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mort. Il faudrait attaquer vivement sa sensibilité ^ soit par quelque émotion profonde, soit par quelques violentes terreurs. Peu â'hommes raisonnent quand ils vont se tuer : aussi rien ne nous étonne plus que le suicide d'un homme d'esprit, d'un savante C'est presque toujours une passion aveugle, un pré« jugé ridicule ; c'est même la sotte manie de T imitatation, et, par-dessus tout, l'indifférence religieuse , l'incrédulité irréfléchie, qui poussent tant de misérables au suicide, ce Après moi la fin du monde, s'écrie Tbomme du peuple qui va se jeter dans la rivière : je vais être bien débarrassé : quand on est mort, on ne souffre plus. » Quel raisonnement faire comprendre à cet esprit abi*uti , surtout quand il ajoutera à ces beaux motifs , ce motif si concluant pour le vuU ^aire : ce Après tout, je fais comme tant d'autres ! » Qu'on dise après cela que la peur de l'enfer n'est bonne à rien ! sans doute il vaudrait mieux aimer la vie, parce qu'on aimerait ses devoirs, et aimer ses devoirs, parce qu'on aimerait son Créateur. Mais connaissez-vous beaucoup d'hommes capables de celteraison supérieure? Ne faites- vous pas un code pénal pour retenir par la crainte le méchant pendant cette vie ? Et puisque vous n'avez plus de châtimens après le coup de hache, ne faut-il pas que la religion vienne épouvanter avec les siens ?... ce A quoi bon , dites-vous? l'homme qui veut mourir n'est plus utile à rien dans la société : peu nous importe qu'il continue de vivre....» Sophisme anti-social : l'état, sous peine de se détruire lui-même, ne peut rester indifférent
à la perte d'aucun citoyen. Votre principe une fois admis mènerait loin. Tout homme est utile par cela seul qu'il vit. Le Iégi«lateur doit employer tous les moyens qui sont en son pouvoir pour assurer toutes les existences : ce n'est pas en se dispensant de pleu^ rer son fils qu'on s'excuse de l'avoir laissé mourir.
ce Mais unmalheui*eux père, qui , attaqué d'un mal incurable , consomme dans son lit la subsistance de toute une famille. . . » — Ce père doit vivre : car si sa famille le soigne , c'est qu'elle l'aime : en se donnant la mort , il fera plus de mal à ses enfans qu'en mangeant leur pain.
« — Je suis ruiné, dit un autre : j'ai perdu d'ua seul coup ma fortune , celle de mes enfans. » — Tra-< vaille , recommence ta vie. Ce n'est pas agir pour te& enfans que te dérober aux devoirs de père.
« — J'ai commis une lâcheté : )e suis déshonoré, n .— On n'excuse pas un délit par un crime. Puisque le mal est fait, je ne te dirai pas : il fallait t'en abstenir. Mais je dis : il faut le réparer. Dix, ans de vertus eifacent l'opprobre d'un moment. Un coup de pistolet n'emporte que la cervelle i il n'enlève pas le déshonneur.
« -T- Je suis condamné à mort , me dira, l'homicide dans sa prison. L'heure fatale va sonner : l'échafaud est dressé : une foule hideuse m'attend pour se repaître du spectacle de man agonie. A quoi suis-je bon encore ? quels devoirs ai-je à remplir ? j'ai mérité ma condamnation , j'ai du subir la peine : eh bien, je l'ai su- ^ie : ]^ pçinc;, c'est l'arrêt* Le reste n'est qu'une dou«
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)our , à Liquelle je pais me soustraire. Je dois^ ditesvous , une grande leçon à mes semblables , le spectacle d'un coupable qui avoue son crime et se soumet aux lois. Mais c'est un dévouement, une vertu sublime que vous exigez là d'héroïsme n'est pas une obligation. Vous avez un poignard, pré tez-le moi. »
J'avoue qu'ici les raisons sociales manqueraient : mais que répondrait à son tour le coupable au prêtre qui lui dirait : « Vous avez un grand crime à expier : la miséricorde de Dieu est infinie sans doute , mais elle veut une satisfaction. Plu^vous supporterez danst^tte vie, moins vous aurez à payer dans l'autre. Le sacrifice que Dieu vous demande est énorme , mais il vous épargne peut-être d'éternelles douleurs. Vous voulez mourir avant l'épreuve ! insensé, c'est vous jeter dans un abime, quand, avec un quart d'heure de souffrances, qu'adouciront le courage et l'espoir, vous pouvez le combler à jamais ! »
 plus forte raison ces sublimes espérances doivent-elles retenir la main de Thomme juste condamné à mort. Si mon ami dans ce cas me demandait du poison , j'aurais sans doute la faiblesse de consentir; mais, dans son intérêt, dans mon devoir, je ferais mieux de refuser.
Dans des vues d'égoïsme , le suicide est toujours mal. Il n'en est pas de même dans des vues de charité. Alors le renoncement à la vie peut devenir la plus haute des vertus.
En effet, remontons au principe. Pourquoi est-ce
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un crime de se donner la mort'f parce qu'on a des devoirs à remplir. £h bien, si c'est un devoir de moutir, un devoir impérieux, la conséquence est toute changée*
On dira que nous sortons de la question , que le dévouement de d'Assas n'est pas un suicide* Sans doute, on est convenu d'appeler suicide l'acte de celui qui s'empoisonne, se noie, se pend, s'asphy^* lie , en un mot toute violence exercée sur soi-même , dans l'intention de se faiœ mourir. Et que nous im* portent les mots? vouloir mourir, c'est toujours être l'auteur de sa mort, renoncer de soi-même au droit de vivre. Aloss nous sommes toujours dans la question.
Or , l'abnégation de soi*-même est toujours une vertu : elle est la première de toutes, quand elle va jusqu'à l'abnégation du droit le plus intime;, de l'instinct le plus puissant. Nous admirons alors au lieu de blâmer. Honneur, cent fois honneur au fils qui meurt pour sonpèi^e, plus encore MiîcâjtîOyen.qui meurt pour son pays ! Si un homme! ftouvait BBOurir pour l'humanité tout entière, il cesserait d!étre un homme , ce serait un Dieu.
Nous avons fait cette observation à cause d'une objection frivole qu'on repète dans les livres, ce La religion, dit-on, condamne le suicide; et pourtant la mort de Samson est un suicide ; et dans . l'Ecriture nous la voyons justifiée par un miracle, i»
C'est un suicide comme celui de d'Assas; comme celui du soldai qui met le feu à une mine pour faire
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Sauter les ennemis, et péril avec eux dans Texplosion.
Alors c'est une dispute de mots. Appelez-vous ces dernières actions dés suicides ? il en est que la religion honore et récompense : celui de Samson est du nombre. Refusez-vous de leur donner ce nom; ne présentez plus comme une objection le dernier eâbrt ' du vainqueur des Philistins.
5. Au sujet du duel , nous avons peu de choses à dire : ce n'est point une question de morale. Préjugé barbare , condamné par ceux-mémes qui s'y soumettent, celte coutume n'échappe au reproche de férocité que par la honte du ridicule. Tant qu'elle sera dans nos mœurs , lés lois et la raison resteront impuissantes contre elle : c'est au sentiment de Thonïieur à détruire dans sa sagesse ce qu'il enfanta dans sa folie ; il s'agit de déplacer le mépris public^ de faire rire aux dépens de cet usage comme on rit encore aux dépens de qui le brave. Mais ce ne sera pas l'œuvre d'un jour, parce que le duel, il faut l'avouer, ne manque ni d'un certain éclat qui le fasse aimer, ni de motifs spécieux qui l'excusent.
D'abord il porteen soi les deux caractères dislinclifs de noire époque et surtout de notre nation, le courage et la vanité. Mépriser sa propre vie semble la marque la plus forte d'une grande ftme; et l'exposer pour un rien suppose qu'on n'y tient pas. Puis il n'est pas donné à tout le monde de se battre en duel î autrefois il n'y avait qu'un noble portant l'épée qui jouit de ce privilège : le bâton suffisait aux vilains.
iZa t>HILOS0PiItE.
Il était naturel d'en conclure qu'un duel faisait sur le cbamp de vous un homme distingué, uu noble sire. Aussi voyez comme déjà le combat au pistolet a décrédité cette coutume : qu'on invente une armé plus grossière encore, et dont l'emploi n'exige au* eune adresse , et l'usage du duel tombera de plus en plus : il cessera du jour oii les portefaix , devenus pointilleux sur Tbonneur, iront pour un- mot se lancer une balle dans la tête , ou dégainer une épée.. Si l'on veut déshonorer à jamais le duel , il faut établir autant de salles d escrime qu'il y a de cabarets. Nos messieurs rougiront bientôt de se battre, et le peuple, toujours imitateur, copiera leur modération comme il copiait leurs transports. On y renoncera^ de même qu'a toutes les modes, car c'en est une, quand elle sera descendue dans les derniers degrés de la société. Quel militaire voudrait tirer l'épée contre son frère d'armes , quand son valet d'éicurie , pour un mot offensant, viendra lui proposer un cartel? Il serait juste cependant que cette coutume existât, car chacun , dans son rang ^ a son honneur à défendre*
L'agresseur, quel qu'il soit , à combattre forcé,
Redescend par T offensé au rang de T offensé t
et il semble que ce devrait être là le but moral du duel y s'il ^^ avait un. U n'en est rien pourtant. Le sous-lieutenant n'obtiendra jamais raison de son général. Alors qu'est-ce que le duel , que prouve- t-il, à quoi sèrt-il ? il est impossible de répondre à ces questions.