‹ Nouveau système d'études philosophiquesChapitre 83 sur 101 · DEUXIÈME PARTIE. 4o · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. 4o

]jalkés impérieuses. Supposera-t-on qiie les pères , égaux enire eux , stipulent seuls les inléi'éu de leurs iamîlles ? Mais il faut admettre que toutes les familles ont encore leur père : qu'il n'y aura pas de contestation entre celui-ci et l'aïeul : que tous ces chefs •Batureis seront égaux en force physique, en intelligence , en âge : que celui qui dira : je donne à l'état vingt défenseurs , ne réclamera pas une pari de puissance supérieure à celui qui n'en offrira que deux. Il faut supposer que sensible uniquement à l'intérêt ^néral, chacun oubliera ses besoins^ ses acquisitions antérieures , et dépouillera pour un temps ses pas^ sions : il faut supposer que l'homme cesse d'être l'homme.

Au reste , regardez à la première page de toutes •les histoires , interrogez tous les monumens antiques^ consul lez toutes les traditions, nulle part vous ne verrez les hommes se donner par convention une patrie, des lois, un gouvernement. C'est toujours , ou un père de famille qui continue paisiblement et transmet a ses fils l'autorité que Dieu lui conféra , ou un homme supérieur qui rassemble soit par la persuasion^ soit par la force, des tribus , des hordes errantes, sans ressources, sans idées fixes ^ et les réunit en corps de nation sous l'empire des lois qu'il leur dicte et du gouvernement qu'il leiir impose. Chez les peuples du nouveau monde , au i G^ siècle , *et maintenant encore dans les îles sauvages de TOcéanie, quelles traditions trouvons-nous? toujours un législateur descendu du ciel , ou venu de contrées

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lointaines, qui se déclare dieu , ou roi, usurpe Vaui' tqrité législative , le pouvoir exécutif, et transmet comme un .droit l'héritage de sa puissance* Dans TAfiie , berceau du genr^î humain, partout, autrefois, et même encore dans quelques régions, le gouvernement patriarcal. En Egypte, même origine : en Grèce et dans toute rjEJurope méridionale, les états commencent comme en Amérique. Dans le Nord, Odin fait des lois, constitue une nation, comme Ljnus, Orphée, Géçf*ops, Romulus, Minos. Si quelquefois, dans les. horde^s germaines , nous voyons la convention, ou plutôt l'assentiment général consacrer l'autorité de Thomme hardi qui propose une entreprise, ce contrat ne stipule que pour la durée de l'exécution : la conquête achevée , l'autorité du conquérant ne se continue que par l'usurpation. Ainsi Glovis , chef des Saliens , par la force de ses pères, devient parla sienne propre chef de tous les Francs. Il propose de chasser les Romains de la Gaule : on y consent, on le fait chef de l'entreprise qu'il a conçue ; et le Salien vainqueur change en sceptre sa framée.

Renonçons donc a une hypothèse qui n'a d'application 'complète nulle part , et n'exista jamais que dans l'imagination des publicistes. Conservons - la seulement comme fiction, pour comprendre Tégalité de tous les citoyens devant la loi , comme principe pour résister aux enyahissemens du despotisme, iklais gardoos-nous d'en faire l'objet d*une compositioQ spéciale de la société.

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Nos devoirs envers l'état penvcnt se ramener à ces trois principaux : obéissance aux lois, respect à Tautorité, dévouement au bien de tous, ou patriotisme.

1. La loi, c'est, avons-nous dit, la volonté souveraine. Dieu seul est souverain.

La loi a pour objet le bonheur de tous. Donc , une loi n*est bonne qu'autant qu'elle assure l'intérêt général .

D'après ces principes , aucun individu ne peut ni déléguer,- ni posséder par lui-même la souveraineté. Elle n'existe que dans la volonté de tous. Mais tous ne peuvent pas faire les lois. Il faut donc que la société délègue ses pouvoirs, et désigne son législateur. Ce législateur, ici , n'est qu'un 5eul homme , dont on a reconnu la haute sagesse : là, c'est un être idéal , une fiction , représentée par une ou plusieurs assemblées. Comme homme, ce législateur, égal à tous, est lui-même soumis à la loi qu'il établit ; comme législateur, il est souverain de tous. Sans cette abstraction, il est impossible d'expliquer la société civile; elle ne paraîtra partout que l'abus de la force. Toute loi serait une volonté plus puissante que d'autres , qu'une nouvelle volonté plus puissante à son tour aurait le droit de renverser.

Ce principe posé, il est évident queles lois sont audessus de tout dans l'état : que détruire les lois d'un pays , c'est dire : Ici il n'y a plus de patrie.

Tout citoyen doit donc se regarder , par rapport aux lois, non pas comme leur auteur, parce que son bien-être serait attaché à leur accomplissement: ce

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serait confondre leur objet avec leur principe ; mais comme leur subordonné. Seul il n'eût pas fait de lois; il eût subi celles de la nature : en s'unissant à d'autres , il a dit à Fun de ses semblables ou à plusieurs : faites-nous des lois; c'est-à-dire , soyez pour nous l'interprète des. volontés divines. Il a mis tout simplement, à son choix, un homme entre Dieu et lui. Le grand livre de la nature était là : il savait que ses besoins et les moyens de les satisfaire s'y trouvaient écrits , mais dans une langue qu'il ne pouvait comprendre. Il a désigné celui qui devait la lui traduire ; il s'est soumis à la traduction ; par conséquent au traducteur quand il faisait son œuvre; par conséquent pas à lui quand il cessait de regarder dans le livre pour parler en son propre nom.

Obéissons donc aux lois , quand même elles nous paraîtraient injustes , car nous ne sommes pas la puissance qui les a faites, l'intelligence qui en a pesé les motifs et compris l'utilité. Nous ne connaissons qu'un seul cas d'exception : celui où la loi commanderait le crime. Mais ce'cas est impossible; car le législateur légitime ne peut ordonner l'immoralité , puisqu'il est légitime. Et quant à l'usurpateur, ses ordres n'étant pas des lois, on pouirait toujours les enfreindre.

a. La nécessité de confier à des hommes le pouvoir de faire des lois , et celle d'assurer par une autorité permanente le maintien de leur exécution , ont donné naissance aux diverses formes de gouververnemens. Ces formes dKTérentes, selon les climats,

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les mœurs, le génie des peuples, le besoin des âges, consistent dans la combinaison du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif.

Ces deux pouvoirs tendent à se diviser: la violence seule peut les réunir , mais ce n'est jamais pour long* temps.

Ainsi l'on a rêvé le gouvernement despoticjue , où la volonté d'un seul homme fait la loi sanscqnseil ^ sans contrôle, et Texécute sans résistance :

Le gouvernement démocratique, où tows, sans exception , se proclamant souverains ,. obéissent à la loi qu'ils ont faite eux-mêmes, et se surveillent dans son accomplissement*.

Ces deux formes, dans toute leur pureté, sont impossibles : pour gouverner despotiquement ,. il faudrait être ua dieu ; pour se gouverner démocratiquement , il faudrait être plus q^ue des an^es.

Aussi malgré les nombreux essais qui on a teplés, jamais on n'a pu réaliser ni l'une ni l'autre. Le despptisme a pu régner [lax la terreur ; mais e'ét9it;I« règne d'un jour : il ne tardait pas à s'évanquir. Les gouvernemens qu'on appellent despotiques ne le paraissent que parce qu'ils tendent vers cet abu& : du reste, vous voyez partout le pouvoir législatif balancé par des institutions fondamentales , le pauvoir exécutif entravé, par des résistances. Moins elles sont légales, et plus elles ont de force, plus, le maître prétendu tremble devant elles. Mahmoud craint plus les Janissaires , quoiqu'il ait brisé leur pouvoir, que Na.r poléon ne craignait son corps législatif eX son sé^at»

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Le prÎDce absolu qui fait consacrer ses volontés est bien plus près du despotisme que celui qui les impose.

Il en est de même de la démocratie , fantôme qu'adorent les uns , qui fait pâlir les autres » et qui n'exista jamais. Moins illégitime que le despotisme, mais plus absurde , ce gouvernement se résout de lui-même ou en anarchie', c'est-à-dire, désorganisation complète , ou en aristocratie. C'est un bonheur quand il ne mène pas droit à la tyrannie.

Il n'exista jamais que des gouvei*nemens mixtes : il n'y a que ceux-là de possibles.

Le principe du gouvernement mixte , c'est la division du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif.

Ses nuances sont indéfinies, selon qu'il se rapproche du despotisme ou de la démocratie. S'il devient l'un ou l'autre , il est perdu.

Les extrêmes les plus éloignés où il soit parvenu dans ces deux sens, sont, d'une part, les gouvernemens d'Asie, de l'autre , l'ancienne république d'Athènes. Ceux qui considéreront attentivement ces deux sortes d'élats reconnaîti*ont la vérité de ce que nous venons de dire, qu'il n'exista jamais ni despotisme absolu, ni démocratie complète.

La perfection du gouvernement consiste dans l'équilibre des pouvoirs. Cet équilibre ne peut se régler d'une manière invariable. Le mieux combiné est celui qui s'accorde le mieux avec les mœurs d'un pays.

Tout gouvernement se compose nécessairemenJL

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