‹ Nouveau théâtre de salonChapitre 100 sur 132 · LE RECIT DE THERAMENE · texte numérisé non relu

LE RECIT DE THERAMENE

THÉSÉE

Ce monstre, tôt ou tard-, il faudra qu'on le nomme Quel nom lui donnes-tu?

THÉRAMÈNE

C'est un monstre... voilà.

THÉSÉE, avec fines-e.

Un dard l'a donc blessé dans le flanc? (Montrant sa poitrine.)

Ici?

THÉRASIÈN'E, montrant son côté droit.

Là.

Mais comment le sais-tu? Les gardes, toi, ta suite Tous enfin, tu l'as dit, vous aviez pris la fuite! Comment peux-tn savoir alors, pauvre insensé, Juste le point précis où le monstre est blessé? Hippolyte était seul ; je me sers de Ion style. Dans le temple voisin tu cherchais un asile, Et dans ce temple-là, tu voyais, vieux menteur, L'endroit de la blessure, et même sa largeur?

I) se laisse tomber sur un fanteuil et rit longtemps. THÉRAMÈNE, à part.

Oh ! quel homme ennuyeux ! J'avais encore à foire Au moins quarante vers de récit, je préfère Lui lancer tout de suite et sans ménagement Le distique fatal qui fait le dénouement : Mais réfléchissons bien, je crois qu'il est utile, Cette fois, de soigner la pensée et le style.

Haut.

J'ai vu, seigneur, j'ai vu votre malheureux fils Traîné par les chevaux que sa main a nourris.

THÉSÉE, hondissanl de douleur.

Ali ! c'esl mon (ils ! permets qu'un instant je le pleure.

Il verse doux larmes.

Ne pouvais-tu trouver une rime meilleure? Fils et nourris !. .. Passons sur ces deux incidents... Cherchons mieux... Les coursiers ont pris le mors aux dénis On le conçoit; la peur précipitai! leur fuite; Les coursiers imitaient votre lâche conduite, Et tu fais supposer (pie ces chevaux si gras Et nourris par mon Jils ont été des ingrats! C'est stupide, mon chéri ensuite je le prie De ne pas révéler ces secrets d'écuriû En public; si mon fils quelquefois a pris soin De donner aux coursiers une botte de foin, Avec délicatesse, en retroussant sa manche, Quand le palefrenier était ivre, un dimanche, C'est possible; mais dire, ainsi que tu le dis, Que les lundis, mardis, mercredis, tous les dis, Mon pauvre fils, perché sur la crèche voisine, Nourrissait des chevaux, et faisait leur cuisine De sn main ! Oh ! voilé ce que le Figaro Va flétrir an début du prochain numéro. Mais je comprends le but de cette calomnie; Sur de pauvres chevaux vous versez l'ironie Et le fiel à la Ibis, mais pour faire oublier - Le serment de soldat qui devait vous lier!

C'est vous tons tpie mon fils a nourris, non d'avoine, Mais d'oheluenx pâtés venus dé Macédoine, D'huîtres du lac Lu crin, de canards de marais, Ile sangliers exquis', enfants de nos forêts, Si bien qu'on croit partout, en voyant votre vende, Que vous éles les fils des députés du ccnlre; Et quand ce bienfaiteur, infortuné garçon, Est sur I" bord (le mer mordu par un poison.

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