ils trouveront l'application : posez les principes , ils verront la conséquence : tracez le cadre , ils sauront le remplir. Si vous avez à conduire au contraire des imaginations ardentes , faciles à distraire, des mémoires heureuses, dont la capacité, fruit d'une heureuse nature, doit peu aux exercices de l'attention , des esprits souples à toutes les impressions , mais rebelles au joug , et toujours en garde dontre une autorité dont ils n'ont pa's vérifié les pouvoirs ; laissez de c6té vos préceptes, ils les effaroucheraient; vos principes , ils n'en voudraient pas. Analysez avec eux : multipliez les faits, en cachant Fart qui les rassemble : ils vous devanceront, soyez-en sûr, et renseignement ira vite. Parcourez ensemble l'Allemagne, sans dire que vous avez Meidinger dans votre poche : attendez qu'ils vous le demandent ; peut-être n'en auront-ils pas besoin*

Nous n^avons parlé que des bons esprit^s :

pour ceux-là , point d'inconvénient : avec la méthode analytique, vous gâteriez les preifiiers; les seconds avec la synthétique ; mais employée comme nous venons de le dire, chacune de ces méthpdes produirait des résultats admirables* Malheureuse*

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194 ï>HILOSOPHIE.

ment il est des intelligences iijiféneures * , dans les deux genres que nous venons de signaler.

Dans le premier , viennent les esprits lourds | les hommes à vue courte , à jugçmçnt rétréci , à mémoire paresseuse ; caractères mous et indolens ^ pour qui la méthode synthétique n'a d'autre avantage que de leur épargner un travail qu'ils ne pourraient pas ou ne voudraient pas faire. Il faut donc remployer encore; maïs avec la triste certitude qu'on lés dispose au pédantisme ou à la crédulité.

Dans la seconde classe , se présentent les esprits légers^ superQçiels , indépendans plutôt que libres ^ qui repoussent l'autoi^ité bien plus comme gênante que comme illégitime, caractères incertains, mobiles « capricieux , pour qui les généralités seraient dangereuses , parce qu'ils n'y veiTaient rien , tandis que les précédens y voient tout ce qu'on veut. Défians par humeur, insoucians par bon ton, incrédules par vanité , ils vous demandent des faits , toujours des faits , en répétant , san3 comprendre ce qu'ils disent ; (c il n'y a dans le monde que des individuis •>» Eh bien, donnez- leur des faits : mais surtout posez-leur des questions. Amusez-les par des récits ; mais fatiguez-les par des problèmes. Ils amasseront des. connaissances, et s'apercevront en même-temps qu'on ne peitt pas lout connaître. iPeut-être un jour croiront-ils à l'expérience ; peut-être deviendront- ils

* N'en déplaise à M. J.iculol, qui diï que toutes les iulcl-

ligêHces sont égales. -

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circonspects dans leurs jugemens , et modestes dans leur langage. Mais que de lenteurs dans Fenseigne^ tnent qu'ils exigent , que de détour* il aura fietllu faire avec eux pour arriver à peu de cbose ! et pourtant , la méthode synthétique n'en eût fiiit que des sots,

Enfin ^ il est une cinquième classe d'intelligences, qui participe également des deux autres, ou, si l'on Veut 9 ne leur ressem^e en rien. Ce sont les esr prits faux. Pour ceux-là, nous ne connaissons pas de méthode. Tous les ans^ nous en avons quelquesuns à conduire , fort peu , car , il faut le reconnaître, c'est le fort petit nombre. Soit qu'on les ait faussés dès l'enfance, soit que la nature les ait donnés tels , il nous est impossible de dire à quoi ils sont ïpropres ': dans les derniers rangs de la société comme à la tête des gouvememens, ce qu'ils sauront sera mal su , ce qu'ils feront sera mal fait : leurs succès , s'ils en ont, ne seront jamais leur ouvrage : ils auront suivi une bonne impulsion , prêts à en recevoir le lendemain une mauvaise ; ou a rejeter d'eux-mêmes la bonne , seulement pour avoir le plaisir du changement et de l'indépendance. Car ils jojgnent à l'Incapacité de la troisième classe la vanité de la seconde , et peuvent combiner en eux les défauts les plus contraires. Us passent sans cesse de l'angle obtus à langle aigu sans jamais pouvoir se poser à angle droit. Donnez -leur une idée générale , ils n'y verront qu'une individualité ; un fait isolé , ils en feront une loi de la nature. Heureux encore s'ils ne portent pas dans leur conduite l'Incohérence de l'eurs jugemens !

igB iPlBCIIiOàOPHtË.

heuretix s^ils ont assez de routine pbur suivte leê bons exemples, assez de bon sens pbur obéir à leur conscience ! Mais l'être bumain est bien faible quand il est réduit à n'avoir d'autre guide que l'instinct et l'habitude. U suiEt d'une situation extraordinaire pour tout bouleverser.

Nous ne connaissons pour ces esprits-là d'autre méthode que celle des bopf» exemples , et nous ne répondons pas du succès.

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