‹ Nouveau système d'études philosophiquesChapitre 77 sur 101 · DEUXIÈME PARTIE. Zyi · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. Zyi

nos puissances , elle remplit toutes les heures de notre vie. Mais lorsqu^on nous a faits nous , lorsque K^ous croyons être tout^ parce que nous sommes devenus quelque chose ^ à cet âge d'examen et d'indépendance où , responsables de nos actes , nous voulons seuls les produire , c'est alors qu'il est bon de rappeler à l'homme qu'une autorité souveraine veille à sa conduite , et que Dieu le regarde par les yeux de son père et lui parle par sa bouche. Qu'est-ce que lé mérite d'un enfant obéissant ? un mérite à poupées , à caresses. Mais le jeune homme soumis à son père, mais Coriolan remettant son glaive dans le fourreau pour obéir à Véturie , voilà le spectacle que nous aimons à voir, la leçon que nous voudrions donner. Kous ne comprenons plus assez l'autorité paternelle : les anciens l'avaient exagérée sans doute, en l'étendant jusqu'aux droits sur la vie : l'êtrie physique , la machine organisée est en dehors de ces rapports : ce que l'homme n'a pas fait, l'homme ne doit pas le détruire. Mais ils comprenaient que la société ne subsiste que par le maintien des autorités légitimes , que la plus légitime de toutes, celle dont toutes les antres ne sont que le reflet ou la copie , est l' autorité paternelle : que c'est en même temps la plus voisine de nous, celle qui tient de plus près à notre natuie . à nos habitudes , puisque c'est la première sentie, là première connue : que par conséquent l'état n'a de force que par le maintien de celle-là ; et que si vous voulez qu'il arrive un âge où le fits devienne l'égal du père, il arrivera aussi un moment où tout ci^

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toyen, réclamant sa part de souveraineté, se éroirâ régal de la patrie. Aussi voyez comme les idées de société civile et de famille s'unissaient dans les lan-» gués anciennes. Père et patrie n'avaient qu'un sens i qu'un mot : Télat, dans toute la faniille , ne connaissait qu'un individu , le père : il ne disait pas aux fils : venez me servir; mais au père : donnc*moi tes fils* Ainsi s'afTermissaient les Insli tu lions sociales, ap* puyées sur la nature , sur l'œuvre de Dieu. Kous sommes beaucoup trop sortis de ces principes ; nous avons trop désorganisé la famille pour arrivei' à l'unilé nationale , sans penser qu'il y a entre ces deux états toute la différence qui sépare l'a&straction de la réalité. Nous reviendrons à la vérité, car il y faut toujours revenir; nous y reviendrons lentement, parce qu'il est plus facile *de fX)rrompre les mœurs que de les réformer : quoi <]4i'il en soit nous avons fait un pas ; la famille se reconstitue comme l'état , et les vertus domesti" ques ont repris faveur. Mais ne l'oublions pas : ce n'est point avec des lois qu'on fait les mœurs ; c'est avec des cix)yanees , avec de grands exemples : les codes ne prescrivent pas les vertus , les devoirs ; ils ne font que flétrir les vices, et surtout réprimer les délits. On ne fait pas les bons fils seulement en punissant

Ijes mauvais^

En parlant de l'obéissance qu^on doit à ses parens ,

nous n'avons pas voulu mettre cette obéissance aa-

<dessus de la morale et des lois. Nous avons supposé

^jpère ce qu'il est dans l'ordre' naturel^ le représen-

tant de la volonté divine. Si , dépouillant ce Ctfvaclère facré , un misérable ordonne le crime à ses fils , cVst un roi qui abdique, le sujet rentre dans sonr indépendance. Mais ces cas sont si rares! L'homme le plus vicieu:i , le scélérat le plus consommé épar^e à ses enfans le spectacle de ses mauvais exemples % et regarderait comme le plus grand de tous ses forfaits Tordre qu'il leur donnerait de l'imiter. N'avez- vous pas été souvent, dans les rues de Paris, frappés du spectacle singulier d'un malheureux plongé dans l'ivresse, soutenu par son fils, ou par sa fille, qui le ramène à la maison.? suivez-les un instant, écoutez leur conversation.. Le pauvre enfant semble honteux de l'honorable ministère qu'il remplît, vous croiriez que c'est lui qui est coupable ; car le père , tout chancelant , prêche la morale , la vertu , donne des leçons. Vous voyez dans tous ses muscles les incroyables efforts qu'il fait pour marcher droit devant son fils , dans son langage lar peine qu'il se donne pour conserver sa dignité de père , en cachant sous la sagesse de ses préceptes r infamie de son exemple. C'est la nature qui lutte contre l'homme , c'est la loi qui se manifeste; c'est l'oracle qui parle encore, quand l'hiérophante a perdu la raison. Aussi nous avons toujours admiré cette belle pensée de Pythagore : Quand ton père est en colère , comporte-toi comme dans un temple dont le dieu est absent.

Obéissez donc à vos parens , à tout âge, en toute circonstance , même après qu'ils ne sont plus. Que leurs leçons , toujours présentes à vos pensées , soienC

pour vous comme une seconde conscience , une règle divine. Dites, quand vous allez mal faire : «8î mou père me voyait! 4.. quel chagrin aurait ma mère y &i elle savait !...>> Et cette pensée vaudra mieux que les plus belles théories philosophiques sur le devoir et la vertu.

3^ L'amour. Ici la plume est près de tomber de» mains. Commander Tamour filial, c'est ordonnera Tœil de voir , au cœur de battre. Est-ce un précepte à donner en morale, que de dire à l'homme : Ne sois pas un monstre? Non, nous n'ordonnerons pas aux jeunes-gens d'aimer leurs parens; mais nous leur raconterons les souifrances maternelles, les longues nuits passées près d'un berceau, les agitations, les boule versemens qu'un changement dans la respi* ration du nouveau né, un gémissement échappée son sommeil causaient dans l'âme d'une mère; le» joies que produisaient un premier sourire, une première parole ; les inexprimables douleurs que faisait naître une première souffrance. Nous leur peindrons les privations , les sacrifices qu'imposaient leurs'besoins , sacrifices que ne pouvait ni préparer, ni soutenir l'espoir d^une récompense, car pour en donner le prix , il faudrait en comprendre la valeur : nous leur dirons : Tout ce que vous^ savez, tout ce que vous pouvez faire, tout ce que vous êtes, c'est à vos parens que vous le devez. Votre santé , c'est le fruit de leurs soins ; votre intelligence , c'est le produit de leurs travaux , une continuation de leurs peusées ; votre moralité , c'est l'ouvrage de leurs ezem-

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pies, de leurs leçons. Vous êtes créés par leur parole , par leur esprit ,^ pa^r leur âme, autant et bien plu* qu'enfantés par leur union qorporelle. Loin donc, bien loin les misérables <|ui ne verraient dans le rap* port du fils au père que le résultat imprévu d'une action aveugle , que le développement organique d'une malière qui suit ses lois éternelles j sophistes parricides, aussi coupables dans la théorie que Néron le fut dans la pratique, monstres en raison comme il le fut eu moraje. L'amour filial n'est pas une vertu ;., c'est le premier, c'est le pl^s si m p^ des devoirs, e^ son infraction 1^ plus odieux des forfaits.

Mous ajouterons : soyez recohnaissans ; faites du bien à vos parens; et ce bien n'est pas difficile nonplus, car le plus grand bonheur qu'ils ambitionnent, c'est de vous voir heureux. Travailler pour vous, c'est travailler pour eux : ramenez donc vers celte pensée tous les calculs de votre égoïsme ; c'est le moyen de l'ennoblir , de relever dans l'échelle morale. Ne voyez que vos parens dans vos travaux, dans vos succès ; en attendant qu'un jour vous les réfléchissiez à votre tour sur le bonheur de vos enfans. Au reste , ne croyez pas que jamais on puisse s'acquitter envers ses parens : l'infini ne suffirait pas à la dette contractée avec eux : il est dans leurs bienfaits un caractère indélébile comme le titre de père, la priorité. Celui qui fait du bien sans rien, devoir sera toujours supérieur à celui qui paye une dette : votre vie est leur ouvrage, je dis votre vie iptellectuelle, voire vie morale; jamais vous ne sere»

pour eux, sous ce rapport, ce qu'ils furent pour vous : créateurs. Vous aurez beau vous dévouer poui* eux , mourir pour les sauver âe la mort : qu'avez- vous donné dans ce sacrifice, le plus grand de tous ceux que vous pouvez faire? Des jours, des années, une machine que le temps allait briser» Ils ont donné ,. eux , leurs sentimens , leur volonté, leur pensée, tout leur être» Ce dédoublement de soi-même , cette fusion d'une créature dans, une autre , ce bien* fait , le seul qui ressemble en quelque cbose à celui de Dieu créant le monde, il ne fut possible que pour eux , il ne l'est plus pour vous. Le fils ne s'acquitte jamais.

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