‹ Nouveau système d'études philosophiquesChapitre 94 sur 101 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

proleclion du forl qtie sa faiblesse réclame , l'emploi de son intelligence, de ses bras, son dévouement , sa reconnaissance. Cest , pour ainsi dire , un homme qui se fait enfant et vient chercher un père ; car les serviteurs sont membres de la famille [famuli , familial Alors il n'est pas plus libre que le fils, mais il ne l'est pas moins : il obéit, mais en se rendant compte des motifs de son obéissance, en jugeant luimême la justice de ses actions. Il conserve sa moralité tout entière, et ne diffère du fils qu'en ce que le lien qui l'attache à hi famille n'est pas naturel, qu'il est le résultat d'un traité, et peut par conséquent se rompre par un traité. Ce rapport du serviteur au maître , que nous ne comprenons plus guère dans la société moderne , où les ^fiii^cstiqaes semblent plus tenir au matériel du logis qu'au moral de la famille , se trouve i toutes les époques , chez tous les peuples , et se manifeste surtout chez ceux qui ont conseiTé leurs mœurs primitives. Il entraine des devoirs nombreux de part et d'autre : car la nature apporte ses conditions dans tous les contrats. L'homme, quel qu'il soit, qui reçoit en dép6t une partie de la liberté de son semblable , se charge devant Dieu d'une grande responsabilité : on ne touche pas aux actes extérieurs sans totrcher à la pensée , et celui qui voit dans son serviteur une machine dont son argent fait mouvoir les ressorts , aurait bientôt chaiigé d'avis et de conduite si pendant quelques jours il servait à sa place. On ne voit tant de mauvais domestique» que parce que nous n'établissons

446 PHILOSOPHIK.

entre eux et nous d autre lien que celui des services et des gages. La première obligation envers eux , c'est l'indulgence : moins instruits en général que leurs maîtres , moins bien élevés , ils ne peuvent atteindre sans votre appui à ces considérations de sagesse , d'honneur^ qui retiennent un homme dans son devoir. Il faut donc éclairer leur esprit , diriger leur conduite autrement que par des ordres, car ils ne verront jamais dans le commandement que l'exercice du pouvoir ; et la liberté , même en s'enchainant au pouvoir, se tient naturellement contre lui en état perpétuel de méfiance et d'hostilité. Des leçons amicales, surtout de bons exemples, les attacheront plus facilement à leurs devoirs. Comment voulez - vous qu'un serviteur aime ses fonctions désagréables , quand devant lui vous blâmez , vous négligez les vôtres qu'il envie ? Comment voules^vous qu'il soit vertueux , quand il trouve auprès de vous le modèle de Tinsouciance dans le vice? Le meilleur moyen de s'entourer d'honnêtes gens, c'e^t d*étre honnête soimême.

Surtout n'oublions pas le principe : on n'entrave sa liberté que pour se ménager les moyens d'en jouir un jour. Nous devons donc travailler de concert avec le bon serviteur pour le mettre en état d'échapper à la domesticité, de reprendre sa première indépendance. C'est peu de liû assurer pour ce résultat des ressources pécuniaires : il faut préparer son esprit à «avoir en faire usage. C'est un fardeau que la liberté : il est ai commode d'obéir à l'impulsion étrangère ,

Page 1