‹ Nouveau système d'études philosophiquesChapitre 59 sur 101 · DEUXIÈME PARTIE. a · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. a

Il faut obéir à la loi, dirons-nous, parce qu'elle est la volonté souveraine : c'est comme si nous di* sions , parce qu'elle est la loi.

Yoilà le principe de Tobligation : rien de moins, rien de plus.

§ 2. £a Conscience et la Raison.

Pour que la loi oblige, il faut qu'elle soit connue*.

Elle Test :

1 ^ Également pour tous , par la conscience.

a^ Inégalement, parla raison.

3^ Plus inégalement encore, par la révélation.

Outre qu'il n'est pas de notre objet de parler de la révélation , nous devons faire remarquer que si l'on en faisait l'unique moyen de connaître la loi morale , toute créature humaine qui ne jouit pas de ce bienfait spécial se trouverait par cela même rejetée hors de sa nature, puisqu'elle n'aurait pas de devoirs à remplir.

Nous regardons la révélation comme une lumière supérieure, substituée à la raison qui ^é^anQ^ et Bon pas à la conscience qui est infaillible. Devant elle par conséquent la raison doit se taire , et la/conscience parle encore : elle parle, mais sa voix est devenue sacrée : nous ne pouvons plus alors là con-

* Cette connaissance n'est pas le principe de Tobligatiou, elle en est la condition. Ce sont encore deux choses que Ton confond souyent.

fondre avec ceïle des opinions humaines ; nous sentons I nous savons que c'est celle de Dieu. Tel est l'avantage du chrétien , avantage immense , mais redoutable, puisqu'il lui impose des obligations bien plus grandes : avantage toutefois qu'il ne faut ps exagérer aux dépens . de ceux que la sagesse divine en a privés , ce que nous ferions , en leur refusant tout moyen de connaître et d'accomplir leurs devoirs.

Avant d'indiquer bien précisément les rapports de la loi avec la conscience et la liaison ^ qu'on nous permette une courte allégorie.

Deux chevaliers errans sont appelés à la conquête d'un trésor enfermé dans un palais enchanté. Pour arriver à ce palais, il faut traverser des fc^rêts im'^ menses, ou des milliers de routes se croisent en tou& sens y où des précipices , des brigands , des animaux féroces, et tout l'appareil fantastique d'une magie malfaisante multiplient à chaque pas les obstacles et les dangers. Suivons tour à tour nos deux paladins..

Le premier y à son entrée dans le bois, a trou?& deux fées qui se chargent de l'accompagner pendant tout le voyage : il s'abandonne à leur conduite.

L'une d'elles est sévère, taciturne : elle marche toujours d'un pas égal , les yeux baissés., et ne dit que dewL mots : « oui, non.» Jamais* elle ne prend la parole la première ; mais aussi jamais elle ne refuse une de ces deux réponses.

L'autre va d'un pas inégal : tantôt devant, tantôt derrière, elle s'arrête, elle court, elle marche, elle bondit : quelquefois même elle déplqie deux^ aUçji

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brillantes et soulève le chevalier qu'elle semble voa-« loir emporter dans les airs : mais jamais elle nd peut dans son vol dépasser la cime des arbres. Du reste , capricieuse dans son langage Comme dans sa démarche, elle parle sans cesse , tantôt avec lenteur et mesure ^ tantôt avec une étourdissante volubilité : elle raconte , discute , imagine ^ conseille , questionne , répond ; change a chaque instant de projet ^ de conversalion et de chemin ; semble d*abord tout savoir, et pourtant hésite toujours.

Notre voyageur ne tarde pas à reconnaître qu'elle Fégare, qu'elle l'expose à mille dangers; que sa modeste compagne , consultée sur la route que dans ces Cas il avait prise, avait toujours répondu 2 «non.» Que si au contraire le hasard ou un sage calcul avait bien dirigé les pas vagabonds de sa sœur, la bonne fée avait été la première à dire « oui , » quand il lui demandait .* faut^il passer par la ?

Mais le voyage est bien long : fort souvent , quand un sentier parsemé de fleurs , ombragé d'une riante verdure avait captivé ses regards , appelé ses pas, la bonne fée, sans lever les yeux avait dit ccnon; i> pen-» dant que sa sœUr s'y précipitait et l'entraînait avec elle. Quel moyen de résister aux charmes d'un beau lieu, à l'espérance du repos et des plaisirs qu'il vous promet, au sourire d'une fée qui vous séduit , à son éloquence qui vous attire? Il est si triste d'entendre toujours dire t cr non , oui ! » sans motif, sans explications, sabs enthousiasme! que deviendra le pauvre ebevalier ? II est bien heureux Vil arrive. .

-stiS pnïho&ovliià.

peu de chose ? eh f sans doute , qui soutient le eott' traire? L'homme est appelé à exercer sa raison, sa volonté par conséquent, sur cet instinct comme sur tous les autres : il peut s* en rendre compte ^ en comprendre les motifs, et dès lors il doit s'y conformefr t^omme à l'œuvre de son Créateur, Ne dites-vous pas : te II faut boire et manger, parce que la faim et la soif nous en avertissent ? Il faut aimer son père et lui obéir, parce qu'un penchant nous apprend que telle est la volonté de Dieu?» Et pourtant, ne sommesnous pas libres de dénaturer ce penchant, d'être mau-« vais fils ; de résister à ce besoin ; de jeûner , de mourir de faim ? Il en est de même de la conscience : on peut refuser de l'entendre ; on peut lui substituer les préjugés, les habitudes, les passions même : et si dans le délire de ces passions , dans l'en trainement de ces habitudes, dans l'aveuglement de ces préjugés, rhomme stupide ou furieux s'écrie avec audace : «c'est à ma conscience que j'obéis!... •> Est*ce i vous , philosophe , de répéter son erreur ou son mensonge, et d'accuser la conscience des torts de la raison ?

Oui , la conscience est infaillible : sa voix est faible , il est vrai , et celle de la raison cent fois plus puissante : mais on peut l'étourdir , et jamais la réduire au silence. Interrogée, elle répondra toujours juste ; elle parlera même sans attendre vos questions : elle parlera , mais peut-être vous confondrez sa voix avec toutes les autres. Au milieu d'une place publia que, entouré des clameurs de la multitude, enten**

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âriez-vous* les conseils d'un ami qui chercîieraît à vous retirer de la foule ?

La conscience est universelle. Ea est lux vera , €uœ illuminât omnem hominem venientem in Hune mundunt. Iln'a pas existé, il n'existe pas un homme, aussi sauvage, aussi dépravé qu'on le suppose, qui ne distingue non seulement l'idée du bieti dëTidée du mal , tnais même la bonne action de la mauvaise. Je sais bien qu'on va m'objecler les sacrifices humains , le crime patriotique de Mutius Scévola , les anthropophages, les Massagètes qui tuaient leurs pères , les veuves indiennes qui se brûlent, et une quantité d'autres exceptions qui semblent prouver que la conscience varie avec les temps, les lieux, l'éducation. Ce n'était pas la peine d'aller chercher si loin. La conscience dit à la mère : ce nourris^ ton filis. » Et pourtant que d'enfans en nourrice ! A t'homiùé : ce respecte les jours de ton semblable. » Et pourtant que de duels \ Croyez-vous , proclamerez-voué pouv cela que celui qui va se battre en duel croit bien faire ? que la mère croit bien faire en cédant à rdpi* nion qui lui dit : « livre ton enfant aune étrangère? » Non, le préjugé l'emporte, voilà tout: mais la fée avait dit : « non. » Elle l'avait dit aussi au cannibale qui se préparait à son affreux festin ; elle l'avait dit à Mutius quand il aiguisait son poignard ; mais si peu , mais si bas , que l'un et l'autre avaient otiblié aussitôt qu'entendu. Et si vous en doutez , changez les rôles, mettez l'opprimé sCla place de l'oppresseur, la victime à la place de l'assassin : cette voix', à qui pHifiOSOPHTE. * 19

l'intérêt personnel va prêter une attention ^goureuse^

deviendra tout à coup un tonnerre, cr Homme, ne

lue pas ton semblable!» criera celui qui tout-à-

r heure allait frapper sans remords. Ce même Mutins,

avec tout son patriotisme , si au lieu de défendre

Rome, il eût assiégé la cité des Etrusques « aurait dit

à Porsenna surpris dans sa tente le glaive à la main :

a J'admire ton dévoument à ton pays, mais il ne te

donne pas le droit de venir m'égorger par surprise ,

comme un làcbe. Il y a du courage sans doute à

laisser brûler sa main ; il en faut pour supporter la

douleur : mais c'e^t le courage du voleur qui brave

les coups du propriétaire dans la maison duquel il

s'introduit pour dérober. »

Après ces explications , on ne s^étonnera passif tout en. croyant à Tinfaillibilité de la conscience, nous croyons à son insuffisance , et si nous demandons, pouf^emédi^r à sa faiblesse, soit les conseils d'une raison supérieure , soit le bienfait d'une révélation. Heureux celui qui possède cette double ressource !

*§• 3. 2^ liberté.

L'homme est libre.

C'est une de ces vérités qu'il est ridicule de démontrer , puisque s'il n'y a pas de liberté, il n'y a plus d'homme, plus de Dieu.

Plus d'homme, «ai* pas une fonction de TînlelKgence qui ne. suppose laiiberté. Etre attentif, comparer, imaginer, ete. , c'est êtrelibre. Nier la liberté.

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