‹ Nouveau système d'études philosophiquesChapitre 42 sur 101 · Deuxième partie. an · texte numérisé non relu

Deuxième partie. an

xçême-temps être divisible et penser. Donc la ma* tière peut penser. »

Mauvais plaisant I oommenoex donc par pronvei^ qu'il y a une chose qui peut à la fois être divisible et penser. Puis nommes cetie chose comme vous voudrez. Vous voulez faire une dispute de mots de cè qui est une dispute de faits ; c'est comme si je disais : J'appelle Cësar celui qui à vaincu Darius et celui qui a vaincu Pompée. Donc César a vaincu Darius.

Voyez^-vous cet autre qui sourit de pitié, en nous disant : «Pauvres philosophes , vous ne connaisses que deux ou trois propriétés de la matière, et vous assurez qu'elle n'a pas celle de penser ! que répondriez-voussi quelque jour on découvrait en elle cette puissance ? »

Ce que je répondrais si quelqu'un me montrait la rondeur dans un triangle^ .et la bonté dans Tégoïsme.

Puis vient un profond penseur , qui reconnaît , comme nous , que la nature des choses nous échappe, et nous fait cette dii&culté^

« Vous appelez matière ce qui est divisible : moi aussi ; vous prouvez que ce qui est divisible ne pense pas : j'en conviens. Mais ce qui est divisible peut-il cesser de l'être? à force de divisions , peutril devenir un ?

ce Dans cet état , pourrait-il penser?

t< Si vous dites non , vous sortes de votre preuve , qui se fonde uniquement sur la divisibilité de la matière; et vous ne démontrez plus rien.

«Si vous dites ouij alors la matière peut penser i

alors vous devez renoncer au înot dme : alors il n^ a plus qu'une substance f qui, dansFétat d' indivis sible, pense ; et dans Tétat de composition, ne'petose

pluS^ jÎ • .•../-•••

Cette objection mérite une réponse sérieuse : nous allons la faire.

D'abord, avouons une chose , c'est que nous ne concevons pas la nlatière cessant d'être divisible. Si petit que nous supposions un point, nous eompre-* nous qu'on peut le couper en deux , et chacune de ces deux, parties en deux autres. Nos sens, nos instrumens .ne TOnt pas loin sur cette donnée, notre imagjinatioip: fatiguée renonce bientôt à la poursuivre,.mais notre raison ne se lasse pad^ et va toujours.

Toutefois , cette raison n'est pas la inesure. de toutes choses, et ici, comme en tout, nôtre. objet nous échappe, dit Pascal, et fuit. d'une fuite éter-* nelle. i ' Aloris viennent les hypothèses.'

Or , il y en a deux ici : nous auront faudace d'en ajouter une troisième. Surtout, qu'on se garde bien de prendre l'une ou l'autre pour la réalité : cènes f r une des trois est la vérité. Mais laquelle ?

1 ^ La matière est divisible sans fin.

Ainsi je mets une goutte de vin dans une petite cuillerée d'eau. L'eau en est teinte ; je le vois. Chaque parcelle de la goutte de vin a correspondu à chaque * parcelle de l'eau que la cuiller contient.

Jetez ceue goutte de^vin dans un verre d'eau. La teinte légère qu elle a produite à l'endroit du contact

DETJXlè^^MB PARTIE. î^»5

ê'èflace et disparaît. Qne sont devenues les parcelles vineuses ?

Que sont elles devenues , si vous avez jeté le contenu du verre dans le fleuve , et si le fleuve Ta porté dans Focéan î^

La question est sans réponsèv Hais , dansThypo^ thèse admise, il faut que chaque parcelle vineuse corresponde, à force de divisions, et chaque parcelle de chaque goutte d'eau âes vastes mers , des fleuves qui s'y rendent , des lacs qui les entretiennent.

La conséquence est rigoureuse. Mais quelle effrayante énigme, et qui peut se flatter de la comprendre ?

!^9 La matière peut cesser d'être dîi^sible.

Dans cette hypothèse , admise par de grands génies, reçue en physique, les corps, à force de décompositions , arrivent à des molécules élémentaires^ indivisibles, dont les aggrégations font la vie , les séparations successives , la mort : ainsi , la igoutte de vin était , je le suppose , composée de mille atomes : voilà mille individus séparés, et voyageant dans rimmensité des mers pour ne plus se rencontrer jamais.

Or , les collections d'atomes soi>t seules perceptibles pour nous , l'atome nous échappe.

Ces atome» se rapprochent , mais ils ne se fondent pas l'un dans l'autre; car les corps sont impénétrables.

Ils se rapprochent, mais ils ne se touchent pas :, car il n'y a pas de contact dans la nature^

21^ PHILOSOPHXE.

Cette hypothèse est andacieme et magnifique.

Mais n'aboutit-elle pas , comme la précédente , à une énigme?

Qu^l est celui qui comprend leir atomes ?

Cette difficulté, si elle était seule, ne prouverait rien , car que de dioses on est forcé d'admettre , que Ton ne comprend, p^sj

Mais comment concevoir , comment admettre que l'indivisible , en s'unissant à rin4i visible , produise le divisible ?

£t puis , comment concevoir cette réunion sans contact ?

Et puis, dans la nature^ où tout est composé, en quel lieu placer Tincomposé? peut-on même le placier ? lui assigner un lieu , n'est-ce pa& lui donner des parties ?

Que de mystères ! et pourtant de ces deux incom-* préhensibles , l'un est vrai : à moins que la Vérité ne soit dans un troisième incompréhensible.

5^ Quand la matière cesse de se diviser , elle s'anéantit,

ce Qu'est-ce que le néant? » vont me demandera la fois et le partisan de la divisibilité à l'infini, et celui des atomes^.

Je répondrai eu demandant au premier : ce Qu'estce que l'infini ?» au second : « Qu'est-ce que l'atome? »

Ils ne m'objecteront pas le vieil axiome : ea: nihilo

nihil ; car ce serait croire , d'une part , à l'éternité

de la matière telle qu'elle est ; de l'autre , à celle des

atomes. Tous deux admettent un commencement ,

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