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CHAPITRE II

DE l’hYPONARTHÉCIE , EN GÉNÉRAL.

Qu’il y a loin de tous ces inconvéniens , aux avantages qu’offre la planchette suspendue 1 ! Avec elle est résolu ce problème, si difficile, qu’il semble presque un paradoxe; de traiter un membre brisé , même avec les plus fâcheuses complications s par la simple position et sans aucune attelle; et de permettre, en même temps s à ce membre , d’exécuter, SANS INCONVÉNIENS NI DOULEURS , TOUS LES MOU- V EM EN S PARALLÈLES A L'HORISON.

Cet appareil consiste dans une planchette, recouverte et garnie convenablement, et sur laquelle on place et fixe le membre malade, dans la position qu’on veut lui donner; et cette planchette , ainsi

’ Je continuerai à me servir c!u mot planchette , quoique, depuis assez long-temps, je lui aie substitué un analogue bien préférable, la gouttière en fil de fer. En la décrivant, plus tard, on verra que le mot seul est changé, que tout le reste est identique, et qu’il ne s’agira, avec le métal, que d’une construction , application et explication plus faciles qu’avec le bois.

chargée, est attachée au plafond ou au ciel du lit, par des cordes qui, passant dans des trous pratiqués aux bords, la suspendent au-dessus de ce lit, de manière à la rendre mobile. Le membre y est donc ainsi , comme sur une couchette à part, ou sur un plan, distinct du lit du malade, et qu'on arrange à volonté.

La position qu'on aura donnée au membre, se conservera sur ce plan isolé, sans qu'on ait besoin, Se plus souvent, de moyens plus ou moins gènans et propres à le fixer. Deux ou trois simples cravates, seulement, sont nécessaires pour cette fixation , si elle est jugée nécessaire ou utile . Ces mêmes cravates pourront, au besoin, servir à faire des tractions graduées, légères et permanentes: (extension et contre-extension des auteurs).

Malgré cette fixation et ces tractions, les membres brisés, déchirés même, sont, toujours, sous l'inspection immédiate du chirurgien ou des assistans. Les déplacemens possibles sont incessamment aperçus , et l'on peut y remédier, de suite , avec une rare facilité.

Ce membre, convenablement placé, ne réclame que fort peu de soins, et ceux-ci sont toujours donnés au gré de l'homme de fart. Ces pansemens , à peine nécessaires, sont si faciles et si peu douloureux, qu'ils peuvent être confiés, sans crainte, à un aide tant soit peu intelligent. On peut même, le plus souvent, faire abstraction de l’état de l’os, et soi-

gner celui des parties molles, comme si le premier était intact et sain.

Les blessés , aussitôt qu'ils sont placés sur l’appareil hyponarthécique , en suspension , peuvent exécuter, sans douleur et sans danger, tous les mouvemens parallèles à l’horison , quelles que soient d'ailleurs la gravité et les complications de leurs fractures. Il est facile, en conséquence, de faire et refaire leurs lits à volonté, de soigner leurs évacuations et de les tenir propres. Une seule personne peut suffire à toutes ces opérations ainsi qu'aux divers pansemens.

La petite machine est facile à construire partout, et son mécanisme se comprend, à l’instant même, par tout le monde. Il est toujours loisible à l'homme de l'art ou au malade lui-même, de faire changer, à volonté, telle ou telle position, direction ou inclinaison du membre malade, etc.

On saisira, plus facilement, tout le bien que doit apporter, à la chirurgie, le moyen qui nous occupe, lorsqu'on l’envisagera, surtout, pour ce qu'il est réellement, et sous le triple rapport d'une attelle, d'un petit lit et d’une écharpe.

La planchette n’est ici, en effet, qu’une véritable attelle; elle en fait parfaitement l’office. Aussi, pourrait- on contester, au docteur Sauter ( le premier qui a indiqué ce moyen), sa prétention de traiter les fractures, sans aucune attelle , tout en lui faisant observer, qu’il en applique, où l’on ne s’avisait guères d’en mettre, avant lui, et qu’il les sup-

prime, tout-à-fait, dans les endroits où, jusqu'à lui , on les plaçait exclusivement. C'est cette réflexion et ce motif, qui m'ont engagé à donner, à ce procédé curatif des fractures, le nom d’HYPONARTHÉciE ( sous ; vottfvÇ woç9 attelle) , qui rend bien la chose essentielle et spéciale de cet appareil.

Mais cette attelle , placée sous le membre et qui le déborde en tous sens, offre, outre beaucoup plus de solidité que les attelles ordinaires, des points d’appui nombreux et précieux, qui peuvent servir à donner, aux parties qui sont étendues dessus, les directions les plus variées et les mieux choisies, ainsi qu’il est facile de s'en assurer, en jetant un coup d’œil sur les figures, tracées à la fin de cet ouvrage.

Tout individu atteint d’une fracture grave, du membre abdominal surtout, réclame un endroit pour y reposer la partie lésée, et c’est le lit , ordinairement, qui lui offre ce commode refuge. Mais, ce lit pourra être mauvais, dur à l’excès, un sale et chétif grabat , qu'il n’en remplira pas moins les conditions essentielles à la guérison , si l'endroit même, qui doit recevoir et protéger le membre malade , est convenablement disposé, et en rapport avec les seules exigences de la partie en souffrance. Or , l’appareil hyponarthécique offre toutes les garanties qu’on peut désirer à cet égard , et se prête, admirablement, aux combinaisons les plus variées , à tous les arrangemens convenables et nécessaires, dans telle ou telle circonstance, et dans tous les cas donnés. C'est un lit, une couchette en miniature , qu’on peut

manier à volonté, et sur laquelle il est facile de concentrer et de localiser les moyens les plus divers, et de les mettre, le mieux possible, en rapport avec les besoins des blessés et de leurs chirurgiens.

Si , déjà , le lit ordinaire est envisagé, par quelques praticiens judicieux, comme Y écharpe des membres abdominaux; et s’il tient lieu , bien évidemment, de cette dernière , dans la plupart de leurs affections; certes, on conviendra que l’appareil hyponarthécique, lorsqu’il est suspendu, a bien autrement de rapports avec le bandage du membre thoracique, qu’on désigne sous le nom d’écharpe. Il l’emporfee même sur cette dernière, puisqu’il est , sans contredit, plus mobile que l’écharpe, qu’il soutient mieux le membre, qu’il permet d’exercer des tractions dessus, de le fléchir, l’étendre et le fixer à volonté; de sorte qu’il nous est donné, avec les diverses conditions attachées à ce nouvel agent chirurgical, de simplifier beaucoup tous nos moyens contentifs connus.

Nous verrons, plus tard, que le choix de ces moyens contentifs, la situation à donner au membre entier et sa suspension , sont les conditions essentielles de tout bon traitement des fractures, et que l’office du praticien doit consister à combiner ces trois choses, le mieux possible, s’il veut atteindre, le mieux possible aussi, le but qu’il se propose. Or, on voit que tout est si bien localisé , et si heureusement disposé et calculé, dans l’appareil hyponarthécique, qu’il ne laissera, le plus souvent, rien

Kj —

à désirer, à la science, aux malades et à l’homme de l’art.

ARTICLE PREMIER

De l'extension et de la contre -extension , des tractions et de la résistance , dans le traitement par ihyponarthécie.

Si l’on trouve par trop singulier, que je fasse tant de bruit, d’un point de pratique qui semble avoir si peu de valeur , je dirai : c’est afin d’éviter de fausses interprétations et de mauvaises manœuvres; c’est pour rester dans le vrai , et mettre le langage chirurgical en harmonie avec la marche progressive de la science, dans ce qui touche, du moins, le traitement des fractures; c’est que , sans les explications qui vont suivre* il n’existerait que confusion et imbroglio , dès qu’il s’agirait d’ extension de contre- extension , de traction , de résistance , de flexion ; c’est, lorsqu’il s’agit de réunir , simultanément, sur le même membre, ces divers états, qu’on a surtout besoin d’être clair ; c’est, en un mot, qu’ils forment la base de tout bon système de déligation, en fait de fractures.

On ne saurait parler de ces lésions osseuses, sans invoquer, aussitôt, les grands mots, extension, contre-extension, et sans même trop s’embarrasser, s’ils ont le sens qu’on leur prête. Je dois donc en parler aussi, mais ce sera pour signaler ce qu’ils ont de défectueux, et pour leur substituer un langage plus convenable.

L’extension d’un membre ne constitue point ce

qu'on veut désigner par là, c’est-à-dire, la traction qu’on exerce sur ce membre, et ne l’indique en aucune manière. Car, pour faire vraiment l’extension des extrémités inférieures, il suffit de peser sur le genou , tout en soutenant ou relevant le talon ; et, pour procurer celle des extrémités supérieures, vous n’avez qu’à repousser le coude en avant et tirer le poignet en sens opposé. L’extension forcée et continuelle de ces parties est donc déterminée par la permanence de ces diverses pressions.

Or, c’est si peu cet état là qu’on a en vue, que s’il existe une ankylosé du genou ou du coude, ce genre d’extension est, ou impossible, si le membre affecte une direction angulaire, ou sans aucun but, si les os sont soudés en ligne droite. Cependant, vous pouvez être dans le cas d’ordonner, gravement , cette manœuvre impraticable ou ridicule, si, du moins, vous continuez à vous servir d’une expression aussi peu exacte.

Quoiqu’il en soit, et en admettant l’extension et la contre-extension dans l’acception voulue par les auteurs, et comme des puissances qui tirent, en sens opposés, pour produire V allongement d’un membre, nous dirons, que la contre-extension est souvent une simple force d’inertie, et qu’elle ne doit être envisagée que comme une résistance aux efforts produits par l’extension. Que cette résistance provienne du poids du membre, ou de la masse du corps seulement, ou qu’elle soit le résultat de l’effort d’une ou de plusieurs personnes, de liens attachés à

quelque objet fix<* et solide, de la répulsion simultanée de la même puissance qui produit l’extension, etc.; on ne peut voir, dans tous ces cas, qu’un mode de résistance purement passive, et qui ne doit jamais être ce qu’est, au contraire, toujours l’extension, une force essentiellement agissante. La résistance n’est véritablement active, que lorsqu’elle résulte de l’état physiologique ou pathologique des parties, de la contraction musculaire . C’est la seule que nous avons sans cesse à combattre, contre laquelle nous réunissons tous nos efforts, qui les élude quelquefois , mais que dompte , mieux que tout autre moyen connu , l’appareil hyponarthécique.

Nous dirons donc : « Pour réduire une fracture » ou une luxation des extrémités, il est nécessaire » d’allonger les membres, en faisant, sur eux, telles » et telles tractions , et de fixer, en même temps, » les autres parties de ces membres ou le corps » entier, de manière à procurer une résistance suf- » lisante. Et pour maintenir réduites, certaines frac- » tures, il convient que les tractions méthodiques » soient permanentes et convenablement graduées ; » tout comme alors il importe d’offrir, à ces trac- » tions, une résistance proportionnée à leur mode » et à leur degré d’action. »

Ces changemens , réclamés par la raison, seront surtout appréciés, dans le traitement par l’hyponarthécie, soit pour exprimer , bien exactement, ce qui a lieu, soit pour éviter des contre-sens. C’est ainsi qu’on dira très-bien, à l’occasion d’une frac-

ture de jambe : « La résistance s’opère déjà suffi- » samment, dans certains cas, par le poids seul du » membre brisé, et par son frottement sur le cous- « sinet ; elle peut être augmentée par la pression » des cravates; et ce poids, ce frottement et ces » liens, doivent être envisagés comme les antago- » nistes inertes de toute espèce de tractions sur le » pied. »

Je sais bien qu’on n’a pas manqué de dire, et qu’on ne laissera pas d’affirmer encore, que, dans cette discussion, je suscite une véritable querelle de mots; que l’on s’entend, de reste, en se servant de ceux d’extension et de contre-extension; et que ces locutions sont consacrées, depuis les temps les plus reculés, dans la pratique de tous les hommes de l’art, dans tous les pays, dans toutes les langues et dans tous les livres.

Le soleil, aussi, n’a pas cessé de tourner autour de la terre , à tou tes les époques , chez tou tes les nations, dans la bouche et dans les écrits des plus savans astronomes ; et cette imposante allure du grand astre, autour de notre planète, a été même attestée dans nos livres saints! Mais dût-on me faire subir le sort de Gaîlilée ; et dussé-je passer pour un entêté, un sot, un homme difficile à vivre, et qui ne s’attache qu’à des minuties, je ne cesserai de réclamer, en faveur de la réforme d’un langage peu scientifique, d’une fausse application, et qui peut donner lieu à des nom-sens et à des erreurs pratiques. J’insisterai, sur ce point, aussi long-temps que ces expressions

seront consacrées, au lit des malades, en chaire et dans les livres, et, cela va sans dire, tant que, d'ailleurs, je serai intimement convaincu d’avoir la raison pour moi.

On concevra toute ma répugnance pour ces formules surannées, et on sera presque tenté de mêla pardonner, lorsqu’on saura, que je ne suis jamais dans le cas d’avoir recours à la soi-disant extension , ( c’est-à-dire, aux tractions) lorsque je place le membre dans l’extension , et que je n’emploie cette extension (ces tractions), que quand, au préa labié , j’ai relâché la plus grande partie des muscles opposans, en plaçant les articulations dans la double flexion : Indeirœ! Aussi ne puis-je résister au besoin que j’éprouve de transcrire ici, comme à sa véritable place, ce que j’ai dit, ailleurs, sur ce même sujet.

J’entends par l 'extension d’un membre, la seule et raisonnable acception qu’on puisse donner à ce mot, c’est-à-dire, le contraire de la flexion de ce membre-là, et, par conséquent, s’il s’agit du membre abdominal , le placement du bassin, de la cuisse et de la jambe sur une ligne droite , abstraction f ait e de tout effort et de toute puissance qui tendraient à allonger ou tirailler ces parties; et je désignerai , par le mot de traction, l’effort ou la puissance destinés à produire l’allongement de ce membre, ou à lutter contre son raccourcissement possible.

Cette distinction est indispensable, si l’on veut lester dans le vrai et se bien comprendre; car on pourra avoir une extension continuée et forcée de

la cuisse et de la jambe, ou du bras et de l’avantbras, sans aucune traction, comme, par exemple, dans les fractures de la rotule et de l’olécrane; et une flexion assez forte de la cuisse sur le bassin et de la jambe sur la cuisse, pourra être accompagnée de tractions plus ou moins énergiques, comme cela a lieu dans les fractures du col fémoral. En d’autres termes , on peut étendre complètement un membre, sans tirer dessus en manière quelconque , et avoir , au contraire, les parties de ce même membre diversement fléchies , bien qu’on exerce;, sur elles, des tractions assez fortes.

Les mêmes chirurgiens qui ont , sans cesse, le mot extension à la bouche , et qui ne veulent absolument pas qu’on en mette un autre en place, recommandent-ils, par hasard, à leurs élèves, d’ étendre bien ou de tirer fort , lorsqu’ils procèdent à la réduction d’une fracture ou d’une luxation? Et ces aides ou les mouffles qui en tiennent lieu , font-ils donc l’office d’extenseurs ou de tireurs?

On le voit, l’extension , telle qu’on s’efforce encore de la conserver , est une mauvaise locution , un véritable non-sens en anatomie, comme en chirurgie, qui peut donner lieu à d’étranges quiproquo, et qui, dans l’état actuel de la science , n’est plus tolérable. S’il en était autrement, nous éprouverions le besoin ridicule de nous servir du même terme, pour exprimer deux choses différentes et qu’on doit biei se garder de confondre; la véritable extension, cele qui tend à ramener, sur la même ligne droite, es

diverses parties qui constituent un membre, et Taction qui tend à allonger un membre, en tirant dessus dans le sens de son axe.

Extension , et sa fidèle compagne, contre- extension s ne doivent donc plus figurer qu’en qualité d’ expressions monumentales , propres à rappeler ces temps qui s’en vont, où l’on ne savait traiter les fractures des extrémités abdominales, qu’en étendant bien ces membres, et où le summum du savoir-faire ne semblait consister, qu’à forcer cette extension , même par des tiraillemens douloureux. Et pourtant on avait, tous les jours , sous les yeux , l’heureuse position de l’avant-bras, lors des fractures du cubitus , du radius, de l’humérus et de la clavicule!

Voici, entr’autres, un exemple frappant, qui prouve, toujours plus, comment les mots influent sur les choses, et où ceux de redressement et de tractions sont pitoyablement confondus avec celui d’extension, qui les comprend tous si mal-à-propos. C’est lorsqu’il s’agit du traitement des gibbosités. — Or, on a cherché, ici, à redresser , en tirant sur l’épine dorsale, et en identifiant tout cela avec l’extension et la contre-extension. Mais, pour le malheur des malades, on n’a point voulu s’apercevoir que , si ces expressions ont l’assentiment unanime des écoles, lorsqu’il s’agit de redressement osseux, elles n’ont la sanction, ni delà raison ni du sens commun.

J’ai voulu remonter à la source d’une pareille bizarrerie scientifique , et j’ai cru la trouver dans ce qui se passe, sous nos yeux et à chaque instant,

clans le redressement et l’allongement d’un bout de fil, et lorsqu’on applique, à ses deux extrémités, les principes consacrés de l'extension et de la contre-extension. Alors, tout va à merveille, sans doute , et si l’on n’avait à faire qu’à des corps souples, ou facilement estensibles, comme le fil, mes réflexions pourraient paraître déplacées. Toutefois , et même dans cette supposition , les pressions latérales et directes, sur les parties convexes, seront bien préférables, et exigeront bien moins d’efforts, pour peu que le fil soit long ou roide. Voyez, par exemple , l’impuissance de ces forces extentives et contre-extentives, pour le redressement d’une corde, dans les efforts que font quinze ou vingt chevaux , afin de remonter une barque contre un courant rapide. Malgré cette extension extraordinaire, la corde est loin d’être en ligne droite; elle forme constamment un arc à convexité inférieure; et cet arc, quelque prononcé qu’il soit, pourrait, cependant, être aisément ramené, en sens opposé , au moyen d’une fourche, qui l’élèverait en pressant, de bas en haut , sur sa partie la plus convexe. Il me semble que voilà bien , en regard et knu, les deux ordres de forces dont il s’agit dans le traitement des fractures, et une manière assez simple de s’en rendre compte, pour leur application dans la pratique.

Pour en finir, avec l’extension et la contre-extension, j’ajouterai, que cette dernière doit signifier, ce semble, qu’elle agit en sens contraire de la première, c’est-à-dire , qu’elle tend à produire la flexion

du membre, qu'elle neutralise, par conséquent, l'effet de l'extension , et qu'elle rend celle-ci nulle et comme non avenue. La contre-extension rentrerait donc, de droit, dans le sens précis qu'ont une foule de mots, tout pareils , dans les dictionnaires de toutes les langues. Citons ceux-ci, par exemple; « balancer et » contre-balancer , - — dire et contre dire, — mander » et contre-mander, — ordre et contre-ordre, — »> poids et contre-poids , — poison et contre-poison, » stimulus et contro- stimulus, — irritation et con- » tre-irritation , — révolution et contre-révolution , » — * ruse et contre-ruse , - — miner et contre-miner. » Mais, dira-t-on, il existe, dans les hautes régions politiques, diplomatiques et administratives, des faits très-graves , de la plus bizarre inconséquence, et qu'on vénère, néanmoins, sous le nom élastique et commode d'accomplis. Pourquoi n'aurions-nous pas aussi quelque chose d’analogue en chirurgie? Et pourquoi les savans professeurs , les praticiens habiles et les écrivains célèbres n’auraieîit-ils pas le droit de se retrancher, de même, derrière un langage accompli? Mais je m’arrête, car la plaisanterie sied mal dans un sujet aussi sérieux ; et je ne me soucie point, d’ailleurs, d'ameuter davantage, contre moi, tous les coryphées, petits et grands, du monde chirurgical , ni de succomber sous le poids d'une opposition trop ardente et de beaucoup audessus de mes forces.

ARTICLE II

Description de l'appareil hypo n a rtliec iq u e simple ;

La planche ou la pièce qui constitue ce que j'ai appelé hyponarthécie , c'est-à-dire, l'attelle propre à être placée sous un membre brisé , doit être , au moins, de deux à trois pouces plus longue que ce membre, dans l'état sain, et avoir six à neuf pouces de largeur. Il n'est nullement important que ces dimensions soient exactes et en rapport avec celles du membre, puisque, quelle que soit la petitesse ou la ténuité de celui-ci, il peut toujours y être reçu et bien traité. J’ai cependant cru devoir indiquer des mesures, qu'il est fort inutile de dépasser, à moins de cas insolites et qui sortent de la règle commune.

Cette planchette sera recouverte d'un coussin , qui ait, tout au moins , la longueur et Sa largeur de la planche, et qui soit assez épais pour pouvoir bien garantir le membre, contre toute espèce de lésion ou de sensation douloureuse, que pourrait faire naître la position sur un plan aussi dur.

Figu rez-vous donc un petit matelas, garni de baies de céréales appropriées, de crin, laine, coton, étouppe , foin, paille, feuilles, etc. etc., qui, en offrant une couche molle et tendre, permettront, en même temps, de l'ajuster suivant la forme du membre , d’y creuser une place pour les parties plus saillantes, et de refouler le corps qui constitue le

coussinet, vers celles qui sont plus minces, qui ont besoin detre mieux appuyées et soutenues; en un mot, d’établir, de cette manière, une gouttière ou coulisse propre à. emboîter, exactement, le tiers postérieur du membre. Aussi , craignez de faire ce sachet trop mince et trop dur, et n’oubliez pas qu’il est destiné à servir de soutien , pendant plusieurs semaines, peut-être, à des parties malades ou très-sensibles. ïl pourra donc avoir de trois à cinq pouces d’épaisseur, suivant la grosseur et le poids du membre, et suivant la nature de la substance dont il sera composé.

Tous les praticiens entreverront , déjà , dans ces deux pièces, la base essentielle d’un bon traitement des fractures, et la plupart ne craindraient pas de soigner toute espèce d’affections de ce genre, avec ces seuls moyens \ Combien ne seront-ils pas plus

' Quelques chirurgiens, sentant l’utilité de la simple position, dans le traitement de certaines fractures, ont cru pouvoir se contenter, déjà, de placer ie membre d’une manière convenable. Mais des succès obtenus sont-ils de bien sûrs garans qu’ils se reproduiront sous des mains moins habiles ? Que de soins et de peines pour lutter contre le chevauchement et l’action musculaire; pour arranger te lit, satisfaire à des besoins variés, lorsque c’est sur un plan immobile qu’on fait reposer le membre malade! La déviation peut avoir lieu, sans doute , par les contractions des muscles sur le fragment inférieur, mais c’est surtout par la pression puissante du supérieur contre l’inférieur quelle est le plus à craindre; car si celui-ci est lixé contre un plan immobile, il ne saurait résister à l’action du supérieur et ils glisseront l’un sur l’autre. Mais sur un plan mobile, au con-

satisfaits encore, quand ils se seront assurés, que cet appareil , tout simple , leur offrira la facilité de fléchir plus ou moins le membre, de le coucher, sur tel ou tel côté, de l’étendre , de l’allonger en tirant dessus, quelle que soit sa situation, de le mouler à volonté, et de le fixer, invariablement, dans la position qu’ils lui auront donnée ; le tout , sans avoir besoin d’autre secours que celui d’un ou , au plus, de trois légers liens?

Voici comment s’opérera cette fixation : dans les cas les plus fréquens, et sans en excepter les frac-

traire, le fragment supérieur, en appuyant fortement sur la planchette, ne communiquera qu’à cette dernière le choc ou l’impulsion, et jamais au fragment inférieur , qui suivra paisiblement tous les mouvemens de l’appareil, sans changer ses rapports avec l’autre fragment. Si l’observation vient à l’appui de ce raisonnement, pourquoi les partisans de la position, pure et simple, ne préfèreraient-ils pas un plan mobile, qui réunit tous les avantages et n’a aucun inconvénient ? Ces réflexions s’appliquent surtout au traitement des fractures du col fémoral, par le simple plan incliné.

Je conseille donc à tous ceux qui sont assez confians, j’allais presque dire assez imprudens , pour oser abandonner la guérison à la simple position, de choisir, tout au moins, pour celle-ci, notre planchette suspendue, comme ce qu’il y a de plus convenable et de plus rassurant; et je puis leur garantir, alors, des résultats plus doux, plus heureux et bien autrement faciles. Je les préviens, cependant, qu’ils n’en resteront pas là, et que , profitant de la facilité qu’ils auront de faire mieux, ils se mettront à l’abri de toute inquiétude, et préserveront leurs malades de tout accident, en assujétissant leurs membres d’une manière à la fois plus satisfaisante et plus rationnelle.

tures comminutives ou les plus compliquées, il suffira, le plus souvent, de presser doucement le membre contre l’appareil et dans sa partie moyenne, avec une très - large cravate, laquelle, embrassant l’un et l’autre, les liera ensemble, et n’en fera, de cette manière, qu’une seule et même pièce.

Si l’on suppose, maintenant, la suspension de l’appareil et la mobilité qui en résulte, on concevra, qu’il n’y aura guères qu’une vive contraction musculaire, qui puisse déranger ce membre, incliner, dans telle ou telle fausse direction, l’un ou l’autre des fragmens, les faire chevaucher, etc. Mais alors, on se rendra facilement maître de ces tendances diverses et fâcheuses, soit en élevant, baissant ou fléchissant telle ou telle partie de l’extrémité fracturée, soit, s’il le faut, en agissant, directement, au moyen d’une ou de deux autres cravates, convenablement disposées.

Ces derniers liens seront disposés de la manière suivante : L’un d’eux sera placé autour de l’extrémité inférieure du membre , et tendra à allonger celui-ci, par une traction modérée et dans une bonne direction. Et le second , entourant l’autre extrémité, de ce même membre, concourra, avec le poids et le frottement de celui-ci contre l’appareil, à produire une résistance suffisante, et propre à favoriser les manœuvres destinées à ramener et maintenir les fragmens, dans l’état ou on les aura mis par la coaptation.

Mais si, malgré ces deux forces , il y avait encore

une certaine déviation, comme courbure de fos dans un sens quelconque, élévation de l’un des fragmens, etc., il serait facile de faire céder ces désordres et de compléter la réduction , au moyen de la troisième cravate intermédiaire, dont faction sera d’autant plus énergique et sûre, qu’elle tombera, d’aplomb et perpendiculairement, sur le mal auquel elle devra remédier. Ainsi, ce troisième lien pressera, directement d’avant en arrière, si l’os fait saillie en avant; il agira de dedans en dehors, si le membre affecte une courbure vers son côté interne; et il ramènera, au contraire, vers l’axe du corps, la convexité ou la saillie qui se manifestera au côté externe.

11 suffira, pour bien comprendre les divers modes d’agir de ce troisième lien , de savoir où on peut lui faire prendre son point d’appui. Or, la planche nous l’offre, dans tous ses bords, de la manière la plus commode et la plus solide , et voici comment : S’agitil , en effet , d’exercer une pression d’avant en arrière? La cravate , plus ou moins large , passera directement sur l’os à comprimer, puis au-dessous de la planchette, et ses bouts seront liés sur fun des côtés de cette dernière. Faut-il faire agir le lien de dehors en dedans? On fera glisser l’un des bouts de la cravate, sous le membre, afin que le milieu de ce lien vienne à appuyer précisément sur la saillie ellemême ; c’est-à-dire, au côté externe du membre, d’où on le ramènera par dessus ce dernier, et vers le bord interne de la planchette, où il sera lié avec l’autre

bout, de la manière que j’indiquerai dans un moment. Tout se passera, enfin, exactement dans le sens contraire, s’il est question de forcer Fos de s’incliner de dedans en dehors; c’est-à-dire, que le milieu de la cravate répondra sur la courbure osseuse en dedans, et que ses bouts seront passés et liés sur le bord externe de la planchette.

On voit , par là, que l’hyponarthécie se distingue encore, en ceci, du traitement ancien, c’est qu’elle peut agir comme ce dernier, par des tractions suivant l’axe du corps, (extension continuelle); mais encore par de semblables tractions directement transversales , et qu’il n’est pas donné aux attelles de produire. Celles-ci , à la vérité , peuvent agir par la répulsion ; mais quelle différence entre ces deux modes d’action , pour la simplicité , la douceur et la certitude du succès î On sera à même de l’apprécier quand nous traiterons, en quelques lignes , des fractures de l’extrémité inférieure du peronné.

Voulez-vous , maintenant , avoir une idée, assez nette, de ce qui advient à un os, sur lequel il existe une ou plusieurs solutions de continuité et des esquilles, et lorsqu’il est bien réduit sur Fappareil hyponarthécique ? Prenez un os brisé; faites mieux, mettez en pièces les deux os de la jambe d’un squelette , et placez ces os sur une planche suspendue. Rapprochez-en les divers fragmens, comme da ns la coaptation , et voyez si ces fragmens, même sans aucun lien , se dérangeront , le moins du monde, par les mouvemens variés que vous imprimerez à

la planchette; et si vous ne pourrez pas la tourner en tous sens, sans faire vaciller l’os, qui représente ici une fracture comminutive.

Allez plus loin; ajustez ces os fracturés sur le coussinet ; liez les judicieusement et d’après les données que vous devez avoir , d’abord avec une seule cravate, puis avec deux et enfin avec la troisième , et observez bien, chaque fois, ce qui se passera sur ces fragmens , lorsque vous imprimerez, vous-même, des mou veine ns quelconques à l’appareil, ou que les oscillations seront produites par l’impulsion du fémur et du squelette entier. Répétez, de la même manière , ces épreuves faciles sur l’os de la cuisse, sur les diverses articulations du membre inférieur, sur la rotule; et vous serez en bonne position, je pense, de porter votre jugement sur ce qu’on doit , à peu de chose près , espérer ou craindre de l’emploi du nouveau moyen.

J’ai dit à-peu-près , parce que, sans nul doute, il faut toujours faire la part des tiraillemens musculaires. Mais, ces contractions auront bien vite un terme , si l’on a la facilité de calmer les muscles irrités, en les relâchant par de judicieuses flexions articulaires; si ces spasmes ne sont pas excités et entretenus par un appareil lourd et offensif; si on peut leur opposer, avec facilité et sans inconvénient, , tous les moyens thérapeutiques nécessaires ; et si tout cela peut être combiné avec faction seule et innocente de quelques fines cravates.

Ce n’est pas tout. J’exige que vous fassiez, im-

médiatement, la contre-épreuve, avec tel autre appareil connu et que vous voudrez bien choisir. Vous l'ajusterez, « vous -pouvez, , à ce même membre brisé , et vous me direz, je vous prie, quels sont les résultats que, dans un cas donné, vous devrez nécessaire ~ ment attendre de votre appareil , comparativement à ceux que vous venez d'éprouver avec l'hyponarthécie.

On ne sera nullement surpris de cette absence d’oscillation des fragmens entr’eux, et du repos relatif qu’ils éprouvent, alors même que l’appareil hyponarthécique est en mouvement, et qu'il est emporté dans tous les sens. C’est que le membre , ou les diverses parties du membre qui sont superposées à la planchette, ont, avec celle-ci, un mouvement d’ensemble et de totalité, lequel s’oppose à tout changement de position relative , entre l'instrument et les organes affectés. C’est qu’en effet, celui-là et ceux-ci sont censés ne faire plus, désormais , qu’un seul et même tout , et sont comme identifiés en un corps unique, en une masse indivisible.

Les corps terrestres , par la rotation de notre globe; les passagers dans un ballon qui fend l'air, ou dans un bateau qui descend le cours rapide d’une rivière ; les vases fragiles et pleins de liqueur qu’on transporte vivement sur un plat; tous ces objets ne balancent ni ne se heurtent, lors même que la terre, l’aréostat, la barque et le cabaret changent de place à chaque instant; et l'on n'aperçoit aucune variation dans leurs rapports respectifs , si du moins,

les mouvemens, dont il est ici question , sont réguliers et sans saccade. Il en sera tout de même, des deux bouts d'un os brisé, et qu'on aura mis en contact, plus ou moins parfait, sur l'appareil hyponarthécique* Ils resteront donc dans la? position qu'on leur aura donnée d'abord , ou qu'on pourra, au besoin et successivement, perfectionner encore, et ils la garderont invariable, pendant tout le temps qui sera nécessaire au complet affermissement entr'eux.

Mais comment lie-t-on tous ces divers lacs à la planchette; comment y prennent-ils leur point d'appui ? Au moyen de clous, de chevilles, de vis , d'anneaux, de trous, d'échancrures, etc., placés aux bords ou aux bouts de la planche , dans les endroits où doivent s’attacher les liens. Rien n'est, à la fois , plus simple à faire et plus facile à saisir, et cette simplicité et facilité s'accroîtront encore, comme nous le verrons, si, au lieu de la planchette, on se sert de la gouttière en fil métallique. Mais, si le lecteur conservait encore la moindre incertitude à cet égard, un coup d'œil jeté sur les planches , la fera , j’espère, disparaître entièrement.

Je dirai que, pour ce qui concerne les fractures de la jambe et de la cuisse, on a coutume d “adapter, au bas de la planchette, un montant, en forme d’échelle , auquel on attache la cravate qui entoure le pied, et qui sert très-bien, en même temps, à garantir celui-ci contre le poids des couvertures , et à empêcher une déviation que la pression de ces

dernières pourrait peut-être déterminer. Cette adjonction à la petite planche est assez convenable ; mais, on peut s’en passer, au besoin, ou la remplacer par une cheville, ou un fragment de cercle, l/un et l’autre assujettis au bas de la petite planche,

ARTICLE IIL

Hyponarthécie mobilisée par la suspension .

L’hyponarthécie est simple ou unie à la suspension , et, par celle-ci, à la mobilité. La première, telle que je viens d’en donner un aperçu général , est une véritable conquête chirurgicale, et elle facilitera, déjà singulièrement, le traitement des fractures. Mais, jointe à la suspension, l’hyponarthécie est le mode le plus heureux, et le moyen le plus parfait qui existe, pour remédier aux accidens les plus graves et les plus fréquens, qui assaillent l’humanité.

J’opère cette suspension, au moyen de deux cordes, dont l’une, passant par quatre trous pratiqués près des angles de la planchette, y forme deux anses transversales ou collatérales , auxquelles vient aboutir, verticalement, l’autre corde destinée â la suspension. Celle-ci est fixée , soit au plancher , soit à tel autre point d’arrêt placé au-dessus du lit du malade.

Ce point peut être encore une traverse, soutenue par deux montans fixés au lit même. Ce mode offre cet avantage, qu’il ne gâte pas le plancher d’un salon, et, surtout, qu’il permet au lit de changer de place , puisque le moyen suspenseur est affecté à

ce lit, et indépendant d’objets étrangers à ce dernier.

Au moyen de cette suspension, l’appareil , sur lequel se trouve le membre brisé, sera suffisamment élevé au-dessus du lit, pour en être isolé, et pour céder à l’impulsion d’une force même légère, sans que le membre en éprouve ou en ressente le moindre choc. Tout se passera, dans ces différens mouvemens, d’une manière inaperçue pour l’os fracturé, et celui-ci suivra, paisiblement, tous ceux de la planchette avec laquelle il est lié, sans changer ses rapports avec elle, et en conservant, exactement, ceux que le chirurgien lui a donnés sur la machine. De là vient que ces mouvemens ne sont nullement douloureux, qu’ils ont lieu impunément, et que rien n’est plus commun, en conséquence, que de voir les malades abuser de la facilité qu’ils ont d’en faire, puisqu’ils n’en sont pas incommodés.

Si on réfléchit à ces circonstances, qui sont des réalités exemptes d’exagérations, et à ce que j’ai dit, plus haut, de la position du membre , combinée avec Faction des liens, on comprendra que> si le chirurgien a bien réduit une fracture , quelle qu’elle soit, il ne sera plus guère que le spectateur du travail de la nature, pour la consolidation des os. Je puis dire, à juste titre, spectateur ; car la jambe n’étant recouverte que iïun simple lien , le praticien pourra, à son gré et sans rien déranger à son appareil , voir tout ce qui se passe, et s’assurer du bon ou du mauvais état de la fracture, et de celui de tout le membre qui en est atteint.

Tout son office consistera dans cette facile ins* pection , afin de s’assurer si tel lien a besoin d’être resserré ou relâché, opération qu’il fera toujours seul, très-facilement et sans occasioner de douleurs au malade. Il pourra même, hardiment, confier cette affaire à un aide tant soit peu intelligent, ou à de simples garde-malades. Aussi, il m’est arrivé, plus d’une fois, après avoir bien placé et assujetti une jambe cassée, compliquée même d’affreux déchiremens, et après avoir donné des instructions, simples et faciles, à l’un des assistans; il m’est arrivé, dis-je, de n’avoir revu le blessé qu’au bout de plusieurs semaines et, comme j’en étais sûr d’avance, sans qu’ii en fut résulté le moindre inconvénient. Les fomentations, les cataplasmes et les pansemens convenables; tout s’était fait, sans moi, avec autant de facilité que si l’os neût pas été atteint.

Tel est, en effet, le grand avantage de cette nouvelle méthode, c’est que tout se voit, tout se fait, tout se corrige sans aucun embarras , sans douleur, et, on pourrait presque dire, sans chirurgien ; il suffit le plus souvent, d’un simple assistant, doué d’un peu de bon sens et d’intelligence (comme on peut en rencontrer partout) ,pour suppléer l’homme de fart le plus habile.

ARTICLE IV

Réduction des fractures avec i hy ponarthécie .

La réduction des fractures, lorsque, pour leur

traitement , on a recours à l'hyponarthécie , est des plus simples et des plus faciles, et s’opère delà manière suivante : Vous avez d’avance préparé la planchette, ainsi que l’épais coussinet qui doit la recouvrir en plein ; le point d’appui pour la suspension est convenablement choisi ; la corde verticale y est bien fixée; et celles qui doivent former les anses de la petite planche * sont également bien arrangées, et prêtes à être accrochées ou attachées à la première corde. Alors, vous portez et glissez le membre sur l’appareil, et, sans aucun aide, si vous le voulez, vous faites la réduction et la coaptation, presque en même temps que vous adaptez le membre sur la planchette; et vous fixez les fragmens de la manière qui a été indiquée plus haut. Tout au plus, auriezvous besoin d’une personne pour appuyer la partie supérieure du membre, afin de produire, par là, un degré convenable de résistance ; mais vous obtiendrez, s’il le faut, cette même résistance, par TefFet d’une cravate , que vous placerez à l’endroit même où doivent être les mains de cet aide.

Quoiqu’il en soit, vous donnez aux os la direction et la longueur normale , par une douce traction et pression , et vous maintenez cet état ou cette position , soit par l’élévation et l’abaissement des pièces de l’appareil , soit par la flexion et l’inclinaison du membre , dans tel ou tel sens ; soit enfin , si c’est nécessaire, par l’application d’une, de deux ou de trois des cravates, dont je viens d’indiquer l’action facile, sûre et permanente. Cela étant fait, vous

— Ai —

élevez l’appareil au degré de hauteur, que vous jugez nécessaire de lui donner, en consultant même le sentiment du malade, et vous maintenez cet appareil , chargé du membre, à ce degré d’élévation, par l’action de la corde verticale sur les anses de la planche.

On fera bien, du reste, d’établir déjà l’appareil, avant ou pendant la réduction, à la hauteur qu’on jugera convenable de lui donner, et en plaçant, au-dessous, un corps quelconque, propre à le soutenir. Par ce moyen facile , on n’aura plus qu’à enlever l’oreiller, le livre, etc. , qui auront servi à cette élévation, et la petite machine, n’étant plus retenue que par la corde, sera, à l’instant même, librement suspendue et complètement mobilisée* La manière de faire agir la corde de suspension , pour élever, abaisser et fixer l’appareil, avec facilité, sera indiquée plus bas.

ARTICLE V

Mode de couvrir les fracturés.

Une chose assez importante, et qui peut, par fois, embarrasser un moment, c’est la manière de recouvrir et de protéger, contre le froid, un membre ainsi placé et suspendu. Si on le laisse sous les couvertures ordinaires, l’autre jambe n’est pas très-bien couverte, et l’appareil peut être surchargé et gêné dans ses mouvemens. En été, ou dans un apparte-

ment où la chaleur est tempérée, tout est simple et même heureux , car les malades ne demandent pas mieux, ainsi que leur chirurgien, que de sentir les parties fluxionnées moins chargées de couvertures, et qu'elles puissent jouir d’un certain degré de fraîcheur.

Mais, dans des circonstances tout opposées, et lorsqu’on est dans l’asile du pauvre, ou, ce qui est pis, dans les salles glacées des grands hôpitaux , je le répète, on peut éprouver quelques légères difficultés. Cependant, on en vient encore à bout, au moyen de quelques épingles, qui servent à fixer les couvertures, ou en mettant, sur l’appareil , un petit duvet ou de la flanelle, et en le recouvrant, à peu près , comme le petit lit d’une poupée. Le bons sens et l’intelligence suppléeront, du reste et facilement, à ce que j’omets de dire ici, et, peut-être, trouvera-t-on que je me suis déjà trop étendu sur ce mince sujet.

ARTICLE VI

Traitement local de toutes les fractures .

Le traitement local des membres fracturés, lorsqu’ils sont bien appliqués et suspendus sur notre appareil, est, on ne peut plus, facile. Il a lieu, exactement de la même manière, que si l’os était parfaitement intact. On fait presque abstraction de l’état de celui-ci, et comme si la fracture n’existait pas ; aussi , donnonsnous carte blanche , à chaque praticien, pour l’emploi de ses moyens de prédilection. Les sang^-sues , les ré-

sol u tifs de toute espèce, en cataplasmes, en fomentations , en lotions; les emplâtres, la charpie, feau froide , la neige , les irrigations continues ; tout peut être mis en usage, au gré du chirurgien ; et le premier venu, doué de quelque intelligence, pourra, en quelque sorte, toujours exécuter les ordres de Y homme de fart, et de la manière la plus exacte et la plus facile. On a pu voir, du reste, au ch. 111 i r vol.5 que je me contente, maintenant et dans la plupart des cas, même les plus graves, de recouvrir les parties contuses, gonflées ou déchirées, avec d’épaisses couches de coton cardé ; que ce topique suffit, le plus souvent; et qu’on pourra s'en servir, constamment et dès le début, si du moins on fa sous la main.

S’il s’établit une suppuration très-forte et fétide, avec ou sans mortification des tissus, je fais laver fréquemment le membre avec de l’eau chlorurée ; j’en injecte sur les plaies, et, afin de préserver le -petit lit où repose immédiatement la jambe, je passe, sous celle-ci , une pièce de taffetas gommé ou de toile cirée, qui permet aux liquides de s’écouler, sans trop salir les pièces de notre appareil. Une simple mousseline, une petite compresse ou du coton suffisent, toujours, sur les lésions les plus graves des parties molles; et, je le répète, je puis soigner ces dernières, et je les soigne en effet, exactement comme s’il n’existait aucune lésion des os, ceux-ci fussentils même dénudés dans une étendue considérable de leur surface. C’est qu’en effet, tout gît essentiellement , dans les soins à donner aux tissus qui se trou-

vent en dehors de la charpente osseuse , chaque fois , du moins, que celle-ci est en bonne position, et suffisamment soutenue ou remplacée par un corps résistant. Mais, ce point de pratique, est trop important pour que je n'y attache pas quelques courtes réflexions.

Si l’os est seul malade, et si les tissus environnans n’ont que peu ou point souffert, tout est facile, en général, et se passe souvent inaperçu. Ainsi, par exemple, certaines fractures du bassin, des côtes et du crâne, se guérissent, sans qu'on s’en doute, ou qu'on les ait même soupçonnées; et si l’on a pu n'y faire aucune attention, c'est parce que les organes voisins n'étaient affectés, ni simultanément, ni consécutivement à ces lésions osseuses.

Admettons l'inverse, et supposons que, conjointément à ces mêmes lésions, toutes les parties adjacentes aient été violemment ébranlées. Où sont, alors, les indications? Contre quel état pathologique devons-nous diriger nos vues? D’après quelles données établir notre pronostic? Et sur quels systèmes avonsnous à faire agir nos moyens thérapeutiques? Ce sera, évidemment, sur l'aspect et les exigences des parties molles que l'espérance, les craintes et la conduite du chirurgien se régleront; et le meilleur appareil à fracture sera, par conséquent , celui qui permettra , le mieux possible, le traitement des parties délicates, dont des désordres graves auront accompagné ou suivi ceux des os, autour desquels elles se groupent. Or, c'est là , précisément aussi , ce qui dis-»

tîngue nos procédés hyponarthéciques. (Voyez mon mémoire sur les amputations , dans les fractures compliquées, inséré dans le journal des Connaissances Medico-Chirurgicales , de Novembre 1 833 ; et dans mon livre sur le fil de fer et le coton ).

ARTICLE VII

Avis divers au sujet de Vhyponarlhêcie .

Les partisans de la simple position , pour le traitement des fractures des extrémités, et tous ceux qui croiront avoir besoin de cette position préliminaire , pour préparer le membre cassé à recevoir leur appareil contentif, feront bien de donner la préférence à l’appareil hyponarthécique, pour y placer le membre brisé, au lieu d’attacher et de chercher à assujettir ce membre, sur le propre lit du malade.

Les partisans exclusifs de Fun ou de l’autre des nombreux procédés connus, pour le traitement des fractures, se trouveront bien de méditer les conseils su i vans :

« Après avoir fait, à l’habitude, le sacrifice qu’elle » impose ordinairement ; après vous être retranché, » assez long-temps, derrière des scrupules que je

« conçois et qui font honneur à votre prudence ; » après avoir reculé, en présence d’une innovation si » hostile aux principes qui vous ont guidé jusqu’ici, « et dont vous avez toujours été satisfaits; après » votre vigoureuse opposition à fhyponarthécie : Eh » bien! faites, je vous en conjure, un innocent » essai du nouveau moyen ; mais en mettant votre » conscience à 1 abri de tout reproche. Appliquez » donc, d’abord, au premier cas de fracture qui » vous arrivera, TOUS les moyens contentifs dont » vous êtes si fiers; mais , au même instant, placez » ce membre, si solidement arrangé, sur l’un de » mes appareils. Que risquez-vous , de grâce? Rien, » absolument rien ; si ce n’est d’être agréablement » surpris, de voir votre malade se remuer, sans » peine, dans sont lit, et d’être déjà plus à son aise. » Mais cette première épreuve sera décisive pour » vous, et vous vous convaincrez, chaque jour, » que, chaque jour aussi, vous pourrez, à votre » grand étonnement, vous relâcher de tel ou tel de « vos moyens de prédilection, jusqu’à ce qu’enfin » vous soyez converti , en voyant le membre en » question parfaitement guéri , bien que vous l’ayez « dépouillé, successivement, de toutes les nom- » breuses et inutiles pièces, dont il était sur- » chargé. «

Ce conseil, ainsi que le précédent, se rattachent, comme on voit , à un système de concessions mutuelles et de transition y lequel, appliqué, même à la médecine, ne manquera pas de produire, s’il

s’agit de progrès , les résultats les plus heureux et les plus désirables.

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