‹ Nouveau système d'études philosophiquesChapitre 95 sur 101 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

et si difficile de se conduire tout seul ! Il y a dans le monde bien plus de serviteurs qu on ne pense.

2. Dans ses rapports avec la loi, la liberté souffre des modifications bien plus nombreuses. D'abord il est évident que la société a le droit de priver de sa liberté celui qui en fait usage contre la sécurité publique : cVst un instrument dangereux dans les mains du méchant , il faut le lui arracher. Mais ce n est pas tout : les lois répressives ne suffisent pas. L'état ne pourrait subsiste^ si le législateur était forcé d'attendre le mal pour l'en garantir. On élève dés remparts, on creuse des fossés avant que l'ennemi se présente en armes devant nos habitations. Il faut des lois préventives comme il faut des murs à un jardin.

Alors la liberté du citoyen se trouve gênée , sans doute : il ne peut pas exécuter toutes ses volontés ; de même qu'il ne peut pas , quoique propriétaire , transmettre ses biens à qui bon lui semble. II n'y a donc pas , il ne peut pas y avoir de liberté civile absolue, puisque toute société suppose des lois, toute loi des entraves. On appelle libre le peuple qui concourt par un moyen quelconque à l'établissement de ces lois qui renchainent» Plus ce moyen laisse d'action à l'individu dans sa coopération à Facte législatif, plus il a de liberté civile. Celui qui n'y prend aucune part n'a de liberté que celle que les lois lui permettent.

5. Mais ni l'individu, ni la société , quels que soient ses pouvoirs, n'ont de droits sur la liberté tout entière, hors du cas de culpabilité. L'es(4avage

^iS PHILOSOPHIE.

est un attentat que ia religion condamne , que la philosophie flétrit , que toutes les lois devraient punir.

Qu'est-ce qu'un esclave? un homme qui n'est plus homme f une machine dévouée aux ordres d'un être fort y une volonté qui s'est évanouie dans une autre volonté , un corps ajouté à un corps. Il y a là un renversement de nature » une révolte contre le créateur. Celui qui dit à un autre : ce nourris-moi , je serai ton esclave » , se fait chien , cheval, chameau, et devrait marcher sur ses mains comme sur ses pieds. 11 dit à Dieu : « Tu m'as créé intelligent, capable de réflexion, de moralité : je veux être brute, je n'aurai plus de volonté que celle d'un autre ; c'est en lui que je vais me réfléchir, me perdre tout entier : j'étais âme, pensée, action; je ne serai plus que bras , levier, mécanique, mouvement: j'étais frère de l'homme , je veux être frère de la bêche et de la charrue ! » suicide infâme , plus coupable cent fois que celui qui brise une machine corporelle ! déplorable volonté , qui n'agit qu'une fois , pour se condamner à ne plus agir !

Que serait-ce, s'il engageait la liberté de ses enfans, celle de sa postérité ! s'il élevait ses fils dans la stupide croyance qu'ils sont nés bêtes de somme! Mets de l'arsenic dans ton verre, misérable; mais n'empoisonne pas la fontaine où tes frèi*es vont puiser.

 plus forte raison est-il coupable celui qui vend des hommes comme des bestiaux, comme des blés;

fcelui qui paie un nègre comme il paiei^it tthé canné & sucre. U est incroyable qùe^ iïialgréles saintes lefoné du christianisme et les plrogrès de la civilisation ^ bette bai-bare coutume trouve encore de^ défenseui's, et qu*on ose delhandèr en sa faveur des argument à la pbilosopbie.

U y a des bomtaies, dit-on , qui naissent esdàvés \ des homlnes que là natuire nous donne tels : robustes dé corps, et bornés dans leur intelligence, ils ^m^ blent destinés au service des babiles.

Q'ui a fait ce i^aisotinement? Aristotè. U était Gréé et payen : il avait des esclaves. Croyez-vbus qu'uti négrier , parlant de la traite , eh parlerait en philosophe?

Mais^ ajôute-t-on , voye^ l'Africain ; soxï organisa*^ lion annonce l'infériorité de son espèce. Cette face allongée, ce front qui recule et se déprime Vers les tempes, ce développement si prononcé de la partie postérieure du crâne , siège des organes qui servent la sensibilité physique, tout cela ne prouve- 1- il pas que lé nègre eist plus destiné aUx pasisions animales qu'aux exercices de rintelligeuce ; qu'il ressemble plus au lion de ses forêts qu'à 1^ homme de nos côtes?

Et si nous avions dans nos amphithéâtres quelques crânes de nos aïeux , les Sicambres , les Saliens , les fouctères, croyez-vous que vous y trouveriez ces grands fi^onts , ces larges tempes dont nous sommes si fiers , nous les enfans d^iuie longue civilisation? Si au lieu de ces pensées de liberté, de gioire, au lieu de ces bienfaits de science et de génie que la Pro-

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i^9, .j .^I^II^pSOPHlB. ..

;jj^|j^cç^d^vdoj)pa dai^s l^iirs, races belliqueuses, la t^rg^pniç.;çpJïi9Jii?^ ,. plus énergique qu'elle ne Fêlait alorf;,, ept ;^pporté dans leurs âmes féroces. 4es idées

(Vabruli^samer^l et de servitude ; descendaos des

)i^ordç5..germaifies, aurions- nous des Montesquieu dans notre histoire et des pbilosoplies de dix-liui( an$ â^m. nps collèges ?

j,.,JSo|is, Tavpp^ dil ; les orçaues qu'on excite sont c^U^. qui prennent de Taccroissenient : faites travailler la peasée de l'en faut au lieu d'exercer ses i[oi:cç& 9X^scuUif:çs, et son front grandira, et vous pe lirez pl^sd^nç ses sourcils le signe de l'esclavage.. Certaineipent ^ la race noire est inférieure : la civilisai ion de l'Afrique est encore daus l'enfance. Mais le devoir de rEurp.péen-, du chrétien surtout., c'est vl'aller noblement alimenler ce foyer : si nous blâmons l'indifférence qui le laisse brûler seul , que diï*Q"4rP<>"s de la cupidité qui court l'éteiudre ? . JNous n'eu doutons pas : la race nègre est susceptible de pecfeciioimement comme la nôtre , comme toutes les races\ quelles que soient leurs couleurs, qui peuplent les contrées sauvages de l'Océanie. Qu'il éiait beau , ce projet de Louis XVI , d'unir au mérite des découvertes lointaines le bienfait d'une amélioratioa dans l'état des peuplades qu'on allait chercher ! En échange de la science qu'il demandait, c'était la religion > c'était la civilisation et l'hunifBoité qu'il envoya.it sur les mera avec Lapeyrouse.

Au lieu de suivre ces projets sublimes, des homnies abrutissent encore » pour leur usage, ceux de leui's

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