‹ Nouveau système de déligation chirurgicaleChapitre 16 sur 30 · AA · texte numérisé non relu

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On peut, néanmoins, objecter aux attelles en bois, que leur direction, toujours en ligne droite, et leur inflexibilité ne leur permettent point de suivre les irrégularités des surfaces, et de se prêter aux courbures variées qu’affectent les membres, sur lesquels on les couche et les applique Leur pression est répartie, d’ailleurs, par une large surface , sur des corps plus ou moins arrondis ; disposition qui présente un contre-sens manifeste, en mécanique, ou qui, du moins, n’offre pas la meilleure garantie, pour agir convenablement. Un corps inflexible, applati et large , est peu propre, en effet, à s’adapter sur une surface convexe , telle que la présentent les membres qu’on traite avec les attelles, et telle que l’offre la forme cylindrique de leurs os.

Aussi, et en dépit des remplissages nombreux, auxquels on est obligé d’avoir recours, pour régulariser mieux l’action des attelles, celle-ci manque, en partie, l’effet qu’on en attend. Car, au lieu de se répartir, avec uniformité et par une large surface, sur les contours des membres fracturés , cette action des attelles ne se déploie guère, que sur une ligne presque MATHÉMATIQUE; de sorte qu’il y a excès de pression sur certains points, et déficit sur beaucoup d’autres.

Heureusement que cette compression , si mal distribuée et si extraordinairement restreinte, sera toujours suffisante, pourvu qu’elle soit exercée par un corps ferme et résistant , fût-ce même par une simple baguette ou verge , en fer.

Ce fait, dont il semble qu'on ne se doute guère, chacun peut le constater aisément. Il suffira de lier deux ou trois petites baguettes arrondies , voire même, trois aiguilles àtricotter , sur un bâton qu’on viendra de casser, et l’on acquerra la conviction, que ces soutiens étroits et ronds, ne laisseront pas fléchir le corps qu’ils appuient, quoiqu’il soit parfaitement cylindrique. Je prie qu’on ne passe pas trop légèrement , sur l’effet de ces aiguilles, et qu’on s’en souvienne, dans un moment, à l’occasion du nouveau moyen que je vais proposer, afin de remplacer les attelles ordinaires.

Le nombre, le volume, le poids des attelles en bois, les rendent, d’ailleurs, embarrassantes, et compliquent leur application, c’est-à-dire, les panse mens. Il n’y a pas, surtout, unité cCaction , dans cette accumulation de pièces diverses; aussi est-il urgent de les réformer et de les mettre hors de cours,

ARTICLE Ifl.

Type des bonnes attelles.

Afin d’apprécier, le mieux possible, l’effet que produit l’ensemble des moyens contentifs, en usage aujourd’hui pour le traitement des fractures; afin de peser la valeur de chacune des pièces qui constituent ces appareils; d’apprécier mieux ce qui est rigoureusement nécessaire, pour atteindre le but proposé; et, en générai, afin de meclairer, et de

me rendre compte de l’action de tout agent mécanique, sur le corps humain; j’ai, depuis long-temps, recours au précepte suivant, qui ne me trompe jamais, et que je ne saurais assez recommander à mes confrères : « Formuler, avec les mains seules ,

» ce qu’on veut obtenir avec des machines, quelles » quelles soient . »

Les mains, en effet, et on ne saurait trop le rappeler, sont les instrumens les plus parfaits que possède la chirurgie ; et elles seraient même, d’après le sens étymologique et au dire des Grecs , la i chirurgie tout entière . Mais, sans donner dans une ï pareille exagération, toujours est-il, que l^s meilleurs agens chirurgicaux, seront ceux qui, par leur conformation et leur mode d’agir, remplaceront le mieux la main de l’homme.

Cette main flexible, ces doigts déliés et sensibles , \ qui s’adaptent, admirablement, à toutes les exigences, j; sont les véritables types de tous nos moyens déliga- ! toires. Ces organes offriront, toujours, par la belle : combinaison de leur charpente osseuse, avec les tissus pulpeux qui la garnissent, la plus heureuse association entre la mollesse et la résistance : La résistance qui appuie et soutient; la mollesse qui règle l’action de la résistance, et qui la rend inoffensive et supportable.

N’est -il pas, en effet, hors de doute , • qu’une ! fracture étant réduite, les mains, en embrassant le membre comme une large virole, ne permettront plus, aux fragmens , de se déplacer; et que s’il était

donné, à ces mêmes organes, de pouvoir rester en place, tout le temps nécessaire à la consolidation, celle-ci aurait lieu de la manière la plus douce, la moins embarrassante et la plus parfaite.

L'habileté du chirurgien doit donc consister, essentiellement, à indiquer et à faire construire les meilleurs auxiliaires, les substituts les plus convenables de ses mains. Or, en cherchant un moyen propre à remplacer faction si bienfaisante des mains, je le trouve dans LE fil de fer, auquel on n’a pas songé, lorsqu’on a mis, successivement, en réquisition et à Y épreuve, tous les corps solides qui pouvaient servir, ici, de supports, d’étais, de tuteurs, d’agens résistans et contentifs.

En revenant à ces mains, que nous avons, pour un moment, transformées en attelles intelligentes , il est une réflexion qui se présente aussiôt: c’est le peu d’efforts qu’elles sont obligées de faire pour contenir les fragmens. Mais cette circonstance nous conduit aux déductions suivantes :

On s’abuse étrangement, à ce qu’il parait, dans l’estimation de la force nécessaire, pour, mettre obstacle aux dépîacemens des fragmens osseux. Dès que ces derniers sont convenablement affrontés, qu’une bonne position leur a été donnée, que, par celle-ci, les muscles ne sont point tiraillés, et que, surtout, ils ne sont pas irrités par une surcharge de moyens, le plus souvent superflus : il suffit, alors, d’une puissance assez légère, pour obtenir le but désiré : V immobilité des fragmens ,

Mais cette puissance doit être bien dirigée, et, autant que possible, perpendiculaire, soit à l'axe du membre, soit à celui des fragmens , soit, pour mieux dire, à l’endroit même par où la déviation tend à s’opérer.

Ce principe incontestable, et qui donne tant de valeur à l’appareil hyponarthécique , par l’application, aussi évidente que facile, qu’on en peut faire, met à nu le peu d’importance qu’on doit attacher, en général, à cette même puissance, lorsqu’elle agit parallèlement à Taxe de l’os ou de ses fragmens.

x\ussi, faction légère de quelques doigts, est amplement suffisante, comme chacun sait, pour s’opposer aux déplacemens, lorsque ces doigts sont judicieusement placés; de sorte qu’on peut établir cette proposition, au sujet des moyens contentifs des fractures : « C’est moins le degré de force em- « ployée, que la manière d’en faire usage, qui sur- » monte les difficultés que présente le traitement » de ces lésions. Les moyens, d’ailleurs, doivent » plutôt être pesés que comptés . »

ARTICLE IV

Des attelles en fil de fer. ,

Le fil métallique se présente , avec tous les avantages désirables, pour constituer le meilleur remplaçant des attelles, pour composer les instrumens les plus propres à contenir toutes les fractures, et

pour jouer, ie mieux, le rôle que nous venons d'assigner aux mains , comme moyen contentif dans ces affections.

Ainsi tombent les reproches, si cavalièrement adressés aux fanons ou faisceaux arrondis de paille, par les partisans exclusifs de tout ce qui est plat; et c'est ainsi, encore, que se sont révélés, dès la plus haute antiquité, les effets des corps cylindriques, dans le traitement des fractures.

Car il faut bien rendre cette justice aux anciens , c'est qu'ils ne se servaient guère que de corps arrondis , de simples verges , pour soutenir les os fracturés : le mot narthex des Greos , et celui ferala des Latins, semblent, du moins,

1 indiquer.

Mais à qui la faute, qu’on ait, le plus souvent, choisi la paille, pour construire ces agens en forme de baguette; et qu’on n'ait pas aperçu, dans les verges métalliques , un moyen tout à fait analogue, mais plus simple, plus commode et plus énergique?

Que dirait-on du plus grossier artisan, lorsqu'on le verrait appliquer à une colonne , de larges bandes de fer, pour la soutenir? C’est de baguettes qu'il l’entourera, et il les liera entre elles par des cercles. C’est exactement sur ce même principe * que mon moyen contentif est basé.

On a déjà pu pressentir et apercevoir l'intervention du fil métallique, telle que je l'entends ici, dans le peu de mots que j'en ai dit, au sujet des

cataplasmes; car le principe, touchant la forme et le mode d’agir du métal, y est nettement posé, avec toutes ses heureuses conséquences.

Il ne s’agira donc, pour transformer le fil de fer en attelles, que d’en faire de légers châssis . Ceuxci auront, à peu près, la même longueur qu’on donne aux attelles, dans les appareils ordinaires, c’est-à-dire, celle du membre. Cette mesure proportionnelle n’est, cependant, pas de rigueur; car elle pourra être , impunément , plus ou moins considérable. Mais la largeur du châssis, sera égale aux deux tiers , environ, du membre, en tenant compte, toutefois, de l’accroissement de ses diamètres, par l’effet des remplissages obligés , qui doivent protéger les tégumens contre l’action du métal.

Nous ferons, pour le moment, abstraction complète de ces garnitures protectrices, et nous y reviendrons, lorsque nous aurons fait connaître, suffisamment , tout ce qui concerne le fil de fer, en sa qualité de moyen contentif des fractures.

Si l’on se rappelle ce que nous avons dit des trois aiguilles à tricoter, pour rendre de la solidité à un bâton cassé, on n’aura pas de peine à s’assurer, combien il est facile d’appliquer ce principe à la solution de continuité d’un os long. Mais à l’aide du fil de fer, on aura beaucoup mieux qu'avec les trois aiguilles, puisqu’on pourra, à volonté, augmenter le nombre de ces petites baguettes métalliques, et leur donner toute la longueur et la force nécessaires. On aura, de plus, la facilité de lier ,

entre eux , ces montans en fer, et d'en constituer un seul et même tout. Celui-ci présentera alors plus d’ensemble, et son action sera mieux combinée que celle d’aiguilles isolées et sans rapport entre elles.

Pour avoir une idée assez juste de ce qu’on peut espérer et obtenir, par ce moyen, prenez un bout de fil de fer; vous l’ajusterez, tresserez et croiserez, en forme de treillis, et dont les mailles seront plus ou moins larges, très-larges même. Au moyen de cette pièce de fantaisie, le métal filiforme aura acquis toutes les qualités désirables, pour s’adapter , immédiatement et très-exactement, sur un corps quelconque. Vous verrez qu’il en embrassera, sans peine, tous les contours, qu’il l’encadrera et remboîtera parfaitement, et qu’il en prendra, pour ainsi dire, l’empreinte et le moule. M’est-ce pas là, à peu près , ce qu’on peut faire avec les mains, et ce qu’on veut obtenir avec une virole et avec le plâtre coulé?

Mais, au lieu d’un petit châssis que vous aurez fait, sans but utile, en voulez-vous un qui puisse s’adapter à une fracture, emboîter et mouler un membre cassé? Procurez-vous un patron.

Pour avoir ce modèle, étendez du papier sur le membre malade, ou sur celui qui est sain, et découpez ce papier sur place, de manière qu’il recouvre toutes les parties que vous voulez emboîter, avec le métal, et qu’il laisse â nu celles qui doivent être en dehors du cadre, et à l’abri de toute pression^

H ne s’agira plus que d’imiter ce patron de papier, avec le fil de fer, pour avoir une de ces pièces

contentives. On commencera donc par en dessiner ou encadrer les contours, avec un fil métallique, plus ou moins volumineux , et plus ou moins long. Ce simple ca*dre pourrait suffire, si son intérieur était rempli ou garni de mailles solides. Mais, afin de donner plus de consistance à ce premier plan du châssis, on dirigera d’autres fils, dans le sens de la longueur de cet instrument; et l’on croisera, enfin , ces espèces de côtes ou de verges métalliques, avec des fils plus menus et plus ou moins nombreux. Les mailles qui résulteront de cet entrecroisement, pourront avoir d’un à deux pouces d’écartement.

Afin d5 expliquer mieux ma pensée sur ce sujet, il convient que je revienne à mes aiguilles à tricoter, et que je suive à cet exemple, choisi avec assez de bonheur. Or, notre châssis ou cadre n’en présente, d’abord, que deux collatérales, et qui ne pourraient mettre obstacle qu’aux déviations latérales de l’os fracturé. On n’aura donc de garantie, contre les dérangemens en avant et en arrière, qu’autant qu’on établira, au moins un troisième étai intermédiaire et parallèle aux deux premiers (une troisième aiguille).

Il est évident, toutefois, que si ces trois lignes résistantes peuvent suffire, en général , l’appareil acquerra plus de solidité si l’on augmente le nombre de ces mon tans; tout comme le bâton que nous avons cité, se trouvera mieux soutenu et conso-

lidé, si, au lieu des trois aiguilles , on en applique cinq ou sept.

Ce nombre impair est presque de rigueur; cai% on débute toujours, par placer le troisième de ces montans, au milieu et parallèlement aux deux premiers; de sorte que, si l'on croit devoir en ajouter davantage, ce sera toujours en en plaçant autant d’un côté que cle l’autre. Ainsi, le nombre sera de cinq, si Ton en établit un nouveau, et il sera de sept, si l’on en place deux de plus, c’est-à-dire, un de chaque côté.

Comme ces fils sont faciles à ajouter, qu’on peut en compenser la force par le nombre , et que l’instrument sera d’autant plus rationel , qu’il en présentera une certaine quantité, ou ne craindra pas de les multiplier.

On obtient, de la sorte, des châssis conformés, tous v sur le même modèle, et qui, pour un petit enfant, comme pour un athlète; pour le bras, l’avant-bras, la cuisse et la jambe, auront, exactement, la même figure, les mêmes contours. Ils ne différeront que par leurs dimensions et par le numéro du fil de fer; car ce dernier doit être en rapport avec l’étendue et la force des châssis eux-mêmes. Il pourra varier entre les numéros 9 à 16.

Ces châssis, en raison de leur uniformité et de leur ressemblance, pourront donc servir, indistinctement, pour les extrémités thoraciques et abdominales; de sorte que celui de ces instrumens, qui aura d’abord su ffi pour une cuisse, parce qu’elle était petite,

pourra convenir, et n’être pas trop étendu, pour la jambe, le bras ou l’avant-bras, d’un autre individu , et vice -ver sa»

Ces treillis doivent tous être terminés, en forme de croissant , vers l’une de leurs extrémités. Cette échancrure semi - lunaire , résulte du besoin qu’on éprouve de garantir, de toute pression inutile ou incommode, les régions saillantes du pouce, du coude-pied, de la rotule et de l’olécrane; tout en se ménageant un moyen d’appuyer , en les côtoyant, les parties latérales et inférieures de ces mêmes régions; celles où aboutissent les attelles ordinaires.

ïl faut donc évider le châssis, au-dessus des quatre saillies que je viens de désigner; et, en même temps, obtenir deux prolongemens suffisans et propres à agir, à droite, à gauche et au-dessous de ces quatre points précités. On réalise donc ces deux exigences, en terminant le treillis en forme de fer à cheval , de manière que la courbe rentrante ou concave du châssis laisse, en pleine liberté, les parties qu’il s’agit de ménager; et que les deux prolongemens collatéraux , qui résultent de cette disposition , soient assez longs et assez larges, pour recouvrir, suffisamment, tout ce qui se trouve sur les côtés et au bas du membre.

L’autre extrémité de la gouttière aura, de même, une semblable échancrure, lorsqu’il s agira d’en faire arriver les côtés sur les condyles du fémur ou de l’humérus. Cette précaution paraîtra nécessaire , lorsque le tibia sera fracturé dans son tiers supé-

rieur, et l'avant-bras près du coude. Cependant, il pourra être suffisant, dans ce cas -là, de placer, vers les parties supérieures (le genou et le coude), l'extrémité échanerée qui est réservée pour les régions latérales du pied et de la main, dans les cas ordinaires.

Cette extrémité supérieure sera façonnée, comme la main au tiers fermée , s'il s'agit d'emboîter, exactement, la région acromio-deltoïdienne, dans une fracture près du col de l’humérus; et elle présentera un prolongement latéral externe, propre à arriver jusqu'au bassin, si l’on veut se confier à ce moyen, pour certaines fractures du fémur.

Du reste, il n’est point nécessaire, que le trèsgrossier tissu qui constitue le treillis métallique, que je viens de décrire, ait déjà, quelque peu , la forme arrondie du membre malade. Car il serait exactement plat, comme la feuille du patron, lui-même, qu’on lui donnerait, bien vite, et qu'on lui ferait garder toutes les courbures, inflexions et directions nécessaires au but qu'on doit se proposer. On pourrait même faire prendre, à ce châssis, toutes les modifications imaginables, en le plaquant , calquant et assujettissant sur les parties qui doivent être cernées par lui. C’est ainsi qu’on ajuste un cercle à un tonneau , de la cire molle sur un objet dont on veut prendre l’empreinte, et un carton mouillé sur un membre cassé.

Les praticiens auront de ces pièces préparées d'avance; et, dans les établissemens publics, il en

existera, probablement, une certaine collection,

qui ne laissera que l’embarras d’un bon choix.

Après ces explications et ces notions préliminaires, on n’aura pas de peine à comprendre maintenant :

i° Que ce que j’ai appelé cadre , châssis ou treillis , peut être envisagé comme une espèce de gouttière métallique , propre à recevoir et enchâsser un membre cassé , à lui servir d appui , en l’absence ou durant la malaaie de son soutien osseux, et à favoriser la guérison de ce dernier. Nous lui conserverons donc le nom connu de GOUTTIÈRE \

2° Qu’il est extrêmement avantageux et commode, de réduire, de cette manière , en une seule et unique ;

' C’est bien , en effet , une gouttière, quoiqu’elle soit, le plus \ souvent, renversée après son application. Mais cette circonstance ne vaut pas la peine qu’on se mette eu frais cle néologisme, L d’autant plus, que le même instrument pourra , très-bien aussi , ,

s’appliquer sous certains membres brisés, et revêtir alors tous « les caractères de la véritable gouttière. C’est ainsi, par exera- [> pie, qu’elle sera placée sous le jarret, dans les fractures de la rotule; au pli du bras, dans les lésions de l’olécrane ou du tendon qui s’y attache; vers la partie palmaire de l’avant-bras, « delà main et des doigts, lorsqu'il importera de relever ces si derniers, de les maintenir dans P extension, et de limiter leur :,i flexion. On aura occasion, également, de placer ce châssis a derrière Se mollet et le cubitus, dans certains états de la jambe et de l’avant-bras. Mais en voilà bien assez, pour légitimer le i nom de gouttière que j’ai donné à ce treillis métallique, lorsqu’il est destiné à revêtir la forme concave, afin de mieux emboîter un membre malade.

pièce solide , les deux ou trois que réclament, aujourd’hui , le traitement des fractures; et de donner ainsi* plus d’unité et d’uniformité à ce dernier.

3° Qu’il sera toujours facile d’ajuster cet unique agent , de manière à le faire presser sur telle et telle parties, exclusivement; à lui faire éviter telle autre; et à l’adapter bien aux formes variées des membres fracturés, et à toutes leurs exigences.

4° Que son application et sa fixation seront bien autrement simples* faciles, rapides, sûres et supportables, que celles des attelles ordinaires.

5° Que les pansemens gagneront sous ces mêmes rapports.

6° Que les appareils seront beaucoup plus légers, en fer qu’en bois.

7° Que les remplissages pourront être plus commodes, mieux choisis; et qu’il sera facile de les adapter, d'avance , aux diverses gouttières, pour qu’ils ne fassent qu’un seul et même tout avec celles-ci .

8° Que, si tous ces moyens contentifs ont exactement la même forme, et ne diffèrent que par leurs dimensions, on ne sera jamais embarrassé pour leur construction , ni pour en indiquer l’application ; et qu’on aura, pour chaque petite machine, la facilité de la façonner, courber et ajuster, à chaque instant, suivant les besoins individuels et de chaque moment.

ARTICLE V

Des remplissages.

Tous les remplissages auront, avec mon moyen, une signification bien différente, que ce qu'on entend E généralement sous ce nom.

On comprend, en effet, qu'avec des barres de bois > inflexibles, et destinées à s'appliquer sur des membres \ inégalement arrondis, par fois tortueux, où l'on remarque des élévations et des enfoncemens, et où

importe de ménager les unes et de comprimer les autres; on comprend, dis-je, que l'habileté et la ; sollicitude du chirurgien ne sauraient assez s’éraou- ji voir, pour satisfaire à toutes ces exigences.

De là ces bandelettes, ces compresses, ces gros :: paillassons, que l'on distribue, avec tant d'adresse ! et de soins, pour faire , du membre, un corps oylin~ jj drique bien régulier U

De là encore, ces draps fanons, et toute la série des petits moyens, qu'on sait distribuer bien sérieusement , avec tout l’art possible, et avec une exactitude admirable !

J'avoue, cependant, que je suis un peu revenu de ce sérieux et de cette admiration , quand je considère le temps qu'on prodigue, à pure perte, à la

1 Un cylindre pour y ajuster des barres inflexibles, larges et ; p lattes !

confection et à l’application de tous ces magnifiques appareils, et celui qu’on fait dépenser aux élèves, auprès du lit des fracturés, pour qu’ils apprennent, longuement, péniblement et comme importantes, des choses que, plus tard, ils seront heureux d’oublier comme futiles*

11 y a près de a5 ans, par exemple, que l’idée ne me vient plus de faire usage des bandelettes de Seultet, si fameuses pourtant, et si fastidieuses à appliquer ; et je n’ai jamais eu heu de me repentir de cette omission , très-volontaire et bien réfléchie* En effet, quelle que soit la prétentieuse habileté, avec laquelle on a construit ce premier plan, souple et mol , je le crois parfaitement inutile, pour s’opposer aux déviations des fragmens, si les attelles sont mal placées; et il sera, tout au moins, superflu, si ces dernières sont judicieusement appliquées,

Y a-t-on recours, par hasard, dans les fractures de la première catégorie d’os, et pour lesquelles les attelles, elles-mêmes, seraient en pure perte? Celles de la clavicule, du col fémoral et huméral, et celles du maxillaire inférieur, se guérissent-elles moins bien, parce qu’il serait ridicule de vouloir leur opposer tous ces petits bouts de rubans?

Ce n’est pas, certes, par la grotesque accumulation des moyens, mais par leur choix judicieux, qu’on se ménage des triomphes en chirurgie; et, on ne saurait trop le répéter : pour les fractures comme pour toutes les choses de la vie, l’essentiel consiste

ni oins à compter , qu’à peser les ressources dont on dispose.

Je n’ai donc besoin , ni de ces remplissages obligés, ni de toutes ces garnitures minutieuses; et je ne suis occupé qu’à placer, sous ma gouttière, une seule substance, un corps unique , afin de garantir les tégumens contre l’action du métal.

Ce corps, destiné à faire l’office ds la pulpe moelleuse de la main et des doigts, et de représenter l’élément mollesse , en face de celui, dit de résistance , lequel est ici absolument nécessaire; cette substance , est le coton.

Je ne l’épargne pas, et pour deux raisons essentielles : La première a trait à la mollesse que je viens d’indiquer; et la seconde résulte de ce fait bien constaté, que le coton cardé est le résolutif le plus convenable, le topique le mieux choisi , pour résister aux symptômes actuels, et pour parer aux accidens futurs.

En conséquence, je m’empresse d’étendre de larges et épaisses couches de coton, sur tout ce qui est contusionné , altéré et déchiré; et de protéger, avec un coussinet analogue , toutes les autres parties sur lesquelles devra s’appuyer le métal.

Ce coussinet , ou petit matelas de coton , aura donc, exactement, la forme de la gouttière, et n’en différera que par la mollesse et par des dimensions un peu plus étendues, afin qu’il déborde, dans tous les sens , le corps métallique superposé.

On peut découper ce matelas en forme de V, vers celle de ses extrémités qui doit correspondre à fé-

chancrure semi-circulaire du métal; ou se contenter de l inciser, suivant sa longueur, afin que les deux oreilles latérales, qui naîtront de cette simple incision , puissent se rabattre et être ramenées, aisément, sous les deux prolongemens inférieurs du châssis.

Je n’ai pas besoin de dire, que ce même matelas pourra , avant son application , être indépendant du châssis, ou qu’au lieu d’en être séparé, on ne puisse l’y fixer, très -bien, afin d’avoir, dans la même petite machine à contention, tout comme dans la main, les deux élémens essentiels, accoîlés ensemble; la résistance et la mollesse étroitement unies entr’elles,

ARTICLE VL

Moyens constrictifs des gouttières .

La manière d’assujettir et de lier le tout peut , trèsbien , se passer d’explication, si, du moins, l’on s’est identifié avec mes principaux moyens déligatoires. Ainsi , pour les fractures de la jambe, le triangle métatarso - malléolaire suffira, toujours, vers le pied et le tiers inférieur de la jambe; et un second triangle, ou une large cravate serrera aisément le reste. Mais , pour que ces liens restent bien en place , et ne se dérangent plus, j’ai soin de les gommer dans une gelée d’amidon , au moyen de laquelle j’obtiens,

sur-le-champ, un appareil inamovible parfait l. L'avant-bras et le bras pourront, de même, être assujettis par des moyens analogues, et qu'il est inutile de rappeler à ceux qui m'ont suivi et compris; et plus inutile encore, à ceux qui n’ont ni su ni voulu me suivre et me comprendre.

Il est, du reste, une autre manière de constriction assez commode : c'est celle qui s’opère au moyen de mes liens circulaires matelassés, et de la double j rangée d’attaches qui les termine. Ces agens cons- ■ tricteurs feront donc ici, exactement l'office des \ sangles ou du surfaix appliqués à une selle : Un < pourra choisir entre ces deux modes.

Mais, puisque le mot de selle m’est échappé, et : afin de mieux faire ressortir le mode simple , facile , t commode et prompt d'appliquer mes moyens cons- • trictifs et de les fixer, je me permettrai de comparer l’opération dont il s’agit, avec l’une de celles qui se pratiquent journellement sous, nos yeux, ou , du moins, que nous pouvons voir tous les jours; je veux parler de la manière de seller un cheval. Cette gouttière sera, en effet, une espèce de selle, qu'on établira sur le membre, comme sur une mon-

1 Comme le membre fracturé est enchâssé dans un treillis a métallique , dont la résistance ne peut être modifiée par des liens humides5 je puis me servir de ces derniers tout à mon aise, et ) sans crainte d’avoir un appareil qui n’acquerra de consistance, qu’après qu’on lui aura laissé le temps de se durcir , en se séchant.

turc, et qu’on serrera ou sanglera, comme celle d’un coursier.

Si notre selle métallique est rembourrée et garnie , comme celle du cavalier (et ce sera non-seulement très-faisable, mais assez souvent préférable ) , nous pourrons, tout comme fait celui-ci, en couvrir les tégumens de suite , et sans autre préliminaire. Mais si la gouttière est supposée n’être pas garnie et matelassée; et si le coussinet est un objet à part, on pourra comparer ce dernier à la couverte que l’écuyer met et étend sous la selle.

Toute l’opération du pansement d’une fracture serait donc réduite, en quelque sorte, à celle d’appliquer et de sangler une petite selle sur un membre cassé; à serrer et desserrer, à ôter et remettre cette gouttière, tout comme on place, ôte et replace une selle ordinaire1. J’ajouterai d’ailleurs:

i° Que si la même selle peut s’adapter, sans inconvénient, au dos de plusieurs chevaux, la même gouttière peut s’ajuster également, sur plusieurs membres de dimensions différentes , et cela, sans nuire, en aucune manière, à l’effet qu’on en attend :

2° Que la selle à fracture , aura, sur celle du

1 IS va sans dire que , dans tous les cas , on fera une très-large part au coton cardé , et qu’on n’oubliera pas ce que j’ai cru devoir dire à la louange de ce topique , comme résolutif et antiorgastique. On en étendra donc une épaisse couche sur la solution de continuité, et sur tous les endroits contusionnés.

coursier, cet avantage cle pouvoir être élargie, rétrécie et arrangée, à volonté et sur-le-champ, afin de la faire correspondre au volume du membre , affecté :

3° Qu’il n’est, toutefois , pas nécessaire, ainsi que je l’ai déjà fait observer, que les rapports soient trèsexacts , entre les proportions du membre et les dimensions du moyen contentif :

4° Qu’il suffira de lâcher ou de resserrer les liens, tout comme on sangle ou dessangîe une selle, pour serrer ou desserrer, à l’instant même, X unique instrument contentif qu’on a sous les yeux :

5° Qu’on est privé de cet avantage, avec les compresses circulaires et les bandelettes de Scultet; car on est obligé, le plus souvent, de panser à fond et de tout remanier, lorsqu’il s’agit de serrer et de desserrer l’agglomération grotesque de tant d’agens constrictifs»

Toutes ces réflexions, que je pourrais multiplier encore, n’échapperont pas surtout aux chirurgiens militaires, lis y apercevront aisément, tout le parti qu’ils pourront tirer de mes gouttières, dans les cas urgens, et lorsqu’ils seraient réduits à n’en avoir qu’un très-petit nombre sous la main.

Ils y verront un appareil facile à manier, sûr, et toujours prêt à recevoir son application.

Ils ne manqueront pas, non plus, de l’apprécier, sous le rapport de sa légèreté, de sa facile confection partout, et de la commodité qu’il offre, d’être transporté, à la suite d’une armée, sans embarras.

ibô

Us se féliciteront, à coup sûr, de l’adoption d’un mode, qui leur évitera de la peine, des soucis, du temps perdu, et qui leur permettra de confier certains blessés, impunément, à des mains peu exercées, comme aussi de donner aux malades ou à leur entourage, des directions précises, simples, faciles à saisir et à suivre avec exactitude»

Je leur prédis, enfin, que, ce premier pas fait, ils seront rapidement entraînés clans la même bonne direction , et que le fit de fer deviendra , pour eux, un objet de première nécessité, d’une application heureuse et de tous les instans.

Après ces généralités , il ne me reste presque plus rien à dire de spécial, d’autant plus, que je n’écris pas un traité sur les fractures, leurs causes, leur diagnostic, ni même sur la manière de les réduire. Je me borne, uniquement, à l’appareil qui convient à ces lésions, à leur partie déligcttoire; et j’ai droit de supposer, chez mes lecteurs, toutes les autres connaissances qui se rattachent à ce vaste sujet. Un mot, cependant, sur quelques points particuliers, et qui méritent notre attention :

§ I. Des compresses à l'avant-bras.

Que signifient les compresses graduées > , entre les os de l’avant-bras, afin de les tenir écartés l’un de l’autre? Ils n’auront pas la tendance qu’on leur suppose, à se rapprocher sans cesse, pourvu i° qu’ils soient bien réduits; 2°que, pour les maintenir en position,

on ne fasse pas usage de liens circulaires préalables, et dont faction est un vrai contre-sens; et enfin 3° qu'on fasse agir les moyens contentifs, essentiellement sur les régions palmaire et dorsale de l'avantbras.

Je suis amené, à cette opposition à la règle généralement établie , par l'observation pure; car, depuis quelque temps, j'ai renoncé à ces corps compressifs, dans les fractures simples du radius et du cubitus , et je suis bien loin de voir que mes malades s'en trouvent mal. Mais, dans les fractures compliquées de ces mêmes os, qu'observe-t-on ? Il ne saurait y être question de ce moyen répulsif, puisque l'avant-bras ne réclame guère qu'une position favorable; et qu'on doit le coucher, tout simplement , sur une gouttière, et l’y laisser libre et presque sans entraves. Cependant, et malgré l’absence de tout moyen intermédiaire et répulsif, les os ne prennent pas une fausse direction, si, du moins, on ne gâte pas, par de mauvais moyens, la bonne position qu’on leur aura donnée. Aussi, je suis presque tenté de supposer, que c'est pour remédier à des procédés et à des moyens irrationnels, qu'on a cru devoir recourir aux compresses graduées , et donner quelque valeur pratique à leur présence.

Ne s'est -on pas figuré, peut-être, qu'il fallait entourer l'avant-bras, tout d'abord, d’une bande circulaire , comme on s'imagine encore devoir en agir de même, à l'égard de la jambe, au moyen des bandelettesde Sculter? Dans cette supposition, qui pour-

rait bien n’être pas gratuite, en présence de tant d’autres manœuvres irréfléchies qu’on se permet encore , dans le pansement des fractures, les observateurs auront éf é bien inspirés, sans doute, en inventant les dites compresses, et en les associant à leurs liens circulaires. Ou bien , faudrait-il admettre, que ces mêmes compresses étaient essentiellement destinées à consommer un contre-sens , en donnant , à 1 avant-bras , une forme cylindrique plus prononcée P

Quoiqu’il en soit, le temps a consacré ce moyen , et, on sait assez, ce que sont les habitudes, leur ténacité et le respect qu’elles inspirent, quand elles ont la vénérable sanction du temps; j’allais presque dire, de l’aveugle routine.

Tous les cas de fractures de l’avant-bras, ne devraient pas réclamer^ du reste et indistinctement, ce surcroît de compression latérale. Celles, par exemple, qui existent près du poignet et du coude, n’en ont que faire; et ce serait, tout au plus, le cas d’y recourir , lorsque la lésion occuperait les deux quarts moyens des os. Encore suffirai t- il de ne faire agir ces moyens que vis-à-vis la solution de continuité.

Toutefois, et si malgré ces réflexions, les praticiens tiennent encore à ce corps compressif, rien n’empêche qu’ils ne l’appliquent tel qu’ils l’entendent, et sous la gouttière; mais je leur indiquerai le procédé suivant, plus simple et plus commode : c’est de presser et d’enfoncer sur le trajet qui sépare les deux os, les fils de fer qui se trouvent placés vis-à-vis de la fracture.

On comprend, d’ailleurs, combien il est facile, avec une gouttière métallique, de faire porter toute la compression sur le voisinage de l’articulation , tant supérieure qu’inférieure, des os de l’avant-bras, et de ne faire agir les moyens contentifs que sur les faces dorsale et palmaire de ce dernier. Rien de plus simple, en un mot, que de faire jouer au fil de fer, le même rôle que celui des doigts et des mains, qui. seraient chargés de maintenir réduite une fracture de l’avant-bras, et d’appuyer sur les points essentiels du membre thoracique.

N’aurait-on pas encore la ressource, par exemple, de multiplier les fils qui devraient agir entre les deux os, et de les prendre d’une certaine force; ou de les choisir parmi ceux qui seraient doués de quelque élasticité?

S’agit-il, du reste, dans certaines fractures du radius, de maintenir la main inclinée sur le cubitus? On y parvient aisément , au moyen d’un léger prolongement métallique, qui, partant de l’extrémité inférieure de la gouttière, irait en se courbant, presser vers les os métatarsiens du pouce et de l’index.

§ H. De la gouttière à la jambe.

Dans les fractures de la jambe, du moins dans celles de son tiers inférieur, et, tout particulièrement, dans celles qui affectent le péronné , la direction à donner au pied , doit fixer toute l’attention

du chirurgien. Or, on le fera incliner et déjeter, en dedans ou en dehors de la ligne médiane, avec la seule précaution de pousser, vers Tune ou l'autre de ces directions, fun des deux proîongemens de la gouttière, qui se trouve au-dessous des malléoles; tandis qu'on agira, en sens contraire, de l’autre coté. Ainsi, par exemple, si l’on veut repousser le pied en dedans, on courbera, dans ce sens, la partie latérale inférieure et externe de la gouttière, et on aura soin de faire une courbure parallèle, de l’autre côté de la l'instrument.

Si la fracture est dans le tiers supérieur du tibia, je l’ai déjà dit, on peut placer, sous la rotule, l'échancrure semi-lunaire de la gouttière, ou faire donner la forme de fer à cheval aux deux extrémités de cet agent contentif. Le motif est connu. On veut assurer, au fragment supérieur du tibia, une position que son peu de longueur rendrait précaire, si l'on n'avait pas la facilité de prendre un point d’appui, au-delà et sur une partie qui est intacte et hors de cause (les condyles du fémur).

Il va sans dire, que l’appareil serait trop vite sali et sujet à être trop souvent renouvelé, si, dans une fracture quelconque , il existait une abondante suppuration. On pare à ces deux inconvéniens , en recouvrant la gouttière de taffetas ciré, sur lequel on se contente de passer l’éponge, à chaque pansement.

§ JH. De la position avec les attelles.

Un objet très-important du traitement des fractures des extrémités , c’est la position à donner au membre , et au membre tout entier , lorsqu’il vient d’être recouvert d’une gouttière, et convenablement protégé et emboîté par elle.

La règle est ici générale , pour TOUTES les fractures, et s’applique aussi bien aux cas qui sont traités avec les gouttières dont nous nous occupons, dans ce moment, qu’à ceux qui réclament l’hyponarthécie. La voici :

» Tout membre fracturé, et qu’on vient de pan- » ser, doit être convenablement soutenu et SUS- « pendu ! ! »

Nous apercevons ces deux conditions, ces deux èlèmens de la position ( la sustentation et la sus pension ), bien nettement formulés, dans toutes les fractures de l’extrémité supérieure, lorsque l’avantbras repose sur une écharpe, et que celle-ci est, ellemême suspendue au cou du malade.

J’envisage ce genre de pansement , comme TYPE , et comme un type que nous ne devons plus perdre de vue; que nous aurons souvent occasion de rappeler; et dont, malheureusement, on n’a pas su apprécier les nombreux avantages, afin d’en généraliser l’application, à toutes les fractures, quelles qu’elles soient, et où qu’elles se trouvent. Dans les fractures du membre abdominal, par exemple, on

:repousse, généralement et presque avec dédain , tous les moyens qui tendraient à associer la suspension à la simple position, Et, cependant, ces lésions osseuses sont, toutes choses égales d’ailleurs, beaucoup plus graves et plus fâcheuses, que celles des extrémités thoraciques; et la suspension y est, en conséquence, plus nécessaire, et beaucoup plus utile que dans ces dernières.

Qui ne voit , en effet , que des résultats d’une importance palpable, et qui peuvent faire, de la- suspension, une question à la lettre, VITALE, sont attachés à ce second point de la règle précitée! Si nous examinons ces conséquences, en les comparant avec ce qui a lieu sous l’influence de l’écharpe bracchiale , nous verrons:

!° Que, dans la très-grande majorité des fractures du bras, de l’avant-bras et de la main, le blessé ne garde pas un instant le lit; qu’il se lève, marche et vaque à ses affaires , sans crainte de voir, ni sa guérison retardée , ni son état s’aggraver :

20 Que, dans la très-faible minorité des autres lésions de ces mêmes parties, et lorsque leur gravité fait, du séjour au lit, une nécessité , on s’empresse, néanmoins, d’en faire sortir les malades, aussitôt qu’ils se trouvent assez bien, pour pouvoir supporter l’écharpe, et pour jouir des bienfaits immédiats de ce moyen suspenseur.

Que devait- il arriver, avant Vinvention , en faveur du membre thoracique, de ce précieux agent de suspension? Exactement ce que nous voyons

partout, aujourd’hui , dans les fractures du membre abdominal; c’est-à-dire , que les blessés étaient obligés de rester au lit , et dans une inaction complète , jusqu à leur parfaite guérison.

J1 est probable , cependant , que Jes plus intelligens d’entr’eux , vaincus par la gène de leur situation, auront enfin pris leur grand courage! Ils se seront donc hasardés à soutenir leur avant-bras, avec Vautre membre.

L’avantage subit q u ‘ils auront éprouvé, par un moyen si simple, j’allais presque dire si étrange , puisque c’est précisément cette même main qui me sert de guide en pareil cas\ cet heureux essai, dis-je, leur aura suggéré, plus tard , l’idée d’appeler à leur secours quelque objet plus commode que la main. Or , c’est ce même objet qu’on devra envisager comme le rudiment de notre écharpe actuelle.

Nul doute, en effet, que ce qui, probablement, n’était d’abord qu’un simple .osier, passé autour du cou et de l’avant-bras; que ce premier et grossier lien bracchial sera parvenu, enfin, de progrès en progrès , à ce degré de perfection que nous lui savons; et qui en fait, pour tous les chirurgiens, et pour tout le monde, un objet de la plus indispensable nécessité.

Que les choses se soient passées , exactement, de cette manière; ou que le hasard et le besoin impérieux , aient eu , à l’heureuse invention de l’écharpe , plus de part que les calculs du génie et de l’intelligence; toujours est-il, qu’on peut présumer qu’il

aura |allu quelques mille ans , avant qu'on soit parvenu à résoudre la moitié seulement de l’intéressant problème qui se rattache au jeu si simple de l’écharpe.

Ne serions-nous donc pas murs s encore, pour son autre moitié? et le temps n’est-il pas venu, pour nous, d’oser poursuivre la solution complète de cette question, et d’en hasarder, de nos jours, la prudente application ?

Qui voudra répondre à ces interpellations , en mesurant, de l’œil, notre position actuelle, et le peu de progrès que nous avons faits dans cette carrière? Oui! nous sommes encore, à cet égard, non-seulement pour le traitement des fractures du membre abdominal, mais encore pour celui de toutes les autres lésions graves de ce même membre ; nous sommes, dis-je, exactement dans S’état où se trouvaient les chirurgiens, aux temps les plus reculés, et à la première enfance de l’art, lorsqu’il était question des fractures et des affections du membre supérieur.

Ainsi, tout comme ils faisaient , eux , pour tous leurs fracturés, sans exception, nous le faisons encore, religieusement aujourd’hui, pour la moitié d’entr’eux. Nous obligeons, impitoyablement, ceuxci, à rester au lit et couchés sur le dos, jusqu’à-ce qu’ils soient guéris, et que leurs jambes ou leurs cuisses aient acquis assez de solidité, pour les soutenir et leur servir à la progression.

Si, toutefois, l’on trouve que j’exagère, je suis

prêt à convenir et pour cause , que, de temps en temps, on veuille bien soulever ces blessés, les transporter hors du lit, eux et leurs membres, et les placer sur une chaise longue ou une autre couche, le tout sans AUCUN inconvénient .

C’est un peu là, j’imagine, ce que faisaient aussi j nos premiers confrères, quand ils avaient à traiter; des fractures du membre thoracique ; et Dieu sait comme iis croyaient être utiles à leurs malades * en se prêtant à ces manœuvres délicates , et en les dirigeant adroitement!

ARTICLE VII

De la progression dans les fractures du membre inférieur.

Mais, serions-nous donc condamnés à ne pou- f voir sortir de cette fatale ornière? Et, serait-il vrai, que ce qui convient si bien , et qui s’applique , si heu- ,j reusement, aux fractures des extrémités supérieu- \ res, ne puisse pas trouver son application à celles ; des inférieures? Que les unes doivent jouir, à perpétuité , du privilège de la suspension, tandis que les autres en seront privées, à tout jamais ?

Et, pourtant, nous venons de voir, qu’on peut soulever, sans risques ni périls, une cuisse, une ji jambe cassées! Nous savons tous, fort bien encore, qu’il est possible d’imprimer divers mouvemens , à ces membres, sans crainte d’occasioner des dou- i leurs, ou de nuire à leur parfaite guérison! Nous j

sommes convaincus, également, que les blessés peuvent être transportés, impunément et assez facilement, d'un lit dans un autre, et même dans un lieu très-éloigné, bien qu'il existe de graves solutions de continuité dans la charpente osseuse de leurs extrémités inférieures.

Mais, alors, pourquoi et malgré l'innocuité et la facilité de ces manœuvres, ne se livre-t-on, même aux plus légères d'entre elles, que très-rarement, et seulement lorsqu'on y est poussé par des besoins impérieux, par la dure nécessité? Pourquoi s'imagine- t-on , que ce qui peut se faire, chaque jour et à chaque instant , pour peu qu'on s'y prenne avec quelque soin et quelque intelligence, on ne puisse l'obtenir, de même et constamment , si l’on redouble d'attention, ou si l'on a recours à quelque INSTRUMENT NOUVEAU?

C’est parce qu'on ne connaît ni V écharpe des membres abdominaux , ni la manière de l'appliquer et de s'en servir. C'est qu'on ignore comment il faut agir, avec les membres inférieurs, lorsqu’ils sont fracturés, pour les mettre, à peu près , au niveau des supérieurs, et dans les conditions où l'on place ces derniers, quand leurs os sont brisés. C'est qu'on s'imagine qu’il est impossible de ranger, sur la même ligne thérapeutique, les lésions osseuses de ces deux ordres de membres; et qu’on ne veut, en conséquence, rien faire, ni rien tenter, pour résoudre cette grande question. C’est, pour tout dire, et je ne crains pas de le dire; c'est qu'on est do-

miné par ta ROUTINE et sous la funeste influence de la PEUR.

Pour aborder et éclaircir ce sujet important, revenons: un moment, à notre type avoué: à la fracture de l’avant-bras, quand elle est soutenue avec l’écharpe ordinaire. Que voyons-nous? Dans le premier plan, deux attelles en bois, ou une gouttière métallique, qui sont appliquées et fixées de manière à maintenir les fragmens , dans la bonne position qu’on leur a donnée. Eh bien! appliquons, à une jambe cassée, deux ou trois attelles, ou une gouttière métallique; ou bien, encore, un appareil hyponarthécique, et nous aurons, je pense, par l’un ou l’autre, de ces moyens contentifs, exactement ce que nous avons vu à notre avant-bras.

Allons plus loin , et examinons quel rôle joue l'écharpe bracchiale, au-dessous et sur les côtés de l’appareil contentif. Elle soutient celui-ci, et tend encore à l’appuyer, tout comme feraient deux mains placées vers ces mêmes parties. Or, croyez-vous qu’un mouchoir, une serviette, des mains qu’on passerait, exactement de la même manière, sous la jambe en question , seraient le résultat d’une coupable témérité, causeraient de graves désordres, , et produiraient un effet différent que l’écharpe sur i f avant-bras ?

Mais, dites- vous, l’écharpe est suspendue, elle est immobile, et elle maintient l’avan t-bi •as, sans T qu’aucun mouvement puisse avoir lieu. Eh bien î suspendez donc aussi , le mouchoir , la serviette , I

que vous avez étendus sous la jambe; et vous verrez si celle-ci bougera * et si elle ne sera pas immobile "aussi, et tout comme l’avant-bras!

Il n’est, cependant, pas très-fixe, votre avantbras, car il suit bien tous les plus petits mouvemens que vous faites; et, ce qui plus est, je n’aperçois pas, ni vous non plus, que les os vacillent ou qu’ils se dérangent. Mais qui osera prétendre, 'qu’il n’en sera pas, précisément de même, de ma jambe suspendue? Personne n’en a le droit; parce que cette jambe pourra exécuter, sans aucune conséquence fâcheuse, des mouvemens de totalité , et dans les limites que lui aura assignées la corde à laquelle elle est attachée.

Il y a plus, si la corde et la jambe sont limitées dans leurs mouvemens, c’est parce qu’elles sont, l’une et l’autre, fixées au-dessus d’un lit, d’une chaise ou du banc d’une voiture. Mais rien n’empêche de donner plus d’étendue à ces mouvemens, en faveur de la jambe, en déterminant , pour cette dernière, un -point d’appui différent, et plus favorable à la locomotion.

L’écharpe bracchiale doit les principaux avantages dont elle jouit, à sa suspension sur Je blessé lui-même. Or, s’il suffisait de cette simple condition , pour obtenir, au bénéfice d’un individu qui a une jambe cassée, des mouvemens plus explicites et plus excentriques, n’y aurait-il donc aucune possibilité de trouver, sur tout son corps, un seul point con-

venable, pour y appuyer et suspendre cette même jambe?

En cherchant, j’aperçois, d'abord, les épaules. Mais qui ne voit, qu’en établissant, sur l’une d’elles, un large lien, en forme de baudrier, celui-ci ne puisse servir en qualité de soutien pour la jambe opposée? Qui pourrait douter, qu’à cette bandoullière ne puis* sent s’attacher, très-bien , le mouchoir ou la serviette que nous supposons placés sous la jambe cassée, et qui sont prêts à la soutenir et soulever?

Pour cet effet, on commencera par faire fléchir la jambe sur la cuisse, comme on fléchit, également et préalablement, l’avant-bras sur le bras. On étend, ensuite, le lien suspenseur, le long de la partie antérieure de la jambe, exactement comme on étend l’écharpe derrière la région cubitale de l’avant-bras. Puis, on élève et l’on fixe les deux bouts du lien, en les nouant au bas du baudrier en question, ainsi qu’on les noue derrière la nuque, s’il s’agit de l’écharpe bracchiale.

IN’avons-nous pas , dans ce lien s capulo~ tibial (XLYI), l’équivalent de l’écharpe ou lien cer çico-cubital (XXIV), ainsi que toutes les heureuses conséquences qui se rattachent à ce moyen déligatoire, et que chacun connaît?

Mais je vais plus loin encore, et ceci est tout à fait en dehors des combinaisons diverses qu’on peut obtenir, avec les deux liens que je viens de nommer. Cette jambe cassée, mi-fléchie, et telle qu’elle est supposée dans le cas précédent, ne puis-

je pas la placer, encore, sur une gouttière, ajustée à une jambe artificielle, au lieu de l’étendre sur le lien scapulo-tibial? Ne puis-je pas marcher sur cette même jambe, je veux dire sur le genou, au moyen de béquilles ou d’un bâton ? Que pourrais-je redouter pour la coaptation exacte des fragmens? Ne sont-ils pas suffisamment contenus par les moyens que nous connaissons, et sur l’action desquels nous avons appris à compter?

Que si, dès les premiers momens , la prudence nous défend de nous livrer, sous de pareils auspices, à une locomotion aussi complète; si, peutêtre , quelques complications nous font une loi d’y renoncer , pendant plusieurs jours ; et si même , un état plus grave nous force à rester, plus longtemps encore , privés de plus de liberté, et réduits à la simple suspension clinique ; si, dis-je, des circonstances particulières empêchent cette progression d’avoir lieu , un jour doit venir , cependant, où nous pourrons, hardiment, sortir de cette trop grande inaction, et reprendre tous nos droits au baudrier et à la jambe artificielle. Cela est de toute évidence, en principe et en théorie; mais je me hâte d’ajouter, que Inobservation la mieux constatée en a consacré , également, l’application à la pratique.

Oui, y ai fait marcher, et je fais marcher des fracturés avec le baudrier et la jambe artificielle, sans que cette prudente progression ait d’inconvénient pour la formation du cal, et sans qu’on remarque aucune différence de résultats, avec ce

qui se passe ailleurs, sous l'influence de l'écharpe bracchiale. Il ne saurait en être autrement, et on le comprendra de reste, si Ton a bien suivi mes déductions, et si l’on en a compris toute la portée.

Les individus atteints de fractures de jambes, peuvent se livrer également, sans peine et sans risques,à la progression , à l’aide de béquilles, et en tenant la jambe étendue, comme s’ils avaient une entorse un peu grave, ou une affection douloureuse du pied. C’est bien là, aussi, ce que permet M. Larrey, en pareilles circonstances, après qu’il a appliqué son appareil inamovible ; et c’est ce que d’autres ont cru pouvoir autoriser, également, et à leur très-grande satisfaction , moyennant l’adoption du même mode de pansement.

Cette manière de marcher n’a rien , toutefois , qui doive surprendre, et elle distingue si peu ce procédé

avec TOUS les autres appareils à fractures, pourvu qu’ils soient judicieux et bien appliqués. C’est tellement évident, que je ne puis comprendre comment on a pu s’extasier, en présence de ce prétendu phénomène. Il ne tient, au premier venu, que d'oser , pour constater, sur le champ, un fait aussi simple et aussi naturel. Tout au plus entendra-t-on tel individu se plaindre, que son membre, doublé ou triplé de volume, par l’accumulation de moyens contentifs, passablement grotesques, est beaucoup trop massif pour lui permettre une marche leste et facile! Un second dira, avec quelque raison, que

les attelles débordent trop le pied ; et un troisième, que le plâtre, le sable, dans lesquels on a moulé sa jambe , ne peuvent guère lui convenir pour cheminer; et que, sans doute, c’est pour rire, qu’on veut Rengager à sortir du lit avec ces lourdes entraves.

Mais ce mode est entaché, évidemment, de tous les vices qu’on reconnaît, et qu’on a signalés dans une progression pareille, lorsque îa jambe est en souffrance, et sous l’influence d’une irritation inflammatoire. La position déclive du membre est, sans contredit , irrationnelle , lorsqu’elle est intempestive, et qu’il existe, encore, un foyer mal éteint de subinflammation, de congestion profonde, et une source incessante d’engorgement des parties. Dans cet état, ainsi que chacun le sait, la position horizontale est de rigueur, et je ne perds jamais de vue cette condition première et indispensable.

Aussi , lorsque je viens à permettre la marche avec les béquilles, le membre restant dans V extension, et dans la seule position qui soit compatible avec l’appareil Larrey, c’est parce que, long-temps avant et très-impunément , j’ai pu faire marcher mes malades, à l’aide du baudrier et de îa jambe artificielle \ Avec ces moyens, ils pouvaient faire, sans peine , non pas quelques pas seulement , mais des promenades , que, bien sûrement, ils n’eussent pu supporter , avec la position perpendiculaire d’une jambe malade, et malgré l’appareil le plus léger, le plus inoffensif et, à la fois, le plus solide.

Chacun concevra, aisément, cette différence notable , en laveur de mes procédés de progression , et je ne m’arrêterai pas davantage à démontrer une vérité pratique aussi palpable, et si bien reconnue.

ARTICLE VIII

Des conditions déligaloires des fractures .

Trois choses sont, sinon absolument nécessaires, du moins de la plus grande utilité, lorsqu’il s’agit de la partie déligatoire des fractures; de celles, du moins, où l’art doit intervenir dans l’intérêt de la charpente osseuse, et lorsque la nature ne se suffit pas, à elle-même, avec ses propres ressources de déligation . La première consiste dans V application des agens contentifs , la seconde, dans le choix de la position , et la troisième , dans celui de la suspension.

§ I. Des pansemens.

En ce qui concerne la première de ces conditions, il est incontestable, que l’application des gouttières aura lieu , avec tous les avantages attachés à la célérité et à l’exactitude , lorsque des coussinets seront fixés, d’avance, à chacun de ces moyens contentifs. Mais on peut, ainsi que je l’ai dit, avoir également de ces petits matelas à part, et les appliquer, séparément, sous le châssis.

Si l’on manquait de cet élément de mollesse ou

de coton, on aurait recours aux compresses ordinaires, souples, demi usées ; au calicot, à la flanelle, à la charpie, au crin, à la laine cardée, etc. On n'aurait guère, ici, que l'embarras de choisir entre de bons moyens. Ils protégeront les tégumens contre l'action du métal, au même titre qu'ils les garantissent, déjà, contre la pression des attelles ordinaires.

La gouttière, elle-même, s'adaptera, d'autant mieux , sur la portion du pourtour du membre qu’elle est destinée à emboîter, qu'on pourra la presser, l’enfoncer, la relever ou la courber diversement , partout où ces petites manœuvres seront jugées nécessaires. Il convient, en effet, que toutes les parties métalliques soient convenablement appliquées, et que leur action soit répartie uniformément et avec soin. Il m'arrive, parfois, d'exécuter tout cela, préliminairement et sur le membre sain d'un assistant, afin de mouler l'instrument et de ménager le malade.

Le moment de renouveler le pansement, dépendra des circonstances , et de la manière de voir du chirurgien. Mais l'appareil peut être aussi inamovible qu'aucun autre connu et recommandé; et ce sera bien le cas de lui laisser cette dénomination , dans toute sa valeur, et pour toutes les fractures simples, pour peu qu'on tienne à ce mot imposant. Rien n’empêche, en effet, s’il existe des escarres, des plaies et des esquilles, que le pus, la sanie, l'odeur fétide, voire même les vers ^ ne

— iSÀ —

se fassent jour sous cette écorce solide, si cela peut plaire aux amateurs.

Il est probable , cependant, que le plus grand nombre des hommes de Fart, des malades et des assistans, persuadés que la saleté et l’infection ne sont nullement de rigueur, pour favoriser la formation du cal , intercéderont en faveur des pansemens de propreté et de prudence. Or, si ceux-ci peuvent avoir lieu facilement, rapidement, et sans aucun inconvénient quelconque, avec nos gouttières, on donnera, sans nul doute, la préférence à ces dernières; on les appliquera et réappliquera aussi souvent que la raison, Fobservation et les principes immuables de la vraie chirurgie, sembleront l’exiger.

On pourrait donc dire, en thèse, que les pansemens, dans les fractures simples, ne sont guères que de pure curiosité; car si le premier a été bien fait, Fobjet contenu et ceux destinés à contenir > étant, pour ainsi dire, identifiés et ne faisant qu’un seul et même tout, les dérangemens seront presque impossibles, et il ne pourra être question que de serrer ou desserrer les surfaix, lorsque la chose sera nécessaire.

Si, toutefois, on désire s’assurer de l’état du membre, ou faire quelques changemens à l’appareil, rien de plus simple que de détacher les surfaix, d’enlever la selle et de soulever la couverte, s’il en existe; puis, de rétablir le tout tel qu’il était, ou avec les amendemens reconnus nécessaires ou utiles.

Parmi ces amendemens, il en est un qui pourra se rencontrer assez souvent, et qui consiste à élargir le moule métallique, si le membre s’est tuméfié; ou a le resserrer, si les parties sont dégonflées. Cette dernière alternative sera de beaucoup la plus fréquente: on le comprend, car le membre fracturé est ordinairement tuméfié, lorsqu’on le présente au chirurgien; et comme il ne tarde pas à se dégorger et à revenir sur lui-même, sous l’influence immédiate du coton et d’un appareil inoffensif et léger, ce retrait laisse, entre les tégumens et l’appareil, un espace vide.

On pourrait avoir quelque motif de redouter cette absence de contact, si la gouttière constituait, à elle seule, le moyen curatif. Mais , nous l’avons dit, et c’est bien ici le lieu de le répéter: les deux autres conditions ou élémens d’un heureux traitement, la position et la suspension, ne cessent pas un instant de remplir leur office, et de se montrer tutélaires. Ces deux circonstances peuvent donc suffire à l’œuvre, et leur solidarité doit être acceptée.

Cependant, on aurait tort de s’y fier, tout à fait; et comme on a la facilité et l’alternative, ou de faire revenir le moule métallique à des proportions plus justes, ou de changer de gouttière, on ne balancera jamais.

§ II. De la situation .

Quant à la situation à donner à tout le membre.

elle sera en rapport avec le bien-être du malade, le relâchement à produire dans telle ou telle masse musculaire, et avec les autres exigences thérapeutiques.

La mollesse ne sera, surtout, pas perdue de vue un seul instant; car on pourra toujours y recourir, avec toute la sollicitude que réclame la nature des lésions qui nous occupent. On a pu voir, dans le chapitre sur Vhyponarihècie , ce que, déjà, j’en ai dit, et toute la facilité d’exécution qu’elle offre aux praticiens et aux malades. Le coussinet de coton pourra donc être largement appliqué, et se combiner avec l’usage des simples gouttières , tout comme avec celui de la planchette. Du reste, la position est tellement modifiée par la suspension , et celle-ci est si commode dans le but de préciser l’autre, qu’on sera comme forcé de les identifier dans la pratique, et de les rattacher à la même combinaison clinique.

§ III. De la suspension .

La suspension , cette troisième et précieuse condition de tout bon pansement des fractures , nous avons vu comment elle; s’opère avec l’hyponarthécie, et il ne nous reste qu’à indiquer le mode de la réaliser, avec des attelles ou nos gouttières.

S’il s’agit des extrémités supérieures, et des cas les plus ordinaires, on agira comme on fait déjà partout, et l’écharpe cervico-bracchiale continuera de déployer tous ses bienfaits connus.

Mais, s’il est question de fractures très-graves de ces mêmes extrémités, où l'écharpe ne peut pas être appliquée d'abord; où le malade est tenu de garder le lit; et où le membre doit, en conséquence, être placé sur un appareil hyponarthécique, on se conduira * pour la suspension, exactement comme elle a été indiquée précédemment, et aussi longtemps que l’état des parties ne permettra pas remploi de l’écharpe bracchiale.

On obtiendra la suspension des extrémités inférieures, avec un ou deux triangles, placés derrière la jambe, et dont les bouts seront noués et réunis ensemble, pour être fixés, comme une seule anse, à la même corde verticale que l’on connaît suffisamment.

La suspension de la jambe suffit, d’ailleurs, pour obtenir celle de la cuisse, tout comme on n’applique l’écharpe qu’à l’avant-bras, lors même que le mal existe au bras ou à la clavicule.

Le volume des extrémités inférieures, leur importance, leur position relative, la difficulté de les manier pour les adapter, d’abord, à la progression et au moyen des procédés que j’ai fait connaître; la gravité de leurs lésions qui réclament, le plus souvent, un repos plus ou moins absolu : Telles sont les causes qui, dans les premiers momens, limitent la suspension àu lit ou sur une chaise, et qui ne permettent que des mouvemens très-restreints, et en dehors de la progression. Ces circonstances particulières et qui sont inhérentes aux membres ab-

dominaux, nous feront donc un devoir de nous contenter de ce premier mode de suspension, pendant un nombre de jours plus ou moins considérable.

Mais, dès que l’état pathologique se sera suffisamment amendé, et que le premier orage sera passé ou évité , il sera loisible, au chirurgien, de procurer à son malade, tous les avantages de la progression , tels qu’ils sont praticables avec les autres modes de suspension que j’ai indiqués.

Ceci concerne , du moins, les fractures de la jambe et du pied, et même, soit dit en passant, toutes les autres lésions graves de ces parties, et qui ne sont point compliquées de fractures.

Mais, s’il s’agit d’une cuisse cassée, la suspension clinique , ou sur un fauteuil, ou sur le banc d’une voiture, est seule admissible. Y aurait-il, toutefois, des circonstances assez favorables, pour que l’on pût et qu’on osât tenter la progression, quoique le membre fût dans la position déclive, et qu’il n’appuyât sur quoi que ce soit? Ou bien, encore (ce que je n’ai pas eu occasion d’expérimenter) , pourrait-on , pour la progression , se confier en une cuisse artificielle, dont le seul point d’appui serait fixé, invariablement , à /’ ischion P

Ces modes sont possibles , assurément, et n’encourront pas le reproche de témérité et d’imprudence , s’ils sont combinés avec un certain degré de solidité dans les fragmens, et avec une fracture exempte d'obliquité; lorsque surtout, par des moyens contentifs bien choisis et judicieusement appliqués, [

on se sera mis à l’abri de toute vacillation, de tout mouvement des fragmens entr’eux.

On comprend, donc, qu’on ne pourra abandonner à la marche, tout blessé atteint de fracture fémorale, que long-temps après faccident. Mais ne fût-ce qu’à la troisième, quatrième ou cinquième semaine, cette concession sera toujours un gain, un précieux refuge, dans certains cas de nécessité absolue, et dans maintes circonstances imprévues.

Et qui ne voit, d’ailleurs, que, même après quarante et plus de jours, ces modes de progression pourront avoir de très-grands avantages? que ces premiers pas, ainsi protégés, n’empêcheront pas le cal d’acquérir, définitivement , toute la solidité désirable; qu'on aura, de cette manière, des garanties de plus, pour attendre, patiemment et sans crainte, ces heureux résultats.

§ IV. Encore un mot sur la progression .

Mais toutes les questions, au sujet de la progression précoce et insolite , lors qu’il existe une fracture des extrémités inférieures, sont si neuves et encore si peu comprises; elles peuvent donner lieu, d’ailleurs, à tant de faux calculs, de cruelles méprises, de lourdes bévues et de ridicules raisonnemens , que je crois utile de reproduire, ici, quelques pages qui se trouvent dans mon ouvrage : De r usage , en chirurgie , du fil de fer et du coton.

Le lecteur n’y apercevra rien de nouveau, que

je n’aie déjà abordé. Mais, si l’on trouve que la matière y soit présentée avec quelques variantes , qui j puissent la faire mieux saisir, on voudra bien user • d’indulgence , et me pardonner deux fautes graves, t dont je me suis rendu coupable en maintes occa- • sions : celle de me citer complaisamment , moi- ■ même, et celle de me répéter à tout propos.

La gouttière, bien ajustée sur une jambe cassée, assurera , suffisamment , la position des fragmens , pour permettre, même la progression avec des béquilles, lorsque la jambe sera mi- fléchie et portée par un baudrier comme sur une écharpe. Et pour- *• quoi pas? La jambe, ainsi soutenue et protégée, , ne serait-elle pas dans les mêmes conditions que les i fractures de Y avant-bras ? Ne voyons-nous pas, sans i étonnement et sans crainte, le corps et le membre ij sain s’agiter, diversement et impunément , dans ces \ dernières affections? Ne serions-nous pas révoltés, i au contraire, si quelqu’un osait soutenir que les choses devraient se passer différemment?

Ce raisonnement et c esfaits une fois admis pour le membre supérieur, comment voudrait-on pré- : tendre que , dans les fractures du membre inférieur , 1 le corps tout entier et une jambe saine , en particu- fi lier, ne pourraient pas remuer également, lorsqu’une seule jambe serait malade.

Mais, si cette dernière est bien soutenue et sus - [' pendue , à l'instar de V avant-bras , dont les os sont ji fracturés, pourquoi ne serait-il pas permis à l’autre r jambe de remuer séparément, et, de fonctionner [

librement, dens le genre du bras qui n’est pas atteint? La progression , avec prudence et à l’aide de v béquilles, aurait-elle de graves inconvéniens? Ne pourrait-on pas assimiler, en quelque sorte, le fracturé avec l’amputé, lorsque ce dernier s’essaie à marcher, et qu’il marche assez bien, en effet, quoiqu’il n’aitpas encore sa jambe ^artificielle.

Mais ces derniers mots m’inspirent, ou trahissent ma pensée; car, si mon principe est admis (et il est incontestable), qui ne voit qu’on arrivera, tout droit, à cette autre conséquence? Qu il sera loisible de placer une jambe cassée , bien contenue , sur une jambe artificielle , lorsque celle-ci sera couvenable ment construite .

Comme , du reste , cette matière est évidemment neuve, qu’elle peut paraître ardue, et qu’elle ne pourra être appréciée qu’après bien des développemens, je vais en hasarder quelques-uns ici. Mais ce qui vaudra mieux pour mes lecteurs’, c’est l’assertion que ce qui leur est présenté, dans ce moment, comme des aperçus de pure théorie et de simples raisonnemens , a déjà reçu la sanction de la pratique et une heureuse application , je ne dirai pas au lit des malades , mais hors de leur lit ; et afin de hâter, pour eux, le bonheur d'en sortirait plus tôt.

Je demanderai, d’abord, ce que peut avoir de commun le libre exercice d’un bras et d’une jambe, quand ces parties sont en état de santé, avec le besoin d’un repos absolu qu’éprouvent leurs congénères

en état de souffrance? La solidarité est-elle, par hasard, de rigueur, est-elle seulement utile? .N’estelle pas plutôt le résultat de la pénurie de nos moyens, et une affaire de circonstance, plutôt que d’absolue nécessité? N’est-il pas probable, qu avant de connaître l’écharpe, les chirurgiens étaient obligés de faire garder le lit à leurs malades, dans les cas de fractures du bras ou de l’avant -bras? Et ' nous-mêmes, pourrions-nous mieux faire que d’imiter ces anciens, si l’écharpe et ses heureux effets nous étaient inconnus?

C’est donc de la découverte de ce moyen de suspension , qu’a pris date le perfectionnement des procédés curatifs des fractures bracchiales. Mais la découverte, bien que tardive, d’un moyen analogue de suspension , propre aux extrémités inférieures, ne devrait-elle pas avoir, pour ces dernières, le même favorable résultat qu’ont éprouvé les extrémités supérieures, lors delà première apparition et de l’heureuse application de l’écharpe braechiale?

Supposez deux praticiens, également habiles, et ;î auxquels on aura donné à traiter des lésions du poi- K gnet et du coude, ainsi que des fractures du cubi- -* tus, du radius, de l’humérus et de la clavicule. L’un i: d’eux permettra, à ses malades, déjà dès le premier b jour ou plus tard, de sortir du lit et d’agir avec leurs ; trois autres membres, comme ils l’entendront ou le b pourront ; tandis que l’autre chirurgien croira devoir, dans sa sollicitude, pousser la circonspection jusqu’à > retenir tous ses patiens au lit et dans une inaction s

complète , jusqu’à leur parfaite guérison. Et cependant, il fera usage des mêmes moyens mécaniques que son confrère !

Quelle sera, en définitive, de ces deux catégories de malades , celle qui se trouvera le mieux de la conduite de son chirurgien? Et quel est, de ces deux hommes de fart, celui que vous irez prendre pour traiter vous et les vôtres?

Ne peut- on pas mettre sur la même ligne, les lésions analogues du membre abdominal , et leur appliquer, par conséquent , le même raisonnement que nous venons de faire pour le membre thoracique?

Si la réponse à ces énoncés généraux ne peut être douteuse, l’application du principe, dans les cas particuliers, (et je m’empresse de le reconnaître), certes, n’est pas sans quelques difficultés. Pour qu’elle ait lieu sans inconvénient , et tout en prenant toujours, pour point de mire , ce qui se passe, ordinairement , dans les fractures de l’avant-bras, il conviendra, tout d’abord, de faire une juste appréciation de la différence respective de volume, de position , d’importance, de fonctions , etc. , qui existe entre les deux ordres d’extrémités»

Au surplus, et afin qu’on ne me prête pas une doctrine absurde, ou, qu’en la suivant d’une manière trop absolue , on n’aille pas donner dans une -coupable exagération , je dois, à mes lecteurs, les ï réflexion s suivantes :

En général, on ne sera guère sujet à errer , si l’on suit, tout bonnement, les règles immuables

d'une sage médecine! Ainsi donc, il ne s’agira nullement d’exercices, ni généraux, ni partiels, hors : de ceux que permet la simple suspension, lorsqu’il! existera des signes d’inflammation , de la fièvre , ou de ces désordres bien connus qui réclament, impérieusement, la chaleur du lit, le repos de tout le corps, et le traitement antiphlogistique. On ne se permettra, pas davantage, des concessions inconsidérées, dans les cas de fractures, qu’on ne les tolérerait lors d’une simple fièvre catarrhale ou éruptive, d’un érysipèle, d’une entorse ou contusion grave, d’un abcès même.

Mais, si les symptômes d’irrritation sont tombés ;? s’ils sont insignifians, et si l’on peut, sans inconvéniens, c’est-à-dire, sans réveiller la douleur et î l’engorgement, et sans nuire à la consolidation ;ji si l’on peut, dis-je, faire sortir, impunément, un fracturé de son lit, en faisant supporter sa jambe: cassée, d’une manière quelconque , mais assurée , on aurait tort de lui refuser ce bienfait. Or, les: occasions de le lui accorder utilement , se présente- ) ront, toujours et tôt ou tard , dans le cours, souvent bien long, d’un traitement pareil. C’est donc auî chirurgien à les épier et à savoir en profiter, pour le 1 plus grand bien de son malade.

Dans les fractures simples du bras ou de l’avant- I bras, il est rare que les malades soient tenus de garder le lit, et, le plus souvent, on leur permet quelques exercices, aussitôt que la chose est possible. Ce moment est arrivé, lorsque le pansement

avec l’écharpe suffit pour préserver le membre de toute saccade douloureuse, et de tout changement dans la position qu’on vient de choisir; et lorsque ces changemens deviennent impossibles, malgré que la locomotion partielle ou générale ait lieu.

Voilà une règle qui pourra et devra trouver aussi son application à toutes les fractures , et qui a droit, en conséquence , d’être rangée au nombre des règles générales et des principes fixes.

Jusqu’ici, et lors de certains accidens graves du bras et de l’avant-bras, on forçait les blessés de rester dans leur lit, et d’avoir le membre atteint immobile à leur côté. Ce ne sera plus le cas, maintenant, et, grâce à mes gouttières, le membre thoracique, le plus maltraité , pourra jouir, toujours, du grand avantage de la mobilité, lors même que le malade devrait garder le lit. Mais si, au bout de quelque temps , ce même membre se trouve mieux, et si rien ne s’y oppose, d’ailleurs, il pourra être suspendu au cou avec sa gouttière, et il sera permis à l’individu de quitter le lit, de se promener, et de vaquer à ses affaires.

Des circonstances toutes semblables doivent, aujourd’hui , se présenter, exactement de même, dans les fractures du membre abdominal. Ainsi, lorsque l’accident sera sans complications graves, et si la jambe est convenablement pansée , elle pourra, de suite , être soutenue et suspendue par le baudrier, ou même simplement placée sur une jambe de bois,

afin de permettre au blessé, dans l’un et dans l’autre cas, la progression avec des béquilles.

Mais si la lésion se présente avec quelque gravité, ou chez des individus faibles et incapables de se tenir debout, force sera bien de les coucher d’abord, de suspendre les parties fracturées , dans le lit même, ou peut-être sur un fauteuil , dans une voiture , etc., et de les maintenir, invariablement, dans ces positions alternatives , TOUT LE TEMPS NÉCESSAIRE.

Or, cette nécessité aura, à coup sûr, un terme, et pourra cesser, précisément dans les mêmes circonstances que j’ai rapportées plus haut, à l’occasion des fractures des extrémités supérieures.

On voit donc toujours mieux, par ces réflexions que je suis obligé d’abréger , que la différence , quant aux exercices permis , n’est pas très-grande dans les fractures des extrémités, tant supérieures, qu’inférieures; et qu’elle ne résulte guère, toutes choses égales d’ailleurs, que de la différence d’organisation et de fonctions de ces mêmes parties.

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