CHAPITRE III
SUPLOI PAATICULIBR DES DEUX XéTHODBS EU PBiAloSOPBIB.
Les principes généraax do chapitre précédent une fois posés et reconnus , nous rentrons dans le cercle de nos attributions., laissant à chaque science le soin d'appliquer les deux méthodes à l'objet de sou enseignement, et d'en varier à son gré les combinaisons suivant la native des faits qu'elles veulent transmettre.
Quant à nous, toujours forcés d'abattre sur notre passage pour aller en avant, contredits sur l'existence des faits que nous proclamons , contredits sur leur» rapports , contredits sur les conséquences que nou» leur faisons produire, il»nous faut toujours , comme les Hébreux , tenir la truelle d'une main , et l'épée de l'autre. Aussi nos moyens d'enseignement, doivent toujours se combiner avec des^ moyens de polémique^ Gbacan de nos points de doctrine est* une question qu'il faut établir , discuter , et résoudre*
Or, devons-nous discuter avant de résoudre, ou résoudre avant de discuter? ne serait-itpas possible de fondre la solution dai^s la discussion , et réciproquement?'
Nous connaissons i ce sujet trois combinaisons possibles. Nous en proposerons une cpiatrième. Nous ne l* inventerons pa3 plus qu'on n'a inventé les trois
20a PHILOSOPHIE.
Tout Favantage de ce mode d'enseignement es( 4ans l'assurance de son début et la fierté de sa marche.
Mais il a ses difficultés et sou inconvénient.
Il impose au philosophe Tohligation sévère de ne s'écarter en rien de la ligne qu'il s'est tracée luimême : l'auditeur, le lecteur , sont prévenus des divisions , des démonstrations : ils suivent pas 4 p&s , avec une attention facilç , car elle n'est pas dérangée par l'incertitude sur ce qui va se présenter. Suryeillans d'autant plus incommodes , qu'une, preuve annoncée est comme un plaisir promis , tour jours au-dessous de ce qu'on espérait.
Puis, le rejet des objections à la fin donne aiu; conclusions un air de doute , entièrement contraire à la confiance qu'inspirait le début. On se demande : est-il bien sûr de ses démonstrations, puisqu'il prête encore l'oreille à des difficultés ? Alors , double défaut , ou de répéter ses condusions en résumant ses preuves , ou de finir comme le Rhin, en divisant , en perdant au milieu des sables un cours naguère si majestueux.
On voit que de ces deux modes, le premier est analytique , le second synthétique.
3* La fusion des deux en a produit un troisième , c'est celui qu'on emploie le plus souvent. On le nomme ihomistique , parce que St. Thomas ch fait la forme ordinaire de ses discussions. Yoici cette forme.
1^ Poser la question, la définir, la diviser^ annon-. çer sa solution et ses preuves.
PREHIÈRB PARTIE. 20\
2^ Prendre la solution contraire i^ la «ouienir avec tous les moyens qui militent en sa faveur; la conduire , de conséquence en conséquence , jusqu'à une conclusion absurde.
5^ Revenir & sa thèse , déj^eiopper les preuves annoncées, et conclure.
Cette disposition réunit, il est vrai « les dijfieultés des deux auUires , mais elle échappCL A leurs inconvér oiens. On n'y voit pas, comme dans la première , une bataille sans résultat positif, ni comme dans la seconde, des escarmouçbes après U victoire» Elle débute audacieusement , renverse les obstacles , grandit en avançant, et finit par le triomphe. Il faudrait seulement qu'elle s'abstint, en proclamant d'avance la solution qu'elle adopte , d'annoncer ses moyens pour y pai^venir^
4. Enfin , cette dernière forme d'enseignement que nous voudrions voir employer plus souvent en philosophie, c'est la forme géométrique, qui n'apaa d'objections à détruire. Après tant de siècles de dis^pute, tant de misérables difficultés, entassées par la folie , et depuis loAg^temps anéanties par la raison , que sert de reproduire encore, ne fût-ce que pour les anéant/r de nouveau , ces hérésies systématiques? Quand la vérité a parlé , quand elle s'est fait reoonnaître , pourquoi permettre à Terreur d'apporter encore ses pitoyables argumens? n'est-ce pas leur supposer, même en les combattant , une valeur qu'ils n'ont plus, ou qu'ils n'eurent jamais? n'est-ce p^ jeter dans les esprits qu'on veut instruire des se^.
S^(y% l>HltDSOI*HIR
menées de é^utè^i aU sujet de5&itai les plus évidens? Gardez peut des questions sur le langage, sur les mé- ^ thodeS) $vue les eiierçicesdela pensée, Vos hypothèses , votre examen, vos discussions. Mais ne mettez plas en doute les véritéëfOmdamen taies , rexistënce de Dieu, la loi morale , I4 liberté de Itiômme , ses sentimeus. Toiifeeelâ aétéattàquë, )e lésais; on ai'ejëlé'hors delà nature Tamoar âlial, on a fait de Thomme un singe , une brute , uife maçUine ; de la sobiété un addident ; des lois Une cdiiventioU; de la fertu Fégoisnie; de la providence )ë hazârd : eh! qiiè uVt-on paS révotfiié èii doute? N'â-*t^bn pas dit atissï : le monde li^est qa'uae iUulAàn ; Pétre pensant, qu'une suite d'idées fie tnoi humain n'est rien ? Supposez , disait Gieénm , la plu& aborde opinion, et je Vous montrerai quelqu'un qui l'a soutctiue. Est-ce tm motif pour discuter toujours ? On a dft tépdndre à tontes ces inepties quand elles ont paru : cette réponse à. été faite : gr&oe à l'esprit de routine que tious voudrions détruire ,^ elle se répète chaque jour dans no5 écoles. Nos progr-aimmes nous l'ordonnent , nés habitudes nous y poussent ; nous discutons avec nos disciples ce que nous avons discuté fivec nos maîtres. C'est devenu une affaire de formes , car le moule de ces discussions est partout , et il ne i^sté ntème pas en leur fiiveur ^avantagé d'exercer le raisonnement, puisqu'il suffit, pour les bien faire, df avoir des yeux ou do la méinoiix?.
Marchons donc en avant : mettons hors de cause, les théories dont je viens de parler. Renvoyons k
PHEMIBRE PARTIE. 2o3
Fhistoire celui qui les conteste : ou pour mieux dire, faisons consister la forme géométrique que j'invoque ici, à poser tellement la question^ à en éclaircir si bien les termes , à en déduire si nettement les preuves, que ce travail renferme la réponse à toute difficulté , et qu'on puisse dire à celui qui élèverait des doutes : « vous n'avez pas compris , » et à celui qui n'aurait pas compris : « vous n'avez pas bien lu. »
Au moment de commencer la seconde et la plus importante partie de cet ouvrage, nous devions présenter ces réflexions : puissions nous en profiter nous-mêmes, et mettre nos conseils en pratique !
]?IN DE LA PREMlÈRB PABTIE.
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Ceooiuie aaxhc.