‹ Nouveau système d'études philosophiquesChapitre 63 sur 101 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

riN DE l'homme APRES CGtTB Vit*

Ce n'est qu'en tremblant qu^on doit approcher d'une pareille question : cVst Tarche sainte ; il devrait é Ire défendu d'y toucher.

Qui ne voit en effet que tout dépend d'elle, que c'est le nœud du grand drame de la vie humaine. Si tout doit finir à la mort , à quoi bon la science et la vertu , qui coûtent si cher, et produisent si peu ?

'^ Necquidquam tibi prodest

Aërias tentasse domos , anîmoqne rotundum Percurrisse polum , morituro.

S'il n'y a pas d'autre vie, qu'est-ce que Dieu? quest-ce que l'homme?

Dieu ; c'est une nécessité aveugle , une force irrésistible et capricieuse qui ne produit que pour anéantir , ne conserve un moment la créature , jouet de sa volonté , que pour la briser et la remplacer par une autre : sans sagesse > car à quoi bon cette fantasipagorie de pensées qui se succèdent, de corps que l'on voit tour à tour poindi^, grandir, diminuer et disparaître ? A quoi bon cet appareil de sentimens sans objet , de désirs sans but, d'actions sans motif? A quoi bon ces souvenirs du père qui n'^t plus ,

So4 PHILOSOA|M|.I£.

ces rêves d'une félicité qu'on ne peut atteiadre, et cet amoùi* immense de la mère pour son; enfiuft, amour qui fait croire à la Providence, et semble expliquer la création ? Et toutes ces tracasseries de la vie civile, et toutes ces horreurs de la vie sauvage; nos besoins, nos idées , nos travaux, nos perpé-^ tuelles agitations ; et ce magnifique spectacle du monde , el le peu que nous en pouvons comprendre, et tout ce que nous en voudrions savoir; à quoi bon? Le plus stupide des bommes eût été plus sage, car ou il eût mis tant de merveilles à la portée de cette créature d'un jour, ou il l'eût élevée i leur bauteur en prolongeant indéfiniment son existence^ ou enfin il eût borné les désirs de ce malheureux à ses moyens : né de la terre pour rentrer dans la terre, Thomme devait brouter l'herbe des champs sans songer au soleil qui la fait crotlrCè

Maia c'est peu : ajoutez à cette absence de sagesse dans la Cause première le manque absolu de cette qualité sans laquelle tout est mystère , la bonté. Crée^ pour anéantir est un acte aussi cruel qu'il est absurde. Car si du moins l'existence était un bien être continuel! Si du moins la petite' sottime des biens dont elle se compose se trouvait également répartie ! mais que de misères , que de douleurs sur une seule tête ! amenez-moi le plus méchant des Lommes, un Tibère, un Ali Tébélen ; je lui dirai: si tu n'avais aucun intérêt à faire des malhe'urenx , aucune passion, aucune influence étrangère qui te poussât au mal ; ni ambition, ni méfiance, ni faua<-

DEtlXIÈMB PARTIE. Soi

^rsme'i ni colère, ni cupidité, ni même le- ridicule iN^soin de faire sentir ta puissance , ferais-tu souffrir les inférieurs? Non, c'est impossible : 6tez à la perversité, à la tyrannie tous ces motifs, mettez Fétre |>uissant à Fabri de toute insulte , de toute crainte ', Vous en faites sur-le-cbamp Fétre bon. Et celui qui |>eut tout se plairait à voir souffrir ? que dis-je ? "celte justice que Fordre exige, que le titre de législateur impose, que serait-elle devenue? Pourquoi cette dispi^oportion de biens et de maux entre des créatures dont aucune n'avait plus que les autres Biérité de naitre ? Pourquoi cet effrayant niveau de la mort passant également sur le vice et la vertu i sur Socrate et Anytus ?

Et puis nous parlons de puissance ! Singulière puissance , que celle à qui Fespace et le temps impo-^ sent de pareilles conditions ! Toutes les places sont prises^ tout est plein dans le monde!... Créez mille autres mondes. Les siècles sont comptés!... Multipliez les siècles. N'étes-vous pas celui qui est, celui par qui tout existe? Si la force qui produit est circonscrite dans de certaines bornes , si elle ne peut produire que jusqu'à un certain temps , montrezmoi Faiitorité, la loi qui la limite : c'est celle-là que je croirai toute-puissante, celle-là que j'appellerai mon Dieu; c'est à celle-là, qui a fait que je suis^ que je demanderai d'être encore.

L'homme ; dans une pareille supposition , qu'est-ce que F homme ? une triste machine , tout aussi incom-* préhensible pour celui qui en a vu les ressorts que PHILOSOPHIE. 20

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pour celui qui va sans les connaitre. C'est une coni-' binaison chimique , un soufflet qui aspire l'air et le renvoie , un alambic qui digère , un fluide qui fait mouvoir un solide. C'est un espoir , une crainte , un désir, un regret ^ un doute , une croyance \ et toujours de même : c'est un mal de dents, une céphalalgie, une gastrite , une sciatique , une agonie , un rêve, et puis rien. Bizarre condition ! c'était bien la peine de nailre, de dire moi, de dire , Dieu^ 'verlu, bonheur ^ tant d'autres mots qui n'ont pas de sens ! Religion, morale , politique , littérature, sciences et arts , vous ressemblez à ces pyramides d'Egypte , que des rois ne bâtissaient que pour s'y engloutir. Il n'y a plus de langage vrai que celui de la chimie : l'arithmétique elle-même est un mensonge, car elle croit à l'infiai dans les nombres.

Hâtons - nous de sortir de ces horribles conséquences , comme on sort d'un cauchemar oppresseiur. Revenons à la foi, à la raison, à la jCOlucience, au bon sens de tous les peuples , car s'il est une croyance universelle , c'est bien la croyance à une autre vie. Îjcs preuves de cette universalilé sont partout , nous pensons qu'il est inutile de les répéter. Quant au dogme lui-même , il nous semblerait que le discuter, c'est lui faire outrage , si malheureusement il n'avait été attaqué avec injustice, et quelquefois défendu avec faiblesse. Du reste, nous passerons rapidement sur les preuves; elles sont dans tous les bons livres, et ce qui vaut cent fois mieux , dans tous les bons esprits.

t>EUXlÈMB PARTIE. Joy

§. 1. Vautre vie est possible.

On fait ordinairement ce raisonnement :

La mort n est autre chose que la dissolution des parties : le principe pensant n'a pas de parties : donc le principe pensant ne peut mourir.

Si cette preuve était bonne, il serait bien inutile ^'en chercher d'autres. Mais elle ne vaut rien : le moyen terme du syllogisme esl mal choisi. Il consiste ^ans cette idée : absence de parties ; et l'on pourrait dire de même :

La naissance n'est autre chose qu'une aggrégatiou de parties : or le principe pensant n'a pas de parties : donc le principe pensant n'a pu naître. Ce qui est absurde.

Qui ne voit qu'il s'agit ici de deux natures diverses, de deux séries de faits entièrement distincts ? On ne commence pasi penser de la même manièi*e que l'on «ommenée â' végéter: on ne pense pas comme oti marche ; et si Ton doit cesser de penser , ce ne {peut ^tre comme on cesse de vivre.

*' ï) n'y a donc aucune analogie ni pour ni contre : €t la pensée a pu naître sans aggrégation; si elle s'entretient sans assimilation, elle peut décroître sans diminution de parties , et s'éteindre sans se décomposer.

Il n'y a donc rien à conclure de la mort du corps contre la mort de l'âme , puisque de la naissance du premier il n'y eut rien à conclure contre la naissance de l'antre.

5o8 îfHiLOsot&ïi.

Mais si nous blâmons nos amis de ce iiiàuyais i^àU bonnement, nous ne pelrme lirons pas à nos adyei^'^ saires d'en faire un tout aussi mauvais en disant t

Puisque la pensée commence avec la vie , ptiis* qu'elle se développe et s'affaiblit en même temps que la vie , elle doit donc finir avec la vie.

Nous leur dirons de mêrnb : ce sont deux sériés dé faits entre lesquels ne se présente aucune analogie : votre conclusion est donc aussi fausse que la précédentCk

La pensée commence avec la vie?... c est probable : mais qui sait où et comment la vie commence ? qui a vu poindre la pensée ? qui peut dire avec précision : voici le point en deçà duquel néant i au-delà duquel existence ?

La pensée se développe avec là vie? qu'est-ce à dire ? ne va-t-elle pas cent> mille fois plus vite que les développemens corporels ? avez^vous remarqué quelquefois l'énorme disproportion ^ui s'établit dès l'enfance entre la croissance et les idées ? où est la mesure commune de ces deux phénomènes ? Voyez IMozart à sept ans, Pascal à treize , Voltaire à qua\revingt, et dites-moi le rapport régulier de l'esprit et de la matière. Sans doute ces cboses sont corrélatives^ et leur correspondance est établie avec Sagesse : mais est-elle assez connue pour qu'on soit en droit de dire, dans le cas où il y aurait un motif à l'autre vie t H non, elle n'est pas possible ? »

Que demandons-nous donc ? que l'on ne conclue rien de l'ignorance : que jusqu'à ce qu'on sache bien

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neltemenl ce que c'est que vivre et penser , on ne dise pas audaciensement , d'une part : la nature de l'homme exige <{tt'il meure tout entier; de l'autre t la iiature de l'homme exige qu'il soit immortel.

Nous concluons seulement, de ce qu'on sait jusqu'à présent sur cette mystérieuse nature, que riçii dans les rapports de l'esprit et de la matière ne s'opr pose à ce que l'esprit survive : l'eçpritj.o'iBs^à-dii^^ ce qui sent , ce qui pense, ce qui possède conscience,, raison, liberté, ce qui peut dire avec entière connaissance de cause : moi , Dieu , la science , la vertu. Nous concluons, en ua mot , (pi'iine autre vie est possible»

ce Mais comment, dira<-t-on, si vous détruisez l'i-* dentité de l'être ? et vous détruisez cette identité , sî vous ôtez la mémoire : et vous ôtez la mémoire quand, vous brisez l'organisation. «

Argument spécieux , mais faux. JLa mémoire est. une faculté de ce qui pense, et non pas une faculté de ce qui se remue ^ elle ne dépend, des organes. que comme le raisonnement , l'imagination. Nous ne sa^* vous pas ce que ces puissances seraient sans les ins^ trumens qu'elles mettent en œuvre. Peuvent-elles agir par elles-mêmes? alors qu'importe . leur séparation d'avec le corps? ont-elles toujours besoin de moyens, phpiques pour s'exercer? eh bieu, le ^londe maté? riel n'est pas anéanti parce qu'une machine se décom*pose. Supposez , si bon vous semble , un organisme plus subtil, ignoti nova forma 'virié Si l'être pensant doit coptiauer.à penser Y le législateur souverain aux^.

5iO PHILOSOPHIE.

préparé des lois pour cette nouvelle pensée. A quoi bon les hypothèses ? confions-nonc^ans sa sagesse ^ et voyons si réellement l'âme doit snrviTre an corps.

§• 3. L^ autre vie est nécessaireu,f

C'est à la Providence que nons en appelons , c'està-dire , comme on ne Fa pas oublia, à la puissance^ à la bonté , à la sagesse du Créateur* .

1 • Â sa puissance , car l'espace et la dorée sont à lui : tout ee qui existe peut, continuer d'exister. Rien ne se perd de ce qui a mouvement^ étendue: pourquoi ce qui pense s'évanouirait-il ? Quand pour créer BEieu n'a qu'à vouloÛR, pourquoi lui coûterait-il davantage de conserver ?

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