DEUXIÈME PARTIE
pourrez toujours en retrancher une, en ajouter une. Voilà Tindéfini.
L'existence des créatures, rîtnmorlalîté de Fâme, le temps , l'espace , sont pour nous cette idée.
Remarquez qu'elle n'est autre cbose, qu'une amplification illimitée de la précédente. C'est l'unité mise en mouvement, c'est le point mathématique voyageant pour faire une ligne qui ne s'arrêtera plus , c'est l'atome se développant en étendue : merveille incompréhensible, accablante, mais dont la base est Qxe, positive, Funité déterminée. Quand je dis un, j'ignore, il est vrai, la nature de cet un , mais je nç le confonds pas aveic deux : c'est to^t ce qu'il me faut;, car vou$ aurez beau m'épouvan^er d|S vos nom*bres, me pousser dans des siècles sans fin, nie faire mesurer des distances sans limites, j'irai toujours unité à unité , seconde à seconde, pas à pas ; et cha^ cun de ces pas , chacune de ces secondes , chacune de ces ttpiiéjs, formel*^ un tout distinct^. isoJéf borné par conséquent.
Alors si l'on me disait : la somme de ces ehoses bornées est une chose sans bornes , je crierais de toute la fprcede mes poumons : absurde! absurde!
Je diluais.: oui> vous ajouterez toujours : mais au Ueu d'avancer, revenons sur nos pas r prenons un nombre: cent millions, par exemple. Qui dit cen^ millions suppose cent mille : qui dit cent mille sup*. pose cent : qui dit cent suppose dix : qui dit dix.^ $yppQse d^u^ : quj dit deux, sii|)poseufi..
a6a PHILOSOPHIE
Un, dans toute la rigueur de racception. Car si vous imaginez des fractions , afin de recommencer la difficulté, et de me perdre encore dans les nombres, je recommencerai mon raisonnement; et i force d'écarter de vos fractions les nombres indéfinis , je vous ramènerai à deux de vos divisions , par conséquent à une.
Ainsi Tindéfini n'est qu'une promenade du fini.
Ainsi tolit ce qui est nombre suppose Funité.
Tout ce qui dure suppose un commencement, dutil n'avoir pas de fin.
Tout ce qui marclie suppose un point de départ, dût-il n'avoir plus de repos.
Le temps est la succession des manières d'être , dans les corps une suite de mouvemens, dans les intelligences nn^ suite de pensées.
Donc, dût le temps ne plus cesser jamais, dussent les mouvemens succéder toujours aux mouvemens, les pensées aux pensées, il y eut, il dut y avoir nécessairement une première pensée, un premier mouvement , une première heure.
L'espace est la continuité des oorps.
Donc, dût l'espace reculer sans cesse sous les pas de l'arcbange comme devant Timagination de l'homme > dussent les sphères s'ajouter indéfiniment aux sphères, les étoiles devenir toujours pour la vue des soleils, et les soleils des étoiles , il y a, il doit y avoir, quoiqu'en dise Pascal, un centre à l'univers*
A c« centre, i cette première heure, à cette unité,
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point de déparl de tout ce quî«siste, 6e pose Tidée du fini. Là s'épuise la science humaine.
2. Mais une autre idée, plus grande et plus incompréhensible encore, parce qu'elle est pluâ simple, nous environne et nous pénètre de toutes parts; c'est celle d'infini. Elle est pour nous ce que la himière est pour l'aveugle, une chose que la parole humaine ne peut expliquer : tout mot qui lui en révélerait la nature ou les eiFets serait faux s'il était pris dans des analogies avec les autres objiet^ de ses sensations; et si ce mot était l'expression directe de la lumière , l'aveugle ne lui donnerait aucun sens. Ainsi dites-lui que la lumière est éclatante, il ws^ la comparer aux sons, et il commettra', une erreur grossière ; dites qu'elle est éblouissante^ et il ne vous comprendra pas : et pourtant il fauiîa l!eiislence dela lumière, et ce qu'il connait(*a d'elle, 'c'est qu'elle n'est rien de ce qu'il sent.
Ainsi l'idée d'infini nous échappe^ parce que le principe de connaissance qui l'identifiertfit avec nous , manque à noire eansciericc , et à notre raison. Nous n'en pouvons donc parler que d'une manière négative, sans jamais la comparer à rien de connu.. Le plus bel effort de notiHî intelligence est de nous élever jusqu'à la certitude de son existence , et d'invçnter un mot pour la nommer.
Or, comment arrivons-nous a cette certitude, et quels noms devons-nous.,employer pour en j>arler? Rien de plus simple^ après les raiéoanemens précédens.
lG4 PHILOSOPHIE.
Si tous les êtres finis ^e succèdent, il faut une lo^ à cette succession : et cette loi doit être en dehors die toute succession.
S'ils s'ûjoutent Vun à Tnutre dans l'espace , il faU|t j^n principe moteur i, cette continuité, et œ principe^ ne peut être dans l'espace.
Si tous les nombres ont leur point de départ dans Funité, il faut, pour qu'une unité ajoutée à une ^utre ait fait deux , quelque chose d'antérieur à celte première unité ; et ce quelque chose ne peut étrç i;ine unité numérique, susceptible comme toutes les autres de com,poser le temps.
Mais pourqiioi pes conditions? pourquoi la loi, la cause , le principe , comme vous voudrez l'appeler, ne serait-il pas dans l'eiTet?
Parce que, si ce principe peut subir des succès? sions, il change, et je demanderai quelle est la loi de ces changemens. Le principe alors cessera d'êtrç principe , et je ne me reposerai dans mes recherches que lorsque >'aurai trouvé ce qui nç change pas.
Pai'ceque, si cette loi est identifiée avec l'espace , elle est divisée en autant d'êtres distincts qu'il y & d'atomes dans l'espace, et aloi^s je cherche encore la loi de l'existence simultanée et de la concordance de tous ces atomes, objection qui anéantît, comme on l'a vu , le système de Leucippe.
Parce que , si ce principe est dans le temps^ si par conséquent on peut compter les siècles, les ans, les heures de son existence , nous arriverons à sa
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première heure , et là nous' demanderons le principe en vertu duquel il existe.
Ainsi I celtç explication de l'existence des êtres finis p^r un principe fini comme eux, loin de satisfaire la raison , la fatigue à tourner dans un cercle vicieux. C'est le cheval fougueux, que vous faites galopper, les yeux bandés, dans un manège: il croit faire beaucoup de chemin , il s' épuise à piétiner sur la même place : il courrait tout un jour qu'il n'aurait pas avancé d'une ligne. Bon écuyer, détache son bandeau, ouvre-lui la porte |^ et ya le dompter dans la plaine.
Hors deTespace, hors du temps, hors de toul changement, il existe quelque chose, principe des changemens , du temps et de l'espace.
Ce quelque chose s'appelle Yinfini.
Pour dire qu'il est hors de l'espace , nous le nommons immense {absque mensurd) : étemel- ^ pour indiquer qu'il est hors du temps : immuable ^^ pour nous rappeler qu'il ne change pas.
Ces trois mots, comme celui d'infini, qui les résume tou^, expriment la réalité la plus positive, et pour nous , l'idée la plus négative.
Car nous ne savons pas le moins du monde ce que c'est que : Etre hors du temps, de l'espace, et de tout changement. Nous savons seulement , et de science certaine , que telle est IVxistençe du principe de toutes choses.
Ce principe , nous l'appelons Dieu , et nous ne le connaissons pas davantage , pour l'avoir nommé.
7t6 PHILOSOPHIE.
§ 3. Dieu créateur.
Puisque tout a commeucé, excepté celui par qui tout commence, il faut admettre la création sans la comprendre.
On se tourmente beaucoup de cette idée de création : on s'en effraye , et les uns la rejettent, comme un trop lourd fardeau pour leur pensée, les autres r adorent , comme l'œuvre d'un jour. Rien n'est plus simple pourtant , une fois qu'on admet la distinction dont nous venons de parler ; et si nous n'avions inventé le ridicule axiome ex nihilo nihîl ^ nous jouerions avec l'idée de création comme avec celle de la pluie qui tombe ou du soleil qui luit.
• Vous reconnaissez comme deux faits corrélatifs, l'existence successive de tous les êtres finis ; et l'existence immuable dé l'être infini. Eh bien , partout où vops voyez commencer un être fini , vous sentez l'action de l'être infini; cette action , c'est la création. Elle se renouvelle à chaque seconde, et sur tous les points de l'espace. Croyez -vous que votre existence , a vous , soit le développement de l'existence de vos pare/is ; que vous étiez en eux , et que vous êtes sorti d'eux ? que, par un acte de leur volonté , ou même par une loi de nature , votre pensée, votre individualité, votre moi, contenu d'abord dans le leur , en soit issu comme d'un germe T détrompez-vous. A l'instant , quel qu'il soit , où votre conscience 8« dit : moi ! il y eut création. Vous