DEUXIÈME PARTIE
cVst nier Fintelligeuce I c^est faire de Thomme uae machine, c'est l'anéantir.
Plus de Dieu , car plus de moralité ; parlant plus de devoir , plus de loi , plus de législateur*
Arrêtons-nous ; c'est déjà en avoir dit beaucoup trop. U faut être fou , ou le plus forcené (}es sopliis-^ tes, pour jeter un doute sur la liberté.
Dans ces derniers temps ^ la physiologie a fait bien des matérialistes. Est-ce à tort, est ce à raison? Nous croyons que c'est à tort, mais peu importe. Le matérialisme ne conduit pas au fatalisme.
Le docteur Gall a divisé le cerveau selon nos prédispositions intellectuelles ou morales : chacun de nos penchans a trouvé sous son scalpel l'organe qui lui est propre : et comme ces organes ne sont pas également développés par la nature ; comme quelques-uns, dans certains sujets, ont, dés la naissance, une extension bien prononcée, il semblerait au premier coup d'oeil que la liberté humaine ne s'oit qu'apparente, et que nos actes dussent se régler sur la conformation intérieure du cerveau, et se juger sur les protubérances du crâne. Singulière conséquence pourtant! Admettons en effet le principe, que chaque ordre de volontés ait en nous son organe spécial ; ce n'çst d'abord pas une raison pour conclure que l'organe soit le principe de la volonté : le matérialisme n'y gagne rien. C'en est une encore bien moins pour croire au fatalisme et absoudre le crime : car il faudrait pour le justifier que l'organe qui y prédispose fût seul , agît seul ; et que les autres
OU n^existassent pas , ce qui est impossible , ou tus* sent sans influence, ce qui est tout aussi impossiblci Or , on va voir par l'analyse que nous allons faire de l'idée de liberté , qu'elle subsiste tout entière dans le système de Gdl , comme dans les dogmes du spiritualisme le plus pur.
La liberté est le pouvoir d'agir *.
Agir, c'est choisir : toute action suppose des mo-» tifs.
La liberté suppose donc délibération**. Concevoir la liberté sans motifs, c'est ne rien concevoir du tout.
La concevoir avec un seul motif, c'est l'anéantir*
En effet, si ce seul motif est imposé à l'être par une volonté supérieure ^ s'il est dirigé par un instinct irrésistible, s'il ne peut voir qu'une seule idée, il est en démence : c'est un maniaque qu'il faut enr fermer. Ainsi probablement fut cette fille qui, sans savoir pourquoi , céda au désir de couper la tête à un enfant. Ce sont des mystères dans la nature: maià ce qui est certain, c'est que de pareils faits ne nous
* Nous ne disons pas : d^agir ou de ne pas agin II est impossible de ne pas agir. Ceux qui soutiennent le contraire confondent V action morale, la seule dont il doit être ici question , arec V action physique , expression de la première. On vous propose une mauvaise action : yous refusez de la faire. Direz- vous qUe vous n'agissez pas? Votre refus même est une bonne action : voos abstenir, c'est bien agir. Agir, c'est vouloir; l'homme agit toujours.
*^ LibertaSf deliberare. Ces deux mots ont même étymologie.
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paraissent étrangers à toute Uberlé que parce qu^ils le sont à tout examen de motifs.
Si ce motif unique, au lieu d^étre imposé à Tètre» tient à sa nature , fait son essence , alors ce n'est plus liberté qu'il faut dire, mais toute-puissance. Ainsi le Tout-puissant crée par bonté, et ne peut pas ne pas créer , puisquMl ne peut pas cesser d'être bon.
Or, ni l'une ni l'autre de ces deux conditions, n'est celle de l'homme , puisque la seconde est înfipiment au-dessus de sa ntiture , la première tout à fait au-dessous. L'homme est toujours en présence de plusieurs motifs : l'homme peut toujours choisir : l'hamrae est toujours libre. S'il est dégradé jusqu'à l'unité du motif, il n'est plus homme , iL est brute, il est fou *.
Jusqu'ici tout le monde est d'accord : mais voici la grande question. Ces motifs, si indispensable» pour l'usage delà liberté, ces motifs, qui exercent sur elle une si grande influence; qui les produit? qui fait leur force?
Soyons de bonne foi : dans notre ardent amour pour la liberté, n'allons pas exagérer cette puissance pour fournir à ses adversaires des armes contre elle. C'est bien peu de chose que la liberté humaine quand on la regarde de près : nous lui devons notre supériorité , notre force , notre grandeur morale , mais elle est le signe éclatant de notre fai-
* Il est inutile de dire quil ne peut pas s'élever j[usr qu'à la perfection de Tautre unité.
2gi PHiLOSOPHifB.
blesse : on pourrait lui appliquer la belle exprès* sion de Bossuet , ce magnifique témoignage de tiotre néant. » Pourquoi ayons-nous le triste privilège de choisir entre le bien et le mal? parce que nous ne savons pas asse^ ce que c'est que le bien. Croyezvous , si la nature humaine n'avait plus de mystères^ pour notre raison , si nous sentions la vie à venir et son éternelle félicité comme nous sentons nos heures fugitives et njos jouissances passagères ; ou bien si Tépouvantable inscription du Dante était toujours là , devant nos yeux ; ou même , si nous savions sen-> lement l'heure précise à laquelle il nous faudra mourir ; croyez- vous que nous serions libres encore?^ pas plus que nous le sommes "de penser que deux et deux font cinq ; la certitude repousse la liberté , la science l'anéantit. Etre libre, c'est ignorer : plus une intelligence est élevée , moins elle est libre. «Vous qui lisez ces pages , vous que le christianisme et les progrès de la raison humaine ont placés an premier degré de la civilisation , ne vous figurez pas être plus libres que le Zéelaadais féroce. Vous ave» moins que lui le pouvoir de faire le mal ; il a moins que vous le pouvoir de faire le bien. Plus que lui vous êtes esclaves de la conscience et de la raison; plus que vous il est esclave des préjugés et des passions. Ainsi, chez nous, cinquante ans de probité enlèvent presque à l'homme de bien le pouvoir de mal faire, comme le retour à la vertu n'est presque plus possible au misérable qui a vieilli dans l'habitude du vice. La liberté n'est guère que le pou-