SCENE X Les Mêmes, ANTOINETTE
ANTOINETTE, déclamanï.
0 désespoir! 0 crime! 0 déplorable race !
ROBINEAU
Qu'y a-t-il ?
ANTOINETTE
Voyage infortuné I
ROWNEAU.
Parlez vite !
ANTOINETTE
Rivage malheureux
ROBIN EAL.
Est-ce rjuc le sergent?
ANTOINETTE
Ils sont partis ; niais je quitte ma maîtresse, et ma colère est telle que je ne puis l'exprimer qu'en vers de tragédie l
ROBIN EAU
Tu l'exprimes fort bien; mais apprends-moi...
ANTOINETTE
J'ai voulu tenter un dernier effort en votre faveur. « Toujours Robineau! » s'est-elle écriée. — Oui, toujours, ai-je répondu. Puis, avec Racine :
Tel est de son amour l'aveuglement funeste,
Vous le savez, madame, et le destin de M. Robineau ..
Pour substituer votre nom à celui d'Oreste, j'ai élé obligée de faire rimer funeste avec Rcbineau.
C'est égal.
ANTOINETTE
Enfin, je triomphais, mademoiselle Clairon était à vous, lorsque M. de Yalbelle arrive.
ROBINEAU
Lui-même?
ANTOINETTE
Il arrive toujours ainsi mal à propos. Voi à tout mon ouvrage détruit. J'essaye encore de lutter, c'est en vain, mademoiselle ne m'écoule plus.
Revoyant l'ennemi que j'avais éloigné,
Sa blessure trop vive aussitôt a saigné.
Ce n'est plus une ardeur dans <rs veines cachée.
C'est Vénus tout entière à sa proie attachée.
ROBIKEAU, applaudissant.
Bravo! bravo! Superbe! Mais raconte en prose, je t'en prie, car tu me forces d'applaudir au récit de tues propres malheurs, (a Antoine.) Elle a le l'eu sacré.
Elle l'a.
Achève ton récit.
ANTOINETTE
Il est fini. Tous les éloges que j'avais fails de votre personne, et «pie je pense, ne servent plus de rien; mademoiselle Clairon vous donne voire congé.
ROBIKEAU.
Ah! l'ingrate!...
ANTOINETTE
Elle adore M. de Valbelle.
ROBINEAU
Ah! la traîtresse !
ANTOINETTE
Elle rit de vous avec lui.
ROBINEAI .
Ah! la coquine!
ANTOINETTE
là ils parlent ensemble dans une heure.
ROBIN EAU
Ah! la... Et son théâtre?
ANTOINETTE
Elle écrit qu'elle prend un congé de cinq ans.
ROBIN EAU
Eli bien! lu la remplaceras. Oh! je veux me venger, oui; tu auras du succès, du talent; lu es jeune, et, à son retour, elle trouvera sa place occupée.
ANTOINETTE, avec un œil à feu plongeant.
Au théâtre'... Mais non... dans votre cœur.
KOBIN'EAU.
Attends!... Il me vient l'idée d'une vengeance... ah! mais d'une vengeance... Tu ne devines pas?
ANTOINETTE
Je ne devine jamais rien.
ROBINEAU
C'est l'idée la plus spirituelle, la plus ingénieuse...
ANTOINETTE
Dites-la donc !
ROBINEAU
Si je t'épousais?
ANTOINETTE
Ail!
Elle feint de s'évanouir dans les bras de Robineau.
ROBINEAU
Des sels, des sels! Antoine, un flacon !
Oui, monsieur, (il f;iit quelques pa~ et revient.) Mois, j'y songe, vous m'enlevez celle que j'aime.
ROBINEAl I.
Je me charge de ta fortune !
ANTOINE, à part.
El pas de femme! Quelle chance !
ROBIN E AD
Mais ce flacon...
ANTOINE
Monsieur, elle revient.
ANTOINETTE
Où suis-je.. et que s'est-il ]>assé?
Déclamant d'un ton sombre.
Venez-vous me plonger dans l'éternelle nuit?
Elle tombe évanouie sur une chaise dont elle s'approche avec préméditation.
ROBIN EAU
Tu es auprès de moi, Robineau, et tu l'es évanouie en apprenant (pie je t'épouse.
ANTOINETTE
Ali ! la mémoire me revient.
ROBINEAD.
Tu m'aimes donc?
Xon . . .
ROBINEAD, l'interrompant.
Comment?
ANTOINETTE
Non, rien n'égale mon bonheur... .J** puis enfin réaliser le
plus beau rôve de ma vie !.