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Grew , Halpighi , et plus tard Daubenton, avaient déjà fait remarquer que les troncs des végétaux n'offrent pas tous la même coor>guration,sur leurs tranches transversales. Desfontaines n'hésita pas à traduire cet aperçu en une grande loi ; et son opinion a passé sans contrôle dans le domaine de la science. D'après lui, il est de l'essence des plantes dont l'embryon n'a pas deux cotylédons, d'être organiséessur un tout autre type que les plantes dicotylédonnées; et la nature, qui marche en tout conséquente avec elle-même, elle qui ne crée qu'avec des modiftcalions , quî ne transforme qu'avec des nuances, aurait tout à coup interrompu l'harmonie de ses lois, pour jeter , dans deux moules diffé* reots, des organes dont les fonctions sont identiques. Mais dans la question qui nous occupe , ce n'était pas la nature qui procédait ainsi; c'était l'observateur qui traduisait des détails assez mal appréciés en lois générales.
959. Il est vrai que, si l'on compare une tranche transversale de la tige d'un Palmier, d'un Lis, où d'un Jonc, avec la tranche transversale d'un Chêne, on sera frappé de la grande différence de structure qui distingue l'une de l'autre; mais si , en se souvenant que le Chêne germe avec deux cotylédons, tandis que les autres espèces ne germent qu'avec on seul , on prononce que cette différence , dans la structure de l'embryon , emporte nécessairement avec elle la différence que nous venons de remarquer entre ces deux
sortes de troncs , on préjugera l'obaervation, et l'on s'exposera à rencontrer dans la nature plus d'un démenti à cette loi. C'est ce qui est arrivé à Desfontaines, lorsqu'il a établi en principe que les tiges nionocotylédones avaient toutes, pour caractère invariable, d'offrir sur leurs tranches transversales, des rangées de points (pl. 10, fig. 1,4,k), et qu'au contraire , les liges des dicolylédons avaient toutes , pour caractère essentiel , d'offrir, sur leurs tranches transversales, des couches concentriques (pl. 11, fig. 3).
960. En effet, oo rencontre, parmi les plantes à un seul cotylédon, presque autant d'exceptions à cette règle, que dans les plantes à deux cotylédons. Ainsi l'Asperge est une plante monocotylédooe ; or, quelle différence pourrait-on remarquer entre sa tige rameuse et la lige herbacée d'une foule de plantes annuelles à deux cotylédons ? 11 est de même du Sceau de Salomonj et, comme j'ai tout lieu de le croire , de ces vieux Dragonniers que le temps ronge au cœur, aussi bien que nos saules, (^liielle différence présente l'entrenœud d'une graminée fisluleuse avec la tige de toute autre plante à deux cotylédons , fisluleuse et articulée? Où sont les rangées de points sur VAnmdo donax , sur la paille des céréales? D'un antre côté, quelle différence offrent les tiges de 1a plupart des Cocurbitacées, de V Impatiens balsamina et noli to/igere, de la Fumeterre, de la Ferulay etc. , avec les tiges les mieux caractérisées des monocotylédones? Les tranches de la tige (pl. 48, fig. 9) et de la feuille (lô/rf., fig- 8) du Cucumis sativus J ne sont*elles pas dans le cas de donner le change à tout observateur trop attaché à la parole du maître ? Où sont ici les couches concentriques? où s'est réfugié le cône ligneux ? peut-on rencontrer une tige monocotylédone dont les vaisseaux soient plus espacés qu'ici ? Eh bien ! dans la grande division des dicotylédones, il n'est peut-être pas de famille qui ne fournisse, tôt ou tard , de semblables exceptions à l'observateur.
bul. Chez les monocolylédoncs les plus conformes au type qu'on leur prêle, on
DE LA TIGE ET DU TRONC
est toujours sAr<îcrelroiiver le type tics tlycolvléJones, plus ou moins près tic la base radiculaire de la lipe. Ainsi la liye des Orcliis jouit, de la base au sommet, de Por^jani* talion des monocotylédones : ses tranches transversales n’offrent qu’une moelle piquée de rangées circulaires de points j mais quand on arrive vers levoisinage du tubercule (pl. So, fjg. 12 «),les tranches commencent à offrir une couche ligneuse, aussi bien caractérisée qu’on serait en droit de l’at- ^lendre d’une jeune tige de plante à deux cotylédons; la pl. 25 en oflre cinq traucbes qui se suivent de haut en bas , de « ont; ces figures parlent plus haut que toutes les discussions; sur certaines, il ne manque pas mémo la présence des rayons médullaires {et o", rd) qui , ici , représentent les insertions des racines sur le cône ligneux du centre. La jeune tige du maïs nous fournil le même phénomène entre la graine et la première articulation (pL 18, fig. 1, «)} à la hauteur de l’articulation (ïôiW, y), ce caractère acquiert uneplus grande importance encore; et si ]’oD demande des cônes ligneux pour caractériser une lige dicotylédone , on en trouve, il me semble, on assez grande abondance sur la tranche (y).
962. On tenait a la loi établie par Desfontaines, qu’on ne voyait, dans losanomalies, que des eiceptions ; et l’on cherchait à les faire rentrer, par uuc explication quelconque , dans la règle générale , qui fournissait un moyen si large de classification. Lorsqu’on rencontrait une dicotylédone, dont la lige offrait la configuration des tiges de monocotylédones, on imaginait de u’y voir qu’une large moelle, emprisonnée dans un ligneux assez peu épais pour se confondre, en apparence, avec l’écorce. Les auteurs ne se doutaient pas que le moyen dont ils se servaient, pour expliquer l’exception, tendait à renverser la règle ; pourquoi , en effet, n’aurait-on pas été en droit d’expliquer la structure générale des monocotylédones, par la même raison qui paraissait si bien expliquer la structure exceptionnelle d’une dicotylédone ? Qui empêchait donc d’adxnettre que les monocotylédones ue diffù-
PHYSlOLOCtl VÉGÊTAtl.
rent , sous ce rapport , des dicotylédones, qu’en ce que, chez celles-là, la moelle refoule le ligneux vers l’écorce, tandis que, chez celles-ci, c’est le ligneux qui refoule la moelle vers le centre^ Mais nos botanistes ne voulaientètre que classificateurs; ils avaient horreur, c’estle mot propre, de la physiologie , comme, dans le temps , 1a nature avait eu horreur du vide. Malheur à un aperçu qui aurait tendu à changer une étiquette de place, et à déranger une distribution faite à la main ; on renversait ainsi toute une gloire, et le propriétaire eo était puissant.
963. Desfontaines trouvait des contradictions à sa loi de simple structure; afin de ne pas s’arrêter à ces anomalies , on créa une toi de développement, une loi vitale. Non-seulement les monocotylédones continuèrent à être organisées essentiellement sur un autre type que les dicotylédones , mais il se trouva tout à coup qu’elles s’accroissaient les unes à rebours des autres. Comme on avait admis que les tiges ligneuses s’accroissaient par des additions externes de nouvelles couches , par la transformation en aubier du liber ou cambium (925), on admit que les monocolylédones s’accroissaient au contraire par le développement d’emboUements plus internes. Ainsi, les dicotylédones se seraient accrues en diamètre du dehors au dedans, les monocotylédones du dedans au dehors; et, afin de rendre cette loi irrévocable , on la sanctionna par la création de deux noms grecs, nouveaux dans la science; les plantes monocotjlédo^ nés furent appelées e/i^ogè/iej, les dicoty^ lédoneSf exogènes ; et , s’il est vrai que la science n’ait pas gagné un fait nouveau en tout ceci, les livres auront du moins acquis deux locutions nouvelles.
961. Nous avons déjà démontré que les tiges des plantes à deux cotylédons croissaient au rebours de l’opinion des physiologistes (937); que leur accroissement avait lieu, comme leur structure, sur le type du fruit; nous n’irons pas démentir les physiologistes , au sujet des monocotylédoncs ; il est fâcheux qu’au même pris ils n'aient pas hasardé la même opinion à
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C'.ot'tgle
S26 sinrcTruE et développement
l’égard de» dicotylédones j la science eut eu une fnus»e loi et deux terme» do moins.