‹ Nouveau système de minéralogieChapitre 15 sur 50 · RÉPONSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE

A quelques objections contre les idées précé dentes, accompagnée de quelques réflexions sur la constitution chimique des minéraux.

Dans la partie précédente , j’ai cherché à mettre en évidence deux points très-essentiels selon moi pour la théorie minéralogique , savoir :

i° Que les minéraux doivent être considérés comme des combinaisons chimiques de corps ayant des qualités électro-chimiqnes opposées , et que, par conséquent, dans chaque minéral composé de corps oxidés , au moins un des oxides qui y entrent, doit être regardé comme jouant le rôle d’acide à l’égard des autres qui occupent la place des bases. Il suit de là que toute la classe des minéraux uniquement composés de terres et d’alkalis , doit être envisagée comme renfermant des silicates , et que, dans les combinaisons des oxides métalliques, où il n’entre point d’acide proprement dit , ou de silice , un des oxides métalliques doit remplir la place de l’acide.

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2° Que les mêmes lois chimiques qu’observent les éléments dans nos laboratoires , doivent être regardées comme agissant , ou comme ayant agi au moment de leur réunion dans l’intérieur de la terre , et que toutes ces lois , et principalement celles qui concernent les rapports de réunions fixes des éléments , peuvent , par un grand nombre d’essais analytiques sur les productions du règne minéral déjà publiés , être mis hors de doute.

Avant que j’entreprenne de ranger les minéraux dans un ordre systématique d’après le principe scientifique , je me crois obligé de répondre aux objections qu’on a faites , et à exposer les bases de la classification de manière qu’on puisse les saisir telles que je les ai entendues.

Les observations que je me propose principalement de recueillir ici, sont rapportées dans le Journal de Gottingue ( Gocttingische Gelehrte Anzeigeti , 9 juillet 1814, p. 1089) , et ont pouxauteur un homme que notre siècle reconnaît pour un de ses plus grands minéralogistes.

Je commencerai par cette citation : « Le point de vue du chimiste et celui du minéralogiste proprement dit , en considérant la nature inorganique, peuvent et doivent être différents , sans que l’on puisse pour cela soutenir que celui du premier soit seul scientifique. Les corps de la na-

ture inorganique , ainsi que les autres , n’intéressent le chimiste essentiellement que sous le point de vue du genre et des rapports de leur mélange , et sous celui des phénomènes qui se manifestent lors des changements qu’ils subissent, et sur-tout de leur décomposition. Le minéralogiste proprement dit, au contraire, comme naturaliste ou historien de la nature, quoiqu’il ait aussi en vue les mêmes propriétés , ne les considère pas en elles-mêmes , mais dans un rapport continuel avec les caractères extérieurs qu’il cherche à faire retrouver dans les caractères chimiques. »

Ce n’est pas la première fois que notre habitude dans la classification des connaissances humaines qu’on nous a appris depuis l’enfance à regarder comme indépendantes les unes des autres, a entraîné à une manière de voir trop rétrécie , qui d’ailleurs n’aurait jamais eu lieu. Tout ce qui peut être conçu et connu positivement par l’esprit humain , forme une seule science coordonnée et liée , et il n’existe point de ligne de démarcation naturelle entre les diverses branches scientifiques ou sciences spéciales que nous étudions séparément. Mais nous les étudions ainsi, d’après notre mesure individuelle qui est circonscrite , et qui ne peut embrasser l’ensemble dans toute son étendue. De là , il résulte qu’on peut se

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représenter, que la manière de voir du chimiste et celle du m inéralogiste proprement dit les mêmes objets , non-seulement peuvent, mais doivent être différentes. Représentons-nous que l’étendue de connaissances nécessaire pour être un bon chimiste et un minéralogiste proprement dit , se trouve réunie dans un seul et même individu. Séparerait-elle en lui le chimiste du minéralogiste ? Partirait-il de points de vues différents , selon qu’il se regarderait tour-à-tour comme chimiste et minéralogiste , en considérant des objets qui demandent également des connaissances chimiques et minéralogiques dans une acception plus étroite de ces deux genres de connaissances ? Je ne le crois pas. Il est absolument faux que la chimie s’intéresse uniquement aux phénomènes qui se rapportent aux changements , et que ce soit la minéralogie seule qui doive considérer les compositions dans leurs rapports avec les phénomènes extérieurs. Si la chimie , lorsqu’elle décrit la composition des corps et les phénomènes produits par leur action intérieure , oubliait de décrire avec la même exactitude et le même soin les caractères extérieurs de chaque objet v de manière que l’objet, autant que nos connaissances le permettent , soit représenté en entier aux regards du savant; de quelle sciente tirerait-elle donc ce qui manquerait à la description com-

plète de l’objet? Si la chimie, lorsqu’elle présente à l’attention du savant l’ensemble de nos connaissances sur le soufre , par exemple , négligeait tout ce qui concerne les caractères extérieurs de cette substance , sa couleur, son goût, son odeur, sa dureté , son degré de transparence, safigure cristaline , sa vraie pesanteur, etc. , quelle en serait la suite ? Mais si d’un autre côté la description des caractères extérieurs et physiques du soufre appartient tout aussi essentiellement à la connaissance chimique de cette substance , que celle des phénomènes que produisent ses relations avec d’autres corps, en quoi donc diffère la manière dont la chimie considère le soufre, de celle de la minéralogie? Uniquement en ce que la première s’arrête davantage à la description des caractères du soufre appelés chimiques , et en ce que la chimie s’occupant de tous les corps , la minéralogie se borne à ceux qui constituent la masse inorganique , ou inanimée de notre globe. Ainsi donc , une exposition exacte des caractères extérieurs et de la composition des corps , appartenant aussi bien à la chimie qu’à la minéralogie , quel fondement peut donc l’opinion , que les vues du chimiste et du minéralogiste proprement dit , non-seulement peuvent , mais doivent être différentes ?

Plus loin , il est dit : « Youdrait-on révoquer

en doute que le point de vue de l’histoire naturelle appliqué à la nature inorganique , soit possible , et qu’il puisse être indépendant et scientifique aussi bien que le point de vue sous lequel on considère la nature organisée , quand on connaît les progrès qu’a faits , dans les derniers temps l’investigation de l’extérieur des substances minérales; quand on sait qu’une grande partie des formes extérieures peut être soumise à une détermination mathématique; qu’il ne s’y manifeste pas des lois naturelles moins remarquables et moins fixes que dans les proportions définies des mélanges ; quand on s’est convaincu que déjà maintenant , relativement à une grande partie des minéraux , la forme extérieure peut être signalée dans les parties constituantes, et que l’on peut espérer de faire les plus grands progrès dans le développement de ce rapport , précisément par la doctrine des proportions définies des mélanges ? Mais de plus , aussitôt que l’on suit l’influence que l’étude des minéraux , sous le point de vue d’histoire naturelle , exerce sur la géologie, et par laquelle elle est mise dans une relation intime et nécessaire avec l’investigation des rapports généraux de toutes les choses naturelles , qui est indubitablement le plus haut point où puisse s’élever l’étude de la nature , on se con-

vaincra évidemment que le point de vue d’histoire naturelle appliqué aux corps inorganiques , est également très-important pour l’observateur philosophe qui embrasse l’ensemble de la nature , et qu’elle n’est pas du tout, comme paraît l’admettre M. Berzelius , destinée uniquement pour ceux qui font des collections. »

Cet énoncé semble donner à connaître l’opinion , que la minéralogie , d’après un principe purement chimique , ne saurait être de l’histoire naturelle ; mais qu’on ne peut l’envisager ainsi , que lorsque, dans la disposition des objets, on suit des principes analogues à ceux dont dépend l’arrangement systématique dans l’histoire de la nature organique.

Examinons donc si le principe de l’arrangement systématique de la nature organique peut être également appliqué à celui de la nature inorganique.

Dans l’histoire naturelle organique , toute la classification repose uniquement et entièrement sur les caractères extérieurs, et, dans ceux-ci, la forme domine à-peu-près exclusivement, sans le moindre égard à la composition intérieure , dans laquelle il serait le plus souvent impossible de découvrir les variations , dont on ne pourrait d’ailleurs, pour le présent , tirer aucune induction. Les objets de l’histoire naturelle organi-

que sont des machines artistememt composées , dépendantes d'une force intérieure , qui leur est inhérente , et qui n’agit que pour un temps déterminé , pendant lequel les machines s’usent d’elles-mêmes, et finissent par être détruites. L’histoire naturelle recueille leurs caractères extérieurs , range les objets en classes ou divisions , qui ont des caractères essentiels en commun, par où tous ceux qui appartiennent à la même classe ont une conformité générale ; et lorsqu’on range des classes ayant des caractères essentiels semblables , lés unes à côté des autres, il en résulte un passage ou une transition insensible d’une forme à une autre , de manière que , bien que chaque anneau de la chaîne soit pareil à l’anneau le plus voisin , il se trouve que les anneaux placés à une distance considérable , sont souvent de la différence la plus remarquable pour la forme.

Le principe de l’arrangement des objets de la nature organique tient donc essentiellement à la forme;, et l’arrangement même est un passage insensible d?ùne forme à une autre.

Ge principe est-il applicable, et cet arrangement possible dans la disposition des objets de la nature inorganique? Remontons jusqu’aux premiers principes de la formation de ces productions différentes de la nature , pour commencer ensuite nos recherches depuis le point primitif.

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La nature organique est composée de plus de deux éléments , ordinairement de trois ou quatre, et quelquefois d’un plus grand nombre , lesquels semblent pouvoir se combiner dans toutes les proportions ; e’est- à-dire , pour parler conformément au point de vue de la théorie corpusculaire , que dans la combinaison des atomes simples , aucun élément n’a besoin d’y être l’unité , mais qu’ils peuvent , dans certaines limites du maximum et du minimum , être combinés dans la plupart des nombres: par exemple, si les éléments sont A , B , C , D , ils peuvent être combinés en telles proportions , que dans la formule suivante : 3A + 4 B -4-6 C -f-12 D , les chiffres peuvent être échangés contre tout autre chiffre (i) , pourvu qu’il ne surpasse pas un maximum que nous ne connaissons pas encore. Par cette circonstance, il peut être produit, au moyen de ces quatre éléments , un nombre presque incalculable de combinaisons différentes ; et de ce qu’on ôte ou qu’on ajoute séparément un atome de chaque élément , il résulte une nouvelle combinaison , mais qui, pour sa composition, ainsi que pour les qualités qu’elle en reçoit, se rapproche beaucoup de la première , et a une entière ressemblance

(i) Peut-être cependant avec quelques exceptions qui dans la suite pourront être mieux aperçues que maintenant, mais qui n’influent pas ici sur l’application de l’exemple.

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de famille avec elle. Ainsi, par exemple, nous voyons parmi les productions du règne végétal une huile différer de l’autre , quoiqu’elles présentent toutes un accord commun relativement aux caractères chimiques. Ainsi , le sucre de canne diffère de celui du raisin , et l’un et l’autre du sucre non cristallisable, mais tous les trois sont toujours du sucre. Par cette circonstance , le principe de l’arrangement systématique de la nature organique se trouve dans le principe de la combinaison de ses éléments.

On voit par ces observations comment la chimie , pendant que d’un côté elle justifie le principe de la disposition systématique de l’histoire naturelle organique, pourra , d’un autre côté , ne se mêler que très-tard de l’histoire naturelle organique , et qu’ alors même ce ne sera que pour éclairer ; peut-être ne sera-ce jamais pour diriger , parce que , dans la nature organique , il y a quelque chose qui probablement va au delà des limites , où il sera possible un jour d’atteindre dans la chimie.

Si nous nous représentons la masse du globe achevée avec tous ses éléments , mais sans mouvement et sans êtres organiques , il faudra une influence étrangère pour la mettre en moüvement, et une autre influence étrangère, pour ainsi dire,

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bien plus incompréhensible encore , pour faire éclore cette nature organique qui se reproduit toujours. Dans la sphère de la nature inorganique, les éléments ne se combinent pas d’après le principe qui préside à la composition de la nature organique. Donnez les éléments au chimiste, et il épuisera en vain ses efforts pour les combiner par ses expériences à la manière de la na¬

ture organique. Celle-ci se distingue donc de la nature inorganique même en ceci, c’est que les éléments étant donnés , elle demande un pré> mier moteur, qui se trouve hors des éléments , et sans lequel il ne se forme jamais, par les forces primitives des éléments , des êtres organisés , ni même des combinaisons analogues à leur Tpvot duc lions .

Le principe de la nature inorganique est enr fièrement différent. Les parties essentiellement constituantes ne sont composées que de deux éléments. La masse non organique du globe présente peu de corps élémentaires, hors de l’état: de combinaison ; un plus grand nombre, composés de deux éléments , c’est-à-dire des corps binaires , et un très-grand nombre de combinaisons entre ces corps binaires, mélangées les unes avec les autres. Dans les combinaisons binaires , l’un des éléments doit presque toujours être une unité', cela veut dire , que si A et B sont éléments , ils

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pp peuvent être réunis que de manière qu’un seul A se combine avec i, 2 , 3, 4, etc. , B, jusqu’à un certain maximum , qui est encore inconnu. Il se trouve bien rarement des réunions entre

2 A et 3 B , et probablement il n’en existe aucune de 4 A avec 5 B, etc. De là, il arrive que si l’on ajoute ou retranche un des atomes de B , le changement de combinaison devient si important, que toute ressemblance de famille cesse souvent entièrement , et que  + 3 B n’a plus d’analogie extérieure avec A + jB. De plus , lorsque les corps binaires se combinent réciproquement les uns avec les autres, la même loi a lieu , que l’un d’eux doit toujours être unité ; d’où il résulte de nouveau par la grande différence des proportions des combinaisons , que la combinaison AB -J*" CB le plus souvent n’a pas la moindre similitude extérieure avec AB q- 2 CB.

l es changements de composition dans la nature inorganique , se font par conséquent par des sauts si rapides, que des transitions, par degré d’un caractère extérieur à un autre , n’y existent point; et la cause de ce phénomène se trouve dans le principe même qui préside aux combinaisons dans la nature inorganique.

Je dois cependant faire observer que lorsque

plusieurs corps binaires différents se réunissent , les sauts deviennent moins forts à proportion que le nombre des différents corps binaires , et en même temps celui de leurs atomes, augmentent; et plus on approche du maximum de ces nombres , moins les combinaisons différentes qui sont possibles autour du maximum deviennent dissemblables; de manière que dans ce cas on pourrait avoir obtenu quelque chose qui ressemblerait aux transitions des chaînons dans la chaîne de la nature organique : mais , quoique cet air de famille entre les voisins autour du maximum ne saurait quelquefois être méconnaissable , il ne saurait cependant être employé comme principe pour l’arrangement du tout, parce qu’il ne se présente pas dans le plus grand nombre des productions inorganiques.

Lorsque les minéralogistes allemands se servent quelquefois, au sujet des minéraux non mélangés , de l’expression que l’un passe à l’autre, on peut en conclure qu’ils ne se sont pas fait une idée juste de la chose. Haüy, dans son grand ouvrage sur la minéralogie , à l’article Grammatit , a observé très-bien qu’une pareille manière de s’exprimer ne peut être employée qu’au sujet des roches , comme étant des masses mélangées ; mais qu’elle ne peut être admise nullement au sujet des minéraux non mélangés . A-t-on

jamais vu le gypse, le spath fluor, la topaze, l’émeraude , ou quelque autre minéral caractérisé distinctement , qui ait été un chaînon de passage d’un fossile à un autre ? Mais répondra-t-on peut-être , on a vu la chaux carbonatée passant au fer carbonaté ou à la dolomie.

Examinons ces transitions. Lorsque le salpêtre et le sel marin , mêlés en plusieurs proportions différentes , sont fondus ensemble , on obtient des masses d’un aspect différent. Le salpêtre pur ou mêlé seulement à quelques pour cent de sel marin , a la cassure cristalline du salpêtre , laquelle diminue et bientôt ne se laisse plus apercevoir, lorsque la quantité du sel marin est augmentée , et en même temps augmente la densité de la masse et la difficulté de la fondre ; ou lorsque le salpêtre se cristallise d’une eau mère impure, les cristallisations varient de manière à tenir chaque fois plus de sel marin. Appellera-t-on tout cela un passage ou une transition du salpêtre au sel marin ? Il en est absolument de même des passages minéi’alogiques dont il a été question , qui ne désignent autre chose que des introductions mécaniques, qui impriment au mélange des caractères plus ou moins éloignés de ceux de la masse principale. Je ne veux pas soutenir que plusieurs minéralogistes , qui ont employé l’expression de

transition ausujet des minéraux, «n’aient bien senti la nature de cette espèce de transition; mais on doit néanmoinsfaire observer qu’il n’est pas exact de se servir d’une expression qui y dans une autre partie de l’histoire naturelle, a une autre acception.

C’est donc du principe de la nature inorganique que résulte l’effet qui empêche qüe le système minéral ne puisse être rangé dans une chaîne d’anneaux qui ressemblent l’un à l’autre i comme le système de la nature organique , et que tous les essais qu’on pourrait faire dans ce genre ne donneraient que des résultats au plus haut degré non scientifiques.

Si l’on compare, au surplus, les caractères extérieurs qu’il faut prendre en considération dans les deux genres de corps , on trouve de nouvelles preuves de l’impossibilité d’établir un système minéralogique d’après les caractères extérieurs. Car, tandis que dans la nature organique tout se détermine uniquement d’après les formes , on a , dans la nature inorganique , à considérer en même temps et dans un rapport semblable , beaucoup d’autres caractères : par exemple, la forme, la couleur, la dureté, les cassures, la transparence ; et l’on ne saurait faire sortir de ces caractères un terme moyen comme base de la classification. On pourra bien , lors-

qu’on ne fait attention qu’à un ou tout au plus à deux de ces caractères , présenter les productions de la nature inorganique dans un tel ordre que la qualité extérieure , qui caractérise le plus fortement la première d’entre elles , diminue insensiblement dans les suivantes, et soit remplacée par une autre, qui paraît peu-à-peu. Mais alors , on rapproche très-souvent des substances qui , considérées sous d’autres points de vue, par exemple relativement à d’autres qualités extérieures ou à la composition, sont trèsdissemblables. J’aurai occasion, dans la suite, d’en donner des exemples fort remarquables , tirés des systèmes minéralogiques de nos plus grands maîtres.

Mais je retourne aux objections auxquelles je dois répondre. « De ce qui vient d’être dit , continue l’auteur allemand , il paraîtra déjà qu’une classification des corps inorganiques de la nature , qui ne repose que sur des prin cipes chimiques, et dans laquelle on ne prend nullement en considération les caractères extérieurs, ne saurait trop bien devenir une classification minéralogique. 11 n’y a de classification propre à la minéralogie , que celle qui répartit les corps non organisés en groupes où ils se trouvent rangés les uns à côté des autres , nonseulement d’après certaines conformités dans

les mélanges , mais aussi d'après certains rapports dans l'extérieur , et qui dispose ces groupes, conformément aux traits de ressemblance intérieurs et extérieurs des corps. »

Une classification minéralogique serait donc celle on l'on emploierait à-la-fois, comme bases de l'arrangement des minéraux, leur composition et leur ressemblance , ou conformité pour les caractères extérieurs. Nous examinerons bientôt à quel point une classification pareille est possible. Mais je dirai auparavant quelque chose au sujet de ces mots : Dans laquelle on ne prend nullement en considération les caractères extérieurs . Plusieurs de ceux qui se sont expliqués au sujet du système «le minéralogie purement chimique, ont paru croire que •j’ai voulu , parce système, bannir de la minéralogie scientifique la doctrine des caractères extérieurs des minéraux. Je dois donc faire souvenir qu’il faut distinguer entre le principe de l’arrangement dans lequel les minéraux sont classés dans la minéralogie les uns après les autres, c’est-à-dire entre le principe de l’arrangement systématique et Je principe de la description de chaque minéral, faite de manière qu’il puisse être reconnu avec moins de peine , et distingué d’autres minéraux avec lesquels il pourrait être confondu. Tout, autant les caractères extérieurs sont non applica-

blés , lorsqu’il est question de déterminer la vraie place dans le système pour un minéral non encore analysé , tout autant ils sont nécessaires dans la partie descriptive du système , pour rendre superflue l’investigation chimique des minéraux déjà analysés. Je dois donc ajouter que je 'souhaite d’être entendu de cette manière , ç’est que les caractères extérieurs des fossiles , quoiqu’ils ne puissent point prendre part au principe de la classification des minéraux , sont néanmoins un objet très-essentiel pour la minéralogie envisagée comme science.

Considérons maintenant l’usage simultané de la composition et des caractères extérieurs comme principe du système. On ne saurait certainement nier que les caractères extérieurs dépendent uniquement de la composition ; mais nous avons déjà observé auparavant que , par les sauts considérables qui ont lieu dans la composition, il naît; également de grandes différences dans les caractères des corps composés de mêmes éléments , mais dans des proportions différentes. Ou les compositions suivent à pas égaux les caractères extérieurs , par où conséquemment les uns ou les autres , et sur-tout les derniers , deviennent superflus comme bases de classification , puisqu’ils présentent les mêmes résultats ; ou aussi les compositions et les caractères exté-

rieurs ne vont point d’un pas égal, c’est-à-dire qu’ils deviennent contradictoires , en ce que des corps qui renferment les mêmes parties constituantes, mais dans des rapports différents, s’éloignent davantage les uns des autres pour certains caractères extérieurs, que d’autres corps d’une composition plus dissemblable. L’expérience apprend que le dernier casse présente trèssouvent. Que reste-t-il donc à faire ? La ressemblance des qualités extérieures engagera t-elle à transporter le minéral parmi des voisins auxquels il ressemble , mais avec lesquels il ne doit point se trouver relativement au principe chimique, puisqu’il en diffère relativement à la composition? Il faut naturellement répondre à cette question par l'affirmative, puisqueautrernent les caractères extérieurs ne sauraient prendre part au principe de l’arrangement. Mais -, dans tous les systèmes minéralogiques , la classification chimique est le point primitif essentiel ; c’est d’après elle que se forment les ordres, et l’emploi des caractères extérieurs ne commence d’avoir lieu que dans les derniers détails. Si alors on se sert de caractères pour ranger ensemble des objets quin’appartiennent pas l’un à l’autre selon le principe fondamental , le système devient inconséquent. Il est donc clair que dans un système conséquent , et tel doit être tout système vraiment scientifi-

que , il est impossible que la composition et les caractères extérieurs en combinaison fassent le principe de l’arrangement; et qu’il faut suivre séparément ou la composition , ou les caractères extérieurs , sans que l’UH de ces principes influe sur l’autre.

C’est d’après toutes ces considérations que nous devons examiner à quel point la minéralogie cesse d’être histoire naturelle , au moment où elle cesse de suivre le même principe de classification que l’histoire de la nature organique. Les minéralogistes , qui objectent contre le principe purement chimique de la classification , la raison que la minéralogie doit être regardée comme une partie de l’histoire naturelle , semblent être dans l’idée que ce ne sont pas seulement les objets , mais aussi la méthode , qui font de la minéralogie une branche de l’histoire naturelle. Lorsque je crus remarquer que le principe de l’histoire naturelle avait besoin d’une modification, pour être d’accord avec une vue plus profonde et plus étendue en minéralogie , je ne me représentais pas que cette science dût pour cela être moins de l’histoire naturelle qu’auparavant , parce que , selon ma pensée , c’est uniquement l’objet de la science qui la fait appartenir à l’histoire naturelle , et parce que je regardais comme la meilleure méthode delaconside'rer.

celle qui donnerait au savant la manière d’envisager la plus juste et la plus complète, non-seulement chaque objet en particulier, mais aussi la science dans son ensemble. On ne doit pas croire que la minéralogie ne soit pas une partie de la chimie , par la raison qu’elle est en même temps une branche de l’histoire naturelle, car cela n’implique point contradiction. Aussi l’auteur d’un des meilleurs ouvrages élémentaires en chimie publiés en dernier lieu, !M. Thomson, a-t-il accordé aux minéraux et à la théorie minéralogique une section particulière, et dont on ne saurait se passer sans dommage pour l’ensemble, dans un livre de chimie, bon et complet. Si donc la minéralogie peut être en même temps histoire naturelle , et faire partie de la chimie , parce qu’elle doit puiser dans cette dernière tout ce qui peut contribuer à l’élever de la catégorie de table ou de registre au rang de science , il sera aussi assez évident que plus elle emprunte de la chimie , plus elle sera complète comme histoire naturelle.

Je pense que par ces observations il est missuffîsamment en évidence que le principe- de l’arrangement systématique dans l’histoire naturelle organique, n’est nullement applicable à la nature inorganique , et que cette circonstance a son- fondement dans les principes différents de

la composition de l’une et de l’autre classe de la nature , mais que , malgré cela , l’histoire des substances inorganiques du globe n’est pas moins une partie de l’histoire naturelle , que celle des corps organiques.

Mais nous en venons maintenant aux objections qui se rapportent plus spécialement à la manière dont j’ai cherché à faire usage du principe purement chimique. « Il se manifeste déjà, est-il dit, par un coup d’œil rapide sur le peu qui vient d’être communiqué, que la classification proposée par M. Berzelius ne satisfait pas aux prétentions indiquées ; car quel minéralogiste tomberait sur l’idée de ranger sous le même ordre le graphite , le fer arsenical , le tellure natif , le fer oxidé rouge , le péridot , et de séparer, au contraire , le tellure natif des autres espèces connues de tellure ? »

L’ouvrage sur lequel l’auteur donne son opinion, n’était pas destiné à mettre en évidence plus que le principe scientifique pur ; et pour qu’on ne prît pas les exemples de la constitution chimique de divers minéraux que j’y ai rapportés, comme des échantillons du système même , j’ai expressément , dans le traité , allégué ce qui suit : « J’ai, sur chacune des deux ou trois familles, présenté diverses espèces, lesquelles j’aurais rattachées a une autre

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famille, si j’avais écrit un système entier. » L’exemple cité par l’auteur allemand n’atteint donc pas , dans toute son étendue , le principe de classification que j’ai proposé , d’autant plus que la péridote, précisément selon te principe, ne peut appartenir à la famille du fer. Quant aux autres , je ne crois pas avoir besoin de justifier pourquoi j’ai classé le carbure , l’arseniure , le tellure et l’oxide de fer dans la famille de ce dernier métal.

« Mais ce n’est pas seulement , poursuit l’auteur allemand , sous le rapport des grandes divisions que la classification de M. Berzelius est entièrement antiminéralogique ( unmineralogisch), mais ce qu’elle a de peu naturel d’après le point de vue de l’histoire de la nature , paraît plus particulièrement encore dans la distinction des espèces. La manière chimique d’envisager l’analogie et la différence des substances s’éloigne beaucoup de la manière minéralogique ; car tandis que, selon la première, on n’a égard qu’à la qualité et à la quantité des parties constituantes , il faut , selon l’autre , faire également attention à l’analogie ou à la différence des qualités extérieures , à l’influence que les diverses parties constituantes ont sur certaines qualités constantes de l’extérieur; par où l’on parvient, sous le point de vue minéralogique,

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à regarder certaines parties constituantes comme non essentielles , lesquelles , selon le point de vue chimique , ne sont pas moins essentielles que d’autres. Le chimiste , par conséquent, séparera souvent certaines espèces qui ne se montrent au minéralogiste que comme les variétés d’une seule et même substance. M. Berzelius présente deux variétés d’Eisenkiesel comme deux espèces différentes , en quoi , comme en plusieurs autres distinctions pareilles , il ne sera suivi par aucun minéralogiste scientifique. »

Il me paraît incompréhensible que la manière chimique d’envisager l’analogie ou la différence des corps doive s’éloigner de la manière minéralogique , et que, par la considération de quelques qualités extérieures constantes, on parvienne à regarder certaines parties constituantes comme non essentielles, lesquelles, selon un point de vue purement chimique , ne sont pas moins essentielles que d’autres. 11 est vraisemblable que l’auteur des observations a eu ici en idée quelque autre chose que ce que ses expressions semblent donner à connaître ; car, si le minéralogiste déclare qu’une partie constituante d’une composition n’appartient pas essentiellement à la même composition , tandis que le chimiste la regarde comme une partie essentielle , c’est-àdire j sans laquelle la composition ne serait pas

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ce qu’elle est , il faut nécessairement que l’un des deux ait tort , et doive se laisser redresser.

Je croirais cependant que l’auteur des remarques a eu proprement l’idée qu’en observant rigoureusement les rapports constants des formes cristallines , on a souvent trouvé qu’une partie constituante d’un cristal n’a pu appartenir à la combinaison cristallisée ; la forme cristalline absolument semblable appartenant aux autres parties constituantes de cette même combinaison , sans la présence du premier indiqué. Mais si, dans un cas pareil, le chimiste refuse de consentir qu’une pareille circonstance prouve ce qu’elle prouve en effet, c’est par une erreur individuelle de sa part ; et cette erreur ne peut jamais servir à défendre la thèse inexacte qu’on peut considérer sous le point de vue minéralogique comme non essentiel, ce qui est réellement tel sous le point de vue chimique.

Pour ce qui regarde enfin le reproche que j’ai, d’après de tels principes , distingué deux variétés d’Eisenkiesel un peu différentes, en quoi , comme en plusieurs autres distinctions pareilles, aucun minéralogiste scientifique ne m’imitera ; ce reproche atteint moins le principe du système , qui ne peut avoir pour suite de faire ranger, comme des espèces particulières , des variétés contenant des quantités inégales de

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mélanges mécaniques , que ma connaissance individuelle delà minéralogie en général, et se trouve, par conséquent, hors dusujet qui estici lebutprincipal. Cependant, si quelque lecteur était curieux d’apprendre à quel point j’ai mérité ce reproche ou non, qu’il me soit permis de renvoyer à l’ordre systématique du minéral hedenbergite , famille fer , et aux remarques sur ce minéral , que j’ai ajoutées dans la note.

A l’occasion de ce qui vient d’être rapporté et de ce qui est exprimé dans les observations de l’auteur de la manière suivante : « Nous ne sommes pas, de notre côté, moins persuadés que l’ application de la théorie électro-chimique et des expériences sur les proportions chimiques à la minéralogie , doit être dirigée sur une route entièrement différente de celle qu’a indiquée M. Berzelius ; » il me sera permis peut-être de rappeler aux minéralogistes la nécessité de se livrer avec plus de réserve aux premières impressions, en jugeant des points de vue scientifiques nouveaux ou changés, en chimie sur-tout, parce qu’une habitude long-temps enracinée d’une manière de voir, prend souvent, sans qu’on s’en aperçoive , la place d’une conviction fondée sur des principes positifs et inébranlables, et ne peut être que lentement déracinée par une expérience prolongée et une habitude peu-à-peu

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croissante de ce nouveau point de vue. C’est ce qui a eu lieu jusqu’ici , relativement aux changements plus ou moins considérables dans les théories scientifiques reçues ; et il arrive ordinairement que dans les temps qui suivent , on se persuade de la vérité de ce qui , dans une grande partie des temps précédents, avait été combattu comme faux.

Enfin , on a fait aussi l’objection que les recherches chimiques n’ont pas encore atteint le degré de précision nécessaire pour que les nouvelles théories puissent être appliquées et confirmées dans toute leur étendue. Il est malheureusement vrai qu’il en est ainsi; mais cela ne prouve rien contre la justesse des nouveaux points de vue , car il est clair que plutôt on commencera à traiter les sciences sous des points de vue plus justes , plutôt les recherches se dirigeront du vrai côté, et plutôt on atteindra au but.

Observations sur la constitution chimique des minéraux.

La masse inorganique du globe se compose d’un mélange mécanique de plusieurs espèces de combinaisons disséminées les unes parmi les autres, en parties plus ou moins considérables. Lorsque plusieurs combinaisons différentes sont

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placées les unes à côté des autres en si grandes parties, qu’on peut les distinguer à l’œil , ou qu elles puissent être séparéespardes moyens mécaniques, le minéral est appelé minéral mélangé ; telles sont la plupart des roches. Lorsque les combinaisons différentes, qui peuvent se trouver mêlées dans un minéral , ne sauraient être découvertes à l’œil , ni à la cassure , ni lorsque la pierre a été taillée et polie , il faut considérer les substances comme fondues ensemble , parce que le mélange ressemble à celui qu’on obtient, lorsque deux ou plusieurs corps fondus, qui ne se combinent pas chimiquement , sont mêlés pour se figer rapidement , avant que la force de cristallisation de chacun puisse les réunir en parties plus considérables, et visiblement séparées. Lorsque d’un autre côté l’analyse chimique ne peut découvrir dans un minéral que des parties constituantes , dont on sait que , par le rapport trouvé au moyen de l’analyse, elles peuvent former une seule combinaison chimique, on appelle la substance minéral pur ou non mélangé. Plusieurs minéralogistes , en Allemagne surtout, ont choisi pour les deux derniers genres de minéraux la dénomination de minéraux simples ; mais, outre que les deux genres ne doivent pas être confondus dans une minéralogie scientifique; le mot simple entraîne ici de Féquivoque,

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car on peut bien dire du diamant que c’est un minéral simple , mais non de l’émeraude qui d’un autre côté est un minéral non mélangé. Je souhaiterais que les minéralogistes voulussent admettre ma petite innovation , qui présente plus de précision par rapport à la langue , et par rapport à la chose , que les dénominations reçues auparavant.

Werner, et après lui la plupart des autres minéralogistes , partagent les minéraux en simples et mélangés ; cette dernière division répond à ce que j’ai appelé ainsi dans ce qui précède , et se compose des minéraux purs mêlés les uns aux autres.

Comme les minéraux purs ou non mélangés sont pour l'histoire de la nature inorganique la même chose que les lettres et les mots pour les langues , ils doivent être soumis à un examen sévère avant d’être déclarés purs par le minéralogiste^ On ne saurait prétendre que Werner à l’époque où il établissait sa classification eut pu faire cet examen , dont d’ailleurs l’état moins développé de la science n’avait pas encore fait sentir la nécessité. Mais Haiiy , en cherchant à découvrir la forme primitive de chaque minéral , est parvenu à un résultat plus

précis.

Lorsque l’on prend en considération corn--

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ment on doit envisager un minerai sous le rapport chimique , il est impossible qu’en idée on ne se transporte à cette époque où les productions fossiles ont été placées là où nous les trouvons maintenant. Nous découvrons alors au moins quelques-unes des circonstances qui ont accompagné cette antique opération de la nature, d’ailleurs pour toujours cachée à nos yeux. Parmi ces circonstances est celle , que certains minéraux ont été liquides ou mous , tandis que d’autres avaient déjà pris une forme solide , par où ceux là se sont mis en cohésion avec ceux-ci , sans pouvoir s’y mêler intérieurement. On ne peut pas se représenter que les masses molles ou liquides n’ayent généralement consisté qu’en une seule combinaison chimique , d’autant moins qu’elles se sont formées d’une masse qui a été un mélange de plusieurs combinaisons, et qu’elles doivent avoir par conséquent contenu de celles-ci autant qu’il pouvait y en avoir de fluides pour le moment. La force de la cristallisation et quelquefois une précipitation ont séparé par-ci par-là de ces liquides certaines combinaisons chimiques qui s’y trouvaient contenues , et qui se sont déposées en masse non mélangée et presque pure, soit cristallisée, soit simplement précipitée.

Souvent , d’un autre côté , un pareil liquide

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mélangé s’est figé avant que la force de cristallisation eût commencé à séparer les combinaisons mélangées , et la masse représente en ce cas une aggrégation en apparencehomogène, avecousans signes d’une contexture cristalline intérieure , selon la nature chimique différente des masses mélangées. Il est naturel que le grand nombre des minéraux non cristallisés soient ainsi fondus ensemble , et il doit être très-rare que ces minéraux ne soient pas un mélange de plusieurs combinaisons chimiques. C’est à l’analyse chimique à découvrir de quelles combinaisons ils se sont formés. J’essayerai d’éclaircir mon idée par un exemple. Représentons-nous qu’on ait fondu ensemble de l’alun et du sel de de glauber dans leur eau de cristallisation , et qu’on ait laissé le mélange se figer : c’est en apparence une masse homogène. Représentonsnous de plus qu’une pareille masse se trouve en partie disséminée , en partie répandue en rognons entre d’autres minéraux , et que dans cet état elle devient l’objet de l’analyse. Celle-ci y trouverait alors de l’acide sulfurique , de la potasse , de la soude , de l’alumine et de l’eau, sans qu’à la révision chimique du résultat , l’oxigène soit de l’acide sulfurique, de la soude, ou de l’eau se trouvât dans aucun rapport multiple à celui de l’alumine ou de la potasse. Cependant lors-

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que l’on considère le résultat de plus près , on trouve que l’alumine est à la potasse comme dans l’alun , et lorsqu’on retranche l’acide sulfurique nécessaire pour la saturation de l’une et de l’autre , la partie qui reste est suffisante pour la saturation de la soude : et enfin lorsque l’eau de cristallisation du sel de glauber est retranchée de tout le contenu d’eau , le résidu est la quantité qu’il faut pour L’alun trouvé. Cette analyse doit être jugée maintenant par le chimiste. La circonstance que la masse examinée s’est présentée comme un seul minéral homogène , serat-elle suffisante pour faire conclure qu’elle doit également être regardée comme une seule combinaison chimique, et comme une preuve que , dans les ateliers intérieurs de la nature , les proportions déterminées entre les combinaisons ne sont pas observées d’une manière aussi matérielle que dans nos laboratoires. Peut-on, je le demande, sur un fondement qui en lui-même ne prouve rien , tirer une conséquence si an ti- scientifique et si contraire à une saine logique ? Ne doit-on pas plutôt considérer le minéral trouvé comme un mélange de sel de glauber etd’alun, par la raison que les parties constituantes sont d’accord avec cette manière de voir , tant pour la qualité que pour la quantité , et que la chimie ne donne pas du tout lieu de supposer une combi-

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naison chimique entre le sel de glauber et l’alun. Un si grand nombre d’exemples de corps composés , qui dans l’état liquide peuvent être mélangés , et ensuite se figer en masse , sans constituer des combinaisons chimiques , se présentant dans nos laboratoires, le même phénomène aurait-il moins lieu dans les opérations immenses qu’offrç le globe de la terre , et qui tendent plus souvent à amalgamer, qu’à séparer? On peut donc , selon mon idée , regarder comme entièrement décidé , que beaucoup de minéraux qui dans les systèmes reçoivent le nom de simples , sont proprement les mélanges de plusieurs fondus ensemble ; et cette circonstance est de la plus haute importance , lorsqu’on apprécie les résultats des analyses chimiques. On pourrait avoir lieu de s’attendre à trouver un pareil effet chez la plupart des minéraux amorphes.

Les forces qui tendent à séparer de la masse mélangée certaines combinaisons chimiques, peuvent être de plusieurs genres. La force de cristallisation tient le premier rang ; ensuite viennent la précipitation , la sublimation , et peut-être aussi des effets moins précisément connus de la distribution électrique dans l’intérieur de la terre.

Quant à ce qui concerne la cristallisation , il arrive rarement ou jamais qu’elle produise des

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cristaux absolument purs. Nous savons par l’ex* périence dans nos laboratoires , que les cristaux renferment toujours une portion des substances contenues par l’eau mère ; la quantité desquelles, dans le cristal, est en rapport au degré de saturation de l’eau mère avec ces substances. J’ai d’ailleurs, dans les pages précédentes, montré que descorps qui ne se combinent pas chimiquement , peuvent cristalliser ensemble , et produire un cristal de combinaisons différentes, qui, sans se repousser mutuellement , se rangent ensemble dans un certain ordre géométrique. Il se présente cependant encore d’autres circonstances qui font qu’un minéral cristallisé ne doit pas toujours être considéré comme non mélangé. Il arrive qu’un liquide absorbé par une masse en forme de poudre , cristallise autour et enferme la poudre, qui alors peut le plus souvent être distinguée à l’œil : tels sont par exemple les cristaux de spath calcaire de Fontainebleau, et une sorte de chaux caæhondA.étmagnésifère deT aberg en W ermeland, qui , d’après les recherches de Rothoff , laisse un squelette d’écume de mer, lorsqu’il est dissous dans des acides délayés , et dont on reconnaît quelquefois une moitié pour être uniquement de l’écume de mer, tandis que l’autre est du spath calcaire fond u dans de l’ écume de mer. D’autres fois il arrive que dans un mélange mou ou à moitié li-

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guide de deux ou plusieurs combinaisons , qui se préparent à se figer , l’une d’elle est douée d’une force de cristallisation très -dominante. Les particules de celles-ci parviennent alors à une polarité cristalline , mais sans pouvoir dans la masse peu mobile faire sortir des particules hétérogènes qui les entourent. Malgré la distance qui en résulte entre les particules polarisées , elles se placent néanmoins toutes dans la même direction polaire , et il se forme un cristal , qui est à la vérité un crivstal d’une seule combinaison, mais qui dans sa masse peut renfermer de grandes quantités d’objets étrangers , qui n’appartiennent point au cristal proprement dit. Si l’on se représente que, par un moyen de dissolution , ces derniers puissent être retirés du cristal , celuici , ou tomberait en pièces, ou ne laisserait qu’une substance spongieuse.

De pareilles cristallisations ne se présentent pas rarement dans le règne minéral , et en décrivant les minéraux trouvés à Finbo , près de Fahlun, j’ai eu occasion d’offrir un exemple trèsremarquable d’une émeraude , qui, cristallisée de cette manière , renferme de grandes quantités de serpentin et de talc.

La base de toute minéralogie, c’est donc la connaissance des combinaisons chimiques , qui se présentent dans le règne minéral partie

non mélangées ou pures , parties fondues ensemble.

Avant que l’on parvienne dans ce sujet à une entière certitude , il est nécessaire de décider deux questions très-essentielles relativement à ce but , savoir : i° quel est le plus grand nombre de corps binaires différents , qui ensemble peuvent constituer une combinaison chimique déterminée ? et 2° , quel est le maximum du nombre des particules de chaque corps binaire qui peuvent entrer dans une certaine combinaison ? Ce maximum est-il plus considérable à proportion d el’augmentation du nombre des parties constituantes ?

Ces questions devraient être décidées de la part de la chimie , avant qu’on se livrât à faire des systèmes en minéralogie. Mais comme dans l’étude de toutes les sciences la marche a été de commencer par des détours, et à tirer peu-à-peu ensuite de l’étude même , les perfectionnements de la méthode ; dans le cas aussi dont nous parlons , nous sommes obligés d abandonner la solution complète de ces problèmes difficiles aux investigations ultérieures , en réconnaissant la nécessité de beaucoup de corrections et de perfectionnements que cette solution doit fournir pour le premier essai de système minéralogique entièrement conséquent.

Les deux questions préliminaires indiquées ci-

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dessus , demandent une connaissance complète de la théorie chimique combinée avec de vastes connaissances minéralogiques, et en outre des analyses faites avec une précision et une perfection , que peut-être on n’a le droit d’attendre de personne à l’époque présente. Quoiqu’il ne puisse certainement pas me venir dans l’idée de vouloir essayer, dans l’état actuel de nos connaissances , d’éclaircir définitivement ce sujet , il me sejra cependant permis peut-être d’y faire entrer mes lecteurs un-peu plus avant.

Il se présente une quantité de minéraux cristallisés assez distinctement caractérisés , qui ont tant d’ingrédients, qu’on doit nécessairement être incertain si tous ces ingrédients peuvent constituer une seule combinaison. Il est donc nécessaire dans ces cas , pour savoir s’il en est ainsi , d’entreprendre un examen bien réfléchi et dirigé avec le plus grand soin. Si par exemple nous trouvons que l’amphibole ou quelqu’autre minéral bien caractérisé, dans lequel la chimie a découvert beaucoup d’ingrédients, a les mêmes caractères géométriques et certains ingrédients en commun , tantôt en quantités relatives inégales , tantôt en mélange avec d’autres qui ne se présentent pas dans tous les cristaux d’amphibole : la première question sera naturellement : Les caractères géométriques sont-ils absolument

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