C)6 NOUVEAU SYSTÈME
La théorie corpusculaire , c’est ainsi que je voudrais appeler ce mode de représentation , n’admet pas de pénétration des corps dans la combinaison chimique , et nous permet de conjecturer que leur propriété de s’attirer l’un l’autre , et de se combiner chimiquement sous un phénomène de feu ou de combustion plus ou moins perceptible , provient d’une polarité électrique dans les plus petites parties de force variable dans les différents corps , et par laquelle la charge électrique d’un pôle a une intensité plus forte que celle de l’autre. Par-là nous apercevons , i 0 une cause probable de l’électricité produite par le contact de corps hétérogènes ; 2° qu’un corps est électro-positif ou électro-négatif , suivant que tel ou tel pôle domine , et qu’il s’ensuit en quelque sorte ; 3° que si cette hypothèse est fondée , l’affinité chimique et la polarité des molécules reviennent à une seule et même chose. ( J’ai essayé de donner un plus grand développement à ces idées dans le Journal of Philos, chimistry, etc., de Nicholson, XXXIY, pag. i53. )
Les difficultés auxquelles la théorie corpusculaire est sujette , viennent sur-tout de ce qu’il y a des corps dans lesquels toutes les circonstances semblent démontrer maintenant l’existence d’une demi-molécule, dont cependant on
ne saurait admettre la supposition , ainsi que la construction des molécules des corps -composés, particulièrement de ceux dans lesquels le nombre des molécules élémentaires est très-grand. Cette difficulté est moins sensible dans la nature inorganique , parce que le plus grand nombre de corps composés est constitué de manière que du moins l’un de ses ingrédients n’entre que pour une seule molécule, et forme l’unité , ou la molécule fondamentale. Dans le plus grand nombre des cas , c’est l’élément le plus électro-positif qui constitue cette molécule fondamentale , autour de laquelle nous pouvons nous représenter les autres disposées dans un ordre entièremen t dépendant des pôles électriques de cette même molécule fondamentale. Mais la construction dans la nature organique est entièrement différente ; les molécules de trois, quatre, ou plus d’éléments , dont souvent aucune n’est l’unité, ou la molécule fondamentale, sont réunies ici en une seule molécule Composée , dont il n’est pas facile de concevoir la structure d’une manière probable et satisfaisante. Ainsi , par exemple , l’acide tartarique est formé de quatre molécules de carbone , de cinq d’hydrogène et de cinq d’oxigène ; l’acide muqueux de six molécules de carbone , de dix d’hydrogène , de huit d’oxigène , etc. Cependant. il faut observer que des difficultés »e
sont pas des réfutations , et que ce qui ne peut être conçu par une seule personne , ou à une certaine époque , pourra être découvert aisément au moyen de recherches ultérieures, par une autre personne ou à une autre époque.
La théorie des volumes , c’est ainsi que j’appelle la représentation des corps sous forme gazeuse , ne permet pas toutes ces spéculations , et se borne aux phénomènes qui peuvent être prouvés par l’expérience. Je la considère comme un fil qui pourra nous retenir dans le chemin de la vérité, pendant que nous essayerons de pénétrer plus avant, par nos recherches dans les secrets de la théorie corpusculaire.
Gomme il est ainsi établi que les corps inorganiques consistent en une molécule ou volume d’un corps élémentaire , combinée avec une ou plusieurs molécules ou volumes d’un autre corps élémentaire , il est naturell ement d’un grand intérêt pour la chimie de connaître combien de molécules de chaque élément entrent dans les corps composés. La solution de cette question est difficile, et ne saurait être obtenue maintenant pour tous les corps composés. Dans les combinaisons formées d’après le principe de la composition dans la nature inorganique, on n’a besoin que de chercher le nombre de volumes de l’oxigène dans les oxides ; et, lorsqu’il a été trouvé, on peu
aisément, d’après les résultats de nos analyses ordinales , calculer le nombre des molécules. Mais dans les corps formés d’après le principe de la composition dans la nature organique , cela devient infiniment plus difficile , et demande des expédients et des calculs, que j’ai exposés dans un travail sur les lois des proportions définies dans la nature organique , quoique ce travail ne soit pas encore assez développé pour qu’on puisse en faire l’application à la classe des minéraux qui semblent être les débris d’une organisation ancienne.
Pour déterminer le poids de chaque molécule d’un corps, ou , ce qui est la même chose , de son poids spécifique sous forme gazeuse , nous le comparons avec celui de l’oxigène, qui est la mesure universelle dans la doctrine des proportions chimiques. Dans le traité dont je ne donne ici que l’extrait , j’ai établi toutes les expériences dans lesquelles les poids ont été déduits , et j’ai aussi essayé de déterminer les limites dans lesquelles le résultat des analyses est probablement incorrect. J’ai aussi établi les bases sur lesquelles je me suis hasardé de déduire le nombre des molécules d’oxigène dans la plupart des oxides ; mais il serait trop long d’en donner un extrait ici.
Dans la table suivante , la première colonne
IOO NOUVEAU SYSTÈME
indique le nom du corps en latin , la seconde le nom français, la troisième le signe chimique, et la quatrième le poids de chaque molécule , ou le poids spécifique du corps sous forme gazeuse , comparé avec celui du gaz oxigène comme unité.