‹ Nouveau système d'études philosophiquesChapitre 89 sur 101 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

cher le mot : que saîs-je , moi ? Et mille autres similitudes fort ingénieuses sans doute , quand on veut rendre plus sensibles les maux où les jouissances de la vie, mais fort. peu solides quand on veut s'en servir pour élayer un raisonnement. On voit du reste combien de preuves pour ou contre le droit de se tuer peuvent résulter de ces brillantes images : si Ton craint d'en perdre quelques-unes, qu'on ouvre le premier livre venu, où cette question soit traitée ; qu'on lise seulement les deux lettres de Rousseau , qui a fait sur tout cela de fort belles plu*ase8 *.

La vie n'est rien de tout cela.

Pour recevoir uu dépôt, un don, un vêtement; pour être mis à un poste , jeté dans une prison, envoyé en exil , la première condition c'est d'être quelque chose. Donner, imposer, prêter la vie , sont des expressions absurdes. A qui donner ? qui chai*ger du fardeau ?

Ma vie, c'est moi vivant, tout simplement. Renoncer à vivre , c'est donc renoncer à être ce que je suis, pour devenir autre chose.

Or , nous avons le pouvoir de le faire : en avons-

* Rousseau comprenait parfaitement la question : il Ta prouvé dans le premier paragraphe de sa seconde lettre que nous avons cité tout-à-rheure. Du reste > il Ta. traitée un peu en rLétoricien. Après tout , il est beaucoup moins blâmable à nos yeux comme philosophe que comme romancier : c'est encore trop une dissertation. Goethe, dans Werther, nous semble s'être renfermé davantage d^ns la situa-, tiou de son personnage.

nous le droit ? en thèse générale , non : mais il est des exceptions, comitre dans la question de rhomicide.

Pourquoi l'homme ne peut-il pas renoncer à la vie? Parce que, comme Ta dit Rousseau, la vie a un but, une fin , un objet moral : ce but, nous l'avons indiqué, c'est Taccomplisseraenldes devoirs.

Far conséquent, tant qu'il reste un devoir à remplir, un Seul , nul n'a le droit de mourir.

Or, quel est l'homme qui peut dire : je n'ai plus rien à faire ici-bas : ma lâche est terminée.

C'est pourtant là le raisonnement de tous les soi* cides. Rien de plus facile à détruire que ce sophisme, si l'on pouvait raisonner avec un furieux. Mais eu général , il J a , dans la résolution désespérée qui pousse à ce forfait, une sorte de frénésie, d'égarement d'esprit qui laisse peu l'usage des facultés ; comme dans le dégoût qui détache un homme de tout ce qu'il doit aimer ici-bas , une démence stupide, une espèce d'idiotisme qui obstrue sa pensée, et la rend inaccessible à cette série d'idées qui constitue la raison. Ce n'est pas que nous cherchions à justifier , même à excuser le suicide. Il ne cesse d'être un crime que lorsqu'il cesse d 611*6 une action : et il est action tant que la volonté y prend part , cette part fùt-elle extrêmement légère. Le fou seul n'est pas coupable. Mais, comme dans nos théories nous n'envisageoasL jamais que leur application , nous avons fait cette i^emarque pour avertir que ce n'est pas avec des rai- SOiis qu'on détournerait un homme de se donner la

Page 1