DEUXIEME PARTIE
jneltanl leurs droits sous la protection cTun plus fort, lui déléguer sur tous Fautorité que chacun d'eux exerçait sur soi-même. Dans ce cas, le chef nest que le représentant «de la volonté de tous : il doit compte de sa gestion à qui lui conféra son pouvoir.
Eh bien, l'autorité souveraine, celle de Dieu, celle de la loi, a son représentant dans la famille, comme la volonté de tous a le sien dans Tétat. Ce représentant, cette image de Dieu, c'est le père: imposé à ses enfans comme Dieu Test au monde , il ne doit pas compte à ceux, qu'il gouverne , mais à celui qui l'institua. Ses devoirs sont immenses , sans doute: mais le tribunal qui doit juger s'il les remplit tous n'est pas de ce monde. L'oubli de toutes ses obligations n'autoriserait pas l'oubli des nôtres à son égard : en voici la preuve.
Un homme lève le poignard sur vous : il veut vous tuer. Si, pour échapper à la mort, vous n'avez pas d'autre moyen que de le tuer lui-même , c'est votre droit , frappez.
Si cet homme est votre père , et que toilft anire moyen pour éviter la mort vous soit de Biéflom Hb^ssible , il faut mourir.
Et pourtant^ quelle violation plus sacrilège de tous les devoirs paternels , que l'assassinat d'un âls?
Hàtons-nous de sortir de ces épouvantables suppositions , et voyons dans nos parens ee que la nature les a faift, ce qu'ils sont pour nous^ ce que nous devons être pour eux.
Ils représentent Dieu sous le triple aspect que nous ayons envisagé dans l'être souverain : puissance , sagesse, bonté. A ces trois caractères. doivent correspondre le respect, robéissance, l'amour.
1^ Le respect. Ce que le fils doit respecter dans ses parens , c'est avant tout le titre de père et de mère 9 titre inaliénable, puisqu'il tient à un fait qu'il ne dépend de personne ni d'empêcher , ni d'é* tâblir. Choisis par Dieu pour être à notre égard les instrumens de la volonté qui nous fit naître, ils sont et seront toujours à notre égard les images vivantes du pouvoir créateur : le rapport qui nous uxit à eux s'identifie avec le sentiment de notre existence. Etre quelque chose , c'est être fils : il est impossible de désunir ces deux pensées. L'insensé qui déteste la vie est en même temps le fils dénaturé qui maudit ses parens , et la. créature impie qui blasphème contre son Dieu. Vices ou vertus , stupidité ou génie, servitude ou puissance , force d'âge ou décrépitude, ne changent rien au titre sacré de père , et par conséquent au respect qu'il exige. U est des âges où s'efface la différence des années : tel homme â soixante ans a beaucoup plus vécu , possède beaucoup plus d'expérience que tel autre à.quatre vingts. Le fils d'un inconnu peut s'appeler Pierre Corneille, et celui d'un pâtre Sixte-Quint. Mais tous, malgré ces hautes supériorités morales, intellectuelles ou sociales, respectés comme ils méritent de l'être, doivent respect â l'auteur de leurs jours. Et si le vieux Peretti eut encore vécu quand son fils ceignit
bEUXlÈME PARTIE. SSg
la tiare, le souverain pontife, après avoir, du haut delà basilique de Saint-Pierre, béni sojn père prosterné dans la foule , aurait pU courber la télé à son tour pour recevoir la bénédiction patepnelleé
Après cela, il est inutile de dire à. quelle vénération peut s'élever ce noble sentiment, si le fils, en respectant son père , respecte en même temps Texpérience, le rang , les vertus ou le génie. Remarquez seulement qu'on n'est pas plus père pour avoir ces titres de plus : ce n'est pas un droit qu'on augmente^ mais de nouveaux droits qu'on acquiert^
2^ L'obéissance. Représentant de la sagesse souveraine, organe de la loi, le père commande en Viertu d'un pouvoir que rien me peut lui ravir, car il émane de Dieu même. Le rapport physique entre vous et lui n'est rien; force n'est pas droit. Vous n'êtes pas une machine dont il dirige les ressorts, mais un être moral que le sien pénètre de toutes parts. Quelque chose de lui vit dans votre pensée, ou pour mieux dire, il est votre conscience visible, et votre raison n'est qu'un reflet de la sienne : que pourriez-vous juger , comment «auriez -vous agir, s'il n'avait long-temps jugé, long-temps agi pour vous? Il vous a fait ce que vous êtes, c'està-dire, une intelligence qui réfléchit, un être libre qui se détermine par lui-même. Fils orgueilleux, qui crois avoir le droit de marcher son égal, et ' tournes contre lui les forces qu'il t'a données , montre moi ton œuvre, dis-moi ce que tu as fait dans ta nature. Sans l'éducation qui t'a façonné, PHILOSOPHIE. 24
370 ' 'FhliOSOPHlè.
que ^i*ais-ltiT Un sauvage sans loi, sans frein, sani pouvoir; une créature libre encore, mais de cette liberté Aveugle , capricieuse 1, qui ne veut que pour vouloir^ èl nc'se rend compte d*une action que par le désir de la faire. Cette balance dans laquelle tu pèses les droits paternels, qui te Ta mise dans la main? Soumets-toi donc, même en usant de ta liberté : songe à ton père, en songeant à ton indépendance : obéis, même en disantye veux ^ parce que vouloir, c'est toujours obéir: celui qui veut le mal , obéit à ses passions : celui qui veut le bien, obéit à la loi^ et la loi, c'est Dieu 1 c'est l'autorité paternelle.
Sans doute il est un âge où cette autorité semble décroître, et l'obéissance disparattre. C'est, dit-on, lorsque Thomme se suffit à lui-même ., et que sa conscience et les lumières de sa raison peuvent le guider daas sa conduite , sans qu'une volonté supérieure préside à ses actes. Qu'on nous permette de hasarder ici une réponse qui paraîtra peut-être an paradoxe : c'est à cette époque justement que nous faisons un devoir de l'obéissance. Avant que la raison ne soit développée , que l'esprit n'ait assez de clarté, la volonté assez de force pour nous conduire, dans l'enfance, qu'est-il besoin de nous prescrire la soumission ? elle ressort nécessairement de notre ^tat de faiblesse, de notre dépendance morale. Obéis â tes parens , est un précepte qu'on nous impose avec raison sans nous en donner les motifs : l'autorité paternelle nous domine dans l'emploi de toutes