INSTITUT
L'esprit réactionnaire qui nous trompe et exploite, nous a représenté trop souvent la Répu* blique française sous les trait* d'ua Attila fkrou, eue , armé toujours , et uniquement armé du marteau sanglant de la destruction. Cette image est souverainement fausse et mauvaise. Ltfu*» toire est là pour la démentir.
La République a fondé plus encore qu'elle n'a détruit. Sa mission a été double : d'une main elle a renversé le vieil édifice du passé , de l'autre jeté les bases de l'avenir. Jamais pouvoir ne fit tant de choses dans un si court espace , et Ton s'étonne de l'énorme disproportion entre le temps et les faits. C'est un siècle en dix ans, et si, comme dit Francklin, le temps est l'étoffe des choses, qui peut se vanter d'en avoir tiré plus de parti?
Serait-ce par hasard nos mirmidons du jour, nos gâcheurs de révolution ? Il ferait beau voir en vérité nos monarchiques pygmées accuser de stérilité la République! Ils ont fait, eux, de si grandes choses depuis quatre ans , depuis vingt ans; et sous la main de ces phaétons sublimes, le tricycle constitutionnel a fourni une si magnifique carrière ! Voilà certes un beau char de triomphe ! H y a bien de quoi sonner haut ses trompettes , et se couronner de lauriers : la course a été glorieuse! Lilliput, courbe la tête et rentre en silence dans ta poussière; ne vois-tu pas que le géant t'éclipse, et que tu te perds dans son ombre.
De toutes les créations de cette République si méconnue ,.si insultée, la plus vaste, sans contredit, et la plus profonde, c'est l'Institut natio-
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nal, dit aujourd'hui royal. Conception et exécution, cette idée appartient tout entière a la république; elle n'appartient qu'à elle. La première entre tous les pouvoirs constitués de la France et de l'Europe, des temps modernes et des temps anciens , la première , elle eut la pensée de centraliser la science humaine , et d'en réunir, dans un foyer commun, tous les rayons jusqu'alors épars et divergens. Jamais idée plus forte, plus féconde, ne tomba du ciel dans la tête d'un peuple , et ce fait suffirait à lui seul pour constater la supériorité de la France , et fonder en Europe son initiative.
Mais afin d'apprécier dignement ce haut monument intellectuel , il est nécessaire de faire un retour en arrière, et de rechercher dans le passé les élémens rudimentaires et en apparence hétérogènes de ce grand corps, aujourd'hui compact et homogène , au moins en principe.
L'institution des académies est ancienne. Le mot même d'académie , a comme on le sait , une étymologie grecque. Un citoyen d'Athènes, nommé Académus , avait légué un terrain à la République. On en fit un jardin , et Platon , qui demeurait auprès, y venait faire ses enseignemens philosophiques à l'ombre des platanes. De là le nom générique d'Académie, donné à son école, iv. 22
A la renaissance, ce nom ressuscita au sein des langues européennes , el servit dès lors à baptiser des associations littéraires et scientifiques. En Italie, le nombre des académies fut prodigieux ; en France il fut plus borné , et l'institution y reçut une application plus tardive , car , tandis qu'au delà des Alpes il y avait des académies , et de florissantes, des le xv' siècle, Y Académie française ne date que du xvu e : Richelieu , comme on sait , en fut le créateur.
Il entrait dans les vues de ce grand politique d'européaniser la langue française, c'était un instrument d'initiative et d'unité. Il n'eut garde de le mépriser. Quelques gens de lettres se réunissaient chez Desmarets pour converser de sujets littéraires ; le cardinal -ministre eut l'idée de donner à cette association toute privée une existence légale , et c'est ainsi qu'il fonda l'Académie française. Elle recul ses lettres-patentes du roi Louis XIII en 1 635 ; et il est à remarquer que le parlement , jaloux de l'autorité qu'allaient prendre les lettres en se constituant, ne consentit qu'après deux ans de résistance à les enregistrer. Le premier but de l'Académie était d'épurer et de fixer la langue; elle eut, sous Louis XIV, une existence brillante et royale.
La seconde académie en date est Y Acad<êniç
ttonpinr, 33g
des Inscriptions et Belles-Lettres ; elle fut fondée par Çplbert en i663 ; ses attributions 9 toutes monarchiques , étaient , dans l'origine, fort restreintes ; elle ne comptait que quatre membres choisis par le ministre dans le sein de l'Académie française ; les quatre élus se réunissaient modestement dans un salon du Louvre , et là composaient laborieusement des devises pour les fêtes de Versailles , et des inscriptions pour les médailles et les monumens ; ils étaient de plus chargés du soin des chartes royales. Elle chemina ainsi pendant une quarantaine d'années sous le nom de Petite Académie. Elle ne prit celui d'Académie de Belles-Lettres qu'en 1701, époque pù elle reçut son premier règlement , et où les quatre membres furent portés a quarante. Ses lettrespatentes, signées de Louis XIV , ne sont que de 1 7 1 2, et ce fut plus tard encore, sous la Régence, qu'elle prit son titre définitif d'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Ses travaux acquirent dès lors une importance notable , et la collection de ses mémoires reste comme un des plus beaux monumens de l'érudition française.
4 près elle vint l' Académie des Sciences. Le même ministre Colbert la fonda en 1666 sur l'ordre de Louis XIV, mais sans acte officiel. Les savans se réunissaient librement sous la pré-
3j£o paris moderne .
sidence de l'un d'eux , mais leurs travaux devinrent bientôt si importans qu'on sentit la nécessité de donner a la nouvelle société une organisation semblable a celle de l'Académie française. Ce fut le secrétaire-d'état Pontchartrain qui fut chargé de ce soin. L'ordonnance de Louis XIV n'avait créé que les sections de géométrie , d'astronomie , de mécanique, d'anatomie, de chimie, et de botanique. Le progrès des sciences força à créer plus tard , et vers la fin du xvm e siècle, de nouvelles sections pour la minéralogie, l'histoire naturelle , l'agriculture et la physique. L'Académie des Sciences fut tenue dès lors pour le premier corps savant de l'Europe, et cet honneur est une justice.
J'arrive maintenant à une académie qui, à parler rigoureusement , est la première en date , c'est l'Académie de Peinture. On trouve dès le xiv e siècle les traces d'une association de peintres ; mais cette association anonyme ne prend un nom et une existence positive qu'en 1648 ; elle reçut alors une autorisation royale sous le titre d'académie de Peinture et de Sculpture. En i655, elle fut définitivement constituée par Mazarin qui, déjà, avait créé l'opéra.
Le magnifique développement de l'architecture sous Louis XIV fit sentir le besoin d'éle-
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ver cet art au rang des autres; et, en 1 67 1 , l'Académie d*A rchitecture fut créée parColbert . Cette dernière académie, la dernière de toutes, prit place à côté de l'autre, et elles marchèrent dès lors parallèlement sans jamais se confondre.
Telles furent pendant cent cinquante ans les cinq académies constituées et officielles de la monarchie française. Chacune faisait vie à part. Nul lien n'unissait Tune à l'autre; elles n'avaient en commun que le budget. C'était cinq familles isolées; ce n'était pas une république, quoique, déjà alors, il fut de mode de parler de la république des sciences , de la république des lettres. Formulée plus tard par V Encyclopédie, l'idée de l'unité intellectuelle n'était pas descendue encore des hauteurs spéculatives sur le terrain pratique des réalisations. On avait des individualités avant d'avoir l'association. C'est la marche historique, la logique naturelle de l'esprit humain, et c'est dans le passage, plus ou moins tardif, de la première notion à la seconde qu'est le progrès.
Les cinq académies monarchiques se traînèrent tant bien que mal jusqu'à la fin du xviii* siècle, et arrivèrent , expirantes, comme la royauté qui les avait créées, à 1 789. La Constituante ne leur
acëorda qu'une existence ^visbîré : c'&âil! les abolir ën droit ; la Convention lès abolit en* faït, comme etté avait aboli la monarchië, leur mèré, et eri 1793, un trait dé pluinë raya leé cinq Académies : VtiiStitut nàtiondl fut proclame.
Deux ans se passèrent avant que la Convention, absorbée qtt'dtlé' était dans le gigantesque éàbrt de la guerre étrangère et dé là guerre intestate , pût songer à là construction du nouvèi éâific'é dont elle avait jeté les bases. Erifitf là loi du 3 brumaire an I V ( 25 octobre 1 7^5 ) vînt fr£ët r organisation dé Fïnstitùt.
<t L'Institut national des Sciences et des Arté, y> est-il dit à Farticîe pretnïèt, appartient afouté » la République. Il est .destiné i d à ^erfectionriér » leé «siéneés et tes arts jjàr dés recherchés nbn y> interrompues , par la publication des décou- » vertes, par la correspondance avec ïeé sociétés » savantes et étrangères 5 * k suivie leé' travaui v> afcifehëfiquést et littéraires qui auront pour 65 j et t> l'utilité générale et la gloire dé lai Btépuliliqufc. i
ta gloiré nationale était comptée pour quelque chose en ces temps-là.
L'Institut ftrti drvïtô eà' trois classés : classe dés sciences physiques et malfiema^ues ; dW d¥s scïéncéé moiféSés' et f (Méfiés ; classe iê bk tftfoturè ét Bèà^-atts;
Chacune dés trois classés était divisée en séëfions'; la ^emière en avait d«i niaffiémati^és, arts mécaniques, astronomie , physique expérimentale , chimie , histoire naturelle et minéralogie, botanique et physique végétale, anàtomie et géologie, médecine et chirurgie, économie rurale ét art vétérinaire.
La seconde classe avait six sections: analysé des sensations et des idées, morale , science sociale et législation , économie politique, histoire, géographie.
La troisième classe enfin était divisée eh huit sections: grammaire, langues anciennes, poésie, antiquités et monumens, peinturé , sculpture, architecture, musique ét déclamation.
Ne seïrible-t-il pas lire le programmé d'une encyclopédie ? C'est qu'en effet ce n'était! lâ <pié la réalisation pratique et comme la cristalËsation cjfù grand œuvre intellectuel dù xvnr* siéclë. L'Institut , c'est YEncfclopëdiè personnifié^ , Y Encyclopédie en chair et en os.
fcértés nous voila loin dés cinq académies, ces cînq filles boiteuses de ïa monarchie. Voila un corps, un , logique, homogèné, social, destine, iiori plus a enregistrer les volontés et lès cap ridés de ïa royauté, mais à marcher èh tête dé la nation ét £ foyer au peuplé les routes du* progrès. Le
344 PAIUS MODERNE.
principe d'association est descendu au cœur de la science pour la féconder, et le grand faisceau de la connaissance humaine est désormais formé. C'est au temps à le compléter.
Mais le fait capital de cette immense personnification des divers élémens de l'esprit humain, c'est la reconnaissance et l'intronisation des sciences morales et politiques, ce qui n'est, en d'autres termes, que la reconnaissance légale du droit qu'a l'homme de fixer. par la science, c'està-dire par l'examen des faits et la déduction des principes, les rapports de l'individu avec l'espèce et de l'espèce avec l'individu ; car qu'estce que la morale et la politique , sinon l'étude et la fixation de ces rapports ?
En cela, du reste, la Convention était conséquente avec elle-même. La seconde classe de l'Institut n'est qu'un corollaire logique et nécessaire du dogme fondamental de la souveraineté du peuple, négation radicale et absolue du droit divin.
On sent que cette institution, toute républicaine, ne devait pas être du goût de Napoléon; elle était en hostilité trop directe avec ses instincts dynastiques et despotiques, avec ses arrière-pensées de droit divin et de féodalité. La politique est une science qu'il se réservait pour lui tout
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seul, et qu'il n'aimait pas à voir ainsi tombée des hauteurs dorées du trône dans le champ du peuple ; aussi n'attendit-il pas même d'être empereur pour abolir la seconde classé, et sa haine connue et parfois burlesque des idéologues fulmina, dès le consulat, sa bulle contre-révolutionnaire. 11 rompit d'une main brutale le brillant faisceau encyclopédique lié par la Convention , et en brisa les plus belles portions.
Son arrêté du 3 pluviôse an XI , contre-signé Maret, bouleversa l'Institut et le décima sous prétexte de le réorganiser. Il trancha net la classe des sciences morales et politiques; seulement, comme il n'avait pas peur de la géographie , il voulut bien condescendre à en faire, avec la navigation, une onzième section des sciences mathématiques. C'est le seul changement d'ailleurs qu il fit subir à la première classe.
Quant à la troisième il la dédoubla, la morcela jusqu'à en faire trois; ce qui portait l'Institut de trois classes à quatre.
La seconde, classe de la langue et de la littérature française j était particulièrement chargée de la confection du mauvais dictionnaire dit de l'Académie, et devait faire l'examen des ouvrages importons de littérature, d'histoire et de sciences, mais seulement sous le rapport de la langue.
Quant à la troisième classe , histoire et littérature ancienne, les langues savantes , les antiquités, les monumens et l'histoire étaient Ï'ÔBjet de ses travaux et de ses recherches. Elle devait s'attacher à traduire les ouvrages grecs, latins et orientaux non encore traduits. On trouve bien ici le nom des sciences morales et politiques, mais jeté incidemment, sans définitions, sans distinctions aucunes , comme un aveu fait de mauvaise tumeur .On voulait bien avouer qu'elles existaient, mais la troisième classe n'avait à s'en ôcéùfjér <|u'è dans leur rapport avec V histoire, ce qui ne véiit rien dire du tout. La limite ici est une jiiïèt interdiction. C'était rétrograder un peu vite 1 éï traiter bien cavalièrement les idées! Maïà ttronïme le plus grand est toujours petit par qùeipïes points; et Napoléon, c'est Micromégas.
La quatrième classe , celle des beaux-àrtîsV éè trouvait réduite à cinq sections : la peinture , la sculpture , f architecture , la gravure et la musique. La poésie était rayée sans plué de cérémonie. Qu'en dit M. Victor Hugo? Au moinè le poète n'a-t-il pas gardé rancune à l'Ëmjiere'ttr.
te remaniement de sections et de classes 5 obligea à un remaniement d'hommes; on dispersa* les membres dte là seconde classe originaire Jârii les quatre* autres , et l'on profita' cfé là circtf^
L'mSTÏTûf. 347
stance pour exiger de fous ùri nouveau seraient. ABqfofetît-Duperron et La Réveillère-Lepèaux refuserént de le prêter. Ils furent rayés tous deux, niais fort inégatleménf traités : Ànquetil était bien attaché aux Bourbons, mais enfin il était monarchiste : il garda la pension dé quinze cents francs; La Réveillère, lui, était républicain, il fut mis à la porte par lés épaules. C'èst comme aujourd'hui.
Mais Napoléon né borna pas à ces suppressions et a ces évolutions de classés et dé contre-classes, son œuvré réartlionnairs, il abc-Et deux articles (Y èï VI ) de là loi conventionnelle , qui manifestaient d'une façon trop exploite r intention toulè nationale du législateur.
La Convention entendait que Plnstitut fut pour le pays un enseignement supérieur peniiai*nt , et afin dé muîtipKer les communications entré la science et le peuple , elle avait fixé a quatre le nombre des séances annuelles. Napoléon , qui ne voulait qu'un vain spectacle d'apparat, les borna à une seule. Toujours préoccupée de la grandé idée de socialiser là science et dé la répandre à flots dans lé peuplé, la Convention avait ordonné que l'Institut publiât, tous* les ans, sefc découvertes èt së^ trafvàu*;, ët qu'elle fendit compté annuellement àM au corps 1*-
gislatif du progrès des sciences et des travaux de chacune de ses classes. Napoléon supprima Tune et l'autre de ces patriotiques dispositions , et ne les remplaça par rien d'analogue. C'était plus tôt fait.
L'Institut ainsi déformé, ainsi mutilé , arriva, bien docile et bien humblement courbé sous la verge du maître, jusqu'à la Restauration. Là il subit encore une transformation; mais Napoléon s' étant chargé de la mutilation préliminaire, Louis XVIII n'eut rien à couper, et les choses se passèrent cette fois assez doucement; tout se borna à d'anodines métamorphoses de noms.
De national l'Institut devint Toyal : quel honneur! Il ne fut plus composé de quatre classes, mais de quatre académies : quelle profondeur! On ressuscita les vieilles dénominations traditionnelles : il y eut, comme par le passé , une Académie française, une Académie royale des Ins-, criptions et Belles-Lettres, une Académie royale des Sciences; on ne conserva que le nom tout moderne de la quatrième classe , on se contenta .de l'oindre d'un noble parfum monarchique, et la classe révolutionnaire des beaux-arts devint l'Académie royale des Beaux-Arts.
La plus violente réaction fut de substituer à l'ordre philosophique l'ordre chronologique ;
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ainsi l'Académie française redevint la première, l'Académie des Inscriptions remonta au second rang, l'Académie des Sciences retomba du premier au troisième. Il y eut bien aussi quelques petites évolutions intérieures dans la disposition des sections, mais rien de capital. La réaction contre-révolutionnaire était faite , et Napoléon , il est bon de le répéter, avait travaillé , dès le 3 pluviôse an XI, pour les Bourbons de 181 5.
L'ordonnance de Louis XVIII est du 2 1 mars
Il faut rendre au vieux Lacretelle (aîné) cette justice , qu'il plaida chaudement alors pour le rétablissement de la classe des sciences morales et politiques (1). Mais il prêchait aux sourds; il ne voyait pas lui-même la portée du principe dont il se faisait généreusement l'apôtre. Les violens et les habiles qui manigancèrent i8i5 , voyaient plus clair que le vieux bonhomme.
Les sciences avaient eu le pas sous la République , l'Académie française le prit sous la restauration, et en usa avec impertinence. Son méchant intrigant de secrétaire perpétuel , Suard , lui avait donné le ton et le mot d'ordre. On fai-
(l) Fragmens politiques et littéraires, Paris, 1817, tomel", page 123.
35o PAKfi *9pm*-
saijt )a roue , on a£fectaijt d'aristocratiquet s^lur ces, on prenait cje grands airs avec ses trois soeurs les délaissées , on faisait anti-chambre au château , et , afin d'être mieux en cour , on se recrutait plus volontiers là qu'ailleurs, ce qui, hélas! ne semait pas Jl'esprit^ans cet ingrat terrain.
Il y avait bien çà et là , dans quelques (àjiteui|s , des hommes indépendant , mais c'était la minorité ; et combien d'ailleurs de ces farouches indépendances d'alors pnt plus tar4 fait naufrage! combien se sont brisées au pied d'un autre trône!
La révolution de juillet a fait justice de ces misérables bêtises $ on espérait qu'elle ramènerait d'emblée l'Institut à son organisation primitive , mais sur ce point comme sur maint$ antres , elle a accepté l'héritage $e l a Restauration, (Ce n'est qu'après deux ans # plus (aÇ octobre i83?) qu'on a songé a rétablir la seconde classe républicaine de brumaire an IV, sojas le tijtre monarchique d'4cadémie rojaledes Sciences moraf#?
et poétiques. JL'honneur en est à tyl. Guizot , il lui appartient tout entier. Voyez ce que c'eat (que d'être homme d'esprit, on a beau être consumé de passions légitimistes ou quasi, on sent, nonobstant, qu'il faut marcher et suivre, bon gré, mal gré, le grand courant de la démocratie.
lions j Ja çinquiènie classe de i832 n'en a (jijie cinq , celle o!e géographie ayant passé et étant fautivement restée à l'Académie des Sciences. I^es antres sont à peu près identiques. Je regrette seulement qu'on ait remplacé par le titre vague de philosophie , le titre précis et net de la première section.
Mais ce que je regrette bien davantage , c'est qu'on ait rayé le beau mot de science sociale , qu'on lisait en tête de la troisième , e% qu'on n'y aijt rien substitué d'analogue. L'esprit du législateur e^t tout dans ce mot , et le ministre qui l'a biffé ne Fa pas fait sans préméditation et sans arrière -pensée. C'est surtout quand il s'agit de lois que les mots sont des choses , et la souvent un mot omis , que dis- je , omis ? un mot retranché, est la négation d'un principe.
Je conçois que la science sociale inspire à beaucoup aujourd'hui des alarmes et des rancunes $ sans être Napoléon , on peut craindre et haïr les idéologues ; car ces âpres nourrissons de la science sociale ont puisé dans ses entrailles certaines convictions qui peuvent n'être pas d'accord avec certains intérêts. Ils ont appris de cette austère nourrice qu'il n'y a qu'un droit et qu'il est pour tous , que le règne de la force
n'est qu'un ouragan qui passe, que tout principe une fois pesé se développe à travers et malgré tous les obstacles , que l'attente est une vertu et qu'il faut à la vérité la persécution , comme il faut à l'or le feu du creuset pour le dépouiller de tout alliage adultère et lui donner tout son éclat. Ce qu'ils savent surtout, et ce que d'autres ignorent , c'est que la baïonnette qui tue dans un , homme une idée fait un martyr , et que le sang des martyrs est fécond.
Tels sont , et bien d'autres encore , les enseignemens de la science sociale. Est-ce pour cela qu'on l'a proscrite? Quand Josué voulut vaincre, il retint le soleil sur l'horizon ; il est aujourd'hui des gens qui l'éteindraient volontiers. C'est plus commode, on n'est pas vu.
Ainsi donc, à peu de modifications près, et les noms exceptés , on peut aujourd'hui considérer comme restaurée et finalement recomplétée, l'oeuvre mutilée de la Convention. La révolution dé juillet a reconquis l'Institut de brumaire sur le droit divin de Louis XVIII et les haines réactionnaires de Napoléon. Or, les conquêtes de juillet ne sont pas si nombreuses qu'on doive négliger de signaler celle-là ; c'est la plus claire et la moins contestée.
t'msriTBT. 353
Mais il ne suffit pas d'avoir reconquis l'institution, il s ? agit de savoir quel usage on en fait ; et pour cela force est bien de descendre aux personnalités; si, tombant ainsi brusquement des choses aux hommes , la chute paraît rude , ce n'est pas ma faute , c'est que les choses sont grandes et les hommes petits.
On devine par le simple énoncé des faits précédens que, formé, déformé et reformé partant de régimes , tyrannisé tour à tour par tant de systèmes , PIttstitut doit être ime mosaïque barriolée de mille couleurs discordantes, de mille noms hétérogènes. C'est ce qui est en effet. Depuis les hommes de la Convention jusqu'aux hommes de Louis-Philippe, en passant par le consulat, l'empire et la restauration, c'est un centon bizarre de toutes les opinions , de tous les pouvoirs, une vraie galerie de portraits.
Car il ne suffit pas, je le répète, de creuser des niches dans le temple, il ne suffit pas d'y mettre des statues, il faut que ces statues soient des saints doués encore du suprême don des miracles et IV. a3
J&4 ***** MOBERHE.
taillés de manière à commander la vénération. Sans cela le temple est bientôt déserté, et vous avez beau sonner vos cloches et vos orgues, le peuple a les yeux tournés vers les nouveaux dieux.
L'image est irrévérente peut-être , mais elle rachète son irrévérence par sa justesse. Le ftût n'en justifie que trop la rigueur. Combien de membres du docte corps ont la conscience de leur mission et l'intelligence de la grande institution qu'ils représentent ?
Je n'appelle d'autre preuve en . témoignage que leurs séances annuelles. Y a-t-il rien, je vous prie, de plus décousu, rien de plus souverainement inutile, de plus puéril ? Le jour venu de se rassembler, nos illustres endossent l'uniforme vert galonné , uniforme qui, par parenthèse, ne ressemble pas mal à la livrée de certains cardinaux romains, et, ainsi afiublés, ils se mettent ea route pour la salle que vous savez , salle incommode et d'une disposition si vicieuse que les trois cinquièmes de l'auditoire ne voient ni n'entendent rien. Or, ceux-là sont, les plus heureux.
On arrive , on s'assied , la séance est ouverte»
Vous croyez peut-être qu'on va vous mettre au courant des découvertes de l'année , du prorgrès de la science dans ses diverses branches , dans ses diverses applications* et que vous alkz
l'ijotitot. 355
passer en revue les produits remarquables de l'esprit humain en art, en histoire, en philosophie sociale , eh érudition : vaine attente. L'un vous sert l'éloge funèbre et très funèbre de je ne sais quel obscur confrère; l'autre quelque monographie numismatique bien insignifiante et bien sèche ; celui-ci une traduction, celui-là une fable : le tout assaisonné de force congratulations mutuelles ; et le savant par-ci, et le savant parla ; c'est un feu roulant de complimens et d'ineroyables aménités, un cliquetis incessant de paroles creuses et sonores, et le bon public de subir en silence , comme le patient au supplice, ce déluge depauvretés; puisquandcela est accompli, les cinq sœurs illustres font la révérence comme cela sied à des gens de si bonne compagnie , et l'auditoire se retire en baillant , tout étonné de s'être tant ennuyé dans la société de tant de grands hommes , et jurant , mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.
- Voilà littéralement et sans exagération comment les choses se passent, et certes ce ne sont pas les auditeurs qui me démentiront. Je les ai vu bâiller de trop bon cœur. Est-il permis de réduire la science humaine à de si mesquines proportions , et de gâcher à ce point une institution si belle et si nationale? Mais c'est un
des privilèges die notre âge de rapetisser toutes les choses grandes pour agrandir toutes les petites.
La pensée de socialiser la science en mettant le peuple en rapport continu avec elle , était une pensée riche et féconde , on Ta frappée de stérilité; on a violé sans respect l'intention du législateur et faussé dans la pratique tous les principes fondamentaux . En vain le sanctuaire s'ouvret-il pour quelques privilégiés munis de billets d'entrée , ils en sortent froids , sans une idée de plus et sans émotion d'aucun genre , car l'ennui est l'absence d'émotions.
Mais afin qu'on n'accuse pas la censure de reculer devant la discussion, en restant dans le vague commode des générantes , il convient de prendre une à une chacune des cinq académies dont l'ensemble forme l'Institut, et de montrer ce qu'elles devraient faire et ce qu'elles font. Sans égard pour l'ordre arbitraire et réactionnaire» établi par Louis XVIII et maintenu par Louis- Philippe, je commencerai ma revue par l'Académie des Sciences. Quoique la troisième en rang, elle est la première en crédit, la seule dont les séances soient suivies avec intérêt, et les travaux reproduits par les journaux. C'est la seule aussi qui ait quelque autorité sur l'opinion publique.
l'institut. 357
Elle est composée de soixante-trois membres divisés en onze sections. Chaque section a six membres, à l'exception de la section de géographie qui n'en a que trois. La première chose qui frappe à la vue de ce parcage de la connaissance humaine est l'importance capitale donnée aux sciences mathématiques; à elles toutes seules elles n'absorbent pas moins de vingt-sept membres.
A ce seul fait on devinerait , si on ne la savait pas, la date de l'institution. Brumaire est là tout entier. Les mathématiques et les mathématiciens jouaient alors le premier rôle dans la science nationale, car alors il s'agissait de. défendre des places et de tracer des plans de campagne ; c'était les beaux jours de Carnot.
Depuis , la roue a tourné : la paix a subalternisé les mathématiques; les sciences naturelles et la physiologie ont pris le pas sur elles ; c'est de ce côté maintenant que les yeux sont tournés , c'est de ce côté que sont tons les problèmes , et partant l'avenir. Les mathématiciens sont tombés en seconde ligne , ils sont à leur place ; car les mathématiques, il est bon de le dire, ne sont point une science, ce n'est qu'une méthode. La grande querelle de Cuvier avec M. Geoffroy- Saint -Hilaire marque bien le passage de l'ère mathématique à l'ère naturaliste.
Il y a donc là une réforme à foire, un progrès à constater; il y a évidemment à créer nne section de géologie et surtout une section de physiologie, car, lacune inouïe! physiologie et géologie sont deux mots absens du vocabulaire académique ; c'est-à-dire que la sciènce de la terre et la science de la vie ne sont pas au pro* gramme, et n'ont pas de représentons directs à l'aréopage scientifique du dix -neuvième siècle. Un géologue n'y peut prendre place que comme minéralogiste, un physiologiste que comme ànatomiste ou médecin; mais la médecine et l'anatomie ne sont pas la physiologie ; la minéralogie n'est pas la géologie. Confondre ces choses, c'est prendre la partie pour le tout.
Voilà pour ce qui est des choses. Quant âux hommes, il y en aurait long à dire si on était jaloux du scandale. Que de petites intrigues , que de grands égoïsmes à démasquer ! que d'arrière* pensées personnelles et vaniteuses à mettre en lumière! que de timidités coupables à flétrir ! Si ce n'étaient là que des travers individuels, on en rirait, mais c'est que ces travers enraient la science et retardent le progrès ; ce ne sont donc plus de simples faiblesses privées, ce sont des délits pur blics, et la presse a le droit de jeter ses flambeaux dans ces catacombes trop respectées.
l'ikstitut. 359
C'est ainsi , pâr exemple , qu'on serait en droit de s'étonner que depuis cinquante ans et plus que le magnétisme animal a fait son entrée en France, l'Académie des Sciences n'ait pas encore ordonné une enquête expresse et décisive sur les innombrables faits magnétiques affirmés et avérés, abandonnant ainsi a la merci des charlatans cette branche capitale de la physiologie humaine (1). Qui donc éclairera et fixera l'opinion publique sur ces épineuses questions, si les juges compétens se taisent? 11 ne suffit pas de dire : « C'est absurde, » puis de se réfugier dans un dédaigneux silence ; quand on nie , il faut prouver ; or le silence n'est pas une preuve ; et avant de nier d'ailleurs , il faut voir. Du moins est-ce là le procédé logique et rationnel.
11 en est de même de la Science phrénologique. Au commencement du siècle, un rapport fut ordonné sur les travaux du docteur Gall , fondateur, comme on sait, de la doctrine phrénologkme; Cuvier, qui en fut chargé, le fit très dur et très malveillant ; on prétend que l'illustre sa-
(f) L' Académie de Médecine a fait récemment, sur Je magnétisme animal , un rapport amrmatif signé de cinq ou six de ses membres les plus notables. Le magnétisme n'est donc pas un rêve, et la matière est assez importante , j'imagine , pour valoir la peine qu'on s'en occupe ex professa.
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vant, dont la force d'âme n'était pas la vertu culminante , céda en cela à de hautes influences; le vent de cour ne soufflait pas alors de ce coté là ; le nouvel empereur faisait la guerre aux innovations. Dès lors il ne fut plus question de la doctrine des bosses , comme on disait pour s'en moquer, et pendant ce temps la doctrine des bosses conquérait à petit bruit l'Allemagne et l'Angleterre. Aujourd'hui il y a plus de vingttrois sociétés phrénologiques au-delà du détroit, et je ne sais combien de journaux. En France, il y en a une seule , laquelle publie un assez faible journal.
Qui est comptable de cette infériorité, sinon l'Académie des Sciences, qui là encore s'est réfugiée dans son dédain superbe, niant ce qu'elle n'avait pas étudié et refusant d'étudier? Je voudrais bien savoir en effet combien de ces illustres dénégateurs se sont occupés de la matière? pas un seul peut-être. Au reste, c'est plus commode, on ferme les yeux, et ne voyant pas le soleil, on s'écrie : Il n'y a pas de soleil !
Combien d'autres questions n'y aurait-il pas à faire à l'illustre assemblée ! Je me bornerai à une seule. Les travaux les plus récens et les plus avancés tendent tous à établir l'identité du calorique et de l'électricité ; or, ceci est capital, non
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seulement en physique, mais en physiologie; cependant, au lieu d'appeler les études et les investigations des jeunes penseurs et des travailleurs du siècle sur ces questions radicales, l'Académie s'en va proposant chaque année des questions secondaires et sans portée. Pourquoi cela? Ne seraitce point par hasard que tel académicien, qui s'est exclusivement occupé de calorique, tel autre d'électricité, c de voir leurs travaux dé-
passés et leur gloire partagée? Le public a peutêtre de meilleurs yeux qu'on ne se l'imagine au palais Mazarin.
Toutes ces préoccupations, par trop personnelles , me rappellent un mot sublime prononcé en pleine académie par un monsieur qui est docteur et qui a la croix: il s'agissait du magnétisme animal: « Non, Messieurs, s'écriait-il tout » rouge de colère, non, jamais je ne pourrai » consentir à accepter une doctrine qui renver- » serait toutes mes études. » — « Eh bien!
» Monsieur, lui aurais-je répondu, si moi, pro- » fane, j'avais eu voix au docte chapitre, vous » ferez comme les astronomes après Copernic, y> comme les physiciens après Galilée, vous refe- » rez vos études, et vous tacherez de les mettre » d'accord avec la vérité. Voila tout. » —
Et les rapports, — je reviens à l'Académie des
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Sciences» — que de labeur pour les obtenir! et une fois le rapport décrété* que de visites, que de sueurs, quede prières, pour 1 arracher à l'honorable rapporteur! Il n'y a pas de candidature plus laborieuse, même celle de la royauté populaire: c'est à dégoûter de la science et de la gloire.
Or, la classique oisiveté de messieurs les académiciens vient d'une méprise où ils tombent presque tous, et qu'il est bon de relever. Ils sont la plupart dans la commode habitude de considérer leur place comme une sinécure et le fauteuil comme un lit de repos. L'erreur est grande ; ils sont là pour administrer la science, comme le juge est en côur d'assises pour administrer la justice; la fonction d'académicien est une magistrature aussi bien que l'autre ; magistrature suprême, appelée à prononcer sur les plus hauts intérêts de l'homme, la pensée. Et c'est parce que le fauteuil académique est une magistrature véritable , que le peuple paie en honneur et en argent ceux qui l'occupent (i).
(1) C'est en ce sens que les honoraires académiques sont trop faibles, fl est de l'essence mftne d'un état démocratique de rétribue* convenablement toutes les charges , quelle qu'en loit U nature. La lésine est aussi funeste à l'intérêt public que la profusion, et il est ridicule qu'un académicien ait 1,500 francs quand un maréchal en a 40,000.
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C'est ce qu'ils ne doivent jamais oublier , sous peine dèsele faire rappeler rudement. Dans une démocratie bien constituée et logique avec son principe» il n'y a point de sinécures, parce qu'il n'y a point d'oisifs. Il n'y a que des travailleurs. Si vous ne voulez pas travailler, dit l'évangile , vous ne devez pas non plus manger.
Ma critique a été assez franche pour que j'aie maintenant le droit de louange. Je dirai donc que telle qu'elle est, et malgré ses notables imperfections, l'Académie des Sciences n'en est pas moins le premier corps savant de l'JEurope, et qu'elle constitue un tribunal scientifique dans la rigueur du mot. Nous sommes loin encore sans doute de la réalisation de la primitive idée , mais on y marche. Sans doute les hommes de l'Académie sont encore bien fragmentaires ; ils moroèlent encore la science d'une impitoyable manière j mais enfin , on voit déjà poindre ça et là quelques lueurs d'unité.
Un philosophe de la nature, ardent unitaire, qui porte dans la science comme les philosophes de l'antiquité , un génie poétique et sacerdotal , M. Geoflroy-Saint-Hilaire , a semé dans ce terrain rebelle des germes qui fructifieront. Son principe d'unité de plan et de création a mie im-
mense portée , et rien que pour l'avoir posé , il mérite d'être proclamé chef de la nouvelle école naturaliste. C'est un hommage sincère que je suis heureux de rendre à cet audacieux penseur.
Quelques autres travaux d'avenir, quoique spéciaux et plus bornés ont été faits à l'Académie des Sciences : ceux par exemple de l'ingénieux M. Dutrochet sur l'exosmose et l'endosmose ; ceux encore de M. Serres sur les transformations successives du fœtus. Le profond et encyclopédique M. Ampère ne saurait être oublié , non plus que l'illustre et patriote Arago , qui , bien que peut-être encore trop mathématicien dans la rigueur du mot, n'en popularise pas moins la science astronomique avec une lucidité qui n'appartient qu'à lui ; et quant à M. de Blainville , malgré l'amertume et l'aigreur qu'il porte trop souvent dans les débats scientifiques, on ne peut méconnaître que ses vastes connaissances l'ont appelé pour ainsi dire à recueillir l'héritage de Cuvier. Ses travaux anatomiques et physiologiques sont capitaux, et il a une trop haute capacité pour ne pas persévérer dans la voie nouvelle, et pour ne pas mener à terme l'œuvre qu'il a si dignement commencée.
J'ai été long sur l'Académie des Sciences, je serai bref sur les autres; à chacun selon son mé-
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rite. Et d'abord que dire del* Académie française; sinon que c'est une grande fabrique de mots, encore est-ce une fabrique de seconde qualité , car ce vieil enfant de tant de pères, qu'on a baptisé Dictionnaire de F Académie , est de tous les lexiques le plus incomplet et le plus radicalement dénué de philosophie. On a l'avantage aussi d'y trouver tout ce qu'on ne cherche pas , et jamais ce qu'on cherche ; ce qui , pour un dictionnaire est fort commode en vérité. Les Quarante sont toujours les Quarante. Piron reviendrait au monde , qu'il n'aurait rien à changer à ses épigrammes. Ses javelines acérées porteraient aujourd'hui comme alors.
Il se glisse bien toujours dans les rangs , et cela par la force des choses et de l'opinion, quelques hommes de mérite , voire même de génie ; si Diderot ni Rousseau ne furent au nombre des élus , Voltaire au moins en était ; et aujourd'hui, si nous n'y voyons ni Lamennais ni Béranger, on y trouve au moins deux vrais artistes , Lamartine et Chateaubriand. Mais, je le répète , le génie n'est là que par exception ; la règle , ce sont les Baour et les Viennet : ce déplorable Viennet, qui n'a pas rougi de prendre la place due à Benjamin Constant , et de se faire l'instrument de l'ingratitude et de la méchan-
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çeté doctrinaire! Quant au corps qui s'est rendu complice de cette plat* iniquité , il est jugé. Il a fait de lui-même acte de servilité : qu'il reste à la place qu'il a voulu prendre , c'est lui qui l'a choisie.
11 y a long-temps du reste que l'opinion publique s'est prononcée, et qu'elle a décerné à l'Académie le titre d'Hôtel des Invalides de la littérature ; il y a long-temps que la Crusca française n'a plus d'autorité dans la république des lettre*, / qu'elle est tout-à-fait en dehors du mouvement , des idées et de toutes les questions vitales et flagrantes.
La révolution littéraire de la restauration s'est faite sans elle, et, qui pis est , malgré elle; et aujourd'hui que le théâtre est en pleine anarchie, que tant de problêmes d'art sont partout pendans, au lieu de travailler aux solutions , ou du moins de les provoquer , elle propose en prix chaque année les sujets les plus oiseux , les plus niais , vrais thèmes de rhétorique, dont Juvénal se moquait déjà de son temps; et quand viennent les séances annuelles, elle ne trouve rien de mieux à faire , l'honnête matrone , qu'à nous venir roucouler des fables , comme la nourrice au marmot qu'elle endort : si ce n'était si triste, ce serait en vérité bien bouffon. Dor-
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mez en paix dans vos fauteuils, mes respectables patriarches; mais, pour Dieu! taisefc-vOus : 3 est gênant, pour les voisins, de révér tout haut.
Voila, grâce au ciel! deux académies expédiées : il en reste trois.
Pour celle des Beaux- Arts et celle des Inscriptions , sa sœur , je ne sais trop qu'en dire. Ce sont les plus obscures et les plus insignifiantes , surtout la première. Elles se glissent à pas de loup à travers la rumeur du siècle , elles se tiennent coi dans leur coin , et , en filles bien élevées, ne font point parler d'elles. L'une fait à petit bruit de petites pointes d'érudition dans les textes de Tacite ou de Cicéron; l'autre décerne aux futurs Pygmalions, et aux Zeuxis en herbe, des palmes qui ne leur portent pas toujours bonheur, et ne leur inspirent, à ce qu'il paraît , ni beaucoup de Vénus, ni beaucoup de Galathées.
On aimerait à voir celle-ci imprimer aux beauxarts une direction plus haute et plus philosophique , ceÛe-là se placer au centre de l'érudi^ tion moderne.
Du reste, ces deux classes sont l'une et l'autre mal constituées 5 l'Académie des Beaux-Arts n'est qu'une incohérente agglomération de talens consacrés et de vanités satisfaites. C'est un prytanée purement honorifique. Les élus se parent
bien du titre, mais la charge ils la laissent; ils ne conçoivent même pas que ce puisse être là un emploi national , et qu'il y ait des devoirs attachés au fauteuil. C'est là , surtout , que l'idée de sinécure est invétérée dans les âmes, il faudra bien du temps et bien du mal pour la déraciner.
Quant à l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, c'est une inextricable confusion. Ici la division sectionnaire était nécessaire, indispensable ; aussi la légitimité s'est-elle hâtée de la détruire , et la quasi n'a pas daigné songer encore à la rétablir. Cependant , je le répète, c'est une mesure d'urgence. Que peuvent faire en conscience quarante érudits que vous jetez là, sans plan , sans but. Latinistes , hellénistes , orientalistes et sinologues , paléographes et chartriers , archéologues et bibliographes , tout cela est entassé sans ordre, confondu pêle-mêle : c'est un vrai chaos.
C'en sera un tant qu'on n'aura pas introduit la division du travail dans le savant dédale. Il faut des sections d'érudition classique , des sections d'érudition moderne ; ce qu'il faut surtout, — et Napoléon l'avait si bien senti qu'un article du décret de pluviôse ordonnait explicitement la traduction des ouvrages orientaux, — ce qu'il faut avant tout, c'est une section asiatique.
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L'Asie , voilà le nouveau pôle où l'érudition européenne a les yeux tournés. L'antiquité latine, l'antiquité grecque sont dépassées; il y a là bas, par-delà tout l'Orient, un inonde primitif, un monde enseveli sous le faix des siècles, qui se remue dans la poussière tumulaire et qui demande à ressusciter. C'est là qu'il faut porter la pioche et la bêche ; c'est II* qu'il faut conduire les travailleurs , car les bras manquent et la journée sera longue et laborieuse.