‹ Nouveau système de physiologie végétale et de botanique fondé sur les mèthodes d'observation qui ont été développées dans le nouveau système de chimie organiqueChapitre 147 sur 310 · DE DATES · texte numérisé non relu

DE DATES

de Bergen, etc. , forent moins inventeurs encore.

Mais la révolution opérée par Linné le débordait déjà lui-mème ; les principes qu’il avait introduits , dans la carrière ouverte par Tournefort , avaient mis les observateurs à même d'exploiter les difficultés les plus ardues de la science, presque à ciel ouvert; et, comme c’est l’ordinaire, à chaque pas qu’on avançait dans la carrière, on ne manquait pas de retourner, contre la méthode liiinéenne , les faits nouveaux qui ne trouvaient plus leur place dans son cadre; on oubliait facilement que la découverte de ces faits était l’oeuvre de la méthode elle-même. Quoi qu’il en soit, le système linnéen commençait à ne plus suflire aux progrès de la science ; son cadre était trop étroit et déjà trop incomplet ; la science attendait une nouvelle formule.

Le 14 novembre 1759 , Adanson en présenta une à l’académie des sciences , dont il était membre ; il exposa succinctement les bases de ses rsHiLLxs des vlan- TKS , qu’il livrait le jour même à l’impression ; elle ne fut achevée qu’après trois ans de soins assidus (ce qui n’aurait lieu d’étonner que celui qui n’aurait pas médité ces deux volumes, od chaque page presque est an tableau ) ; l’ouvrage parut en 1763. Adanson avait alors trente-cinq ans ; à dix-neuf ans , il avait déjà décrit méthodiquement plus de 4,()(I0 espèces appartenant aux trois règnes; à vingt ans il parlait pour le Sénégal , qu’il explora pendant cinq ans, à travers mille dangers, en proie aux privations de tout genre , joignant au calme du naturaliste l’audace de l’aventurier. Infatigable, travailleur , doué d’une mémoire prodigieuse et d’une rare perspicacité ; il connaissait tout, excepté le monde, pas même lemondesavant.

Il éponvanta, en 1754, les imaginations de ses confrères, par le plan d’un ouvrage, dont le programme seul se composait , l“de vingt-sept gros volumes in-S", consacrés à ta méthode naturelle de tous les règnes et de toutes les connaissances; de ccnl cinquante volumes consacrés à la description de 40,000 espèces rangées par

UEVUE CRITIQUE ÜES CLASSIFICATIONS VÉGÉTALES ,

ordre alphabétique ; d'un Tolume infolio contenant l'explication de 200,000 mots d'biitoire naturelle \ 4*^ enfin de 40,000 figures et 34,000 espèces d'êtres coDserrés dans son cabinet. Ce ne fut certes pâs Adanson qui donna lieu au pro* Terbe sur riofluctice du fauteuil académique; mais ce ne fut pas lui non plus h qui il était réservé de soustraire scs collègues à cette influence héréditaire. Ca commission ne manqua pas d'opposer à ce projet gigantesque une fin quelconque de non-recevoir, et l'on se débarrassa de la sorte de cet importun, qui se garda bien de revenir à la charge. I.a révolution le surprit dans sû solitude, et il s'occupa fort peu de la révolution ; mais comme il ne s'était jamais soucié de faire fortune , et qu'il avait consacré les quartiers de scs pensions à enrichir son cabinet et non sa bourse, il tomba dans un iléiitiement complet, à la suppression de toutes les pensions ; et lorsqu’après l'orage, P.icadémie, qui sYtait reconstituée dans le cadre de l'insliliit, invita Adaiison à venir reprendre sa place, il répondit (juil n avait pas de souliers. Ses confrères dés-lors avaient des équipages. AdAnsoU est moM pauvre en 1803 ; il a demandé, dans son testament, qu'une guirlande de fleurs, prises dhns les l^inrjiiantè-huit familles des plantes âe son ouvrage, fîlt la simple décoration de son cercueil. Nous ignorons si les fnmHles des plantes d'Adanson ont eu d'autre cercueil qiie nbs méthodes modernes, qui n'en sont qu'un bien pâle replâtrage.

Le mérite des tAvn.Liu des plantes d'Adanson ne consiste pas dans le mécanisme ingénieux do fa ciaSsificalion , dansl'orlifice d'nne dichotomie élégante et facile ; les esprits de la trempe d’Adanson se plaisent peu â ces moyens; h-s ressources do la mnémonique sont de fort petits moyens pour des mémoires aussi vastes; un travailleur nusti infatigable a peu de temps à donner â la construction d'un système; les découvertes ae multiplient tellemmit sous ses pas. que son système dichotomique n'aiirait jamais plus d'un mois de durée; car, ainsi que nous avons eu plus

d'une occasion de le faire observer , le système change à mesure que la science s'enrichit. Adanson a remplacé le système des divisions par le système d'exposition; et, sous ce rapport, nous cunuaissoos peu d'ouvrages pins méthodiques. d’une marche plus simple et plus sure , d'mie lucidité plus élémentaire. En parcourant ce livre, on croirait tenir l'ouvrage d'un compilateur exercé qui n'aiiraît eu qu'à s'occuper de la forme, plutôt que le fruit d'un tra~ vaii prodigieux , et des recherches lea plus neuves et les plus profondes qui eussent paru jusqu'alors. Jamais oh n'avait porté plus loin la comparaison des organes; jamais auteur Ti'avait fbndé un système sur une plus grande masse d'observations qui lui fussent propres. Sévère comme Toiirnci'orl, précis comme Linné, érudit comme G. Bauhiii, Adanson fit époque comme ces trois grands hommes; et son nom a marqué une quatrième révolntion , dans l'histoire de la physiologie végétale. Substituant Einnc â Linné luimétiie, et Magnol à Linné, Magnol dont mil jusqu'à lui u’avait apprécié ni orême remarqué l'idée-mère, il exécuta la grande mappemonde indiquée par Linné; il plaça, dans chacun des compartiments, une famille do plantes ; et il uffrit au mohde savant toiis ces groupes, dans l'ordre le moins systématique et le plus vrai qu't! soit possible de trouver; dans l'ordre de leurs limites naturelles : < Arrivex-y, sembla-t-il dire: quand tout est à sa place, arrivez-y, si vous le pouvez, en suivant le fil d'un système artificiel ! t> Adanson était un de ces philosophes qui ne fou) des livres <|ue pour apprendre à s'ea passer; et ce sont toujours les meilleurs livres.

Son onvraj'e forme deux volumes. Lo premier est divisé en deux parties, dont l'une, que l'auteur intitule piéfnct, est nnu vaste iiitrudiictiaii à la méthode, et dont l'autre est consacrée à la physiologie , sons le litre de : Résultats des expc~ riefues les plus modernes sur l'organisatiotij l'anatomie et les facultés des plantes. Dans la première, après avoir passé en revue tous les systèmes généraux et spé-

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PAU OllDRE DE DATES.

citai, qui onl eu poor objet l’étude de la botanique , clppuit Aristote jusqu’à Ta»oée delà publication de ton propre livre, •prés en avoir évalué les avantages et les déliluU, l’aulear pose les principes de la néthode, discale la valeur des caractères, il y fait bonne justice de la rigidité dogmatique de Linné sur l’eiislence des genres et des espèces, et il termine ces considérations par nn essai préliminaire de classiâcatioQ, ou plutôt par 65 études, 65 systèmes difféfents , chacun fondé sur une considération spéciale : dans le 1 les plantes sont rangées d’après leur conUgnration; dans le i*, d’après lenrs dimenaioüt J dans le 5*, d’après le diamètre du tronc; dans le d’après la durée; dans le 5®, d’après les climats ; dans le 7®, d’après les sucs et les sels; dans le 8®, d’après la couleur des corolles; dans le 10®, d’après la saveur; dans le 11®, d’après l’odeur; dans le lâ«, d’après les vertus; dan» Je 14®, d'après les bourgeons; dans le 16«, d’après la disposition des branches; dana Je 17®, d'après la forme des feuilles; dans Je SI®, d’après leur disposition; dans le 22® , d’après les stipules ; dans le 25®, d’après les piquants ; dans le 26® , d’après les poil» et les glandes; dans le 27®, d’après la situation des fleurs ;-dans le 30®, d’après Je sexe des plantes ; dans les 61®, 52", 33®, 34®, 55®, d’après la situation, la forme, les sépales, etc., (lu calice; dans les 30®-3U^, d’après la situalion , les formes , le nombre des pétales de la corolle; euHn les suivants se fondent sur les caractères tirés des ctamiees, des ovaires, du style; d n’est pas jusqu’à la poussière des étaminoa qui n’y soit classée en système. Et quand on pense que, dans tous ces essais, AduJison n’a eu presque d’autres documents à coDsulterque les observation» qui lui étaient propres, on admettra volontiers qu’à celle époque chacun de ce» systèmes aurait coûté , à un auteur, autant de temps à établir, r|u’Adan»on en a mis à composer son ouvrage général , et qu’ainsi Adanson seul avait sulB au tra* vaiJ de 69 autettrs ordinaires. Le second volume est ciilièrciiicnl consacré à l'cxpo- •iliou des caractères des 58 familles de

plantes , «Uns lesquelles il répartit fous les genres connus de son temps. L’autenr décrit d’aboèd les caractère» g<*nérQux de la famille, tirés du fades et du port des plantes, delà racine, des lige», des feuilles, de l'inflorescence et des fleur» , dts étamines, dn pistil, du fruit, des graines, des vertu» Ou propriétés, des usages. 11 dispose ensuite tous les genres dans un tableau synoptique de sept à huit colonnes , dont Tuno renferme les noms génériques, et chaque autre les caractères , soit des feuilles, soit des fleurs, soit du calice, soit de la corolle, soit d« fruit, soit de la graine. Quelquefois, comme à l’égard des Graminées, des Composées et des familles nombreuses, il admet des sous-divisions , des familles secondaires , pour amsi dire. A la fin de l’ouvrage, il résume les familles ellesmêmes sur le même cadre que ses genres, sur un tableau synoptique à huit colonnes. Tel est, en quelques mots, l’uitvrage d’Adanson, le livre qui, après celui de Tournefurt [1] , a fait le plus d’honneur à la botanique française. Mai» le pauvre Adanson est loin d’en avoir retirç autant de gloire que ce dernier auteur; la sienne a passé presque tout entière à autrui.

En revanche, on a fait sonner bien haut les reproches qu’on a cru lui devoir adresser; iis ne sont, il est vrai, ai nombreux ni fort graves ; mais qu’importe? ils servent tout aussi bien. Adanson, dil-on, s’est sihgularisé dans cet ouvrage, en adoptantdes termes génériques fort bizarres, fort étranges. Nos auteurs, en effet, ont admis eu principe qu’il n’est permis d’ètre bizarre qu’à l’aide de mots grecs et latins, et il» ne SC font pas faute de cetle bizarrerie. Adanson ne forgeait pas des moU, il le» adoptait; il pensait que les noms usités chez les peuples, dans le pays desquels ou trouvait pour la première ibis la plante, étaient préférable» à ceux qu’un auteur, de sa propre autorité, »e plaisait à leur doiiuer. Car autrement, au lieu d’un mol,

[i] Tournefort et Ailaasoa tout ué» à Aix, en Prvvenoc.

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