‹ Nouveau tableau de Paris, au XIXme siècleChapitre 15 sur 28 · ICI , AU PREMIER » OJT ACHETE AU COMPTAIT · texte numérisé non relu

ICI , AU PREMIER » OJT ACHETE AU COMPTAIT

depuis 7 heures du matin jusqu'à 1 1 heures du soir, toute*

sortes

de marchandises neu7es et d'occasion , aussi bien ce qui se vend au Palais-Koyal qu'au Temple * et les reconnaissances du MONT DE PIÉTÉ.

Le slyle lapidaire est vaincu.

Il y a plus de candeur dans ce qui suit:

N.. . gendre et successeur dé Monsieur JV*.

entreprenez de vidanges. Intéressante famille, qui ne déroge, ni rie se mésallie \

Les enseignes conservées à cause de leur vieille renommée se rencontrent surtout dans les quartiers à spécialités. Ainsi , l'on trouve toujours^ rufe des Lombard*, 1* classique FidèU Berger >

in ite/ne dè France, les Vieux Amis, le Marù d'Or, Siintc-Catherine et le Grand- Monarque; quai des Lunettes : V 'Observatoire , le Télescope, le Croissant, la C'ianére noire périscopique; la Balance de Nicholson^ etc. , ce qui n'empfahe pas les noms de Breguet et dé lerehours d'absorber la plus grosie part de l'attention publique , sans aucune marqtic , et sans se titrer: Maison LâreboùrSj Maison Breguet.

Tout est encore d'or au quai des Orfèvres : Chariot d*or, Lion d'or, Crosse d 9 or, Coupe (Vor, etc. Achat d'or et <$ argent se h't encore sur* quelques portes, mais Fonte de Galons a été déléatùré de toutes; ce n'est plus maintenant qu'une affaire de friperie. Dcé noms nouveaux commencent même à prendre orgueilleusement la place des vieilles enseignes. Aujourd'hui c'est Fétalage* la montre, Félégarice des boutiques qui attirent le chaland. L'argent que coûtaient lès enseignes se place plus avantageusement en vitres de glace, en marbre et en acajoti. Une enseigne en réputation se volait autrefois comme on vole aujourd'hui le titre d'un livre ou d'un journal; on imitait * on se mettait k côté. Le débit de tabac de la Gietfe , avait comme aujourd'hui ime immense réputation!; il f avait dans ses alentours des Civettes rouges, noirés > ctàr ;

petites Guettes , vraies Gvettes, etc. jetc.Un mercier du passage Delprme s'était mis sous Finvoçation du Beau Dunois ; un autre, près de lui, fit peindre un chien blanc moucheté qu'il appela le Beau Danois; il comptait sur les distractions des pratiques de son voisin. Je ne sais si cela lui profita: ils ont disparu tous deux. Ainsi Ion voit aujourd'hui la Petite Frileuse, imitation de la Frileuse; mais par une bizarrerie digne de remarque , le vrai restaurateur du Veau qui tette est réduit à s'intituler -. ancien Veau qui tette. La maison qu'il habitait ne lui appartenait pas , elle fut vendue ; son enseigne en fer y était scellée , l'acquéreur en a hérité ; il y a eu procès, et comme cela arrive quelquefois , le bon droit a succombé devant la jurisprudence.

Les rues St.-Denis et St.-Martin ont encore des enseignes, mais presque toutes sont vieilles et menacent ruine. Il n'en reste qu'une seule dans la rue des Fourreurs ; c'est le Suuvage d'or. Je voudrais encore que celle-la demeurât : Sauvage d'or est admirable! mais j'aurai le chagrin de la voir tomber, comme j'ai vu tomber de l'imposte des parfumeurs, ces grosses mains rembourrées au bout des doigts desquelles il y avait encore d'autres petites mains. Si l'on eût continué, on ne sait où cela pouvait aller; U'infini: c'était

XXS ENSEIGNES. 125

un abîme pour l'imagination. Une enseigne qui attire fréquemment le regard dans les quartiers St. -Denis, St.-Martin (quoique fort répandue aussi dans les autres ) , c'est l'enseigne sagefemme; longue, élevée entre deux croisses, on la trouve rarement au premier , et jamais au quatrième. On assure que tous ces tableaux sont des portraits; cela est flatteur pour ces dames; toutes sont jeunes et jolies , toutes coiffées en chapeau à plumes, comme toutes sont élèves de M. Dubois et de madame Lâcha pelle.

Mais pour le répandu , aucune enseigne ne l'emporte sur celle du Journal des Connaissances utiles à 4 francs par an.

Les alentours de la place Vendôme , rues de la Paix, Castiglione, Rivoli etc., ont des enseignes et inscr i ptions d un caractère tout particulier: c'est la le quartier des diplomates, des riches et nobles étrangers qui tous font un peu de diplomatie officieuse, soit pour leur propre compte , soit pour celui de leur gouvernement. Là les industries ne s'annoncent pas en français; ce sont: Itoom for cutting the kairs. Médical hall, surgeons, etc., circula ting Library, cnglish Pharmacy, hat warehousc , Pastrjr-cook etc. ; les restaurateurs n'ont point des cabinets de société ou sociétés , mais Booms for private parties ;

ï 2O PARIS MODERNE.

lit sur les vitres de tous |es çtahlissemens ; &1gU& spoken here; des teçpns de français nous sont oflèiles dans d'autres idiomes que le notre, a Thejrench language taught on a ucw met/iod. jVatùrliscîic méthode wn Franzosischç tu terrien, etc., etc. Le parisien a été peu à peu supplanté dans ces parages par des gens dont les noms trahissent une origine exotique ; ce sont MM. Keekcr, Kratke, SJiey, ÏVansbrQugh, Morgat, Tanni$ch, etc. , etc. plupart des hôtels garnis y sont également sous des appeljfctionsaussipeu françaises ; il y en a même u» dont il ne tiendrait qu'à nous de prendre ïécriteau pour une insulte, c'est V Hôtel de JVestminster, au nom duquelil est ajouté; ci-devçnt Wagram. Les Autrichiens n'en doivent pas être fâchés, les Anglais non plus ; si le municipe de Paris ne Je trouve pas mauvais, personne n'a rien à dire.

Au reste , presque tous nos hôtels garnis pprtent lies noms de ville ou de province, et cela se. conçoit; ce sont des rendez-vous commodej et tout indiqués pour nos compatriotes des départemens. Tout le monde ne peut pas, comme 1 européen Meurke, mettre simplement son nom sur sa porte. .

Nos maisons de roulage sont aussi sous Tinvocation de villes frontière* w maritime* qw"

font tout d'abord connaître les routes qu'elles desservent. Brest, Nantes, Bordeaux, Marseille, Grenoble, Lyon, Strasbourg , Mézihes, Lille, etc. Il fut un temps où c'était aussi : Rome, Coblentz, Hambourg , Amsterdam,

11 y a des enseignes que j'afFec lionne : je les recommande à mes lecteurs : ce sont celles où figurent les médailles du jury d'exposition ou de la société d'encouragement. Le patriotisme et l'intérêt privé parlent à la fois en leur faveur. Les enseignes à brevet sont loin de m'inspirer le même intérêt, surtout quand ma mémoire me rappelle que d'autres royales-patentes ont précédé celle dont actuellement il est fait étalage. Je sais un de ces écriteaux hlasomvjs où tout Paris a commencé par lire : N..., fournisseur de S. M. C Empereur et Roi, et de LL.

MM. les rois de Hollande et Westp Italie; puis ensuite : fournisseur du roi (Louis XVIll J et des princes; puis encore : du roi ( Charles X ) et de monseigneur le Dauphin. Aujourd'hui , S. M, le Roi des Français les remplace tous : il n'en a coûté que quelques coups de brosse à rifler.

Il n'y a pas moins de moralité là-dedans que dans le trait suivant qu'il m'a paru convenable de garder pour le dernier : par ou finirai- je mieux !

Un cabarctier de la rue de la Roquette a écrit au-dessus de sa porte : Au Retour du Père Lachai se.

Tout l'esprit de V enseigne est l : i-dcdans.

Mais, je l'ai dit, les enseignes s'en vont! Le jeune marchand aime mieux orner sa porte de son nom que d'un signe. Cela est bien tant que lé nom demeure honorable. Mais quelquefois il parait drôle à un vaudevilliste, et vous voil\ plus notable que vous ne vouliez; quelquefois aussi (et Dieu préserve de cela tous mes lecteurs*) ce nom s'inscrit dans les fatales déclarations ! Quand on a des enfans , on préférerait de beaucoup n'être connu que par une enseigne qu'on enlève toujours aisément. Cela n'est peut-être pas indigne de quelque peu d'attention.

Page 1