DEUXIÈME PARTIE
c esl-à-diie quelque chose où n'était rien : tous deux admettent donc le néants un peu plus tôl ou un peu plus tard , qu'importe ? et cela sans comprendre le leur plus que le mien.
Or, le mien ne diffère du leur que parce qu'il assiste perpétuellement à l'existence des choses , prêt à les engloutir quand cette existence leur échappe. Le mien difH^re du leur en ce que leur création , prodige d'un jour, a fait place à une transformation continuelle , tandis que la création , dans mon hypothèse, est de tous les jours et de tous les instans. Ati-deià des limites du monde matériel que nous voyons, après nos dernières divisions, j'admettrai encore , si l'on veut , des divisions plus subtiles , qu'une intelligence supérieure pcfut poursuivre et atteindre : je concevrai un regard qui voit l'invisible, une main qui pèse l'impondérable : mais comme toute division doit avoir des bornes dans Tétre fini , je demanderai que la divisibilité s'arrête : et là, à la place de l'atome , dont je ne veux pas , parce que je craindrais qu'en le fai^nt indivisible on ne le fit indestructible, et qu'alors il ne devint une puissance, j^'appelle le néant pour dévorer la matière*
Je conçois que des hommes qui ne veulent pas de Dieu aient imaginé ta divisibilité infinie des corps ; il en résultait l'éternité du monde : que des hommes qui ne veulent pas de Dieu aient imaginé les atomes, je te conçois encore; il en résultait l'éternité des élémetts de ce monde ; et avec wn petit efiort de^plus, au moyen du hasard et du possible, la combinaison
2i6 PHILOSOPHIE^
actuelle s'expliquait. Mais ne pas vouloir de Dieu,, est chose assez embarr assaDte. Et quand on a appuyé toute la science sur une volonté souveraine , toutepuissante et toute sage, je ne vois plus la nécessité de ces deux hypothèses. Supposer des élémens ooéternels à cette volonté , c'est nier sa toute-puissance : vous êtes donc forcés d'admettre une création. Si vous l'admettez , la divisibilité des corps à l'infini esiune lourde absurdité j et les atomes une chimère inutile.; car à quoi bon créer d'abord des élémens pour les combiner ensuite? C'est l'œuvre humaine qu'un pareil travail. Que la lumière soit ; et la lumière fut ^ me semble bien plus juste que ceci : atomes , naissez : atomes, rassemblez-vous ; et faites la lumière.
Une parole a créé la matière : un souffle peut la détruire. Que la loi d'attraction cesse ; il arrivera de l'univers ce qui arrive, selon moi, de la goutte de vin : décomposition totale. Les parties se séparent encore; le monde n'est plus qu'un fluide, qu'un gaz dont les parcelles s'évaporent : puis nous i^'avons plus de mot pour dire ce qu'elles* deviennent : puis enfin au moment où la division n'est plus possible , les uns diront atomes 9 moi je dis néant.
C'est une énigme aussi, je le sais, insoluble comme la v6tre« et comme la v6tre épouvantable. Mais j'évite une difficulté dans laquelle vous vous précipitez: 01^ ne me demandera pas, à moi, les propriétés du néant; on vous demandera celles des atomes ; et vous serez forcés, ou de leur en donner qui se trouvent aussi dans leurs produits divisibles, comme le mouvement.
PBTJXIÈXB PARTIS. stfj
la forme ; contradiction fantasque, sans laquelle pourtant TOUS n'expliquez rien : ou de placer en eux des privilèges incompatibles avec ce qu'ils doivent produire, tels que la penséci TinteUigenoe, et peut-être l'éternité.
Toutefois, comme une croyance ne a'impose pas ; comme ce n'est pas à nous de prononcer entre ces trois hypothèses, revenons à l'objection en&ntée par la seconde. H nous -sera maintenant fiicile d'y répondre^
La matière , telle qu'elle est, pense- t-elle? Non : nous l'avons prouvé*
Si elle était autrement , c'est-à-dire , réduite à l'atome, pourraitr-elle penser ?••• sans doute : du moins je ne vois pas pourquoi elle ne penserait pas^
Mais à quoi bon m'arracher cette concession ?
Le corps humain est, selon vous, un composé d'atomes : mais vous l'entende? bien» |Uel composé , et partout un composé. Prenez telle partie que vous voudrez, le cerveau, le. cervelet , la moelle épini^re, la moelle allongée , Iç fluide nerveux, tout ce qu'il vous plaira d'imaginer de plus subtil ; ce sera toujours un composé : jamaia, un ^tome« Bien de tout cela ne peut donc penser.
Supposerez-vous un atome isolé de tous les autres, sans mélange, sans contact avec eux , sans place spéciale , et cependa];it présent par son action à toutes les places du corps i et communiquant, on xie sait comment, aveo toutes les parties ?
^ cçs conditions , noys li^i accorderons la seo^i-
2j8 JPUlLOSrOPHXE. .
bilrié, ht pensée : seulement noa» reiraocheroos deux* lettres dans sou: nom ^ et mu lieu d! atome » nous dirons lime.
Mais TOUS TOUS récriez t ce Br'est plus, ditea-yous, la même uature : vos âmes en se réunissant ne feraient pasdeseorps; et m^ atomes en -se réunissant auraient cette pniasaiice.
DispHte de mo^.^ ^
Npàs parlons tons deux d'un être' dont les propriétés sont toutes contradictoires à celles de la matière^ telle quelle est s indiyisîbîlité , inéiendue , im^ mobilité, sensibilité, pensée. Toits deux, nous pottvohs le désigner pai? le si^e : A*
Vous voulez ensuite , et moi )e ne yeux pas,: que cet iiidiyisible fasse^ le dlyisible, cet immobile le inouyeraent j cet intelligent la brute ; qne A devienne M : expliquez'-'moi comment , ou taisez-vous.
Pauvre esprit humain , qne de problèmes tu crois résoudre avec une combinaison d^ syllabes !
Mais , ajouteiu- t-on , pourquoi deux natures , deux substances, quand avec une seule ?...• une seule! pourquoi deux? ah! plutôt pourquoi deux seulement? Vôtre unité dse vues et de plan , appli« quée à la toute-puissance , me fait pitié. Je ris cb ceux qui n'admettent que deux substances , comme de vous qui n'en voulez qu'une. Moi, vous dirai-je, je serais de la même substance , de la même nature que cette plume qui trace ma pensée , que cet encre qui la fixe , que ce papier qui la conserve! Moi, qui vois la lumière , je serais la même chose que ceUjS:
DEUXliMB PARTIE, 21^
lumière ; mot qui respire^ je serais oa soi^ffle / Loin, bien loin de pareiUes suppositions } et Je dînai aux autres : mon chien qui pense et moi qui pense, nous sommes donc de même nature ! Ces intelligences supérieures révéiées par la foi, admises pas la raison, sont donc aussi , puisqu'elles pensent , de la même nature que moi, que Foiseau qui vole, que le reptile qui se traîne? Et Dieu , Dieu lui-même, par la seule raison qu'il n'est pas étendu , mobile, matériel, est donc condamné à se renfermer aussi dans cette étroite division, à tenir aussi sa place dans la case des esprits ! O philosophes , que vous êtes enfans , avec vos généralités ! ! Vous viendrez me dire ensuite : l'animal est une machine : l'animal est une intelligence : l'homme est un animal : l'homme est un ange déchu ; l'homme est un corps : Dieu est un esprit... • etc. , et vous appellerez cela de la science ! *
La multitude des substances nç doit pas plus çflTrayer que la multitude des êtres , quand on songe à celui qui peut tout et sait tout. Ne soyons donc pas étonnés qu'il y ait deux choses dans l'homme: il y en a peut-être bien davantage, mais qu'importe? Les deux que nous signalons s'y trouvent, et il est ridicule de se refuser à leur distinction par la seule raison qu'il serait plus commode de n'en admettre qu'une.
Nous en avons fini , je l'espère , avec le matéria-
Voyez dans le traité de T existence de Dieu, de ]fénélon , le beau passage sur cette proposition ;. Diisu est un esprit.
Itômé; il nous reste à examiner le merveilleux rap* port de ces deux choses. Conservons de tout ce que nous venons de dire une observation fondamentale. C'est que là personnalité humaine ^ le moi, est dans ce qui sent et pense , et non pas dans ce qui possède l'étendue et reçoit le mouvement ; en deux.mots^ est dans l'orne , et non pas dans le corps.
Tout le reste, est mystère^
Deuxième paiitie. !ï%i