DEUXIÈME PARTIE
n'a exercé que sa vue : le second a fait travailler sa pensée ; il a raisonné. Lequel vaut le mieux?
Dans une administration , il faudrait nommer chef le dernier, commis l'autre . Ex ungue Leonem*
Mais la condition sans laquelle le raisonnement languit et* s'éteint , c'est la mémoire; nous pouvons même ajouter : c'est l'imagination. Car nous ne som* mes pas de ceux qui croient que les mathématiques détruisent ou ajQTaiblissent en nous cette faculté. Le mathématicien sans imagination n'en avait pas davantage avant d'être mathématicien. Il est , par rapport à cette faculté , ce qu'est le myope par rapport à la vue : peu disposé par la nature à imaginer, il s'est exercé à raisonner ; comme le myope s'est exercé à entendre , à toucher. Or , toute faculté se doublant par Texercice» il a raisonné comme l'autre a entendu , mieux qu'il n'eût fait sans cette concentration de sa volonté sur une partie de ses puissances. Mais en conclurait-on que l'ouïe détruit la vue? ne peuton pas à la fois bien voir et bien entendre ? étaient-ce des hommes sans imagination , ou seulement à imagination vulgaire que Pascal, Newton, Lagrànge? Dieu fait bien ce qu'il fait , dirons-nous avec Lafontaine ; et puisqu'il nous a donné les moyens d'ima-giner et de raisonner, c'est qu'il a voulu que ces facultés se prétassent un secours mutuel.
Exercez donc votre imagination : la nature est devant vous avec toutes ses merveilles, les arts avec tous leurs prodiges : ouvrez les yeux , et voyez. Pourquoi vous renfermer toujours avec vos livres dans
une salle obscure? La musique, la peinture, la poésie vous appellent : de grands spectacles .vous attendent. C'est pour vous que les voitures roulent, que la voile des vaisseaux se déploie : déplace3*vou$ un peu, allez voir d'autres lieux, d'autres visages, entendi*e des mots xi^ouveaux , conquérir des idées nouvelles. Français^ n aves^-vous pas autour de vous l'Espagne des Maures, l'Italie des !l^pmains, la Suisse de Walter-Furst , l'Allemagne du moyeu âge , et l'Angleterre d'aujourd'hui ? Que de siècles à parcourir en peu d'années ^ que d^'imagination à gagner ^vecuQ peu d'airgent! Cette }ouissance vouseat-elle refusée, lisez aumoiiis les descriptions de ce& lieux, les descriptions bieix faites,, celles qui sont pleines de pensées comme d'images : écoute^ les voyageurs;, saisissez an passage, sur leurs lèvres, ces expressions, qui peignent tout un monde. Et puis vous-mêmes, allez quelquefois à pied , le bâton à la main , demander quelques souvenirs à notre vieille France, car elle^ réfléchit , si vous savez l'abs£]?ver, les niœursde toute^ FEurope , comme l'histoire de tous les àges« Yene% à. Paris, habilaps des provinces; et vous, Parisiens, ^e croyez paé avoir asse^ fait pour votre ijnagina-t tion quand vous avez parcouru , avec une société^ ^bruyante, les avenues de Saint-Qond , et Ijss bosqued^ de Montmorency.
Nous pe recommande^'ions pas V exercice de K 9Uîmoire , que les formes de notre éducation déve-« Ipppent en nous de si bonne heure, aux dépens^ q^^!^^ d,es aulnes facultés , si i^ous a'slyîoai^ i QPQb^