DEUXIÈME PARTIE. 4i
lion de ]a loi que la volonté de mal faire : mais ils ne tenaient pas compte des obstacles que cette volonté rencontre , et de la persévérance qu'il faut Ynettre à vouloir mal faire pour commettre certaines fictions. Certes, celui qui veut être parricide trouve dans sa nature des résistances bien plus fortes que s'il voulait se rendre coupable d'un vol ; dans la victoire qu'il remporte sur ces résistances il y a bien plus de perversité, parce qu'il lui faut, pour vouloir ce forfait , une effroyable énergie de scélératesse. D'ailleurs , il suffirait , pour détruire à ce sujet Taxiome du Portique, de rappeler que le mérite ou la culpabilité de toute action augmente ou décroît en i-aison du plus ou moins de liberté qu'on eut pour la faire.
On attente à la vie de son semblable , non seulement par des actes violens , mais aussi par une action lente sur ses organes. Lisez dans Schiller l'horrible monologue où Franiz méditant les moyens d'abréger les jours de son père , s'écrie avec impatience : « Tarsenal de la mort est-il donc épuisé ? » c'est aux chagrins qu'il en appelle , pour commettre le parricide : il veut user la vie du vieux Moor par le désespoir, en l'abreuvant de douleurs. Croyez- vous que ce crime soit moins affreux , parce que ses effets sont -moins visibles , parce que la justice humaine ne peut pas l'atteindre ? Us sont coupables aussi, ceux qui, par (les travaux violens , pour un vil intérêt , sacrifient la santé , minent la vie de leurs, semblables. Les lois
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ne devraient pas permettre que Thomme disposât ainsi des jours de Thoniine.
Si rhomicide est le plus grand des attentats, le droit de défendre sa vie est le premier de tous les droits. Un instinct puissant a gravé dans Findividu la conscience de ce droit ; quand sa volonté s'exerce à le maintenir , à le protéger , il semble que la machine entière concourre à cet acte légitime; tous les ressorts de l'organisme redoublent d'activité : toute autre fonction reste suspendue : on croirait voir un peuple entier abandonner ses travaux , ses plaisirs , pour repousser l'ennemi de son territoire. Aucune autorité n'a pu faire un devoir à l'homme de se laisser tuer , sans protester contre la violence , sans résister à l'attaque : la loi même qui permet au sultan d'envoyer le cordon au pacha , n'oblige pas ce dernier à baiser avec respect le lacet fatal.
C'est de cet instinct, de ce droit, que sort la première exception au devoir. Attaqué par un assassin, vous devez vous défendre ; et pour vous défendre , vous pouvez lui donner la mort.
Mais prenons garde : que ce ne soît pas pour vous venger, car la vengeance est un crime. Ainsi, quand l'agression a cessé , quand le meurtrier n'est plus à craindre, soit que l'arme ait échappé de ses mains, soit que lui-mênxe ait renoncé à son projet , vous n'avez pas le droit de lui porter le coup mortel. Ce ne serait plus vous défendre ; vous deviendriez agresseur à votre tour.
Que ce ne soit pas pour punir : entre égaux , le
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tlroil dé punir n'existe pas. Que le père punisse son fils, il le peul; le père est représentant de l'autorité divine : que le magistrat punisse le coupable , le gé« néral son soldat qui désol)éit ; ils le peuvent : repré-^ sentans de la loi , chargés de la faire exécuter, ce ne sont pas eux qui châtient, mais la loi seule, la loi qu'ils appliquent. C'est la société qui envoie un vo*^ leur aux galères, ce n'est pas le tribunal. S'il en était -autrement , le monde serait plein de législateurs : il n'y aurait pas jusqu'au gendarme qui ne crût en es* cortant la cHaine , exercer le pouvoir souverain.
 plus forte raison n'avons-nous pas le droit de tuer un agresseur quand la loi suffit pour nous protéger. L'état garantit nos droits à condition que nous abdiquerons en sa faveur : il ne nous laisse le soin de les défendre que dans le cas urgent où la moindre lenteur pourrait les compromettre, quand la société n'est pas là pour veillera notre salut. Prévenu d'un attentat qui se prépare contre votre personne, vous devez avertir l'autorité civile, tout en vous tenant sur vos gardes : la loi vous permettra de sortir armé , si l'on menace votre vie; mais elle vous défendra, si elle peut agir, de prévenir son action.
Nous croyons devoir insister sur ces principes, parce que Ton est trop souvent porté à les oublier ; on croit pouvoir punir, se venger^ quelquefois même prévenir un assassinat par la mort de celui qui veut tuei*. Sans doute ce serait un bien pour la société si l'on savait lire avec certitude dans Vkmc du scélérat le crime qu'il va commettre : alors on pourrait s'en
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garanlir , car on aurait tout autant le droit d'ari^ter une pensée de meurtre qu'un bras qui se lève pour frapper i mais à Dieu seul appartient de voir le for« fait dans la pensée , et d atteindre le coupable avaut qu'il uait touché sa victime.
Et puis Ton se bâte trop de décider sur le cas d'à* gression» Un voleur n'est point un assassin , et vous tirez sur un homme qui s'introduit furtivement dans Voti*e jardin pour en cueillir les fruits , comme sur un moineau qui vient les becqueter! Il n'y a pas ici de proportion entre l'attaque et la défense t tous les fruits du monde ne valent pas la vie d'un homme , surtout d'un homme que vous envoyez à son juge suprême, chargé d'un crime dont il n'a pu se repentir* '
Cette considération nous conduit à une hypothèse bîearre , que le fanatisme seul a pu produire. L'homicide ue serail-il pas un bienfait , par conséquent une oeuvre méritoire, au moment où la victime est en état de grâce ?••• Singulière question ! il suffirait donc » pour justifier , que dis-^je , pour sanctifier un assassinat , de conduire la victime au tribunal de la pénitence, de l'appeler à la saimte table, et de la frapper quand ell« reçoit l'hostie î Que les lois humaines, avant d'exécuter leur sentence de morl^ laissent au condamné le temps du repentir, lui présentent les consolations de la religion, le laissent {Participer nnx bienfaits des sacremeas ; c'est une teuvi*e de charité, «nt devoir impérieux que le christianisme ieur impose : mais mous voyons ici la cou'-