‹ Nouveau système d'études philosophiquesChapitre 73 sur 101 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

battre un préjugé tellement enraciné dans nos habitudes que notre objservatioa paraîtra ridicule. On se figure qu*il ne faut apprendre par cœur qu'au collège ; qu'une fois échappé des bancs , délivré des leçons, on ne doit plus rien mettre dans sa mémoire parce qu^o.n n'a plus rien i réciter. Qu'en résultet-il? qu'on laisse dépérir cette faculté si puissante , si précieuse pour le développement des autres ; que , n'ajoutant aucune richesse aux richesses acquises 4ans l'enfance, on devient stationnaire , on vit sur les idées reçues , on s'enduY^cit contre to^te idée neuve, moins par raison que par paresse, moins parce qu'U coûterait de la discuter que parce que, #i elle était bonne , il coûterait de la retenir. De là , l'extrême difficulté que la vérité, trouve à se faire jour , à s'éta^^r : de là cette obstination à défendre nos vieilles pens^s^ , qui nous ont occasioné grande dépense d'attention , et à repous- ^r les nouvelles, pour qui nous ne voulons faire aucuns frais. Enfin, le damier inconvénient de cette insouciance , c'est que la jeunesse , l'âge mûr , les années de décroissement et de décadence se précipitent, tombent les unes sur les autres , se confondent dans le souvenir, l'enf^ince. seule j reste debout, avec ses longs travauiL , ^e^ jouissances si vives , parce qu'elles étaiei^t achetées au prix de la méditation et des fatigues de la pensée : et le vieillard ne. sait plus unir que les deux bouts de sa vie, l'instant présent si pénible , et ses premiers ans , si doux à la mémoire.

Nous croyons que si Ton ne renonçait pas d'aussi bonne heure à cette belle faculté, si Ton continuait à Pentretenir par un exercice modéré, on éviterait, au moins en grande partie, ces abus de jugement, si nuisibles à la société, ces pertes de pensées, si déplorables pour l'individu. Nous engageons donc rhomme qui veut savoir vivre , c'est-à-dire , multiplier sou existence , celui qui compte ses jours avec des idées, non point avec des minutes, à ne jàmats abandonner au hasard le soin de sa mémoire. Qu'il sache quelquefois composer sans plume, ni crayon, ce que la plume ou le crayon doivent confier au papier : qu'il apprenne toute pièce de vers^ toute série d'expressions justes qu'il aima ou qu'il admira dans un livre nouveau : qu'en général il n'en lise pas un seul sans en extraire quelque chose, pour le déposer , non pas dans des notes écrites , mais dans sa mémoire. Nous n^avons pas de faculté plus souple qu'elle : plus on l'exerce, plus elle est jeune et brillante. Voyez les comédiens : ils apprennent un rôle à soixante ans aussi facilement qu'un écolier de quinze sa leçon de Vii^ile.

Enfin , pour celui qui sait le sens que nous attachons, au mot réflexion, il sera évident que c'est de toutes nos puissances celle qui réclame les soins les plus actifs. Se connaître soi-même est la première de toutes les sciences. Nous voulons que l'homme médite , qu'il s'étudie , qu'il se rende compte de tout ce qu'il sent, pense, et veut : que pas une de ses actions , pas un des motifs qui l'ont déterminée

Page 1