DU TRAITEMENT DES FRACTURES, AU MOYEN DES ATTELLES
ARTICLE PREMIER
Considérations générales .
La position , avcns-nous dit si souvent, est le point important dans le traitement des fractures; mais je ne veux pas prétendre, par là, que, pour lavoir heureuse, et l'assurer le mieux possible, il faille recourir constamment à P hyponarthécie. Celle-ci, est, sans contredit, un moyen indispensable, dans certaines circonstances, et auquel on devra la conservation de bien des membres , la vie même d’un grand nombre d’individus , tous les avantages , enfin, déjà suffisamment énumérés.
Mais Phyponarthécie serait déplacée et même ridicule, dans une foule de cas; et on peut et Pon doit s’en passer dans un très-grand nombre d’autres.
Elle ne convient point, par exemple, ainsi que nous l’avons déjà vu , dans les fractures chez les petits enfans, les aliénés et les individus atteints de délire et de convulsions. L’appareil prête trop à la mobilité, pour pouvoir être confié à des sujets pa-
reils , qui ne manqueraient pas d’en abuser , et qu'on aurait de la peine à fixer.
L hyponarthécie, il faut bien le dire encore, ne s’accorde guère avec des mouvemens saccadés et brusques, et ne met pas suffisamment obstacle à leur retentissement, vers les bouts de î’os fracturé. Ceux-ci peuvent donc vaciller, si les malades ne s’observent pas, et s’ils commettent de ces grosses imprudences, auxquelles les engagent, assez souvent, l’absence de douleur et de gêne dont ils jouissent, ainsi que le peu d’entraves qu’on oppose à leur locomotion. Ces cas doivent, donc, être mis en dehors de l’appareil hyponarthécique , tel du moins que nous l’avons considéré jusqu’ici.
Personne, en outre, ne songerait à y avoir recours, dans les fractures du membre thoracique, quand elles ne présenteraient pas de graves complications, et qu’on pourrait, par conséquent, traiter mieux, et surtout impunément , au moyen des attelles. C’est que f hyponarthécie fixe le blessé au lit ou sur une chaise, et qu’elle ne lui permet pas la progression; mais seulement des mouvemens mesurés de va et vient , et de légers baîancemens. Or, la faculté d’agir, de marcher, de se promener est trop précieuse, pour qu’on doive y renoncer légèrement, et en priver des malades, lorsqu’on peut les guérir autrement et sans trop d’inconvéniens.
Cette dernière considération doit trouver aussi son application , au traitement de toutes les fractures du membre abdominal , lorsque, au moyen d’un appareil
particulier, on pourra obtenir, avec la suspension, quelques légers exercices, hors du lit. Or nous verrons, comment et dans quel cas ces avantages peuvent avoir lieu, en effet, sans recourir à l’hyponarthécie.
On devra donc renoncer au bienfait de l’hyponarthécie, chaque fois qu’on pourra faire usage, dans les fractures des extrémités inférieures, d’un mode de pansement qui, aux conditions de sécurité et d’absence de gêne, réunira l’avantage de la locomotion , ne fût-ce même que celle qu’on obtient dans l’hyponarthécie elle-même, et au moyen de la suspension au-dessus du lit.
Enfin, il sera avantageux de mettre de côté l’appareil hyponarthécique , lorsque ce mode de contention ne sera pas supporté, qu’on voudra et devra le changer, que les membres, tant supérieurs qu’inférieurs, seront arrivés, par l’hyponarthécie, à ce point de consolidation, qu’ils pourront admettre, maintenant, un appareil plus commode pour la locomotion .
11 va sans dire, d’ailleurs, que l’hyponarthécie perdra de sa valeur relative , au fur et à mesure que d’autres appareils gagneront dans le sens que réclame le perfectionnement; et j aime à croire que, sous ce rapport, mes coups auront porté juste.
Mais, si l’hyponarthécie se trouve si fort restreinte, est-ce donc à dire que toutes les fractures, qu’on ne traitera pas par ce procédé, devront l’être par les attelles ordinaires, et précisément par les
nombreux moyens dont on fait usage aujourd'hui , et qu’on recommande si fort partout? En aucune manière.
On verra, au contraire, que les mêmes principes que j’ai posés, et qui sont réalisés par l’hyponarthécie, pourront trouver, également, leur application, avec d’autres procédés, et par des moyens différens ; et que je resterai, néanmoins, toujours fidèle à ma devise : « La position avec le moins » de gène, le plus de mouvement, de liberté et de » simplicité possibles. »
ARTICLE II
Des attelles.
Les attelles constituent l’agent essentiel, et le meilleur moyen de résistance artificielle, dans le traitement des fractures des extrémités. On en a construit avec tous les corps, qui offrent assez de consistance, pour remplacer celle que le membre vient de perdre, par la solution de continuité du cylind re osseux, son soutien naturel .
Le fer-blanc, la baleine, le cuir, le carton, le linge gommé, la paille liée en faisceau, ont, tour à tour et même simultanément, offert cet appui artificiel. Mais le bois a fini, presque partout, par l’emporter, et il est, en effet, succeptible de prendre, assez bien, les formes diverses qu’on désire, et qu’on croit suffisantes pour l’objet qui nous occupe.