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d'une partie , la remise que chacun est force de faire à Tétat de son droit de propriété i>our que le legislaleur eo dispose comme bon lui semble , entraîne une compensation, une garantie, que Tétat ne peut refuser sans se rendre coupable d'usurpation. Le citoyen ne donne pas librement , sans doute ; il ne £iit pas de pacte : il est soumis. Mais la nature, la loi divine en font un pour lui. Il ne peut donner que s'il reçoit ; il ne concède que pour jouir. Ainsi une loi serait criminelle , si elle dépouillait un homme de tout ce qu'il possède, fût-ce pour le bien général, sans le dédommager. Le criminel lui-même que l'on séquestre de la société , il faut le nourrir.
Tel est le premier devoir, l'obligalion impérieuse : ii en est de plus une de bienfaisance , pour l'état comme pour les individus. Quelque méritée que soit la spoliation du coupable, le législateur doit lut fournir les moyens de reconquérir par le travail ce qu'il perdit par des forfaits.
Nous n'avons parlé que des propriétés matérielles. Il en est d'autres , tout aussi inviolables'; d'autant plus précieuses qu'elles coûtent bien plus à acquérir, et que leur perte est plus douloureuse. Je veux parler de la propriété morale et intellectuelle.
L'amoifr de nos parens , de notre femme , de nos enfans, l'estime de nos semblables, la réputation, la gloire; voilà des propriétés morales, dont l'usurpation est un crime affreux. Celui qui cherche à désunir des familles soit en détachant les uns des autres le père et les fils, soit en subornant une épouse
et la détournant de ses devoirs, est un infâme que la société doit punir , et que trop souvent peut-être elle abandonne à l'opinion publique , car celle«ci' ne sait pas en faire justice. La calomnie par conséquent est un vol odieux^ que des 'amendes ne flétrissent pas assez; car il n^ a pas de rapport entre une ^ somme d'argent et la réputation d'un homme de bien.
Quanta la propriété intellectuelle ^ celle des découvertes , celles des pensées , nous ne voyons pas qu'elle ait droit à moins d'égards que les autres, et que le plagiaire soit plus excusable que le voleur. Malheureusement c'est de toutes les propriétés la plus difficile à reconnaitre , et à constater. Quelle que soit la création de l'intelligence , il y a toujours un fonds commun auquel on va puiser. Vos idées sont à vous , sans doute : mais elles sont à bien d'autres. Gomme bien d'autres , vous avez long-temps écouté des leçons, lu des livres , profité du commerce de vos semblables : cette pensée que vous croyez une invention est peut-être une réminiscence , et pourquoi un autre ne la retrouverait-il pas comme vous? Bien peu d'hommes ont le droit de dire : <c Telle idée est à moi , à moi seul, m Nous ne faisons guère qu'ar^ ranger, combiner des notions communes, héritage du genre humain.
Toutefois , cette combinaison , cet ordre nouveau est notre ouvrage , et nous avons droit de le défendre. Honte à celui qui s'empare des productions d'autrui ! nous devons même sur ce point nous garantir d'un abus, que nos codes littéraires, un peu complaisans
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à cet égard, semblent avoir consacré depuis longtemps. On respecte ses compatriotes , on vole impunément les étrangers : on se figure qu'on est devenu propriétaire d'une pensée quand on Ta traduite : on appelle ce vol une conquête , afin de lui donner une apparence de légitimité. Singulier sophisme ! comme si les pensées avaient une patrie i comme si les langues étaient des états divers! comme si ces états étaient en guen*e, de sorte qu'on regardât comme de bonne prise tout ce qu'on déroberait sur le territoii*e ennemi ! Encore un préjugé qui nous vient des Romains, ce» voleurs de Fantiquité. Je n'approuve pas plus Virgile pillant Homère, que Sylla confisquant les trésors des rois de Pergame.
§ 3. Du droit de liberté.
Il n'est pas question ici de cette liberté dont nous avons parlé dans la division précédente : celle-là n'est pas un droit, mais un fait, inévitable, indestructible, que l'homme ne peut atteindre, sur lequel Dieu lui-même n'aurait de^rise-qu'en se contredis sant. Nous sommes libres , c'est à dire, maîtres de nos volontés , en ce sens que nous pouvons toujours choisir entre les motifs qui se présentent à notre esprit. Cette liberté, qu'on appelle morale^ retii*ée dans le sanctuaire de la pensée , est à l'abri de toutes les attaques comme de toutes les discussions.
Ainsi l'homme séparé de ses semblables, renfermé dans un cachot, privé même par les liens q«i l'en-
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chaînenl de la faculté de se mouvoir, réduit au silence par une horrible mutilation , est encore libre ; et sa liberté est immense, car elle embrasse toute Téchelle morale, depuis le plus grand des crimes jusqu'à la plus pure des vertus. En effet, il peut encore blasphémer son Dieu , maudire ses juges, ou se résignera son sort , et prier pour ses bourreaux.
Mais ce n'est pas cette liberté que nous songeons à défendre , puisque nulle force ne peut nous la ravir. Il en est une autre qui tient à celle-ci , comme la parole tient à la pensée.
Il est naturel que toute volonté se manifeste au dehors ; de là un besoin , un droit dans l'individu : la liberté des actes extérieurs. C'est de celle-là qu'il est ici question.
Or , on doit comprendre sur le champ et qu'elle est un droit, et que ce droit souâre des modifications.
1 • La première , la plus simple de toutes , c'est celle que pair convention Ton s'impose à soi-même. On peut engager pour d'autres avantages une partie de sa liberté.
Celui qui promet ses services à un autre ne lui dévoue pas toutes ses volontés , ce serait lui donner tout son être. Incapable de poturvoir par lui-même à ses besoins, et de s'assurer par conséquent Ja première de toutes les nécessités, la jouissance du premier de tous les droits , la vie ^ il cons€;nt à fournir en échange de la subsistance qu'il reçoit,. des garanties qu'on lui prépare pour l'avenir , eL sui^out de la