DEUXIÈME Partie. tji
2, L'être tout puissant est souverainement bon. En effet , l'exîstence est un bien, et même le seul bien absolu, puisqu'il est le seul qui n'a pas besoin, pour être senti, de l'expérience du mal contraire. Le contraire de l'existence, c'est le néant, c'est-à-dire, rien. Le souverain bonheur, le bonheur sans relation, sans mélange, c'est donc d'être. Il renferme tout autre bien, et quelquefois même donne un charme à la douleur. Je souffre, mais je suis, est une pensée consolante ; et Malebranche disait : « J'aimerais mieux être damné qu'anéanti. »
Ce bien qu'avons nous fait pour le mériter? rien; le néant n'a pas de droits : nous sommes, donc Dieu est bon.
Quand même cette bonté serait nécessaire , qu'importe? elle n'en est pas moins bonté. Rien ne le for-
pouvoir d'agir par soi-même , sans contrainte extérieure. Ce pouvoir c'est rindépendance^ et Temploi du mot liberté, dans ce sens , ne serait qu une inutile répétition.
2° La condition indispensable d'un examen de motifs , d'une délibération. Sous ce rapport, la liberté n'est plus que la faculté d'un être borné; car délibérer, c'est hésiter; hésiter , c'est ignorer. Dans ce sens , dire que Dieu est libre -, nous semble une impiété , ou tout au moins une preuve de déraison.
Après cela on viendrait demander si Dieu était libre de ne pas créer le monde. C'est demander s'il était libre de n'être pas Dieu.
Ne confondons pas la nécessité et la contrainte. Dans l'être nécessaire, tout est nécessaire, et rien n'est contraint. Jffse est sibi nécessitas sua, ( Sinkqub. )
%yà iPHILOSOPHIB.
^ait à no|i8 créer , que sa'propre nature , c'est-à-dire^ Itii-méme. Sa nature est donc la souveraine bontés donc il est souverainement bon;
3. Puis, nous voudrions avoir un mot qui exprimât à la fois , comme le tJoffCa des grecs , la science et la sagesse, ç* est-à-dire, la connaissancie de tout et la direction de tout. Présent par intuition immé* diate à tous les sentimens comme à toutes les pensées , à toutes les formes comme à tous les mouvement , en un mot à toutes les existences que nous appelons passées , présentes et futures , l'étemel crée perpétuellement le temps, Timmense crée perpétuelleinent Fespace , et maintient , par des ressorte aussi invisibles que la main qui les fait mouvoir, Tordre et l'harmonie de ces mondes, de ces pensées, de ces formes, de ces existences. Il sait ce que devient, et règle ce que doit devenir le cheveu qui tombe dé notre tête, le souffle que renvoient nos poumons ^ cdtnme il sait où vont et décide où doivent aller les comètes qui réfléchissent t6ur à tour les feux de mille soleils. Il sait de même tout ce que sent^ tout ce que veut l'homme; et comment il peut Sentir et vouloir : il le sait, car malgré leur liberté d'un jour , ces créatures accomplissent à leur insu ses étemels desseins , et gravitent avec tous ^s êtres vers un centre inconnu.
Voilà notre trinité philosophique : (quon nouft passe ce mot.) La bonté qui veut créer; la puissance qlii crée ; la sagesse qui maintient*
Yollà la Providence.
Deuxième partis. ^yi
Nier la Providence , c'est dire que le Créateur n'eut dactîon que Celle d'un jour, et qu*îl abandonne aU hasard l'œuvre de sa toute-puissance.
C'est nier la botate, c'est nier la sagesse ; c'est jetet un voile sur les idées les plus claires ; c'est ne plus comprendre la création ^ c'est croire à la stupide divinité dont nous avons brisé l'autel.
Dire que le Créateur ne s'occupe que des lois générales, laissant aux intelligences subalternes le soin des détails , c'est plier sous le fardeau de cette grande idée de Dieu : c'est rapetisser l'infîni; c'est faire de lui un élre semblable à nous, un génie supérieur, Voilà tout ; c'est ne plus le comprendre.
Providence, tues partout^ car tu n'es autre cbose que Faction perpétuelle, universelle du principe infini. Le mot Dieu est écrit dans le firmament, il flotte dans l'océan de lumière qui nous inonde de toutes parts , il voltige sur l'aile de l'insecte , il ciiv cule avec la sève dans le brin d'herbe , il luit dans la goutte de rosée : je dis Dieu quand je respire , quand )e marche , quand je pense : je le dis quand je m'endors , quand je m'éveille chaque jour : je le dirai , plein de confiance , quand je m'endormirai du dernier sommeil : puissé-je me réveiller pour le dire encore î