‹ Nouveau théâtre de salonChapitre 113 sur 132 · SCENE X Les Mêmes, ANTOINETTE · texte numérisé non relu

SCENE X Les Mêmes, ANTOINETTE

ANTOINETTE, déclamanï.

0 désespoir! 0 crime! 0 déplorable race !

ROBINEAU

Qu'y a-t-il ?

ANTOINETTE

Voyage infortuné I

ROWNEAU.

Parlez vite !

ANTOINETTE

Rivage malheureux

ROBIN EAL.

Est-ce rjuc le sergent?

ANTOINETTE

Ils sont partis ; niais je quitte ma maîtresse, et ma colère est telle que je ne puis l'exprimer qu'en vers de tragédie l

ROBIN EAU

Tu l'exprimes fort bien; mais apprends-moi...

ANTOINETTE

J'ai voulu tenter un dernier effort en votre faveur. « Toujours Robineau! » s'est-elle écriée. — Oui, toujours, ai-je répondu. Puis, avec Racine :

Tel est de son amour l'aveuglement funeste,

Vous le savez, madame, et le destin de M. Robineau ..

Pour substituer votre nom à celui d'Oreste, j'ai élé obligée de faire rimer funeste avec Rcbineau.

C'est égal.

ANTOINETTE

Enfin, je triomphais, mademoiselle Clairon était à vous, lorsque M. de Yalbelle arrive.

ROBINEAU

Lui-même?

ANTOINETTE

Il arrive toujours ainsi mal à propos. Voi à tout mon ouvrage détruit. J'essaye encore de lutter, c'est en vain, mademoiselle ne m'écoule plus.

Revoyant l'ennemi que j'avais éloigné,

Sa blessure trop vive aussitôt a saigné.

Ce n'est plus une ardeur dans <rs veines cachée.

C'est Vénus tout entière à sa proie attachée.

ROBIKEAU, applaudissant.

Bravo! bravo! Superbe! Mais raconte en prose, je t'en prie, car tu me forces d'applaudir au récit de tues propres malheurs, (a Antoine.) Elle a le l'eu sacré.

Elle l'a.

Achève ton récit.

ANTOINETTE

Il est fini. Tous les éloges que j'avais fails de votre personne, et «pie je pense, ne servent plus de rien; mademoiselle Clairon vous donne voire congé.

ROBIKEAU.

Ah! l'ingrate!...

ANTOINETTE

Elle adore M. de Valbelle.

ROBINEAU

Ah! la traîtresse !

ANTOINETTE

Elle rit de vous avec lui.

ROBINEAI .

Ah! la coquine!

ANTOINETTE

là ils parlent ensemble dans une heure.

ROBIN EAU

Ah! la... Et son théâtre?

ANTOINETTE

Elle écrit qu'elle prend un congé de cinq ans.

ROBIN EAU

Eli bien! lu la remplaceras. Oh! je veux me venger, oui; tu auras du succès, du talent; lu es jeune, et, à son retour, elle trouvera sa place occupée.

ANTOINETTE, avec un œil à feu plongeant.

Au théâtre'... Mais non... dans votre cœur.

KOBIN'EAU.

Attends!... Il me vient l'idée d'une vengeance... ah! mais d'une vengeance... Tu ne devines pas?

ANTOINETTE

Je ne devine jamais rien.

ROBINEAU

C'est l'idée la plus spirituelle, la plus ingénieuse...

ANTOINETTE

Dites-la donc !

ROBINEAU

Si je t'épousais?

ANTOINETTE

Ail!

Elle feint de s'évanouir dans les bras de Robineau.

ROBINEAU

Des sels, des sels! Antoine, un flacon !

Oui, monsieur, (il f;iit quelques pa~ et revient.) Mois, j'y songe, vous m'enlevez celle que j'aime.

ROBINEAl I.

Je me charge de ta fortune !

ANTOINE, à part.

El pas de femme! Quelle chance !

ROBIN E AD

Mais ce flacon...

ANTOINE

Monsieur, elle revient.

ANTOINETTE

Où suis-je.. et que s'est-il ]>assé?

Déclamant d'un ton sombre.

Venez-vous me plonger dans l'éternelle nuit?

Elle tombe évanouie sur une chaise dont elle s'approche avec préméditation.

ROBIN EAU

Tu es auprès de moi, Robineau, et tu l'es évanouie en apprenant (pie je t'épouse.

ANTOINETTE

Ali ! la mémoire me revient.

ROBINEAD.

Tu m'aimes donc?

Xon . . .

ROBINEAD, l'interrompant.

Comment?

ANTOINETTE

Non, rien n'égale mon bonheur... .J** puis enfin réaliser le

plus beau rôve de ma vie !.

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