CHAPITRE IX
DE l’extension des extrémités ' .
Le traitement pour l'extension de la jambe sur la cuisse, et de l’avant-bras sur le bras, lorsque ces parties se trouvent affectées d’une ankylosé vraie ou fausse, et qu’elles décrivent, entre elles, des arcs plus ou moins aigus ; ce traitement vient parfaitement à l’appui de tout ce que j’ai avancé contre les tractions parallèles, et en faveur des pressions inverses, tell es que je les ai indiquées.
Pour plus de clarté, formulons ce traitement avec les mains et le genou, et voyons qu’elle sera l’action de ces machines vivantes . Nous devons d’autant mieux nous arrêter à la combinaison de leurs efforts réciproques, qu’ils sont de rigueur, chaque fois qu’il s’agit de ramener à la ligne droite , les jambes et les bras qui s’en sont déviés, et que chaque pansement doit toujours débuter, par des
' Ce mot extension est pris , encore une fois , dans sa seule vraie acception, et sans aucune combinaison avec une traction quelconque ; c’est , comme qui dirait, un redressement par simple pression .
manipulations analogues, sur les membres qui sont pathologiquement fléchis , et exactement de la même manière que nous procédons, lorsque nous voulons redresser un bâton courbé.
Or, s’il s’agit d’un avant-bras fléchi, qu’il faut ramener dans la même direction que celle qu’affecte le bras, l’une de nos mains sera placée vers la partie supérieure de l’humérus, et l’autre près de l’extrémité inférieure du radius, tandis que le genou , ou ce qui en tiendra lieu , s’appliquera vis-à-vis de la saillie la plus considérable de cette anomalie du membre thoracique; c’est-à-dire, vers le coude. L’action des mains opérera dans un même sens, et celle du genou fera résistance ou se portera dans un sens diamétralement opposé. Des ébranlemens successifs et rationnels pourront avoir lieu de cette manière , soit pour vaincre insensiblement l’inertie articulaire, s’il n’est question que d’une ankylosé incomplète, soit pour forcer l’extension des tissus, si l’on veut agir contre une véritable soudure articulaire.
Le bon sens nous dira, bien vite alors, que, pour procéder à cette œuvre avec énergie, et pour continuer l’extension , il ne s’agira plus que d’avoir à sa disposition une machine, qui puisse simuler, mais d’une manière permanente , l’action puissante des mains et du genou.
Demandons cet appareil au fil de fer , et soyons convaincus qu’il l’offrira parfait. En effet, il nous présentera, aussitôt, un cadre allongé , en rapport
avec les dimensions du bras et de l’avant-bras. Or en plaçant ces membres, dans ce cadre solide, nous aurons des points d’appui résistans, sur lesquels nous pourrons faire agir nos leviers, c’est-à-dire, nos liens; ou bien nous transformerons le cadre, lui-même, en un levier parfait, au moyen de la combinaison de liens judicieusement distribués*
Ainsi donc, en supposant que l’extrémité thoracique déformée soit encadrée dans le fer, nous commencerons par jeter une cravate sur l’extrémité inférieure et vers la face antérieure de l’avant-bras, et nous ramènerons les bouts du lien sur les bords du cadre où nous les fixerons. Nous ferons exactement la même opération , et dans le même sens , à l’extrémité supérieure de l’humérus. Maintenant si nous faisons partir une troisième cravate , en sens inverse , c’est-à-dire, en appliquant son plein sur le coude même, et en serrant ses bouts contre le fer, il arrivera nécessairement, que les trois liens pourront être tendus à volonté; que ceux qui répondent aux extrémités du cadre tireront fortement, comme feraient nos mains, et que celui du coude agira en sens opposé , et entraînera cette partie dans une direction inverse, et tout comme aurait fait le genou.
Ces liens une fois tendus , il suffit de serrer un seul d’entre eux, pour augmenter à l’instant l’action de tous; d’appuyer l’une des extrémités du levier contre le membre , pour obtenir un plus grand développement de force vers l’autre et vers le een-
tre ; de rapprocher celui-ci (le coude) du cadre , pour forcer la compression des liens qui se trouvent aux deux bouts de l’appareil. En un mot, il se passe, exactement ici, ce qu’on observerait lorsqu’on ferait agir, dans le même sens, une des mains ou le genou, en les supposant placés comme il a été dit.
Afin que le cadre en question puisse être mieux placé, et comme à cheval sur un avant-bras fléchi , on fera bien de le terminer, à chaque bout, non pas par un trait droit , mais par une courbe ou un segment de cercle. On peut, du reste, ajouter quelques boutons ou crochets aux endroits où viendront s’arrêter les cravates; tout comme on fera bien, dans certains cas, de substituer à ces cravates des courroies ou quelques-uns de nos liens piqués.
Il est inutile d’ajouter, que tout ce que je viens de dire du membre thoracique doit s’appliquer, de point en point, aux extrémités inférieures, en substituant les mots jambe, cuisse et genou , à ceux d’avant-bras, de bras et de coude.
Je me sers, du reste, de cet appareil, non seulement pour redresser jambes et avant-bras, mais aussi pour maintenir immobiles les articulations tibio-fémorale et huméro-cubitale , lorsque cette indication est précise; et, enfin, pour donner quelque appui et de la solidité à ces mêmes articulations, lorsqu’elles seraient trop vacillantes.
Cet ex tenseur commun de la jambe et de l’avant-
bras s’est, cependant, trouvé inadmissible, pour le cas suivant :
ITne petite fille, de six ans, est, à l’hôpital, depuis le 24 septembre, par les suites d’une épouvantable brûlure autour du coude. Elle date de onze mois, pendant lesquels on a négligé de maintenir l’avant-bras dans une bonne position; de sorte, qu’il avait presque une direction parallèle à celle du bras; que la main était placée habituellement vers l’épaule; et que l’articulation du coude, affectée d’une fausse ankylosé, allait être prise d’une véritable soudure.
Indépendamment de l’impossibilité, dans un cas aussi extrême, de faire agir l’extenseur précédent, je dois dire, que toute la région olécranienne était envahie par une plaie très-douloureuse, de mauvais aspect, et, dès long-temps, stationnaire. Aussi, je me vis réduit à trouver un instrument qui, au lieu de redresser cet avant-bras, à l’instar des mains et du genou, comme dans l’exemple précédent, agirait comme deux mains seulement, qui seraient placées, l’une sur le moignon de l’épaule et l’autre vers le poignet, et qui tendraient à s’éloigner l’une de l’autre, en écartant, par là, l’avant-bras de l’épaule; c’est-à-dire, en faisant effort pour redresser l’avant-bras sur le bras.
J’eus recours encore au fil de fer, pour obtenir ce moyen répulsif en sens inverses. Je fis donc exécuter, avec ce métal, deux petits châssis ovales, dont l’un put être propre à coiffer le moignon de
l’épaule, et- l'autre à s’adapter convenablement à îa région du poignet. Ces deux châssis, garnis avec soin , représentaient exactement les deux mains dont j'ai parlé, mais des mains mortes , privées de toute force de répulsion, et qui n’étaient que simplement assujéties , par deux petites cravates, sur les régions respectives qu’elles occupaient.
Pour les animer dynamiquement^ je fis ajuster, à chacun des châssis, un prolongement de 3 pouces, formé avec deux fils de fer parallèles, distans d’un pouce l’un de l’autre, et se réunissant ensemble à angle droit. J’appliquai et maintins Y une sur l’autre, ces espèces de queues, au moyen de quelques tours de fil, lâchement serrés, et qui permettaient , à chacune d’elles, de glisser sur l’autre en forme de coulisse.
Au moyen de cet arrangement, je pouvais facilement écarter l’un de l’autre, les deux châssis, et, par conséquent, éloigner Y articulation radio-carpienne, de la tête de l’humérus , avec lesquelles l’instrument était comme identifié. Ainsi donc, lorsque celui-ci était interposé entre le bras et l’avant-bras, en guise de coin, je n’avais qu’à forcer le rapprochement des deux bouts du châssis, pour éloigner d’autant ces derniers, et, par là même, pour écarter la main de l’épaule. Une petite attache, qui liait ensemble les deux bouts de l’instrument, par un nœud simple, me suffit dans ce but; et en serrant ;l cette ficelle, deux fois par jour, on fut bientôt I parvenu au résultat désiré.
L’extension des mains et des doigts se fait toujours facilement, au moyen de la plus simple gouttière (de celle fig. 3, par exemple). Elle est, en effet, de la plus grande commodité et efficacité, et amplement suffisante, non-seulement pour redresser ou courber la main et les doigts, mais encore pour les maintenir étendus ou courbés , et pour limiter les mouvemens de 1 articulation du poignet. Elle rend, d’ailleurs, superflu et ridicule, l'appareil ordinaire en bois, destiné à redresser les doigts.
Elle a les avantages incontestables que voici : elle peut se mouler, même après son application , sur toutes les formes qu'affectent les parties; on peut l'incliner en divers sens; forcer par là l'extension ou la flexion; outre que les organes, placés sur ce châssis flexible et léger, le sont, sans contredit, plus mollement que sur du bois dur. Je suppose, du moins, que les choses soient égales du côté des remplissages et de l'élément mollesse , lequel, en fait de déligation chirurgicale, doit toujours être inséparable de tout agent de résistance et de compression. Ces deux choses indiquées , constituent, en effet et dans leur ensemble, une des bases fondamentales de la chirurgie technique; et lorsqu'elles sont judicieusement coordonnées et sagement appliquées à nos appareils, elles servent, en outre, de véritables pierres de touche, en faveur des malades, de la portée de l’intelligence et du savoir-faire du praticien.