‹ Nouveau système de déligation chirurgicaleChapitre 13 sur 30 · CUISSE · texte numérisé non relu

CUISSE

i°» Par une planchette qui s’étendra du jarret à l’ischion (hyponarthécie fémorale ). L’extrémité supérieure de cette planche sera liée au bassin , par une cravate qui, partant du bord interne de cette extrémité, se portera, d’abord sur l’aine correspondante , puis au-dessous et le long de la crête iliaque , ensuite derrière le sacrum, d’où, après avoir longé l’autre crête iliaque, elle passera sur le bas ventre, la région pubienne et le pli de la cuisse, pour s’attacher au bord externe du bout supérieur de !a petite planche. Ce lien, qui doit être large, épais ou matelassé, fait, comme on voit, l’office de bandage de corps et de sous-cuisse , et offre un très bon point d’appui à l’extrémité supérieure de la planchette '.

2°. Par une longue planche, qui s’étendra de la

Ce large et long lien, pour être facilement appliqué, serré et desserré, sera terminé, à chaque bout, par deux attaches d’un pied environ de longueur, et par un ou deux bouts de ruban cousus, en travers. Ces derniers seront à plusieurs pouces de l’extrémité du lien, et tendront, comme dans nos autres liens, à recevoir l’autre ordre d’attaches, qui pourront y passer et glisser comme sur une poulie de renvoi. Mais, au paravant, on les aura fait enfiler deux trous situés aux deux bords de l’extrémité supérieure de la planchette, et où chaque bout du lien prendra son point d’appui. Ce mode de lier n’est qu’une modification de celui adopté pour tous nos liens matelassés, et c’est, à peu près, celui de l’emballeur.

tubérosité ischiatique jusqu’au-delà du talon , ( hy poncirthécie fémoro-tibiale simple ). Elle est fixée, au bassin , par un lien en tout semblable à celui décrit ci-dessus, et, au pied, par la cravate indiquée pour les fractures de la jambe.

3°. Par 1 es deux planchettes, fémorale et tibiale, réunies, sous le jarret, au moyen d’une charnière.

( Hyponarihécie femoro- tibiale articulée ).

Ce troisième mode de traitement est le préférable, dans les cas difficiles, parce qu’il permet, au chirurgien , de mieux fixer le membre, et de lui donner, en même temps, telle ou telle direction ou flexion , qu’il aura jugée convenable, s’il croit, surtout, avoir besoin d’exercer, sur le pied , une traction permanente quelconque, (extension continuelle des auteurs ).

Au moyen de la charnière sous- poplitée , qui réunit et articule les deux planchettes, on peut, en effet, fléchir à volonté la jambe sur la cuisse, et celle-ci sur le bassin. 11 suffira , dans ce but , de soulever l’appareil à sa jonction vers le jarret , en faisant tendre la corde qui s’y trouve, et qui est destinée à suspendre l’appareil et le membre.

(Il sera question, dans l’article suivant, et au sujet du traitement des fractures du col fémoral, d’un quatrième mode hyponarthécique, que je crois progressif encore).

ARTICLE III

Du traitement des fractures du col du fémur.

Quant aux fracturas du col du fémur , je dois entrer dans quelques développemens , que réclament l’importance du sujet, et le besoin de fixer mieux les indications qu’il présente, ainsi que le mode de traitement qu’il requiert.

Je désignerai sous le nom générique de Fractures du col du fémur , toutes celles qui ont lieu, depuis la tête de cet os, jusqu’aux trochanters , en y comprenant ces éminences et la tête elle-même; et je ne ferai, d’ailleurs, comme praticien , aucune différence, entre les fractures intra et extra-capsulaires .

Toutes ces distinctions n’ont , certes, aucune valeur pratique; i°. parce qu’elles sont difficiles à constater; 20. que les recherches, à ce sujet, sont douloureuses, dangereuses même et à pure perte; 3°. que toutes ces lésions réclament le même appareil et le même traitement; 4°* que ce dernier est nécessaire d’ailleurs, dans les cas où il y a doute sur V existence d’une fracture ; et enfin; 5°. qu’il est encore réclamé, alors même qu’il y a certitude de V absence de toute lésion osseuse , et que le mal ne consiste, évidemment, que dans une vive commotion articulaire , une violente contusion au pourtour de la hanche.

ÎSous verrons , plus tard, les motifs qui nous portent à recommander l’hyponarthécie , dans les cas

douteux de fracture du col fémoral , et même dans quelques circonstances où il y a certitude de Val ?sence de cette fracture. En disant , par avance, de notre appareil , qu’il remplira , pour les extrémités inférieures, le même office que Fécharpe pour les supérieures, on apercevra, bien vite, les résultats auxquels nous voulons arriver , par ce moyen , et le besoin que nous éprouverons d’y recourir souvent. En effet , Fécharpe bracchiale ne sert pas seulement , pour les fractures de l’extrémité thoracique, mais on l’utilise, également, pour les simples lésions des parties molles de cette région ; de même aussi , Fhyponarthécie fémorale doit trouver son application aux affections du membre abdominal, quoiqu’il y ait absence de lésion osseuse.

Trois systèmes différens se disputent, aujourd’hui, fa prééminence, pour Fheureux traitement des fractures du col fémoral.

Le premier prétend triompher des grandes difficultés qu’il présente, à l’aide de V extension de l’extrémité tout entière, et de tractions exercées sur le pied. ( Desault , Boyer, Hagedorn, Dzondi).

Le second système , mieux avisé, cherche à tourner ces difficultés* en plaçant les muscles récalcitrans dans une position telle, qu’ils soient hors d’état de nuire, ou du moins facilement réduits au silence. Telle est l’origine et le résultat qu’on veut obtenir du double plan incliné . (Mursinna, Ast. Cooper , Dupuytren. )

Le troisième système cumule la position mi-flé-

chie de la cuisse et de la jambe , avec des tractions ccnvenables. (Sauter).

Ainsi, dans le premier système, il yia extension et traction simultanées; dans le second, double flexion sans aucune traction ; et dans le troisième, double flexion et traction en même temps. Ces définitions sont simples, précises, en rapport exact avec ce qui existe, et chacun comprend, de reste, ce que signifient les trois mots extension , double flexion et traction .

Dans le premier système on voit, clairement, que le bassin , la cuisse et la jambe sont placés ou étendus sur une même ligne droite; mais qu’on exerce, en même temps, des tractions sur le pied, soit pour maintenir le membre, dans rallongement qu’on lui a donné, soit pour lutter, éventuellement, contre un raccourcissement possible.

On aperçoit, par la définition du second système, que la cuisse est fléchie en avant du bassin , tandis que la jambe correspondante est portée en arrière, et Forme , avec la cuisse , un angle quelconque ; mais qu’il ne s’agit de tractions en aucune manière.

La troisième définition est également très-explicite; car la demi-flexion ci-dessus y est combinée avec une certaine puissance, qui, en tirant, allonge le membre, ou résiste à tout ce qui pourrait tendre à le raccourcir *.

Il est assez curieux de voir comment on devrait s’exprimer, en empruntant les formules obligées des praticiens et de l’école,

Je suis pour le troisième des systèmes que je viens d’énumérer; mais, au rebours des opinions généralement reçues , j’accorde une très-large part à la convenance de la position, et une assez mince à la puissance des tractions , à la soi-disant extension.

Nous retombons donc, toujours, comme on voit, dans notre thème ordinaire , et nous répéterons , ici et avec plus de raison encore, la position avant tout ! Mais pour l’avoir aussi heureuse qu’il est permis de l’espérer , avec nos moyens actuels , voici les gradations qu’il a fallu successivement parcourir.

C’est, d’abord , avec des oreillers qu’on a procédé , pour obtenir le double plan incliné.

Trop infidèles, difficiles à manier et singulièrement embarrassa ns , ces corps, exclusivement doués de mollesse, ont été remplacés par une planche coudée : C’était un premier progrès.

pour rendre les trois définitions que nous venons de donner. ïl faudrait dire : <. Les moyens consistent, pour le premier sys- » tème, dans l’extension jointe à... l’extension ; pour le second, » dans la double flexion, sans aucune extension simultanée ; et »> pour le troisième, dans cette même f exion , mais combinée » en même temps avee l’extension. » Je défie qu’on sorte de ce gâchis , si l'on n’abjure le langage scientifique et traditionnel, qui est consacré partout, et si l’on n’adopte pas le néologisme que je propose. En attendant, je ne cesserai de m’écrier: Non ! votre extension n’est pas de l’extension! Oui! votre contre-exteusion doit prendre rang parmi les absurdités chirurgicales! Oui! l’une et l’autre ne sont que des chimères , enfantées par l’ignorance, et nourries par la routine!

À ce coude on a placé une charnière , et l appareil a fait un pas de plus.

Il a acquis un nouveau perfectionnement, lorsque la planche, coudée et articulée, a offert un moyen d’exécuter, sur le pied 1 des tractions convenables et d’agir, par lui, favorablement , sur le fragment inférieur.

’ Le pied doit, en effet, être envisagé comme le véritable régulateur du fragment inférieur, et comme le mobile ou le levier propre à donner, à ce fragment , telle position qu’on juge favorable. C’est donc vers le pied qu’il est nécessaire de tourner ses premiers regards , lorsqu’il s’agit des fractures du col fémoral, tout comme il faut se servir, presque exclusivement, du coude, dans les fractures de la clavicule. Aussi, malgré la pratique (routine;, de très-habiles chirurgiens, je n’hésite pas d’envisager, comme peu réfléchi, l’appareil, d’ailleurs si grotesque et si compliqué, des fractures du corps du fémur, lorsqu’il est appliqué aux fractures du col et des trochanters. On n’a pas plus de motifs de l’employer, dans ces cas-là, qu’on en aurait à garnir de bandes, de remplissages nombreux , d’attelles et de liens variés , le bras et l’avant-bras, dans une fracture de la clavicule, et que, pour compléter le tableau, on étendît, prudemment et pendant un mois , le membre entier à côté du corps. J’entends, du reste, pour ce qui concerne la position du pied, dans les fractures du col, qu’il soit ramené au niveau de l’autre, et placé de manière à former un angle droit, non pas avec l’horizon, mais avec l’appareil. Or, il est intéressant de savoir, avec quelle facilité on obtient et l’on maintient ces dispositions importantes, quand les muscles sont bien et dûment relâchés. Il suffit, en effet, d’une très-légère traction, judicieusement faite, pour réaliser et l’allongement et la bonne direction de cette partie.

La machine laissa bien moins à désirer encore , dès que, par un mode quelconque de suspension , elle accorda, au malade, la faculté de faire, avec impunité, plusieurs mouvemens dans son lit ; quand elle lui permit de sortir du lit de douleur, avant le terme , par fois si long, fixé pour la consolidation ; et qu’elle rendit, par là , la position du malade plus supportable.

Enfin, cette partie de la thérapeutique chirui ’gi“ caîe, si difficile, si controversée, qui a fait et fait encore le désespoir des chirurgiens les plus célèbres, et de leurs nombreux malades, est parvenue à un plus haut degré de perfection, par la substitution de la gouttière métallique à la planche, et par les garanties de succès que présentent l’association, sur cette gouttière, « du membre sain avec celui qui « est en souffrance, et le placement simultané des « deux membres abdominaux, sur le même appa- » reil hyponarthécique, lors même qu’un seul » d’entr’eux serait lésé. «

C’est, en effet, à une combinaison de ce genre, que je suis parvenu , et je ne saurais assez la recommander aux méditations des praticiens. Au lieu donc de ne placer, sur l’appareil mi-fléchi , que le membre affecté , je lui associe son congénère sain , et l’un et l’autre partagent par là, et affectent ainsi , la même position; c’est-à-dire, qu’ils ont tous deux la cuisse fléchie sur le bassin , et la jambe plus ou moins pliée sur la cuisse.

Les avantages que présente cette combinaison nou-

velle, et qui, bien évidemment, n'a rien de commun avec ce qui se passe dans l’emploi des moyens recommandés, par quelques chirurgiens allemands, sont les suivans :

D abord, cette attitude, bien loin d'être plus pénible, que si une extrémité seule était en position, est , au contraire , plus naturelle , et , par conséquent , plus facile à supporter, comme j'ai pu m'en assurer, en me plaçant moi-même sur l'appareil. J’y étais, en quelque sorte , dans la position d'un homme assis ; mais qui a la facilité, malgré cette attitude, de varier ses poses, de se remuer presque en tous sens, d’être transporté hors de son lit, de se faire promener sur un fauteuil et même en voiture; en un mot, de jouir, de tous les avantages, si souvent répétés, et inhérens à Y hyponarthécie mobilisée.

Elle facilite, singulièrement, tous les mouvemens de totalité du corps, et ils ont lieu, avec toute l’aisance qui caractérise ce mode déligatoire.

Ces mouvemens pourront être considérables , et ils auront, cependant, bien moins de retentissement vers l'articulation malade.

Le centre des mouvemens ne se passe plus sur cette dernière seule.

Il est évidemment déplacé et reporté, en quelque sorte, vers la ligne médiane et près des dernières vertèbres lombaires, puisque les deux cuisses, garottées sur la gouttière et avec le bassin, sont ici

solidaires l’une de l’autre, et ne peuvent guère recevoir d’impulsion , séparément.

Ces deux fémurs partagent donc, mais en les atténuant, toutes les impressions qui tendraient à les ébranler , et à changer leurs rapports avec le bassin.

L’articulation iléofémorale, qui est lésée, souffre donc, incontestablement moins, par l’effet des saccades, des imprudences, des contractions musculaires partielles, et des mouvemens généraux et divers du malade.

Il existe une facilité de plus de diriger et de placer mieux le pied malade, puisqu’il peut être solidement accollé à l’autre.

Enfin, et comme c’est précisément de cette même manière qu’on place les pieds, lorsqu’on veut s’assurer de l’état du fragment inférieur, et apprécier, avec justesse, les rapports qui existent entre l’un et l’autre membres, on aura toujours, sous les yeux , la position respective des fragmens, et celleci se trouvera dessinée, assez bien, par celle que présenteront les deux pieds, placés constamment l’un à côté de l’autre l.

1 II est bien entendu, niais il est bon, toutefois, de le rappeler, que, si cette position des deux pieds ne doit laisser aucun doute et rien à désirer, il faut avoir égard, tout particulièrement encore, à la position respective des deux épines iliaques ; car si ces saillies osseuses n’étaient pas exactement sur le même plan, il faudrait défalquer toute la différence que l’obliquité

Si ces réflexions, sur la réunion des deux cuisses , sont trouvées justes, elles engageront, probablement, les chirurgiens à des essais propres à en constater la valeur pratique. Us pourront s'y livrer d'autant mieux, que le moyen est très-simple, qu'il n 'offre que des avantages sur tous ceux recommandés jusqu’ici , et pas le moindre inconvénient .

La large bande piquée, destinée à lier l'appareil au bassin, dans la planchette fémorale, est également de rigueur ici , et s'applique de la manière suivante : Fixée, d'abord, par Fune de ses extrémités, sur la partie supérieure de Fun des côtés de l'appareil, elle est dirigée, de là, au bas et au devant de l'abdomen, puis sur la hanche, ensuite derrière le dos, et, après avoir croisé son premier jet, au-dessus des pubis, elle va s'attacher à la partie supérieure de l'appareil, et au côté opposé à celui d'où elle a commencé à partir. J ai soin, d'ailleurs, de placer, entre les deux genoux, un petit coussinet, afin de prévenir toute pression réciproque de ces parties.

Je le répète , je crois ce mode de traitement des fractures du col fémoral, le plus doux, le plus sûr et le plus convenable. Il est, du reste, facile à rem-

du bassin apporterait, nécessairement, dans la longueur apparente des deux membres.

Je n’ai rien à dire de la différence accidentelle ou congédiale des deux membres; antérieure au cas actuel, elle doit toujours être estimée à sa juste valeur.

placer sur le champ, soit qu;il ne fût pas très-bien supporté, tel que je l’ai décrit, soit qu’on ne l’eût pas sous la main., soit enfin que, par une circonstance quelconque, il convint de le changer. On aurait recours, pour cet effet, à un épais coussin , qu’on placerait derrière les jarrets; et on passerait, par dessous, une large cravate qu’on nouerait, par ses deux bouts, pour en faire une espèce d’anse. A celle-ci viendrait s’attacher la corde destinée à hisser et suspendre l’oreiller et les membres superposés, et on produirait, par elle, le degré convenable de cette double flexion, qui est envisagée, à bon droit, comme une des plus heureuses conditions du succès.

Mais il serait alors nécessaire de placer un petit bâton transversal, entre les deux extrémités de la cravate-anse , afin d’empêcher que les genoux ne soient trop refoulés l’un contre l’autre, et que le coussinet intermédiaire puisse les protéger suffisamment. J’ajouterai enfin, qu’il existera, bien évidemment, un certain degré de traction, sur ces genoux ainsi soulevés, et dont le contre-poids se trouvera, dans la résistance opérée par le bassin et le corps du malade , lesquels seront dans une position déclive, vis-à-vis des parties suspendues.

Voyons, maintenant, ce qui devra résulter, pour le traitement des fractures du col fémoral, de la modification hyponarthécique , telle que je l’ai conçue, et qu’on vient de l’entrevoir.

Vous aurez, sur-le-champ, les avantages que vous vous promettez du double plan incliné, au moyen

des oreillers; mais vous aurez, de plus, vos deux flexions invariables , ce qu’on est loin de se promettre avec des corps tendres et compressibles.

Vous pourrez varier ces flexions plus facilement qu’avec des corps épais * et disposés à s’affaisser, et votre malade jouira , surtout , du bienfait inappréciable d’être impunément soulevé et remué en tous sens; de se soulever et remuer lui-même, sans aucun aide; de prendre, dans son lit, telle position qui lui paraîtra indispensable; de se mettre sur un bassin, d’avoir son lit fait chaque jour, de pouvoir être mis au propre, aussi souvent qu’il sera nécessaire, et même d’être placé, sur un fauteuil , chaque fois que des circonstances particulières sembleront l’exiger ou le permettre. Ce dernier avantage s’obtient d’une manière si facile et si commode, que, sans aucun doute, on y aura souvent recours.

Obs. — L’épouse d’un vénérable Doyen de cette ville, Mme. -R**, âgée de 7 2 ans, très-replète, sujette à des tremblemens nerveux continuels, se fracture le col du fémur. Elle oublie, à chaque instant, qu’elle est retenue au lit pour un cas aussi grave, ne veut souffrir aucun appareil. Il faut lui faire son lit, deux ou trois fois dans les vingt-quatre heures; la retourner à chaque instant, l’asseoir, lui donner les attitudes les plus variées, la placer dans un fauteuil , etc. Tout cela se fit, et toutes ces concessions eurent lieu avec la SEULE précaution de maintenir, par l’hyponarthécie tibiale, le genou toujours bien dans la même élévation, et de conserver, par ce moyen, la jambe, la cuisse et le bassin dans les flexions respectives qne je leur avais fait prendre d’abord. Le délire allant en augmentant et se joignant

à une affection gastrique, Mme K** mourut le soixantième jour après sa chute.

Malgré tous les contre-sens qui ont accompagné ce traitement, le membre resta parfaitement identique à l’autre, même pour la position du pied. Je conçus alors quelques doutes cruels d’une erreur de diagnostie de ma part, et soit pour les lever, soit pour prendre la nature sur le fait , j'obtins de pouvoir examiner l’articulation. J’avoue, que tout se présentant d’abord dans un état tout-à-fait normal , je ne pus me défendre de quelque émotion , en découvrant le col de ce fémur, dont la tête roulait si bien dans sa cavité. Cependant , en voulant luxer avec quelque force cette articulation , il se fit un petit bruit crépitant que je reconnus, aussitôt, pour être l’effet d’un léger écartement au niveau delà tête, écartement que j’augmentai légèrement, afin de reconnaître et de faire voir le travail de la consolidation : il était presque complet , et les fragmens se trouvaient dans une heureuse coaptation , que désormais rien n’eut été capable de déranger.

Il peut y avoir quelque intérêt à remonter au cas fortuit et extraordinaire, qui a donné lieu à la combinaison nouvelle dont je viens de parler, et que j'extrais de mon ouvrage « Sur le fil de fer et le coton , p. ioo à 104. »

« Obs. — Rodolph Gfeller, de Heutigen, au canton de Berne, âgé de 44 a°s, journalier, très-fortement constitué, travaillait, le 4 août i835 , à la construction d’une nouvelle route , lorsqu’il fut couvert et écrasé par un éboulement, considérable et subit, de terre et de pierres. Après avoir reçu les premiers secours de deux chirurgiens voisins, il fut dirigé sur l’hôpital de Lausanne, où il arriva le onzième jour après l’accident. J’étais précisément à la fin de ma visite du matin , à laquelle assistaient , avec quelques autres praticiens, MM. les docteurs Pravaz de Paris et

Pantaleone de Rome, et nous procédâmes, ensemble, à l’examen d’un cas qui s’annonçait sous un aspect tout par ticulier.

» Ce qui nous frappa d’abord, c’étaient les deux pieds renversés complètement en dehors, et se touchant par la partie postérieure des talons. Impossible au malade de leur faire changer de place et, encore moins, de soulever les membres. Les hanches étaient le siège d’une violente contusion , et la douleur y était exaspérée, à chaque mouvement qu’on imprimait à l’un ou à l’autre membre. Les pieds étaient facilement ramenés à leur position naturelle, en faisant décrire un quart de cercle aux orteils; mais ils retombaient dans leur situation première, aussitôt qu’on les abandonnait.

» Dans ces mouvemens alternatifs de rotation des pieds , en dehors et en dedans, la main et l’oreille, placées vers le trochanter gauche, y percevaient les signes évidens de la crépitation ; mais l’éminence osseuse ne paraissait pas participer aux mouvemens de circonduction , qu’on communiquait au reste appréciable du fémur. C’était tout le contraire du coté droit, et le trochanter y tournait , lorsqu’on imprimait à l’os entier des mouvemens de rotation. Les deux extrémités étaient, d’ailleurs, également longues.

» Nous crûmes, en conséquence, devoir diagnostiquer une fracture , vers le trochanter gauche , et une semblable lésion du coté droit , mais au-dessus de cette éminence. Je me contentai , pour le moment, de placer un oreiller sous les jarrets, d’affronter les deux pieds par leurs bords internes, de les maintenir dans cet état , en les attachant ensemble, avec une large cravate, et de passer un pareil lien au-dessus des genoux , afin d’assurer mieux cette position favorable et provisoire.

» Cet appareil simple eût été suffisant, peut-être, pour amener la guérison , mais la position du malade était loin d’être assurée; il était difficile de la changer impunément ; et Gfeller aurait été réduit à rester presqu’immobile , sur son lit de douleur, tout le temps nécessaire à sa guérison. Or, je suis trop

accoutumé à procurer, à mes malades, le bienfait des flexions varices de leurs membres fracturés, et celui de la locomotion de tout leur corps, pour avoir pu rester en arrière avec celuici. J’ordonnai donc , pour le lendemain matin, une plauche assez large et à charnière, et un sac de coton assez épais, pour recevoir, commodément, les deux membres abdominaux tout entiers, et pour leur donner la position du double plan incliné.

» Ils furent maintenus sur cet appareil, par le large lien ouaté et pique , dont j ai donne plus haut la description. Une large cravate, réunit ensemble les pieds et alla s’attacher, ensuite, à un montant perpendiculaire, placé au bas de la planche, où une très-légère traction les fixa invariablement.

n Par ce moyen, les deux membres furent serrés ensemble et contre la planche, et celle-ci fut mise en communication avec le bassin , pour faire, un seul et meme tout, du bassin, des deux extrémités et de l’appareil. La suspension eut lieu , du reste, comme à l’ordinaire, et tout cela fut l’affaire d’un instant.

n Avant ce pansement, Gfeller n’osait remuer, sans augmenter ses douleurs aux hanches; et tous les mouvemens qu’on imprimait à son corps, étaient également suivis de souffrances aiguës. Mais, aussitôt qu’il fut placé et suspendu, comme je viens de le dire, la sensibilité morbide sembla s’évanouir, et le malade put, en s’aidant de sa suspente, se porter, hardiment et sans douleur, dans toutes les directions de son lit.

>» Que s’était-ii donc passé, dans l’intervalle de ces quelques minutes, pour transformer des mouvemens presque inarperçus, mais très-douloureux, en une véritable locomotion, exempte de tiraillemens et de saccades pénibles? Rien.... qu’un changement de position dans les fragmens et les muscles, et, en meme temps , une quasi impossibilité de faire varier cette position, malgré certains mouvemens, assez forts et étendus, de tout le train inférieur.

?> Ainsi, grâce à la suspension, à la faculté locomotrice qui

en résultait pour le malade, et à la facilité qu’on éprouvait de varier les inclinaisons respectives des diverses parties de ses extrémités, en allongeant ou en raccourcissant telle ou telle corde, etc., etc., grâce, dis- je, à ces heureuses combinaisons, Gfeller a passé, pendant deux mois, sur cet appareil, sans accuser la moindre douleur, le plus léger malaise.

» Il est vrai que, chaque jour, on pouvait arranger son lit, et que, très-fréquemment, il se faisait porter sur le fauteuil à roulettes -, pour s’y récréer et s’y balancer impunément. Et, cependant, je réai pas retouché à son appareil (véritable inamovibilité) jusqu'à sa guérison.

» Il marche, maintenant, i5 novembre,, et ne se plaint que de quelques roideurs et douleurs, du côté droit, là où le col même était censé fracturé. Il n’existe, du reste , aucun raccourcissement, aucune déviation des pieds en dehors. Cette dernière circonstance n’était guères possible, vu que les deux pieds ont été, constamment, à côté l’un de l’autre et accollés l’un à l’autre, dans une direction perpendiculaire à l’appareil.

La facilité avec laquelle est supportée la position simultanée des deux membres abdominaux, sur un même plan, et telle que je viens de l’indiquer, m’a révélé, tout d’abord, l’effet avantageux que produirait cette même position , lors de toute autre fracture de la cuisse, et il me tardait, en conséquence, de saisir une occasion d’invoquer et de faire prononcer l’expérience clinique.

Mon interne , M. le Dr. Recordon , s’est donc empressé, en mon absence, de choisir ce mode simple, pour une fracture oblique du corps du fémur, à son tiers supérieur. (Chauvet , de Morges , âgé de 38 ans). A ma visite, le lendemain matin (i 6 novembre 1 836) , je trouvai le membre si bien pansé, et le

malade si satisfait, que je n’eus garde de changer quoi que ce soit.

Les deux extrémités inférieures restèrent donc fléchies, attachées l’une à l’autre et l’une à côté de l’autre, au moyen d’une cravate passée au-dessus des genoux ; le pied correspondant à la fracture, continua d’être fixé au montant qui se trouve au bas de l’appareil; l’endroit même où existait la fracture, lequel était tuméfié et très-douloureux au toucher, fut maintenu garni d’une épaisse couche de coton cardé; et celui-ci ne cessa pas d’être retenu en place , par une large cravate.

Ces moyens, si simples, furent plus que suffisans, pour conserver, intacte , la position des fragmens et amener leur consolidation. On y a absolument rien changé , pendant les cinquante jours qu’on les a laissé agir; de sorte que, sous ce rapport, cet appareil pourrait, à juste titre, réclamer une large place , parmi les inamovibles connus.

Cependant ^ le lit du malade était fait, régulièrement, tous les deux ou trois jours; on n’a même pas tardé à le placer sur un de nos fauteuils à roulettes, à le sortir ainsi du lit, aussi souvent qu’il le désirait; et cependant encore, la guérison a été si parfaite, qu’il était impossible de s’apercevoir de la plus petite différence entre les deux extrémités. Aussi, nous sommes-nous bien promis de continuer à traiter, de même, nos fractures du fémur; et nous ne balancerions pas un instant, ni M. Recordon, ni moi, à nous appliquer le susdit appareil,

si nous éprouvions, nous-mêmes , un semblable accident x.

Au moment même où je suis appelé à revoir l’épreuve de ces pages (24 avril), je suis averti, par le même interne , qu’un individu vient d’arriver, a l’hospice, avec une fracture du fémur , vers son tiers inférieur, datant de dix-huit heures environ, et qu’il l’a placé exactement comme était Chauvet. — J’ai trouvé, en effet, le lendemain matin, Pillet, de Rossinières , âgé de 47 ans , couché et pansé , comme il a été dit , et ne souffrant nullement, malgré un engorgement très-considérable de la cuisse. Il exécuta aisément, dans son lit, et en présence de quelques jeunes médecins ^récemment arrivés de Paris (MM. Meillaud et Liaudet), tous les mouvemens parallèles à l’horizon.

Aujourd’hui , 28 , quatre jours et demi depuis l’accident, Pillet nous a affirmé ne pas souffrir, avoir dormi chaque nuit, et ne trouver ni incommode, ni pénible la position qu’on lui a do nnée; il est d’ailleurs sans lièvre. Je n’ai donc pas hésité à le faire porter sur notre fauteuil à roulettes, et à l’y promener. Il y est resté plusieurs heures , à sa grande satisfaction.

Notez bien, ce qui est, en effet, digne de remarque, que cet homme aurait eu, en même temps, la cuisse et la jambe cassées, d’un même côté; ou une cuisse fracturée d’un côté, et une jambe de l’autre; ou même, une fracturerez deux cuisses et des deux jambes , à la fois , nous n’aurions rien fait de plus, pour le guérir, et qu’il guérirait parfaitement. Cherchez donc de pareils avantages, dans tout autre mode de traitement !

Je ferai même observer encore, et pour confirmer ce que j’ai dit quelque part, c’est que les quatre fractures, que je viens de supposer exister simultanément, seraient accompagnées de complications graves, nous ne nous embarrasserions plus des os; et que nous traiterions , presque exclusivement , les parties molles,

ARTICLE IV

Du traitement des fractures de la rotule.

En parlant, sous le n°. XL1V , de l’avantage des cravates, pour le traitement des fractures de la rotule ou de la rupture du tendon de cet os, j’ai annoncé un meilleur appareil encore, c’est l’hyponarthécique fémoro-tibial , articulé.

Les deux planchettes seront établies surlemêmeplan, afin que la jambe y soit parfaitement étendue sur la cuisse; mais l’extrémité inférieure, celle qui répond au pied, sora suffisamment élevée au-dessus du niveau de l’ischion, afin de produire un degré convenable de flexion de la cuisse sur le bassin , et d’étendre bien la jambe sur la cuisse. Ces dispositions , si faciles à obtenir, ayant mis les muscles rotuliens dans le plus parfait relâchement, il ne s’agira plus, que de trouver un moyen propre à rapprocher les fragmens de l’os, et à les maintenir exactement en contact, tout le temps jugé nécessaire à leur réunion.

Je me sers, dans ce but, de deux petites cravates; le milieu de l’une est placé, immédiatement au-dessus du fragment supérieur, et doit, en quel-

tout aussi bien que si les os ne fussent pas de la partie , et tout comme si le mal entier fût confiné aux tissus seuls, qui sont en dehors de la charpente osseuse. — Allez donc à la recherche d’un autre appareil , qui vous permette de tenir une semblable conduite !

que sorte, l’emboîter. Mais afin qu’il le maintienne bien en position et l’empêche de remonter, je dirige les bouts de cette cravate obliquement en bas, chacun vers un des bords de la planchette où ils sont assujettis. L’autre petite cravate est placée de la même manière, au bas du fragment inférieur; et, dirigée en sens iuverse du premier lien, elle tend à faire remonter cette portion de la rotule, à la rapprocher de la partie supérieure ou , du moins, à continuer de maintenir ce rapprochement* Il ne saurait donc y être dérogé en rien, pendant tout le temps nécessaire à la formation de ce tissu fibreux , qui va réunir les fragmens, en s’interposant entr’eux.

Cependant, avant que cette réunion ne soit accomplie, et aussitôt que la chose est jugée praticable, je profite prudemment, de la facilité qu’offre le mode de jonction des planchettes fémorale et tibiale , avec des charnières correspondant au jarret , pour imprimer , à l’articulation du genou, des mouvemens graduellement augmentés; et je préviens, de la sorte, non-seulement l’ankylose, mais même cette roideur, plus ou moins considérable et opiniâtre, qui suit, chaque fois, l’accident qui nous occupe.

Ces petits mouvemens sont d’autant mieux indiqués , qu’ils se feront toujours impunément, pour peu qu’on use de prudence , et qu’on ait soin de saisir, entre deux doigts, les extrémités de 1 os , pendant qu’on soulève les deux bouts articulés d’une

des planchettes; c'est-à-dire, pendant qu'on fait jouer, avec légèreté, l'articulation du genou. Ce que je viens de dire peut, du reste, s'appliquer également , aux fractures du fémur et du tibia, près du genou, et aux os de la jambe au voisinage du pied, lorsqu'on aura quelques craintes, que les jointures de ces parties courent les risques d’une ankylosé vraie ou fausse.

ARTICLE V

Du traitement clés fractures des extrémités supérieures.

Les fractures des extrémités supérieures offrent, bien rarement, l’occasion d'employer l'hyponarthécie, et on en sent bien vite la raison : c’est qu'il faut, nécessairement, garder le lit, et qu'il est bien rare, qu'au moyen d'une écharpe et du secours de l'extrémité saine, on ne puisse, d'une ou d’autre manière, suspendre et soutenir l’extrémité affectée, et marcher en même temps.

Cependant, si le cas était trop grave et trop douloureux, pour permettre des mouvemens hors du lit ; s’il obligeait le malade de rester couché au lit; et s'il y avait danger ou de graves inconvéniens dans l'application des attelles, et dans le mode de pam sement que réclament ces dernières; il faudrait, dans toutes ces circonstances, placer le membre malade, tout d'abord sur une petite planche, et comme on ferait d'ailleurs, s’il s'agissait du membre abdominal,

L’appareil sera simple, coudé, articulé ou non, suivant les circonstances. On le suspendra au lit ou à la nuque, si la chose est possible, et comme je l’ai indiqué pour la gouttière bracchiale. Car, on n’oubliera pas, que la spension et la mobilité qui en résulte, sont les deux plus heureuses conditions du traitement de toutes les affections graves des extrémités, tant supérieures qu’inférieures.

La planchette, destinée aux extrémités supérieures , doit varier $ suivant qu’on l’appliquera à la main , à l’avant-bras ou au membre tout entier. — Si des moyens analogues ont déjà été mis en usage, dans certaines lésions graves des extrémités thoraciques, on ne s’était occupé de leur suspension, que pour la faire arriver â la nuque. Or, il est une foule de circonstances , où le corps du malade ne peut, ni ne doit, servir de point d’appui à l’écharpe, et où i) convient de chercher celui-ci, au-dessus du lit ou à côté du patient, afin que ce dernier ait plus de liberté et de facilité à se remuer.

On comprend, en effet, que lorsque la gravité des affections du membre thoracique est telle, que celui-ci doit rester étendu dans le lit, à côté du malade, ce malheureux est condamné, nécessairement, au supplice de l’immobilité sur le dos, puisque le plus léger mouvement du corps retentit, à l’instant même, sur la partie qui doit rester dans le repos absolu, et y réveille des soubresauts douloureux, et des souffrances plus ou moins aigues.

Mais si la main, l’avant-bras ou le bras, ou ces

trois parties ensemble, se trouvent placées sur un appareil en suspension, celui-ci pourra acquérir une telle mobilité, qu’il cédera ou balancera, à la moindre impulsion du corps; qu’il se mettra toujours en rapport avec ce dernier; et que, par conséquent, tout changement de position , qu’il soit volontaire ou accidentel, sera beaucoup plus facile et plus tollé— râble.

J’ai dit que la spension ne devait se faire, en dehors du corps du malade, que lorsque la nuque de ce dernier ne pouvait pas offrir, à l’écharpe ou à l’appareil qui en tient lieu , un point d’appui convenable. — Mais il arrivera, assez souvent, que le point d’appui pourra alterner, et être pris, durant une partie de la journée, à la nuque du patient, et à un corps étranger, pendant le reste des vingt-quatre heures. — Ces alternatives sont précieuses, et permettent au malade de se lever, aussi souvent et aussi long-temps que la chose lui est possible, et de se reposer mieux, ensuite, aussitôt qu’il lui convient de regagner son lit.

Chacun, du reste, ajustera l’appareil, suivant les circonstances individuelles et la nature du mal , ainsi que d’après les préceptes donnés, à l’occasion de Thyponarthécie des membres abdominaux, et en consultant ses aperçus particuliers. Car je ne puis, ici, que rappeler des règles très-générales, | et dont l’application judicieuse doit être abandonnée à tout praticien. Je le plaindrais, si, en face d’un instrument aussi facile à manier, il devait être le J

moins du monde embarrassé, pour obtenir tout ce qu’il peut raisonnablement désirer.

Je dirai seulement que, s’il s’agit d’un appareil pour le bras tout entier, la planchette arrivera sous l’aisselle, formera vers cette partie une espèce d’échancrure semi-lunaire, pour s’adapter à la forme du thorax, et sera largement de bordée, vers cet endroit, par le coussinet. Un lien matelassé fixera cette partie, en partant du bout de l’appareil, pour se porter sur l’épaule correspondante, puis sous l’aisselle opposée, et revenir, ensuite, sur la première épaule, pour y croiser le premier jet, et se fixer au côté opposé à celui d’où il était parti.

Ce bout de l’appareil étant fixé au thorax, comme l’hyponarthécie fémorale l’est au bassin , il devient facile de suspendre le reste, à une corde perpendiculaire , de donner au membre telle situation et direction convenables, et d’obtenir un moyen commode, pour faire des tractions suffisantes, sur le coude ou la main, s’il était question, du moins, d’allonger quelques parties du membre, ou de s’opposer, avec énergie , à leur raccourcissement. Ces tractions seraient, en effet, d’autant plus efficaces, que la résistance s’exercerait, contre la partie latérale et supérieure de la poitrine, où nous venons de voir que la planchette venait aboutir, arc-bouter et se fix er solidement. Cet appareil offrirait probablement, à M. Diday, le meilleur moyen de lutter contre le raccourcissement du radius et de le vaincre , dans certaines fractures de cet os, si des trac-

tions étaient, en effet, reconnues nécessaires, dans les cas qu’il signale. ( Gazette médicale cîu ier. avril 1837 , p. 202 ).

ARTICLE VL

De fhyponarthécie chez les petits enfans et les aliénés.

L’hyponarthécie ne convient guère aux tout petits ENFANS, et on continuera de les traiter, comme on fait, avec des moyens faciles et légers. Cependant, lorsque les désordres des parties molles seraient tels, que l’application des attelles ne pourrait avoir lieu sans danger, il faudrait, sans aucune hésitation, recourir à fhyponarthécie , avec ou sans la suspension. Ces petits êtres finissent, bientôt, par être si dociles et si calmes, qu'on pourra tout espérer d’un appareil, qui ne leur causera ni gêne, ni douleur, et qui leur permettra de s’amuser, et peut-être de se balancer doucement. La seule précaution indispensable sera, d’appliquer toujours fhyponarthécie fémoro-tibiale, lors même que la fracture n’intéresserait que les os de la jambe ou ceux de la cuisse seulement.

Les aliénés doivent être, au moins, assimilés aux enfans, à l’égard de fhyponarthécie. On ne pourra donc pas traiter , certains d’entr’eux , avec ce moyen ; ils abuseraient, infailliblement, de toutes les facilités qu’il présente. Je citerai, à cette occasion, un cas qui m’a obligé, non-seulement de sortir de mon

système déligatoire , mais encore de toute règle commune.

Isabelle Genoud, au Champ-de-i’Air ( hospice des aliénés du Canton), se casse la jambe et continue de s’appuyer sur ce membre, dont l’extrémité forme presque un angle droit avec le reste. Trois appareils à attelles, tous plus solides et mieux garrottés les uns que les autres, sont successivement appliqués et détruits, et rien ne peut empêcher cette idiote de se traîner hors du lit, et de continuer de chercher à marcher. Enfin, au dixième jour, j’entoure tout le membre d’épaisses compresses, afin d’en rendre la forme régulière, et je fais souder , sur ce cylindre, les deux moitiés d’un canal de ferblanc, en forme de botte forte. Le membre resta ainsi emboîté, pendant six semaines, sans qu’il empêchât cette apathique aliénée de s’habiller, chaque matin , de sortir de sa loge et de suivre ses compagnes, soit en se traînant, soit en s’efforçant de s’appuyer sur sa jambe cuirassée. La guérison a été parfaite .

ARTICLE VIL

Application de Vhyponarthécie aux maladies des jointures des extrémités , et au traitement des fausses articulations .

Ainsi qu’on a déjà pu le pressentir, l’appareil hy~ ponarthécique ne sert pas seulement pour le traitement des fractures, mais il offre encore un moyen, aussi commode que sûr, de venir au secours des in-

dividus qui ont d’autres affections graves des extrémités C’est essentiellement pour les maladies articulaires que ce moyen se montre efficace et incomparable. Qu’on se rappelle les douleurs atroces que ressentent les malheureux atteints d’une inflammation de l’articulation du pied, du genou, de la hanche; leurs cris, lorsqu’ils se remuent, qu’on les panse ou qu’on veut arranger leur lit; l’impossibilité où l’on est de leur faire changer de position ; leur insomnie , leur réveil affreux au moindre mouvement, au plus léger choc; leur angoisse et leur terreur lorsqu’on les approche : Eh bien ! tout change au moyen de l’hypornathécie ; et le plus souvent, à l’instant même où l’appareil protecteur est convenablement placé, le malade reprend un air calme et s’endort.

Cela se conçoit aisément, car les muscles sont relâchés : il n’y a plus de choc produit par leur agacement , leurs tiraillemens et leurs contractions spasmodiques; il n’y en a pas davantage, par l’effet des saccades et des mouvemens du malade, et de ceux des corps qui l’environnent; il n’existe plus de frottement, entre des surfaces dont la sensibilité est exaltée : tout reste dans l’inaction et l’immobilité. Cependant des mouvemens de totalité s’exécutent impunément, et bientôt même, sans aucune crainte et sans que ces actes réitérés, si précieux et si nécessaires , empêchent la résolution de s’opérer ou l’ankylose de s’établir paisiblement. Grâce à l’un ou à l’autre de ces moyens naturels de gué-

rison , on parvient à éviter une affreuse mutilation, des souffrances cruelles et, parfois, une mort qui semblait aussi sûre que prochaine.

Je n'en dirai pas davantage, et c’est bien suffisant sans doute, surtout si l’on se rappelle ce que je n’ai cessé de répéter, et pour peu qu’on ait saisi le mécanisme de l’hyponarthécie, et la manière de la mobiliser, par la simple et facile suspension.

Quoique je me sois bien promis de ne pas grossir ce livre par des observations inutiles, et de ne présenter que des préceptes et des résultats positifs, je ne saurais, cependant, passer sous silence le cas suivant, qui tend à confirmer les uns, à faire ressortir les autres et à tracer, en même temps et en peu de lignes, une manière particulière de remédier aux FAUSSES ARTICULATIONS.

David Isot , de î'Etivaz (sur nos hautes Alpes), âgé de vingt-huit ans, se fracture obliquement le fémur , à sa partie moyenne ; il est traité , par lattelle de Desault, au moyen de la soi-disant extension continuelle; et, au bout de sept ou huit semaines, il n’y a pas la moindre consolidation. Un second praticien fait, pendant deux autres mois encore, des tentatives inutiles pour amener cette dernière; et cinq mois après l’accident, septembre 1828, Isot entre à l’hôpital de Lausanne. 11 marchait à l’aide de béquilles, mais la cuisse, sans consistance, plus courte que l’autre, et fléchissant vers son milieu, ne pouvait nullement servir à la progression.

Je venais de voîi% à Londres, un cas tout pareil, et qu’on traitait par la compression,, Quoique je n’en connusse pas l’issue, j’entrevis, cependant, qu’elle pouvait avoir été heureuse, et je l’employai ici. En conséquence, après avoir fortement frotté, l’une contre l’autre, les extrémités des fragmens non encore réunis, je les froissai encore, en quelque sorte, dans leur pourtour, au moyen d’un tourniquet que je fis agir, avec violence, sur l’endroit de la fracture, de manière à meurtrir douloureusement la partie antérieure et postérieure de la cuisse, ainsi que ses deux côtés, et précisément vers le siège de l’articulation accidentelle. Un gonflement considérable eut lieu vers cet endroit là, et tout paraissait annoncer que l’irritation que je venais de produire, serait assez intense pour s’étendre aux tissus de l’article anormal, dont je cherchais à provoquer l’ankylosé.

La cuisse, abandonnée, à dessein , sans appareil, et placée dans une très-mauvaise position, puisqu’elle se présentait sous une forme angulaire, fut alors disposée sur l’hyponarthécie fémoro-tibiale articulée, et toutes les précautions furent prises, pour assurer l’immobilité des fragmens entr’eux. Ce fut en vain pour le but que je me proposais, et dix semaines après, le membre était exactement comme lors de l’entrée du malade à l’hôpital.

Je me décidai alors pour le procédé suivant : Je ; luxai assez cette fâcheuse articulation, pour pouvoir glisser, entre les deux fragmens obliques du i

fémur, la canule d’un très-gros trois-quarts. A travers ce canal métallique, que je laissai huit heures en place, je fis passer, à réitérées fois, un mandrin arrondi, que j’avais fait préparer d’avance, et que je plongeai dans de l’eau bouillante, immédiatement avant son introduction dans la canule *.

Au moyen de cette brûlure à cent degrés, pratiquée à l’aide d’un excellent conducteur du calorique , j’ai cru pouvoir enflammer les surfaces osseuses, ainsi que les tissus environnant et les mettre, par là , dans les conditions propres à préluder à une véritable ankylosé, et à la faire naître, plus tard, solide et durable.

En conséquence, et pour favoriser celle-ci, je fis usage de î’hyponarthécie , et j’ai traité le cas comme une fracture compliquée. J’ai pu combattre trèsfacilement, par des émolliens, le gonflement phlegmoneux du membre , donner une libre issue au pus, et faire tous les pan se ni en s convenables, sans changer, en aucune manière, le rapport des surfaces pseudo-articulaires entr’elles , et sans nuire à ce travail spécial, dont l’adhérence est la suite inévitable.

Aussi , et sans trop de trouble et de peine, je suis parvenu, en moins de trois mois, au but proposé, et le jeune homme est sorti de l’hôpital , les premiers jours de mars, se soutenant sur son raem-

1 Voyez, à la fin de ce volume : De la cautérisation avec le marteau.

bre et marchant à l'aide d’un bâton. Mais cinq ou six mois après, cet intéressant montagnard fit une nouvelle chute, et se fractura la même cuisse. Fort éloigné de tout autre secours, que de ceux qu’auraient pu lui offrir, les mêmes hommes qui avaient si malheureusement échoué lors de son premier accident, cet infortuné se décide à se traiter lui-même , d’après le procédé qui avait réussi sur lui et que, pendant son long séjour à l’hôpital, il avait souvent vu appliquer, avec tant de succès et de facilité. Il ordonne, en conséquence, la confection d’un appareil, y fait placer son membre, et indique comment il faut s’y prendre pour lui donner une bonne position, une forme régulière, et poulies maintenir invariables. Sûr alors, avec de la patience, d’obtenir sa guérison, il a attendu celleci pendant deux mois. Un succès complet a , heureusement, couronné son savoir faire, son intelligence et sa ferme volonté, sans lesquelles, assurément, il aurait encouru les reproches que méritent toujours l’imprudence et la témérité. Son pis-aller était, dit-il, de venir reprendre, plus tard , son lit à l’hôpital.

ARTICLE VIII

Moyens de se procurer , facilement , Vappared hyponar -

thécique.

Dans un hospice ou à l'armée, on aura, sans doute, une certaine provision de planchettes à fracture, qu'il suffira de placer, de suite, sous le membre, et qui seront prêtes à être suspendues avec ce dernier, si la chose est possible. L'opération de la réduction est, alors, si promptement terminée et si simple, qu elle réduit l'office du chirurgien à fort peu de chose.

Mais, dans la pratique particulière, dans les campagnes, dans les endroits isolés et dans les circonstances imprévues, toutes les pièces de notre appareil seront toujours très-faciles à se procurer, de sorte que le chirurgien le moins intelligent ne sera jamais embarrassé. Je me suis, du moins, constamment tiré d’affaire, et sans beaucoup d'efforts.

Ainsi, j’ai substitué, quelquefois, de simples bandes ou cravates aux cordes qui me manquaient; j'ai cloué ces moyens de suspension, lorsque je n'avais pas de quoi percer ma planchette; j’y ai mis des clous ou des chevilles en place de vis. De la balle de céréales, l’étoupe, la laine, le son, la sciure, les feuilles, la mousse et même du foin menu, m’ont été utiles pour garnir la planchette, en en remplissant de petits sacs.

L’écorce de certains arbres , des nattes, du cuir,

du carton , du fer blanc ont remplacé la planchette. Des bouts de corde, de peau ou de toile forte, ont très-bien suppléé les charnières métalliques. J’ai même été dans le cas, faute de mieux, de mettre la jambe sur un mouchoir de poche, et de suspendre celui-ci par les quatre coins. Enfin , dans les mêmes circonstances, j’ai dû me résigner à faire l’application provisoire de l’appareil ordinaire des auteurs, auquel je substituai, bientôt et à la grande satisfaction des malades, mon appareil ordinaire .

Dans tous les cas, au surplus, où le chirurgien sera appelé pour une fracture, il fera bien d’apporter lui -même un appareil tout préparé, afin d’éviter une perte de temps, et quelques embarras que pourrait nécessiter sa confection instantanée. Celui que je propose n’est pas trop compliqué, et il offre l’avantage de pouvoir s’adapter A TOUS LES CAS qu’on voudra traiter par l’hyponarthécie, ainsi qu’aux différentes longueurs de membres qu’on désirera y placer.

Dans ce but, les deux planchettes seront trèscourtes, car la fémorale n’aura qu’un demi-pied et la tibiale un pied environ de longueur. Mais, comme il est rare qu’on ait des jambes et des cuisses aussi courtes â traiter, j’ai pratiqué, à chacune de ces planchettes, une allonge qui, glissant dans une coulisse, permet de proportionner l’hyponarthécie à la longueur de chaque membre. Une vis de pression fixe latéralement ces allonges au point déterminé; et afin d’avoir, au besoin, l’avantage d’un appa-

reil articulé, les deux allonges à coulisse sont garnies de charnières, qu’on peut, à volonté, réunir ou disjoindre.

La planchette fémorale est percée d’un trou assez large, à chacun de ses deux angles supérieurs, afin d’y assujettir, commodément, les deux extrémités de la ceinture sous-cuisse , qui fixe l’appareil au haut de la cuisse et au bassin. La planchette tibiale porte à son extrémité inférieure un montant, également à charnière qui, ainsi que je l’ai déjà dit, offre un point d’arrêt commode pour la cravate du pied, et en même temps pour protéger ce dernier, contre la pression des couvertures.

Il est probable que les chirurgiens de campagne engageront les communes à se procurer un appareil aussi simple et si peu "coûteux, afin qu’il soit toujours prêt au besoin; et j’ose leur garantir même, qu’après les deux premiers cas de fractures qu’on aura vu traiter de la sorte, ils auront la satisfaction de trouver, lorsqu’ils seront appelés pour un troisième, que le membre sera déjà placé sur l’une ou l’autre des planchettes, et dans la position la plus heureuse. J’affirme que cela m’est arrivé, et qu’un simple vigneron avait si bien établi, sur une petite planchette, la jambe de sa fille, à l’occasion d’une fracture de cette partie, que je n’ai pas eu à y retoucher, et que même je n’ai revu cette enfant, que long-temps après sa parfaite guérison.

Il me tardait de signaler le meilleur de tous les moyens propres à remplacer la planchette, dont il

a été question jusqu’ici; c’est le fil métallique.

Ce moyen l’emporte tellemeut sur la planchette en bois , que j’ai complètement renoncé à cette dernière. On comprendra aisément cet abandon de ma part, par les considérations suivantes :

Les avantages du fer sur le bois, sont, en général, les mêmes que ceux qui distinguent le fer d’avec le bois, dans la confection de tous les lits. Les appareils hyponarthéciques, en fil de fer, sont beaucoup plus faciles à construire, à modifier et à manier; plus simples, plus légers, moins volumineux et moins embarrassans qu’en bois. Ils se rapprochent, davantage, du lit de sangle, tandis que ceux en bois ressemblent trop au lit de camp, au fond dur et inflexible . Ils sont susceptibles d’être formés en gouttières, plus ou moins concaves, et de prendre mieux la forme des membres qu’ils sont destinés à recevoir et protéger. Ils présentent, constamment, sur tous leurs contours , une baguette très-commode, pour les divers points d’appui qu’on doit y prendre; tandis qu’il faut, avec le bois, des trous, des mortaises, des vis ou des clous à part. Leur articulation à charnière est simple et prompte à établir, etc., etc.

Mais, ce qui distingue, tout particulièrement, ces appareils métalliques, c’est qu’ils sont très-rapidement et très-facilement établis. Le premier venu en vient de suite à bout, et ne sera jamais embarrassé un seul instant, pour peu qu’il ait vu comment on arrange, plie, courbe, façonne , croise

et fixe le métal, et avec quelle facilité on dessine , avec ce PROTÉE filiforme et consistant , toute espèce de formes, de figures et de contours.

Non-seulement on exécutera mieux et plus intelligiblement, au moyen de ce nouveau dessin linéaire , qu’avec la plume, le crayon , le pinceau, la craie, le charbon , le burin, etc.; mais (et c’est bien ici le cas de le répéter et de le faire sentir), « on obtiendra encore, par ces simples tracés, les )• objets réels qu’on a en vue, et de manière à les » faire servir, à l’instant même qu’ils viendront » d’être dessinés. »

On n’aura donc que faire du menuisier et d’autres artisans, auxquels il est, le plus souvent, si difficile de se faire comprendre , et , plus d i ffi cile encore , d’obtenir d’eux ce qu’on désire, sans délai . (Voyez, du reste, dans le premier volume, le chapitre Sur le dessin linéaire ; et mon ouvrage Sur le fil de fer et le coton,)

Je reviendrai, d’ailleurs, sur cette inépuisable matière, dans un autre chapitre, à l’occasion d’un objet (les attelles) qui touche de très-près au traitement des fractures, où se trouve le complément de ce dernier, et où l’on prendra une idée, plus juste encore, de tout ce que je viens d’esquisser.

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