DEUXIÈME PARTIE
n'étiez pas , et vous fûtes , comme la lumière fut , le jour du fiât lux.
Allons plus loin : cette foule innombrable de pensées, de sentlmens , qui composent la série de votre existence, vous figurez-vous qu'ils se renferment les uns les aatres , et que la seule force de votre volonté les fasse éclore ? délrompez-Vous. Celle surprise que vous éprouvez maintenant , cette idée qui vous survient, où élaient-elles , avant d'êtres senties? ou seront-elles , quand vous n'y songerez plus ? nulle part. Elles n'élaient pas , et elles sont : elles sont , et elles ne seront plus.
Si nous passons de Tordre intellectuel dans Tordre physique, dites-moi si la plume que je tiens était dans le germe de Tœuf , d'où sortit l'oiseau qui la porta. Vous m'objecterez peut-être que les élémens dont elle se compose n'ont été que rassemblés, et que la forme de cette plume est le produit lent de cette réunion de molécules. Eh bien , cette forme , elle n'était pas, et elle est, cet mouvemens, ils n'étaient pas, ils furent, ils ne sont plus. Enfin , puisqu'il en faut venir à la grande difficulté, ces élémens eux-mêmes , vous ne pouvez vous figurer leur apparition subite à l'existence : vous comprenez , ou croyez comprendre la création d*un mouvement , d'une forme , d'une pensée : mais la matière , ditesvous, la matière!... Hélas! savez-vous ce que c'est que la matière? la matière sans mouvement et sauf forme ? car enfin , si le mouvement et la forme peuvent nattre , il faut concevoir la matière sani l'a»
l6S PHILOSOPHIE.
ni Tautre. Quelle absurdité ! croyez - vous que h création d'un atome coûte plus que celle d'un mou* vement à celui qui peut créer la pensée ?
— ^ Mais j'admettrai volontiers que la pensée soît produite, parce que l'infinie volonté semble se réflécbir en elle ; c'est comme une émanation , une expression de la pensée souveraine , tandis que pour admettre la création de la matière , il faut, que je trouve aussi dans l'être infini un principe matériel.
— On a vu là une difficulté ! î !
Alors on a cru la résoudre par une concession : on a dit que la nature infinie possédait en elle les élémens de la matière comme ceux de la pensée. On. €Sl retombé dans le panthéisme , on a roÎB l'infini >lans le fini, l'éternel dans le temps, l'immense dans l'espace ; on a de nouveau tout détruit , tout confondu, par orgueil on. par faiblesse, poiur ne pas renoncer à l'axiome., /
Vrais croyans^ vrais philosophes^ tenes^bon : attachez vous aux principes posés ; et si Tobjection précédente vient vous assaillir encore , dussiez-vous répéter cent fois, la même chose, répondez :
Nous n'avons pas la mesure de l'infini ; nous ne savons pas ce que c'estv Pensée , matière , temps , espace , mouvement , toutes ces expressions sont fausses quand on parle de lui. Nous ne comprenons pas comment il crée la matière avec ses formes et ses mou vemens. Nous ne comprenons pas davantage comment il crée la pensée. Il n'est rien de tout cela ^ rien de tout cela n'est unq émanation, uq reflet , une
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cxpï'ession de sa nature. Il est ce que nous ne savons pas , il n^est rien de ce que nous savons.
Mais un fait est certain : cest qu'aucune de §et choses ne peut naître et subsister par elle-même, vu que toutes ces choses sont finies. Il faut par consé^ quent un principe à tout , en dehors de tout.
Nous ajoutons que ce principe se manifeste par son action continuelle. Nous appelons création cette action qui fait à chaque instant que ce qui n'était pas, soit; et nous crojotis à la création, comme nous croyons à notre existence . sans comprendre Tune plus que l'autre. w
Je sais bien qu'il restera toujours un mystère ; qu'il sera impossible à la raison humaine de concilier l'immutabilité du principe avec ces séries d'êtres, qui , pour nous , supposent une succession de Volontés. Faire créer le monde perpétuellement, ou en un jour , ou en six , ne change rien à la difficulté. Quand même ^ pour la résoudre , on dirait : Dieu veut éternellement le mondé , mais le monde ne peut exister que dans le temps.. .. on n'expliquerait rren ; et avant de tenter de pareilles solutions , il faudrait faire la réflexion suivante.
Il s'agit ici tout simplement du rapport de Tinfini au fini. Or> pour percevoir et prononcer un rapport, la première condition nécessaire, c'est de bien connaître les deux termes de ce rapports Eh bien, nous connaissons le fini : nos sensations, nos sentîmens, nos pensées, nos volontés, tout ce qui nous entoure comme tout notre intérieur, nous ré^
ayo PHILOSOPHIE.
vèle , nous manifeste , nous explique cette idée. Mais de l'autre terme, Tinôni, que savons- nous ? rien , sii|pn qu'il représente une chose inconnue. Alors, tout jugement est impossible : alors , quiconque , aidé des seules lumières de sa raison , prétendrait nous expliquer ce rapport , est un sophiste qu'il faut fuir, ou un insensé qu'il faut plaindre.
Gardons-nous donc de croire que rien n'est certain , parce que quelque chose est obscur : gardonsnous surtout de relomberdans des systèmes qui, pour nous épargner un mystère, nous plongeraient dans les erreurs que noM avons signalées. Enûn, hâtonsnous de conclure que l'intelligence de cette énigme est inutile pour bien vivre, et qu'il importe bien plus de croire à la Providence que de discuter sur l'infini.
§ 3. Dieu Providence.
1. Le premier aspect sous lequel se présente à notre esprit l'élre infini, considéré comme créateur, c'est celui d'un être souverainement' puissant.
Nous entendons par toute- puissance le pouvoir de créer et d'anéantir : tout autre sens est mauvais.
La toute-puissance renferme comme condition essentielle l'indépendance. Mais nous n'avons pas besoin de ce mot pour parler du créateur. Il est évi* Gemment contenu dans l'autre *.
* Nous emploierons encore bien moins le raot Libérien et voici pourquoi.
Il y a deux élémens essentiels à Tidée de liberté, i» Le