‹ Nouveau système d'études philosophiquesChapitre 74 sur 101 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

n'échappe à sa conscience. Nous croyons donc qu'il est de la plus grande importance d'habituer l'enfant de fort bonne heure à examiner lui-même sa conduite, à se juger, à prononcer sur ses actes. Je crois ^ il me semble^ je ne sais pourquoi ^ sont des expressions aussi ridicules quand on parle de soi , qu'elles deviennent sages quand on parle des autres. Consacrons donc chaque jour quelques instans à nous observer dans nos actes et dans nos projets j dans les idées que nqus avons reçues , et dans celles que nous avons émises. Heureux Thomme qui a le talent de savoir être seul quelquefois ^ solus secum^ disaient ingénieusement les Latins : c'est le meilleur préservatif contre Tennui , leserreups et les vices. .

35b tHILOSOPHIB.

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tHÀPITRE III.

bETOIBà D£ l'hOMMB GOÏIME ÊTRB MÔRIL;

biRiGEk le soin des ôrgahes Vers lé libre usage des facultés de Fesprit ^ puis exercer ces inêmeà facultés ; voilà , avoils-nOus dit i les devoirs dé l'homme cotâine être intelligent.

Notis dirons de tnêitiè ï diriger l'exercice de l'intelligence Ve^s le bon emploi des forces îiibràles^ puis exercer ceh mêmes forces ; voilà leà devoirs dé l'homme comme être moraL

§. i; Dès Etudes i

La première de toutes les ëtudeé , èélle i laquelle toutes les autres doivent se ramener, est l'étude dé soi-même : c'est-à-dirè ^ de ses devoirs.

Cette étude en suppose beaucoup d'autres : oii iious dispensera de les énumérer ici , puisque ce livre est tout entier consacré à les indiquer , à lei mettre en ordre. La philosophie, telle que nous aimons à la concevoir , à l'enseigner , est la plus importante de toutes les sciences ; et les réfléchit toutes.

Nous faisons donc à tout homme l'obligation d'être j[)hilosophe , c'est-à-dire de savoir tout ce qu'il doit

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faire , et pourquoi il doit le faire. On conviendra sans peine que ce travail n'est pas difficile dans une civilisation avancée comme la notice, et Ton nous permettra de n'estimer qu'à moitié Thonnéte homme qui Test sans pouvoir se dire à lui-même ni comment ni pourquoi.

Le dernier des pâtres, comme l)e plus savant des académiciens , doit donc rechercber de tous ses moyens des lumières qui puissent l'éclairer dans sa (conduite. Il n'est pas nécessaire sans doute qu'il en compose une science et soit capable d'en faire un livre. Nous croyons néanmoins cju'il n'accomplit qu'une partie de sa loi , qu'il n'est hdmme qu'à moitié, s'il attend^ pour flgir^ les inspirations de sa conscience, où le souvenir des leçons reçues, et s'il ne sait pas se faire à lui-même Un ordre d'idées , un système dévie, auquel il ramène toutes ^és actions; Le sentiment y la mémoire ne sont pas toUt l'homme i il a aussi la raison : nous demandons qu'il en fasse usage. Au reste, nous savbns fort bien que pour la plupart c'est faire un souhait inutile : niais qne tou- }ez-voUs ? Si Diogène doit long-temps promenèl* en Vain sa lanterne, ce n'est pas un motif Suffisant pour l'éteindre.

A cette étude priniitivè et gériérïrle , ' se tatlêrcbe immédiatement l'étude spéciale des devoirs de nàïïë état. Nous ne sommes pas tous bons à tout, Deè con-^ sidératîOns d'époque , de patrie^ de fafnille, dégoûts personnels, d'aptitude, nous déterminent au chois d'un travail particulîei*; car itucUit hoMime nedcrii

35a PHILOSOPHIB.

rester inactif. Les enfans d'Adam ne peuvent plus vivre sans acheter au prix de leurs labeurs le droit de vivre , et il arrive nécessairement un âge où il faut se demander , non pas , dois-je faire quelque chose « mais, que dois-je faire ?

La réponse n'est pas facile, et les parens d'une part, de l'autre les enfans se hâtent quelquefois trop de la décider; car il est bon de tenir compte de toutes les considéi*ations que nous venons d'indiquer. Il n'est plus permis d'apporter dans notre siècle les occupations d'un autre âge, ni de vivre en France comme un Asiatique.il ne doit pas être permis davantage au descendant d'une famille illustrée dans la magistrature ou dans les arme^ de se faire artisan, quel que soit d'ail«> leurs son goût pour le travail des mains ; tandis qu'il doit être permis au fils d'un artisan de s'élever aux premiers rangs de la société. La valeur d'un homme n'est pas toute en lui-même ; le nom qu'il porte n'est pas à lui seul, et ce nom quelquefois ajoute à son mérite individuel un prix dont il doit comprendre et soutenir l'importance. Paradoxe, préjugé si l'on veut; mais enfin la sopiété est ainsi faite, et puisqu'il ÙluI vivre pour elle , il faut vivre avec elle.

Consultons donc notre goût^ nos facultés; mais tenons compte aussi de la dii'ection que nous avons reçue quand nous n'étions pas encore capables de nous en donner une. Une fois notre avenir déterminé, notre résolution prise, marchons au butf sans rien négliger de ce qui doit nous y conduire. Honte à l'apprenti magistrat qui fait son droit dans

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les promenades et dans les spectacles ! honte au fils du négociant qui dissipe dans les plaisirs la fortune «i péniblement amassée , la fortune qu'il doit régir à fion tour ? £t vous pauvres malades, gardez-vous de confier votre santé à ce jeune docteur qui n'a de science que celle des livres, d'expérience que celle des bals et de^ concerts.

Non que nous défendions à Tespril la culture des arts, ou même les délassemens frivoles. Il lui faut •des plaisirs pour se récréer , comme au corps du sommeil pour se refaire. Nous sommes bien loin de partager le rigorisme ou plutôt Textravagancede ces prétendus moralistes qui ne pardonnent pas au citoyen d autres occupations , d'autres jouissances que celles *de son état. Les uns voudraient que le militaire se reposât d'une bataille par une petite guerre , un ingénieur de ses constructions par un devis nouji^eau , un professeur de ses classes par la lecture de ses copies : ils exigeraient que le magistrat , se levant de son siège , s'écriât comme Dandin :

Allons nous délasser à yoîr d'autres procès.

Les autres excuseront la perte du temps , la longue oisiveté d'un fonctionnaire, quand il a rempli ses devoirs , et s'irriteront s'il occupe utilement ses loisirs de pensées étrangères à sa place; oubliant que l'esprit humain est essentiellement actif, et qu'il s'use beaucoup plus dans l'engourdissement du vepos que dans la variété du travail. Le meilleur moyen , selon nous , de donner de l'énergie , du ressort à nos

facultés , n^est pas de les attacher à un seul objet « pour les endormir en l'absence de cet objet, mais de les tenir en baleine par une action perpétuelle. C'est dans cette pensée que nous conseillons la culture des arts, parce qu'ils délassent en occupant, et que le bonbeur qu'ils procurent ne s'évanouit pas avec l'instant de la jouissance. Un avocat qui fait de la musique , direz- vous ! un notaire qui dessine ! un professeur qui fait des vers ! ab î je ne leur confierai pas mon procès, mon argent, mon fils ! . . • . et vous allez les confier à leurs collègues qui passent leurs soirées d'été à la pêcbe, leurs soirées d'biver à une table d'écarté, dix b'eures au lit, deux beures à table ! c'est puissamment raisonner !

Apprenons donc nos devoirs d'homme, étudions profondément nos devoirs de citoyen : puis n'ouf>lions pas que la vie est longue, que les jours ont vingt-quatre beures , que nos facultés sont nombreuses et puissantes , que les arts sont bien doux à l'âme capable de les sentir , bien beaux pour la raison capable de les comprendre : le reste au soin du corps , aux exercices qu'il réclame , au repos dont il a besoin ; et i^ous aurons vécu.

§. 2. Des passions*

Faut-il des passions, ou ^it-on les condamner toutes? question intéressante, souvent débattue , et qui prend un caractère plus grave encore du rapprochement de la morale sociale avec la morale indi-

bËUXIÈMB frÂHTIË. iS$

vidnelle. Nous allons Fexamitier avec soiki, en priant le lecteur de se rappeler d'abord ce que nous avons dit sur la précision dans les langues , et en particti* culier sur le molpassion à la page 95 de ce livre.

Npus venons tous au monde avec des penchans où instincts. C'est ce qu'on ne peut nier. Quel que soit le nombre de ces penchans, quelle que soit la diversité de leur force native dans les individujs , nous pouvons sans crainte les ramener à deux principaux : l'amour de soi ; l'atnour des autres.

1. S'aimer soi-même, c'est vouloir son bien-être , ^ar conséquent tous les moyens qui le procurent : jouissances physiques , intellecluelles et morales , ou si vous voulez , plaisirs du corps, plaisirs de l'esprit, plaisirs de l'âme.

Ainsi , c'est aimer tout ce qui flatte les sens : la beauté des formes, la mélodie des sons, les douces saveurs, les doux parfums. C'est aimer tout ce qui Satisfait les besoins du corps , les arts industriels qui perfectionnent ces sortes de jouissances , et les ri^ chesses qui lès procurent*

C'est aimer tout ce qui platt à l'imagination, enrichit la mémoire, développe la raison : Sculpture ^ poésie , peinture , musique ; études historiques ^ sciences naturelles, sciences exactes, philosophie. \

Enfin i c'est aimer , c'est recherclfer l'estimé dé nos semblables , l'affection , la reconnaissance , la satisfaction intérieure, les illusions qui'cotisolént, et les croyances qui font du bien.

2^ Aimer les autres^ c'est reporter sur eux tous ces

désirs^ toutes ces jouissances : c^est.par conséquent travailler pour leur bien être physique , intellectuel et inoral.

Mais ici, les divisions se forment, et les nuances d'affection s-établissent. On aime le genre humain tout entier , mais à mesure que le cercle' vft se resserrer, les àttachemens vont devenir plus vifs : humanité , patriotisme , famille , amour fraternel , filial , conjugal, paternel.

Toutes ces affections sont dans la nature.

Tout ce qui est dans la nature est Tœuvre de Dieu : l'œuvre de Dieu est toujt^urs bonne.

Il est bon dé s'aimer aoi-méme , par conséquent de soigner sa santé, ses plaisirs, sa fortune : par conséquent il est bon d'orner son esprit, de cultiver les sciences et les arts : plus encore , de se faire cliérir, estimer, admirer mémede ses semblables.

Il est bon d'aimer ses enfans , sa femme , son père el sa mère , son ami , sa patrie , le genre humain.

Voyons maintenant ce qui est mauviris.

.Si de tous ces penchans , j'en choisis un seul^ pour m'y abandonner à l'exclusiqn des autres; si de tous œs objets qai peuvent satisfaire les besoins de la nature, j'en préfère un à l'exclusion des autres : si, me laissant guijer par ce penchant , l'àme continuellement tendue vers cet objet, je ne forme plus qu'un jseul désir, eelui de le posséder : si sa possessioa momentanée renouvelle mon ardeur pour le vouloir eo- ^core., ou si la privation irrite en moi la volonté ^oi

le demande ; le pencbimt prend un attire nom ; c'est passion qu'on Tappelle.

Tout penebanl est bon ; toute passion- est mair-^ Taise.

La seconde de ces propositfons est la conséquence de la première.

En effet, qu'est-ce que ]a passion'îun pencliant devenu tellement exchisif par rattention que nous lui ayons donnée , et teHement excessif par cette séparation liabitueQe d'avec les autres, que ces fiutreff sont pour nous comme s'ils n'étaient plus. La part d'action qu'ils réclament est perdue : ce sont autant de devoirs que nous avons négligés, autant de carac* tère» que cous avons eflacés- dans noire natui^e-. Ov ces caraclèrea sont sacrés, puisqu'ils^ viennent de Dieu : donc la passion qui les^fait oublier toujours, est toujours coupable.^

]1 est hors de doute que cette passion- est plus ott moins coupable, en raison du' plus ou moins d'im-* portance dans le penchant qui Ta occasionée, du plus ou moins de dignité dans l'objet dont elle s'oo» cupe* ,

Ainsi, en tlrèse générale, toutepassion provenant. d'uD penchant de la première classe , l'amour de nous-méme , est plus digne de blâme que les pasaiona enfantées par l'amour d^autrui. J'aime mieux le patriotisme aveugle que Taveogle passion de la gloire.

Puis, comme il est des degrés dans l'amour de soi , des degrés dans l'amour d'autrui , la passion y^ 9t faire excuser ou haïr en- raison ^e cea difféi&eneef • .

158 IPHILOSOPKIB.

Je. blâme tous les hommes exclusivemenl ooeupes du soin de leur fortune : je les blâme , parce que la passion des richesses qui domine toutes leur& pensées , et dirige toutes leurs actions , le^ oblige de négliger leu]i? intelligen<;e , leurs devoirs de famille, leurs devoirs sociaux. Mais quelle disitiucti on à faire parmi ces chercheurs d'ai|[ent>! Celui - ci veut des richesses pour les contempler i pour se dire à lui-même : je possède ; c'est un sot que je méprise, çt de plus , un citoyen nuisible que je fléy:^is« Gelui4à veut, être riche pour rassembler . toutes) les délica* tesses du luxe , pour saveu;rer toutes, les jeuisfiânees physiqui^s.: c'est un insensé que jeplaina* Cefe autre ^ pour entasser autour de lui Umteales mepreilleadea aïts , pour bâtir des palais ^ aligner des ja^rdins^étaf 1er .daQs une galerie des tableaux etdes'statoes:; e'esl un maniaque dont la société peut tirer pariL Ce- père de; £^miUe. veut laisser de grands bien3 à ses enfans ; ce fabricant veut coiitribuer à la prospérité & son pays; ce brave homme veut; fonder des. h^itonx ^ npurrir des famiUeis indigentes.v. "Voyez oomme 1» passion s'épure en approchant du désintéressem^it, d^.la charités Pourtant e'est toujours la passion; toujours une idée fixe, une tend^uce exclusive > un daur ger pour la morale^

On en peut 4iré autant de la passioil de Fétude t de cet amour de science, qui consume avant le temps certaines âmes trop impétueuses. Que de savans ont mis de côté les intérêts de leur famille el ceux de leur j^ays! qi«e d'éj^ouaes né^ligi^es, que d'enfims livrés i

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eux mêmes! que de vices domestiques introduits et fortifiés , par ce besoin de solitude , si nécessaire à rhommç.qui médite l Et pourtant, nous devons séparer avec soin le savant qui travaille pour sst jouissance personnelle, ou pour sa gloire, de celiii quî travaille pour éclairer ses sem]>lal>les. Tous deux ont tort d'oublier leurs autres devoirs ; laais combien le» torts du premier sont plus graves t

Cependant des moralistes ont i^it Tapologie de» passions , ou, pour mieux dire, de certaines passions^ et ils ont eu raison. Car s'il en est qui dégradent ,. parce qu'elles ne peuvent mener qu'au vice, il en est qui élèvent l'homme , car elles le portent à la vertu. Pour bien faire une cbose ,~ il faut ne faire qu'elle r et la passion, quand elle n'est pas réduite à la tristebabitude, suppose dans celui qu'elle entraîne uner force d'àme, une énei^ie de volonté que nous admirons toujours. .Même dans le crime, nous aimons ih trouver de Temportement, du fanatisme. L'assassin^ BOUS fait borreur ; mais' s'il tua- par wngeanee , iji nous étonne ; s'il égorgea par basse cupidité, ou par crainte d'nor plus fort, il nous dégoûte. Nous vauioos^ avant tout que l'homme soit homme, qu'il y ait de la vigueur dans son caractère. F'irtus vient de vir , et iK v^ut àïve force»

. A considérer par conséquent les passions sous le point de vue des ressources qu'elles déploient dans Fàme, on ne peut s'empêcher d'applaudir à leurs transports. Sans elles , rien de grand , rien de beau : la poé^e leur doit, ses Uomëres, le pf^briotisme s#s^

Seo FÏIIliOSOPilB.

Déchis , la charité ses Yincents , la foi ses màvtjrs, L^amour même de la célébrité, si mesquin, si dangereux quand il ne s^àppuie que sur FégoYsme, grandit tout à coup et mérite la reconnaissance des hommes quand il devient Famour de la gîoîre. Car îa gloire ne s'attache qu'aux actions utiles. L'histoire a flétri la déplorable célébrité d'Attila, eUfe à consacré la gloire d'Alexandre. Mais ce dernier n'eût été comme l'autre qu'un fléau du genre humain s'il n'eût conquis que pour détruira.

Déclarer la guerre aux passions, c'^estla déclarer à la société , qui ne s6 soutient que par elles. Mais nous parlons ici de ces passions géhéreuses, dont l'inten*tion , et même seulement le résultat est lè Bien-être social. Il faut condamner , il faut détruire toutf ce quivient de Fégoïsme pour n'aboutir qu'à l'égoisme-r passions de l'argent, de l'étude, de la célébrité r passions qui n'ont pour objet que les plaisirs des sens , ou même que les jouissances réfléchies d'une volupté pi u# délicate sont mauvaises, parce qu'elles nuisent à l'homme dont elles usent la vie, sans rien produire pour la société dont elles le séparent. Elles n'enfantent que des vices : la cupidité, Favarice, la vanité, l'orgueil, l'envie, la débauche, Tîntempérance. Mais emportées dans le mouvement social, elles s'épurent en changeant d'objet ; loin de les combattre alors , il faut les seconder et les diriger : encouragez l'émulation, faites-en le désir d'être utile : protégez l'amour des richesses , faites-en la source des prospérités nationales : excitez le zèle pour la 8ciei|ce,

dites an saryant que sa mission est d'édairer le |^nre hnmain. Cn nn mot, prenez l'homme ccHnme il est , c^est-à-dîpe; avec ton» ses penclians, ayec sa- faiblesse qni le fait l'esclave des uns, sa force qui le fend maître des antres : domptes cette faiblesse par la crainte des lois et le respect de la morale, et au lieu d'éteindre cette force> sachez lui proposer un but qu'elle puisse atteindre* Epicure et Zenon se trom*pèrent, faute d'avoir établi cet équilibre : l'un ne vit dans l'h^mmeque l'être débile, que sa morale devait élever ; l'antre que l'être puissant , que sa loi devait soumettre. L'un voulut amener son sage , par la raison , à pouvoir se séparer doucement ie ses passions; l'autre prétendit en détacher le sien parla contrainte. Calcule, disait l'un ; obéis, disait Tautre. Et tous deux ajoutaient : point de passions. Ils conduisaient au même but, l'apathie, par des chemins diâerens , Epicure par l'intérêt, Zenon «ptfr le devoir. Tous deux , sans le vouloir , désorganisaient la société , le premier à force de concentrer Fhomme en lui-même, le second â force de le répandre dans le tout*: ni l'un ni Tautre n'avaient compris la nature humaine, et

* Le stoïcisme dëtruit toutes les affections ; la famille et. la patrie ne sont rien dans ce système* A Rome , il parut se confondre avec le patriotisme, parce qu'aux yeux du Romain, sa cité était tout. Mais qu*on transporte la doctrine cte Zenon dans les états modernes ; on ne verra bientôt plus ni Français, ni Anglais, ni Russes : comme il n'y a de bien que ce qui convient à tous , totit sera mal' dans ce monde» Il faudra- tout désorganiser*.

pourtant tous deux prescrivaient de vivre cpufor^ mément à sa nature. Toutefois , nous )'av.oueron8 , Epicure nous semble beaucoup plus conséquent que les philosophes du portique^ Ne reconnaissant d'autre loi que le bien-être , n'indiquant à rbonme d'autre but que le bonheur, il devait condsimner toutes les passions , même les plus honorables. Car dans l'intérêt de l'individu, toutes sont mauvaises. La tranquillité de l'âme , comme la santé du corps, dépend de l'équilibre parfait de toutes aes puissances. Or la passion , quelle qu'elle $oit « détruit cette' harmonie 9 en appelant sur un seul objet, ou du moins en attirant dans une seule direction l'éner* gie de la pensée» Nous pouvons donc dire avec lui,

]Nil admir»ri , propè fcs es4 una-^ Numici , Solaque , qux possit facere et serrso'e beatum»

Aussi , c'est seuleipent dans ll^ntérét de la société que le- christianisme s'occupe des passions^; proscri-vant les unes ^ comme immorales ^ les ai|lres comme dangereuses, et n'adoptant celles qui sont utiles, qu'en se chargeant du soin de les diriger*. Encore ne faît-il pas une loi de s'y abandonner , mais un devoir de lès conduire.

Gardez- vous donc d^'anéantir vospenchans : laissezles crottre, surveillez leurs développemens : brisezles , s'ils mènent à l'égoïsme , permettez leur de pren-^ dve un noble essor, s'ils tendent au bonheur social. Eu un mot, soumettez-lesâ l'empire de la raison ^ noa die celte raison froide qui compte et pèse tous les mo^

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lîfs, et fait de la morale avec de l'arttlimeticpie ; mais de cette raison élevée qui sent en même-temps qu'elle pense , pénètre les vuejB de Dieu par la Gonscience , Comprend les rapports qui unissent les âtres moraux, les devoirs qui les encbainent « les sacrifices qu'imposent ces devoirs, et sait , quand il le faut> immoler au bonheur de l'espèce , bonheur immense et dura* ble, le biennètre si chétif t si mobile, de l'individu , qui n'a qu'un jour.à vivre , s'il vit pour lui seul « tandis qu'il a des siècles , s'il travaille , souffre et meurt pour les autres.

'ammmi

364 I^UILOSOPWIB.

Il"" SECTIOX,— MORALE DOMESTIQUE.

La farâillé est la dîvfsîoit nalurelle et primitive de respècè hùinaine. Elle doit se trcHiyér dans toutes lés autres, et les expliquer touteis* Lés ëléniensde l'état isont là : le père , qui exerce la soùvérainelé ; la mère^ qui en tempère Taction : les enfans, égaux entre eux, et soumis à la loi : la communauté d'intérêt, la réciprocité des droits et des devoirs : voilà r image de la patrie. Heureuse la société formée sur ce moJèle î heureuse celle qui met au premier rang, les vertus domestiques! un b(Hxpère, un bon fils,, sera toujours un bon citoyen.»

Les rapports des pères et mères afd enfana, ceux, des époux entre eux , constituent 1» famille : le reste n'est qu'accessoire. Nous allons donc considérer seulement les devoirs des enfans envers leurs parens^ ceux des parens envers leurs enfans , et les devoir» Tespectifs des époux..

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